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Introduction
Les carences en micronutriments et en vitamines et en
particulier la vitamine D et A constituent un problème
majeur de santé publique au Maroc compte tenu de la situation
épidémiologique ainsi que des conséquences graves qu'elles
engendrent sur la santé. Conscient de ces effets néfastes
et notamment ceux de la carence en vitamine A, le Maroc
s'est engagé lors du sommet mondial pour l'enfance (New
York 1990) et lors de la conférence internationale sur
la nutrition (Rome 1992) à réduire puis à éliminer l'avitaminose
A et ses effets d'ici l'an 2004.
Rôle physiologique de la vitamine
A
La vitamine A est une substance indispensable à la vie
humaine. Elle intervient dans plusieurs fonctions particulièrement
:
- La synthèse des pigments visuels nécessaires pour
la vision nocturne,
- La défense immunitaire,
- La détoxication hépatique (antioxydant),
- Le métabolisme des hormones stéroïdes,
- La croissance.
Besoins physiologiques
La qualité de vitamine A recommandée dans l'alimentation
dépend de l'âge, du sexe et de l'état physiologique de
l'individu. Les besoins journaliers en vitamine A sont
estimés à
- 370 mg/jour chez le nourrisson de 0 à 3 mois
- 350 mg/jour chez le nourrisson de 3 à 6 mois
- 320 mg/jour chez le nourrisson de 6 à 12 mois
- 390 mg/jour chez l'enfant de 1 à 6 ans
- 500 mg/jour chez l'enfant de 6 à 12 ans
- 580 mg/jour chez l'enfant de 12 à 15 ans
- 640 mg/jour chez l'enfant de 15 à 18 ans
N.B. : l'activité biologique de la vitamine A est exprimée
soit en équivalant Rétinol (E.R) soit en Unité
Internationale (U.I). un E.R correspond à une activité
biologique égale à 1 microgramme (soit 3,33 UI) de Rétinol.
Sources alimentaires de la vitamine
A
Il existe deux sources de vitamine A dans l'alimentation
:
- Vitamine A d'origine animale : Rétinol ou vitamine
A présente dans le foie, la viande, les oeufs, le beurre,
le lait et ses dérivés.
- Vitamine A d'origine végétale : Caroténoïde ou provitamine
A présente dans le persil, le coriandre, les légumes
jaunes orangés ou à feuilles vertes (les carottes, les
courges, les patates douces, les blettes, la mauve,
…) et les fruits (les pêches, les abricots…).
Conséquences de la carence en
vitamine A
L'hypovitaminose A constitue un important problème de
santé publique dans de nombreux pays en développement
tant par les lésions oculaires et la cécité dont elle
est responsable, que par son action directe sur la morbidité
et la mortalité des enfants d'âge préscolaire. Le nombre
d'enfants affectés et la distribution géographique du
problème sont nettement plus importants qu'on ne l'imaginait
il y a quelques années.
La carence en vitamine A est responsable de plusieurs
complications dont :
- Les troubles cutanés à type de sécheresse de la peau,
avec épaississement de la couche cornée,
- Une héméralopie rendant difficile la vision nocturne,
- Une xérophtalmie,
- Une atteinte des glandes lacrymales avec dessiccation
de oeil,
- Une kératomalacie ou ramollissement de la cornée avec
ulcération et fonte oculaire (au stade avancé de la
carence),
- Une fragilité vis à vis des infections des appareils
respiratoire et digestif,
- Des troubles de la croissance osseuse,
- Un appétit réduit chez l'enfant
- La carence en vitamine A est souvent associée aux
infections respiratoires aiguës, aux maladies diarrhéiques
et autres infections et parasitoses intestinales, aggravant
à leur tour la malabsorption des autres micronutriments
Situation épidémiologique
au Maroc
L'enquête régionale sur la carence en vitamine A réalisée
par le Ministère de la Santé en 1996 a montré une prévalence
chez les enfants âgés de 6 à 72 mois de 40,9% (taux de
Rétinol £ 200 mg/l) dont 3,2% ont une carence sévère (taux
de Rétinol £ 100 mg/l).
L'enquête a révélé que les régions montagneuses sont
plus touchées (47,1%). La prévalence est de 39 % au niveau
des plaines contre 38,7 % pour le reste du pays avec une
prédominance pour le milieu rural (45,5 % contre 34,9
% en milieu urbain).
Moyens de lutte
1- Education nutritionnelle
Il y a lieu de conseiller les mères sur la nécessité
de :
- Pratiquer l'allaitement au sein exclusif jusqu'à 6
mois. Le lait maternel renferme beaucoup de vitamine
A pour autant que le régime alimentaire de la mère en
contienne suffisamment.
- Diversifier l'alimentation afin que le régime soit
équilibré et riche en produits naturels contenant la
vitamine A (lait, beurre, poireaux, épinards, choux,
carottes, tomates).
- Consommer l'huile de table qui sera prochainement
fortifiée par la vitamine A.
2- Supplémentation
a- Supplémentation préventive
- Chez l'enfant :
La supplémentation des enfants de moins de 2 ans,
se fait à partir de l'âge de 6 mois par des capsules
de vitamine A, à raison de :
- Enfants de 6 mois = 100.000 UI
- Enfants de 12 mois = 200.000 UI
- Enfants de 18 mois = 200.000 UI
A partir de l'âge de 6 mois, et à chaque contact
avec l'enfant, le personnel de santé vérifie
si la vitamine A a été administrée selon la
calendrier national. Le rattrapage se fait jusqu'à
l'âge de 2 ans en respectant un intervalle de
6 mois entre 2 prises.
- Chez la mère
La supplémentation en vitamine A doit aussi concerner
la mère en post-partum. La dose est de 200.000 UI
et doit être administrée au plus tard dans le mois
qui suit l'accouchement, du fait qu'à cette période
la probabilité d'une grossesse est presque nulle.
En effet, la vitamine A ne doit pas être administrée
aux femmes enceintes en raison de ses effets tératogènes.
Il est recommandé de profiter de la consultation
postnatale pour supplémenter la femme en vitamine
A (en même temps que le B.C.G. pour le nouveau-né).
b- Supplémentation curative
En dehors des provinces où la nouvelle stratégie
de Prise en Charge Intégrée des Maladies de l'Enfant
(PCIME) a été mise en oeuvre, la supplémentation
curative devra être assurée par le médecin en
attendant l'extension de cette stratégie.
La vitamine A en supplémentation curative doit
être donnée uniquement pour les enfants de plus
de 6 mois pour les pathologie énumérées dans le
tableau suivant.
| Dose de vitamine A
selon la pathologie |
| Pathologie |
Tranche
d'age |
| |
Enfants
de 6 à 11 mois révolus |
Enfants
de 12 mois et plus |
| Rougeole |
Une dose de 100.000 UI à J1, J2, J30 |
Une dose de 200.000 UI à J1, J2, J30 |
| Malnutrition protéinoénergétique |
* Une dose de 100.000 UI |
* Une dose de 200.000 UI |
| Insuffisance pondérale |
* Une dose de 100.000 UI si l'enfant
n'a pas reçu de capsules depuis 1 mois |
* Une dose de 200.000 UI si l'enfant
n'a pas reçu de capsules depuis 1 mois |
| Anémie sévère |
* Une dose de 100.000 UI (accompagnant
la supplémentation en fer/acide folique) |
* Une dose de 200.000Ui (accompagnant
la supplémentation en fer/acide folique) |
| Diarrhée persistance |
* Une dose de 100.000 UI |
* Une dose de 200.000 UI |
Le traitement de la rougeole par la vitamine A réduit
de moitié la mortalité (attribuable à la rougeole
aiguë) et prévient les troubles oculaires. La vitamine
A aide également le système immunitaire à prévenir
d'autres infections ce qui explique son indication
dans les autres pathologies susmentionnées.
A chaque administration de vitamine A à l'enfant,
la date est notée sur le carnet de santé ou sur la
carte de vaccination, ceci est important car des doses
répétées et rapprochées de vitamine A peuvent entraîner
un surdosage dangereux pour l'enfant.
En cas de malnutrition sévère, d'anémie grave, donner
la dose indiquée même si l'enfant a reçu une capsule
depuis un mois. En effet dans ces cas là il n'y a
pas de risque de surdosage l'enfant ayant utilisé
toutes ses réserves.
3- Fortification
Les aliments qui se prêtent à la fortification en
vitamine A sont : l'huile, le beurre, le lait et ses
dérivés en raison de la solubilité de cette vitamine
dans les corps gras.
Un projet de fortification de l'huile de table par
la vitamine A, en collaboration avec l'Association
des Corps Gras, est en cours dans notre pays. Cette
huile fortifiée sera reconnaissable par un logo spécifique.
Conclusion
La carence en vitamine A est une réalité bien présente
au Maroc ;le programme de lutte contre ce fléau a commencé
déjà a prouver son utilité et son efficacité ;ce programme
doit toujours faire partie d'une prise en charge globale
des problèmes de santé notamment des carences en vitamines
; en oligo-éléments et carence protéino- énergétique .
Ce programme nécessite une réévaluation périodique et
une adaptation aux résultats obtenus afin que l'objectif
'' L'élimination de l'avitaminose A d'ici l'an 2004 ''
soit réalisé.
Réferences
- A.SOMMER,OMS,la carence en vitamine A et ses conséquences.
Guide pratique de dépistage et de lutte,1995,3éme édition
- D.S. ROSEN et coll. HKI. To assess community risk
of vitamin A deficiency, 1993
- IVACG. Safe dose of vitamin A during pregnancy and
lactation, 1998
- Ministère de la santé - Maroc - Enquête régional sur
la carence en vitamine A, 1997
- Ministère de la santé - prise en charge intégrée des
maladies de l'enfant. Module PCIME 2000
- Ministère de la santé - Les carences en micronutriments.
2001
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