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Communications scientifiques

Rupture d’anévrysme mycotique cérébral révélant une endocardite infectieuse

K. Dami, N. Cherif Idrissi, O. Essadki, A. Ousehal
Service de radiologie, CHU Mohammed VI . Marrakech - 16 février 2005

 

Résumé

La rupture d’anévrysme mycotique est une complication rare et grave de l’endocardite infectieuse. Les auteurs rapportent un cas de rupture d’anévrysme cérébral bilatéral révélant une maladie d’Osler chez une jeune de 22 ans. Le diagnostic d’hémorragie cérébrale a été fait par TDM, celui d’anévrysme par Angio-IRM.
Mots-clés : hémorragie cérébrale/ anévrysme mycotique/ endocardite bactérienne/ TDM/ IRM/ Angiographie cérébrale

Introduction

Les hémorragies cérébrales par rupture d’anévrysme mycotique sont des complications rares (0,3 à 1,8%) et graves de la maladie d’Osler. Nous rapportons une observation explorée par TDM et angio-IRM.

Observation

Patiente de 22 ans, porteuse d’une valvulopathie rhumatismale à type d’IM depuis l’âge de 16 ans, qui a présenté 10 jours avant son hospitalisation de façon brutale des troubles de la conscience avec hémiplégie droite évoluant dans un contexte fébrile. La tomodensitométrie cérébrale (fig1) a mis en évidence un volumineux hématome pariéto-occipital gauche exerçant un effet de masse sur le ventricule latéral. Devant l’absence d’amélioration de l’état neurologique, une autre TDM a révélé l’apparition d’un nouveau hématome frontal droit. L’échocardiographie avait objectivée des végétations valvulaires. Une IRM cérébrale (fig2) avec des séquences angio-IRM (fig3 et 4) ont été réalisées et qui ont confirmé la présence d’anévrysme bilobé de la branche précentrale l’artère cérébrale moyenne droite mesurant 4 mm de diamètre. Le diagnostic d’anévrysme mycotique a été retenu sur le siège et la clinique. La patiente a été mis sous bithérapie mais l’évolution a été fatale.

Hématomes l’un temporo-pariétal droit
l’autre pariéto-occipital gauche

FIG 1 : TDM sans contraste FIG 2 : IRM en séquences T2
FIG 1 : TDM sans contraste FIG 2 : IRM en séquences T2
FIG 3 : Angio IRM FIG 4 : Angio IRM : anévrysme sacculiforme (flèche)
FIG 3 et 4 : Angio IRM: anévrysme sacculiforme (flèche)

Discussion

Les hémorragies cérébrales au cours de l'endocardite infectieuse relèvent de mécanismes multiples: transformation hémorragique d'un accident ischémique, complication d'une artérite septique ou rupture d'un anévrysme mycotique [1, 2, 3]. Cette dernière éventualité est la moins fréquente, l'incidence de l'anévrysme mycotique étant faible depuis l'avènement de l'antibiothérapie : 4 à 6 % des séries angiographiques [4] et 10 % des autopsies [2], avec un risque de rupture évalué à 10 % [5]. La rareté de l'hémorragie anévrysmale -de I % des endocardites contraste avec la gravite de son pronostic : 80 % de mortalité [1].
La formation des anévrysmes mycotiques est directement liée à la survenue d'emboles septiques. Selon le degré d'infectivité et la précocité du traitement antibiotique, l’atteinte bactérienne de la paroi vasculaire est à l'origine d'une hémorragie par artérite aiguë, d'un anévrysme en cas d'infection pariétale par le biais des vasa vasorum ou d'une abcédation [6]. Cela explique d’une part la formation précoce des anévrysmes, le plus souvent au début d'infection, avant toute antibiothérapie ou dans les quatre premiers jours suivant son instauration et d’autre part le caractère exceptionnel des ruptures anévrysmales tardives [1].

Bien que I'IRM et l'ARM puissent identifier les anévrysmes mycotiques, l'angiographie reste l'examen de référence [1]. La localisation anévrysmale est très évocatrice dans notre cas et a permis de suspecter le diagnostic d'endocardite, où la présence de lésions bilatérale était également très suggestive. Leur siège sur le territoire distal de l'artère cérébrale moyenne (branches secondaires et tertiaires) est la règle, les anévrismes étant moins fréquents sur les artères cérébrales antérieures et postérieures, rares sur le polygone de Willis et exceptionnels sur les vaisseaux exocraniens [7]. Toutefois, l'examen n'est pas sans risque, et la mortalité par rupture d'anévrysme serait augmentée de 40 % après angiographie [8]. C'est la raison pour laquelle les indications de l'angiographie et sa date de réalisation sont débattues en cas d'endocardite avec complications neurologiques. Systématique pour certains [9], elle doit être réservée pour d'autres aux seules complications hémorragiques [9]. En revanche, il est indispensable de répéter à distance l'inventaire angiographique après la découverte d'un anévrysme mycotique, afin d'évaluer la réponse au traitement antibiotique, de détecter l'apparition de nouvelles malformations et d'identifier les anévrysmes qui persistent ou dont la taille augmente [10].
La prise en charge des anévrysmes mycotiques intracrâniens reste difficile et dépend de multiples facteurs : état général et cardiovasculaire du malade, caractéristiques morphologiques de la malformation, existence ou non d'une fissuration et d'une hémorragie intracrânienne, nécessité de poursuivre un traitement anticoagulant. De la sorte, l'attitude thérapeutique peut aller de l' intervention neurochirurgicale précoce au seul traitement médical.
L'exclusion neurochirurgicale de la malformation n'est possible que chez un patient dont l'état cardiovasculaire est stable et en cas d'anévrysme unique [6]. Elle n'est indiquée que s'il existe un risque hémorragique ou en cas d'hématome mal toléré. L'exclusion anévrysmale par voie endovasculaire par embolisation est possible mais également difficile en raison de la topographie distale des anévrysmes ; elle peut améliorer le pronostic en permettant une chirurgie cardiaque avec circulation extracorporelle initialement contre-indiquée par une hémorragie cérébrale récente [10] et a l'avantage sur la chirurgie directe d'être applicable sous traitement anticoagulant.
Les anévrysmes mycotiques peuvent régresser sous antibiothérapie dans 50 % des cas [1]. Un traitement médical peut donc être envisagé sous surveillance clinique et neuroradiologique si l'hématome est bien supporte et si l'endocardite est contrôlée par l'antibiothérapie. C'est la seule solution possible en cas de contre-indication chirurgicale.

Conclusion

La rupture d’anévrysme mycotique compliquant une endocardite d’Osler est rare et de mauvais pronostic. Le diagnostic de rupture se fait par TDM et la recherche d’anévrysme par Angio-IRM ou angiographie.

Références

  1. A. Le Bayon, O. Lebourg, J.M. BIard, M. Pages. Hémorragie cérébrale par rupture d'anévrysme mycotique. Rev Méd Interne: 2002; 23: 469-73
  2. Masuda J, Yutani C, Waki R, Ogata J, Kuriyama Y, Yamagu- chi T. Histopathological analysis of the mechanisms of intracranial hemorrhage complicating infective endocarditis. Stroke 1992 ; 23 : 843-50.
  3. Hart RG, Kagan-Hallet K, Joems SE, Beaurain S, Dalecky A, Cohen F, et al. Mechanisms of intracranial hemorrhage in infective endocarditis. Stroke 1987 ; 18 : 1048-56.
  4. FraseJG, Cahn LD. Bacterial intracranial aneurysms. J Neurosurg 1980; 53: 633-41
  5. Molinari GF, SmithL. Pathogenis of cerebral mycotic aneurysms. Neurology 1973; 23: 97-100
  6. Brust JC, Dickinson P. The diagnosis and tratement of cerebral mycotic aneurysms. Ann Neurol 1990; 27: 238-46
  7. Van DerMeulen JH, Weststrate W. Is cerebral angiography indicated in infective endocarditis, Stroke 1992; 23: 1662-7
  8. Kanter MC, Hart RG. Cerebral mycotic aneurysms are rare in infective endocarditis. Ann Neurol1990 ; 28 : 590-1.
  9. Corr P, Wright M. Endocarditis-Related cerebral aneurysms: radiologic changes with tratement. AJNR 1995; 16: 745-8
  10. Remadi JP, de SalleH, Baron O. Anévrysme mycotique au cours d’une endocardite mitrale bactérienne aigue à propos d’un cas. Arch Mal coeur Vaiss 1998; 24:1103-8

K. Dami, N. Cherif Idrissi, O. Essadki, A. Ousehal
Service de radiologie, CHU Mohammed VI . Marrakech - 16 février 2005

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