Le guide de la médecine et de la santé au Maroc Drapeau du Maroc

Sommaire
Page d'accueil
Présentation du site
Les éditos
La bibliothèque de Santé Maghreb
Congrès et séminaires
Annuaire de la santé en Afrique
Forum de la santé en Afrique
Le web médical marocain
Qui contacter à propos de ce site ?


Lisez Médecine
du Maghreb
Médecine du Maghreb

Communications scientifiques

Phlegmon à Pasteurella multocida : à propos d’une observation cas

M. Bouabdellah, MR. Tagajdid, A. Zerrour, X. A. Ameziane, A. Benouda
Service de Microbiologie, Hôpital Sheikh Zayed, Rabat

Correspondant : M. R. TAGAJDID
Service de Microbiologie, Hôpital Sheikh Zayed, Rabat
E-mail : reda.tagajdid@laposte.net
Tél. : + 212 63 63 24 13

 

Résumé

Pasteurella multocida est une bactérie pouvant être responsable d’infections locales souvent consécutives à des morsures ou griffades de chat ou de chien. Un examen bactériologique devrait être effectué devant tout abcès ou phlegmon avec notion de morsure ou griffade de chats permettant ainsi une prise en charge thérapeutique rapide et adéquate et d’éviter les complications inhérentes à la pasteurellose d’inoculation. A travers cette observation, les auteurs évoquent, outre l’aspect physiopathologique, les difficultés à la mise en évidence du germe ainsi que l’indispensable contribution de la coopération entre biologiste et clinicien.  

Introduction

Pasteurella multocida est une bactérie pouvant être responsable d’infections locales souvent consécutives à des morsures ou griffades de chat ou de chien. Une algodystrophie rebelle voire une impotence fonctionnelle peuvent s’installer en absence de prise en charge adéquate et rapide. A travers cette observation, les auteurs évoquent, outre l’aspect physiopathologique, les difficultés à la mise en évidence du germe ainsi que l’indispensable contribution de la coopération entre biologiste et clinicien.

Observation

Madame XC, âgée de 56ans a été admise aux urgences de l’Hôpital Sheikh Zayed pour un phlegmon de la main droite occasionnant des douleurs intenses. A l’entrée, la patiente était apyrétique et l’anamnèse ne faisait état d’aucun antécédent particulier hormis une notion de morsure de chat. Après synovectomie justifiant une antibioprophylaxie post-opératoire à base de céfalotine, le pus récolté a été acheminé au Laboratoire de Microbiologie. L’examen direct à la coloration de Gram a révélé la présence de cocco-bacilles à Gram négatif. La mise en culture –immédiate– en anaérobiose a individualisé, exclusivement dans le milieu de gélose au sang et après 24 heures, trois colonies transparentes avec présence de cocco-bacilles à Gram négatif. Les absences de pousse dans le milieu de gélose au sang additionné d’acide nalidixique, dans le milieu de Sabouraud ainsi que dans le milieu liquide de Shlider sont à signaler. La galerie API20E réalisée à partir d’une suspension concentrée dans l’eau distillée stérile, comme le recommande le CA-SFM, a permis une bonne identification de Pasteurella multocida malgré une oxydase négative et une absence de production d’indole. L’étude de la résistance aux antibiotiques s’est faite par technique d’antibiogramme en diffusion sur milieu gélosé par écouvillonnage concentré conformément aux recommandations du CA-SFM ; elle a rapporté une résistance à l’érythromycine aux lincosamides et aux aminosides et une sensibilité aux ß-lactamines, aux tétracyclines et aux quinolones. La patiente a alors été mise sous ciprofloxacine, ampicilline et métronidazole après rendu des résultats. La nette amélioration de son état lui a permis de quitter l’hôpital après trois jours.

Discussion

Pasteurella multocida est une bactérie commensale intracellulaire microaérophile colonisant les muqueuses des voies aériennes supérieures et de la cavité buccale de plusieurs espèces animales. Elle peut être responsable d’anthropozoonoses consécutives à une morsure, une griffade ou un léchage par des animaux domestiques tels le chat ou le chien ; il s’agit de pasteurelloses d’inoculation. Ce germe possède une capsule riche en acide hyaluronique qui lui confère une résistance à la phagocytose. Les lipopolysaccharides constituants de la membrane externe se comportent comme une endotoxine lui conférant son pouvoir pathogène. La présence d'une toxine protéique qui stimule l'action des ostéoclastes et entraîne des remaniements osseux et articulaires chez l'animal n’est pas démontrée chez l'homme. D’autre part, le type de défense immunitaire que développe l’organisme est humoral. Après opsonisation, les polynucléaires phagocytent les corps bactériens. Un syndrome inflammatoire et douloureux se développe en quelques heures au point d’inoculation pouvant se compliquer de la formation d'abcès oedématisés. La brièveté de l'incubation est caractéristique. Au stade aigu, l’impotence fonctionnelle peut s’installer et un syndrome d’algodystrophie rebelle peut apparaître en absence de traitement adéquat. La précocité du prélèvement augmente les chances d'isoler la souche de Pasteurella multocida. En l'absence de traitement, l'infection peut guérir spontanément en une dizaine de jours, se compliquer localement en arthrites aiguës suppuratives, ténosynovites ou ostéites ou bien évoluer vers une forme subaiguë avec broncho-pneumonie, pleuro-pneumonie,  endocardite, méningite, péritonite ou voire même septicémie.

Cet examen bactériologique s’est révélé délicat à différentes étapes en raison de différents éléments inhérents à la nature du germe :

  • l’examen direct : difficulté à identifier des coccobacilles Gram négatif pour un œil non aguerri,
  • la culture : pousse difficile car le germe est fragile, intracellulaire, exigent et micro aérophile et les colonies transparentes rares et à peine visibles,
  • les caractères biochimiques -oxydase et indole- inconstants.

Cependant, d’autres éléments ont concouru à une identification précoce :

  • L’anamnèse correctement menée : notion de morsure de chat.
  • La description clinique : pus provenant d’un phlegmon de la main, douleurs intenses ont orienté le choix des examens et les modalités inhérentes à ce germe fragile.
  • La phase pré analytique : rapidité du transport conditionnant la survie de ce germe fragile.
  • La rapidité d’exécution de l’examen bactériologique (ED, cultures, identification et autres examens).
  • La persévérance dans la recherche à L’ED et après culture
Par ailleurs, l’antibiogramme s’étant révélé caractéristique de l’espèce sauvage et a permis une prise en charge thérapeutique adéquate à base de ciprofloxacine et d’ampicilline ainsi que de métronidazole, antibactérien efficace sur les germes intracellulaires.

Conclusion

Un examen bactériologique devrait être effectué devant tout abcès ou phlegmon avec notion de morsure ou griffade de chats (nombreux dans notre pays) permettant ainsi une prise en charge thérapeutique rapide et adéquate et d’éviter les complications inhérentes à la pasteurellose d’inoculation. Ceci ne peut se concrétiser qu’avec une bonne coopération entre biologiste et clinicien rendant disponibles des données anamnestique et clinique, orientant la démarche du biologiste et permettant un rendu plus rapide et plus précis des résultats.

Référence

  • F Dziva, A P. Muhairwa, M Bisgaard and H Christensen. Diagnostic and typing options for investigating diseases associated with Pasteurella multocida. Veterinary Microbiology, Volume 128, Issues 1-2, 1 April 2008, Pages 1-22.
  • C Tjen, S Wyllie and A Pinto. Pasteurella meningo-encephalitis – A risk of household pets. Journal of Infection, Volume 55, Issue 5, November 2007, Pages 479-480.

 

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!

NG COM Santé Tropicale
Copyright © 2008 Santé tropicale - APIDPM. Tous droits réservés. Site réalisé et développé par Santé tropicale - APIDPM