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Avril 2003
L'insuffisance parathyroïdienne chez l'enfant (hypoparathyroidism in children)

par les docteurs ELHAFIDI NAIMA, A .GAOUZI, B.BENHAMOU F. MSEFER ALAOUI. - Service de pédiatrie générale, endocrinologie, neurologie - hôpital d'enfant Rabat (P II A) - 22 avril 2003

L'une des étiologies d'hypocalcémie chez l'enfant, est le dysfonctionnement de la glande parathyroïde. Elle peut être causée par un déficit en hormone parathyroïdienne (hypoparathyroïdie) ou une résistance de tissus cibles à l'action de la PTH (pseudohypoparathyroïdie) (1,2).

Dans les deux pathologies, l'hypocalcémie est associée à une hyperphosphatémie. Ils sont alors distingués par la mesure de la concentration plasmatique de la parathormone qui est classiquement basse dans l'hypoparathyroïdie et élevée dans la pseudohypoparathyroïdie.

L'hypoparathyroïdie peut être héréditaire, congénitale ou acquise, permanente ou transitoire. L'hypocalcémie, l'hyperphosphatémie et le taux bas de parathormone sont associés à un taux bas et inapproprié de 1,25 dihydroxyvitamine D3 avec un taux normal des phosphatases alcalines (2,9).

L'hypoparathyroïdie congénitale se présente souvent dans un tableau d'hypocalcémie néonatale, qui nécessite un traitement ne dépassant généralement pas le 6ème mois de vie. Cependant il existe des formes incomplètes qui peuvent passer inaperçue à la période néonatale et ne se déclarer qu'à l'adolescence à l'occasion d'une perturbation de l'homéostasie calcique.

La majorité des cas d'hypoparathyroïdies (2,6) congénitales font partie du syndrome du Di George, qui résulte d'un défaut du développement de 3ème et 4ème poches branchiales. La traduction clinique est fonction de la sévérité du défect embryologique, l'hypoparathyroïdie due à une agénésie des glandes parathyroïdes est associée à une hypoplasie thymique avec déficit immunitaire et à divers malformations congénitales dont les plus fréquentes sont les anomalies cardio-vasculaires. Des anomalies chromosomiques sont associées, la plus fréquente étant la monosomie 22q11.Des formes à transmission autosomique dominante ont été décrites chez plusieurs familles (2,6).

Le syndrome de Kenny caffey (KCS) associe un retard de croissance, des anomalies osseuses et une hypocalcémie, qui est de révélation essentiellement néonatale, mais une forme fruste à révélation tardive a été décrite. Il est transmis selon le mode autosomique dominant, et des cas sporadiques sont observés. Récemment; KCS a été lié à une anomalie du chromosome1 q42-q43 (3).

L'hypoparathyroïdie congénitale peut aussi faire partie d'un syndrome de kearns-sayre. Ce syndrome est lié à une maladie mitochondriale qui se caractérise par son début dans l'enfance et la grande variabilité de son tableau clinique. La triade ophtalmoplégie externe, ptosis avec rétinite pigmentaire, et le trouble de la conduction intracardiaque étant constante.

D'autres formes d'hypoparathyroïdies chroniques et qui sont dit idiopathiques, comportant parfois un caractère familial ont été récemment décries. Parmi ces syndromes, on peut citer le syndrome de Sanjad Sakati (8) le syndrome de Barakat. Tous les modes de transmission peuvent se voir, mais la forme autosomique dominante est la forme la plus fréquente. Le mode de transmission autosomique récessif est plus rare, de même que le mode récessif lié au sexe dans lequel une absence de tissu parathyroïdienne a pu être mise en évidence.

Le diagnostic est évoqué devant des convulsions à début précoce, l'enquête familiale et les examens paracliniques permettent de redresser le diagnostic d'épilepsie héréditaire ou de troubles psychiques.

Enfin, une hypoparathyroïdie a été décrite occasionnellement dans un certain nombre de syndromes, récemment reconnu comme une entité pathologique particulière la micro délétion du chromosome 22q11.

L'hypoparathyroïdie auto-immune(6,7) constitue la cause la plus fréquente d'hypoparathyroïdie. Elle est à l'origine d'environ 40% des d'hypoparathyroïdies acquise de l'enfant et se manifeste généralement après la 2ème année de vie. L'hypoparathyroidie peut être isolée ou survenir dans un contexte évoquant une origine autoimmune : association chez l'enfant et dans sa famille d'affections dont la nature auto-immune est démontrée ou suspectée, tels qu'une insuffisance surrénale, un diabète, une thyroïdite, une insuffisance gonadique, une hépatite chronique ou une anémie de Biermer. L'association la plus fréquente comporte une hypoparathyroïdie chronique, une insuffisance surrénale périphérique et une candidose (triade de Whitaker).

La constitution d'hypoparathyroïdie au cours du traitement de la b thalassémie majeure est directement liée à l'infiltration de la glande par des dépôts de fer et s'exprime souvent après dix ans de traitement. L'hypoparathyroïdie post opératoire est une étiologie rare chez l'enfant du fait de la rareté d'une telle intervention de même que les formes acquises d'hypoparathyroidie par infiltration de la glande parathyroïde notamment au cours d'une sarcoïdose, amylose, tuberculose, ou infiltration métastatique d'un cancer primitive.

L'hypomagnésémie primitive du nouveau-né reste un syndrome rare, le mécanisme invoqué est un blocage de la sécrétion de PTH créant une hypoparathyroïdie fonctionnelle.

L'hypocalcémie ne se corrige qu'après correction de l'hypomagnésémie après administration du magnésium. Quant à l'hypocalcémie néonatale, elle peut être l'expression d'une hypoparathyroïdie transitoire néonatale, une hyperparathyroïdie maternelle ou même l'expression transitoire d'une hypoparathyroïdie congénitale qui se déclarera à un âge ultérieur ce qui justifie le plan pratique la surveillance à long terme de la calcémie chez ces enfants.

Le terme de pseudohypoparathyroïdie (1) regroupe un ensemble d'entités cliniques hétérogènes, toutes caractérisées par une résistance à l'action de la parathormone, due à un défaut variable dans la réceptivité du message hormonal.

Les hypothèses actuelles des PHP font intervenir, un défaut génétique du complexe membranaire récepteur à la PTH(1,4), protéines G et l'unité catalytique de l'adényl cyclase qui transforme l'ATP en AMP cyclique, qui active une protéine kinase dépendante d'AMP cyclique et aboutit aux effets physiologiques de la PTH.

L'hydroxylation de la vitamine D et l'action phosphaturiante de la PTH sont médiés par cette production cellulaire d' AMPc .
Chaque forme clinique correspond à l'atteinte d'un maillon de la chaîne récepteur - Gs - adénylate cyclase - protéines kinases. Le test à la PTH, en identifiant le niveau défectueux, permet de préciser le type de la maladie puisqu'il permet de mieux étudier l'impact de l'hormone sur le tubule rénal. Schématiquement, l'AMPc urinaire ou plasmatique reste bas dans le type I, alors qu'il s'élève dans le type II.

Actuellement, la classification a évolué en fonction du test à la PTH exogène (1,5) et de l'activité biologique de la protéine G.
Plusieurs types dont décrits :

  • Le type Ia : correspondrait à la forme complète d'Albright,, avec syndrome dysmorphique, absence de réponse pour l'AMP cyclique et la phosphaturie au test de la PTH, l'activité de la protéine G est largement déficitaire et le tableau est associé à un syndrome de résistance hormonale multiple(1,10), notamment une résistance thyroïdienne. Ce syndrome correspondrait à une forme génétique de transmission autosomique, dominante ou récessive, selon les auteurs .
  • Le type Ib se différentie du type Ia par une activité de la protéine G normale, sans OHA et sans atteintes endocriniennes. Il serait secondaire à une anomalie de la régulation du gène codant le récepteur de la PTH
  • Le type Ic : associe tous les critères clinico-biologiques de la PHPIa, mais sans anomalie de la proteine G, suggérant l'atteinte d'un autre effecteur de la transduction du signal comme l'adénylate cyclase.
  • Le type II : est définit par l'existence inconstante d'une ostéodystrophie d'Albright et surtout d'une réponse dissociée lors du test à la PTH, si la phosphaturie reste non stimulante, témoignant de la résistance hormonale, les taux d'AMPc urinaire augmentent, suggérant une anomalie des voies de transduction du signal en aval de l'adényl cyclase.

Les expressions cliniques et biologiques peuvent être très variables chez les patients d'une même famille et peuvent concerner de façon très différentes les tissus cibles. Ainsi, le terme de pseudopseudo- hypoparathyroidie a été utilisé pour des patients ayant une résistance osseuse isolée à la PTH, avec une normocalcémie et un test à la PTH élevant normalement l'AMP cyclique. Il semblerait qu'il s'agisse de la même anomalie génétique que le type Ia mais qui est soumise à un phénomène d'empreinte génomique.

L'expression ubiquitaire du système de transduction du signal par les protéines G explique la grande hétérogénéité de présentation clinique de ces patients. En effet, à côté des formes classiques, le diagnostic doit être évoqué devant une grande variété de signes. Mélanodermie, petite taille, brachymétacarpie, puberté précoce, syndrome de Turner avec caryotype XX, craniosténose, canal lombaire étroit.

Le dosage de la protéine G stimulant l'adénylate-cyclase est fondamental. Une étude génétique des sujets malades et des membres de la famille même asymptomatique est forte intéressante puisqu'on peut noter des mutations, en particulier au niveau du gène de la sous unité a de la protéine G. Plusieurs anomalies concernant la PHP type Ia sont décrites et pourraient se situer au niveau du chromosome 20. Les mutations sont maintenant révélées grâce au développement des techniques d'amplification du génome et illustrent l'hétérogénéité génétique du syndrome des PHP.

Des études multicentriques sont désormais nécessaires pour centraliser ces cas, encore mal connus, car peu fréquents dans la pratique endocrinologique courante. Il favoriserait aussi le développement des enquêtes génétiques et une meilleure compréhension des mécanismes impliqués dans la défaillance de la transmission du message hormonal.

Le traitement de ces syndromes d'insuffisance parathyroïdienne (de sécrétion ou d'action) est en apparence identique. Son but est de corriger l'hypocalcémie et l'hyperphosphatémie tout en contrôlant la calciurie. Il fait appel à la supplémentation calcique complétée par une vitaminothérapie D. Sa gestion biochimique est très difficile.
Les compléments thérapeutiques sont parfois utiles. La réduction de la phosphorémie ( par les gels d'aluminium ) ou la calciurie ( par diurétiques thiazidiques).
Le traitement des atteintes endocriniennes est parfois nécessaire, sans oublier une prise en charge psychologique chez certains malades. La précocité du traitement est essentielle pour minimiser chez l'enfant le retard statural et les troubles psychomoteurs.

Références :

1. CAREL.J.C, GARABEDIAN.M, MALLET.E, CHAUSSAIN.J.L
Pseudohypoparathyroidies : nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques Arch Pediatr 1997 ; 4(suppl) : 865-905

2. DAVID
L Hypocalcémie - Tétanie - Insuffisance parathyroidienne Pédiatrie & endocrinologie - croissance. SIMEP 1984 : 381-388

3. DIAZ. G.A, KHAN . K.T, GELB .B.D
The autosomal recessive kenny-Coffey syndrom locus maps to chromosome 1q42-q43, Genomics 1998 54: 13-18

4. GALTIER DEREURE F, BRINCIER J, JAFFIOL C
Le pseudohypoparathyroidisme : du gène à la clinique Rev Franç ENdocrinol Clin, 1994 (Mars-Avril) ; 35 : 2

5. HASSLER P, BOLENDER CH, VUILLEMIN MO, REVILLE P
Intérêt d'un test simplifié à la parathormone 1-34 biosynthérique dans l'exploration des pseudohypoparathyroidies. La presse Médicale 25 sept 1993 ; n°28 : 22

6. MALLET. R, MARGUET .C .
Hypo et pseudohypoparathyroïdies Métabolisme phosphocalcique chez l'enfant 119-129

7. PERHEENTUPA J.
Autoimmune polyendocrinopathy - Candidiasis _ Ectodermal dystrophy (APECED) Horm Metab Res 1996 ; 28 : 353-356

8. SANJAD .S, SAKATI .N, ABU OSBA .V
Congenital hypoparathyroidism with dysmorphic features : a new syndrome Pediat Res, 1988 : 22

9. VALENSI. P
Hypoparathyroidies, Encycl Med Chir (Paris- France) Endocrinologie Nutrition 10-012-A-10, 1993, 7p

10. VLAEMINCK GUILLEM V, WEMEAU JL
Les pseudohypoparathyroidies et le concept de résistance hormonale Diagnostic, classification et traitement La presse médicale, 1999 ; 28 : 1438-41

Résumé :

L'une des étiologies d'hypocalcémie chez l'enfant, est le dysfonctionnement de la glande parathyroïde. Elle peut être causée par un déficit en hormone parathyroïdienne (hypoparathyroïdie) ou une résistance des tissus cibles à l'action de la PTH (pseudohypoparathyroïdie). Dans les deux pathologies, l'hypocalcémie est associée à une hyperphosphatémie. Ils sont alors distingués par la mesure de la concentration plasmatique de la parathormone qui est classiquement basse dans l'hypoparathyroïdie et élevée dans la pseudohypoparathyroïdie. Il s'agit d'une entité pathologique caractérisée par la variété des expressions cliniques et les multiples syndromes cliniques exprimant cette insuffisance

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