| A.Habzi, K. El baroudi, MS. Lahbabi, S.
Benomar
Service de néonatologie et soins intensifs - Hôpital
d ‘enfants CH Ibn Rochd Casablanca Maroc
Email : a.habzi@
caramail .com - mis en ligne le 24 septembre 2007
Introduction
La maladie des membranes hyalines (MMH) représente
une étiologie fréquente de la détresse
respiratoire néonatale au Maroc et à travers
le monde.
Elle constitue un défit pour les néonatologistes
et le Ministère de santé en raison du pronostic
vital qui est mis en jeu.
Habituellement ; la MMH fait l'apanage du nouveau-né
prématuré, mais elle peut se voir chez le nouveau
né à terme (nouveau-né de mère
diabétique ou suite à une césarienne
programmée à 38 SA). Le diagnostic repose essentiellement
sur des arguments cliniques, radiologiques et biologiques.
La prise en charge est lourde et complexe. Dans ce sens, il
faut regrouper les efforts des obstétriciens, des néonatologistes
et médecins de la santé publique ou du secteur
privé pour lutter contre les facteurs de risque de
la MMH et insister sur la place de la corticothérapie
anténatale.
Epidémiologie
L’incidence globale de la MMH est
variable à travers les expériences et les séries
mondiales. Ainsi, aux USA, 25 000 cas/an, soit un taux de
0.63% de l’ensemble des naissances ; 5000 cas/an
au Royaume Uni [1]. Au Mexique 0,68% des
naissances [2] ; Le taux de prématurité
a augmenté en France jusqu’à 7% [3].
Concernant notre pays, aucune étude n’a été
réalisée à l’échelle nationale,
seule l’expérience du service de néonatologie
du CHU Ibn Rochd, qui a dévoilé un taux estimé
à 2.96%, basée sur une étude établie
entre 2000 et 2004 [4].
L’incidence de la MMH est toujours
inversement proportionnelle à l’âge gestationnel
[10], ainsi on trouve :
- 80% de MMH quand l’âge gestationnel <
28 SA.
- 60% de MMH quand l’âge est entre 28- et 29
SA.
- 40% de MMH quand l’âge est entre 30-31 SA.
- 20% de MMH quand l’âge est de 32 SA.
- 5% de MMH quand l’âge est > 32SA.
Le sex-ratio tends vers une prédominance
masculine ceci est expliqué par l’effet inhibiteur
des androgènes sur la maturation biochimique des phospholipides
du surfactant [10].
Physiopathologie
La MMH est due à un déficit
de synthèse de surfactant (substance produite par les
pneumocytes type II vers la 22 - 24 éme semaine d'aménorrhée)
[5]. Son action principale est tensioactive
et évite le collapsus alvéolaire en fin d’expiration.
Il joue également un rôle anti-œdème
et anti-infectieux local [6].
Sa synthèse et sa sécrétion
sont régulées par de nombreux facteurs dont
les principaux sont hormonaux. L’insuline et les androgènes
ralentissent la maturation du surfactant pulmonaire ; les
glucocorticoïdes, les œstrogènes, les catécholamines
et les hormones thyroïdiennes l’accélèrent.
Les hormones du stress interviendraient dans sa synthèse
et surtout sa sécrétion [7,8] ;
d’où l’intérêt de la corticothérapie
anténatale.
Malgré le déficit en surfactant, les alvéoles
collabées demeurent toujours perfusées entraînant
la formation de shunts droite gauches intrapulmonaires qui
intensifient la gravité de l’hypoxie et entraînent
une acidose métabolique qui a comme conséquence
une hypertension artérielle pulmonaire, à son
tour cette HTAP conduira ultérieurement à la
formation de shunt droite gauche extrapulmonaire [9,10].
Ainsi, l’hypoxie s'accentue par l’interférence
de tous ces facteurs et lorsqu’elle atteint les capillaires
pulmonaires, engendrera une souffrance cellulaire avec une
perméabilité anormale de l’endothélium
et par conséquence une inondation alvéolaire
par une substance éosinophile formant ainsi des membranes
hyalines en intra-alvéolaire [9].
A coté du déficit en surfactant ; l’immaturité
pulmonaire morphologique responsable d'un effondrement de
la compliance pulmonaire, qui n'atteint que 10 à 20
% environ des valeurs normales avec une diminution de la Capacité
Résiduelle Fonctionnelle (CRF) à environ 50
% de la normale ; ainsi pour une même pression
d'insufflation, l'inflation (le volume courant) du poumon
de MMH est beaucoup plus faible que celle d'un poumon sain.
Le nouveau-né s'adapte à cette perturbation
en augmentant sa fréquence respiratoire pour compenser
le faible volume courant qu'il peut mobiliser. En ventilation
mécanique, le recours à des pressions relativement
élevées est nécessaire pour « ventiler
» ces nouveau nés de manière efficace
[11, 12].
Les critères du diagnostic
Le diagnostic de MMH repose essentiellement sur des arguments
cliniques, radiologiques, quand au bilan biologique
il n’est de pratique courante dans notre contexte.
Les signes cliniques sont le résultat d’une
part ; d’une immaturité thoraco-pulmonaire
avec une compliance thoracique élevée et d’autre
part, les anomalies dues au déficit en surfactant avec
la diminution de la compliance pulmonaire ; le volume
courant et la CRF [13].
La détresse respiratoire au cours de la MMH est caractérisée
par un début précoce dès la naissance
ou la première heure de vie avec une aggravation de
son intensité, une oxygénodépendance
dès les premières heures de vie, puis une phase
de stabilité suivie par une amélioration entre
le 3ème et le 6ème jour « lune de
miel » [14].
Les troubles du rythme respiratoire sont prédominants,
notamment la tachypnée qui permet de garder le plus
longtemps possible une ventilation alvéolaire adéquate.
Parfois, il peut s’agir d’une bradypnnée
ou des apnées qui sont fréquentes chez le grand
prématuré. Le geignement est un signe précoce
dans la MMH, il témoigne d’une respiration à
glotte partiellement fermée au cours du temps expiratoire
ce qui permet de générer une pression positive
en intrapulmonaire qui s’oppose à la fermeture
des alvéoles [15].
Les signes de rétraction au cours de l’expiration
sont le résultat d’un désordre entre l’augmentation
de la pression négative nécessaire pour mobiliser
le volume courant et la compliance thoracique élevée ;
les signes de rétraction sont regroupés et cotés
de 0 à 2 selon le score de Silvermann.
La cyanose est constante ; elle peut être localisée
ou généralisée et témoigne d’une
insuffisance respiratoire [16].
La radiographie thoracique face faite la première heure
de vie qui met en évidence :
- un syndrome réticulogranité bilatéral
avec un bronchogramme aérien
- diminution de la transparence pulmonaire [16].
L’importance et la confluence de réticulogranités
et la diminution de la transparence à partir du hile
vers la périphérie témoigne de la sévérité
de la MMH, cette corrélation entre la radiographie
et la sévérité de la maladie a donné
une classification en quatre stades ( fig 1 ; fig 2 ;
fig 3 et fig 4).
|
Fig 1. Radiographie
thoracique objectivant une MMH stade IV |
|
Fig 2. Radiographie
thoracique objectivant une MMH stade IV |
|
Fig 3. Radiographie
thoracique objectivant une MMH stade II |
|
Fig 4. Radiographie
thoracique objectivant une MMH stade I |
Néanmoins, cet aspect radiologique n’est pas
pathognomonique à la MMH et peut prêter confusion
avec certaines infections notamment à Streptocoque
B, d’où l’intérêt d’éliminer
la possibilité d’une infection avant d’attribuer
l’aspect radiologique à la MMH. Seule la répétition
des clichés dans les 24 heures qui suivent permet alors
de mettre en évidence l’aspect typique de MMH
[13].
Dans les pays développés le bilan biologique
appelle au rapport lécithine/sphingomyéline
(lorsqu’il est inférieur à 2, il comporte
un risque de MMH), le dosage se fait à partir du liquide
amniotique, ou chez le nouveau-né dans le liquide d’aspiration
bronchique [17]. Ce dosage ne se fait pas
dans notre pratique où le diagnostic est basé
uniquement sur la clinique et la radiographie.
La prise en charge
La prise en charge du nouveau-né doit être
globale, elle doit en premier lieu traiter la détresse
respiratoire et sur un second plan évaluer et mettre
en condition les fonctions vitales.
La stratégie thérapeutique connaît
deux volets, le premier est préventif et le second
est curatif.
En effet, la prévention est la clé de réussite
pour avoir une baisse significative de l’incidence de
la MMH et par conséquent le taux de décès
néonatal par détresse respiratoire.
Cette prévention est basé sur la lutte contre
la prématurité et ses facteurs favorisants ;
ceci passe essentiellement par la surveillance étroites
des grossesses à risque, le second pilier repose sur
la mise en route d’une thérapeutique aisée,
non invasive, non coûteuse et bénéfique
: la corticothérapie.
Certes, les glucocorticoïdes ont fait preuve de leurs
efficacité concernant la baisse de l’incidence
de la MMH [18]; la méta-analyse de
Crowley [19] regroupant 15 essais randomisés
comparant un groupe de patientes recevant une cure unique
de corticoïdes à un groupe placebo et rassemblant
au total 1780 patientes dans chaque groupe. Chez les nouveau-nés
prématurés, ce traitement diminue de presque
50 % le risque de MMH, d'environ 60 % le risque d'hémorragies
intraventriculaires, de près de 70 % le risque d'entérocolite
ulcéronécrosante et réduit de 40 % le
risque de mortalité néonatale. L'effet sur la
MMH est maximal lorsque la naissance survient entre 24 heures
et 7 jours après l'administration. La corticothérapie
est actuellement proposée dans toutes les menaces d'accouchement
prématuré avant 34 semaines. Le bénéfice
d’une cure unique est incontestable alors que le bénéfice
de cures répétées reste sujet de controverse
[20].
La bétaméthasone est supposé être
plus efficace que la déxaméthasone. Cependant,
la dexaméthasone a été incriminé
dans la genèse de leucomalacie périventriculaire,
donc nous préconisons uniquement la béthaméhasone
à la dose de 12mg (1X/j) pendant 48h en intramusculaire
[20].
L’intérêt du surfactant exogène
dans un but préventif est aussi rapporté par
instillation endothéliale chez tout nouveau-né
dont l’âge gestationnel < 31 SA. Le surfactant
exogène a été utilisé la première
fois en 1980 avec des résultats spectaculaires, les
surfactants disponibles sont classés en 2 groupes selon
leur origine animale ou synthétique. Les surfactants
naturels (extraits de broyats ou de lavage broncho-alvéolaire)
sont proches des surfactants humains et semblent être
plus efficaces que les surfactants artificiels [21,22].
Cependant ; Une nouvelle génération de
surfactants synthétiques (artificiels) contenant des
protéines recombinantes ou des peptides artificiels
(KL4) mimant les effets de la SP-B et de la SP-C apparaît
comme très prometteuse [23 ;24] et
semble, sur des résultats préliminaires, être
au moins aussi efficace que les surfactants naturels.
Dans notre contexte et en comparant l’apport d’une
stratégie préventive simple et efficace à
une ventilation mécanique et ses complications ou à
l’instillation du surfactant très coûteuse ;
Il est plus logique d’insister sur la corticothérapie
anténatale et sur la sensibilisation des obstétriciens
à fin de compter sur leur collaboration.
Le deuxième volet est curatif et consiste à
une prise en charge adaptée en fonction du contexte
clinique (la sévérité de la détresse
respiratoire et son évolution).
La ventilation mécanique (VM) reste le traitement
de choix dans notre pratique courante, dans ce sens deux stratégies
sont proposées [4], la première
commence à la salle d’accouchement et consiste
à l’application d’une pression expiratoire
de pointe (PEP) par voie nasale ou endotrachéale avec
instillation du surfactant chez le grand prématuré
permettant ainsi, d’éviter le collapsus alvéolaire
et l’amélioration de la compliance pulmonaire
[25], les résultats recueillis, à
posteriori, de cette technique montre que le recours précoce
à un PEP diminuent la fréquence de la dysplasie
broncho-pulmonaire (DBP). D’autres méthodes telles
Infant Flow utilisant des PEP à débit gazeux
variable sont également utilisées.
La seconde stratégie consiste à utiliser des
pressions d’insufflation faible et en fonction de l’expansion
pulmonaire [4] c’est à dire
des petits volumes courants et une fréquence rapide
ou ventilation à haute fréquence VHF, de ce
principe trois techniques ont été élaborées
: interruption de débit à haute fréquence ;
ventilation par jet à haute fréquence et l’oscillation
à haute fréquence. Sept études randomisées
ont tenté de prouver la supériorité de
la VHF à la ventilation conventionnelle à la
phase initiale de la MMH. Trois ont été pour
mais quatre n’ont pas montré d’avantage
[26,27]. Par ailleurs, suite à l’étude
réalisée par Aubert et al. [4]
la VHF constitue le traitement de choix dans la prise en charge
des MMH sévères en cas d’échec
de la ventilation conventionnelle.
D’autres techniques telle la ventilation synchronisée
« trigger » qui adapte les efforts respiratoires
du nouveau né au respirateur entraînant une stabilité
des volumes courants, diminution du travail respiratoire ;
cette technique a démontré sa supériorité
concernant la diminution de l’incidence de la DBP [28].
Cependant, La VM conventionnelle continue à être
la technique e la plus utilisée ; visant à
garder une pression positive en intra-alvéolaire et
un gradient entre la bouche et l’alvéole. Cette
technique connue par son effet nocif vue le risque de barotraumatisme,
en fait, est réservée pour les cas avec une
dépendance à l’02 avec une Fi02 >60%
ou avec une cyanose réfractaire [29].
Parallèlement, la prise en charge globale assurant
le maintien d’un équilibre thermique (la lutte
contre l’hypothermie) et un équilibre hydroélectrolytique
avec des apports hydriques et ioniques calculés en
fonction du poids, un apport calorique satisfaisant sous forme
de perfusion de soluté glucosé à 10%.
L’alimentation n’est ; généralement ;
débutée chez les nouveau-nés qu’au
2ème jour de vie.
Classiquement, on propose le schéma suivant pour la
prise en charge des nouveau-nés en fonction de leur
âge gestationnel :
| Prévalence |
AG = 28 SA |
30 = AG = 32 SA |
AG > 32 SA |
| 1 ère intention |
* Surfactant
+
CPAP |
* CPAP |
* surveillance
* CPAP si détresse respiratoire |
| 2ème intention |
* Surfactant
+
VA |
* Surfactant
(si besoin en FiO2 > 30 %) |
* Surfactant
( si besoin en FiO2 > 40 %) |
* AG : age gestationnel. * SA : semaine d’aménorrhée.
* VA : ventilation assistée. * CPAP : pression
positive continue.
Les complications
Les complications respiratoires
:
- Les complications barométriques représentées
par le pneumothorax qui doit être suspecté
devant toute aggravation brutale ou désynchronisation
avec l’appareil,
- l’emphysème interstitiel ;
- les surinfections broncho-pulmonaires,
- l’hémorragie pulmonaire,
- l’hypertension artérielle pulmonaire persistante,
- la dysplasie broncho-pulmonaire : insuffisance respiratoire
chronique suite à une détresse respiratoire
néonatale aiguë ayant nécessité
une assistance respiratoire avec une dépendance à
l’oxygène au-delà de 28 jours). Il s’agit
d’une atteinte inflammatoire du poumon du grand prématuré,
au cours de laquelle plusieurs facteurs entravent la fonction
des pneumocytes type II (oxygénothérapie prolongée,
les métabolites oxydants, les baro-volotraumatismes
et les surinfections. Récemment ; plusieurs
études ont mis en évidence un déficit
en phosphoprotéines SP-A et SP-B dans les alvéoles
des grands prématurés au cours du premier
mois de vie et chez qui l’évolution se fait
vers la dysplasie bronchopulmonaire [30, 31,32].
La corticothérapie post natale dans un but préventif
et curatif permet de réduire la durée de ventilation
et de dépendance à l’oxygène
et donc l’incidence de la DBP [33],
cependant, il a été rapporté des séquelles
cognitives et motrice lorsque la corticothérapie
est utilisée avant la 96H de vie [34].
De même ; Pandit et al. ont rapporté le
bénéfice du surfactant exogène au cours
de la première semaine de vie chez les grands prématurés.
En effet ; le surfactant a permis de réduire
la FiO2 de façon permanente [35].
- La persistance du canal artériel n’est pas
une complication propre à la MMH ; mais il reste
un diagnostic auquel il faut pensée quand le besoin
en FiO 2 reste élevé chez un nouveau né
qui a une MMH et qui a reçu le surfactant.
Les complications neurologiques :
L’hémorragie péri et
intraventriculaire ; la leucomalacie paraventriculaire
peuvent survenir si la MMH n’a pas été
pris en charge immédiatement par dérèglement
hémodynamique dû à l’hypoxie.
L’infection nosocomiale :
Son incidence varie entre 7,5 et 12,7 %
dans les services de néonatologie et peut atteindre
14,2 % dans les centres de réanimation néonatale
[36].
Les germes gram positif représentent 75 % des cas dans
la littérature. Mais dans notre contexte on note une
prédominance des bacilles gram négatif [3].
La mortalité
La mortalité globale a été
réduite grâce à la ventilation mécanique
de 70% à 50%, puis une diminution spectaculaire à
20% grâce à la corticothérapie anténatale.
L’expérience de la France est de 25% [37],
le Mexique est de 41%.
Conclusion
Le MMH continue à présenter un problème
pour le ministère de santé public et pour le
néonatologiste plus précisément.
L’amélioration de la prise en charge de la
MMH passe obligatoirement par la prévention et la réalisation
d’un programme national ayant comme objectifs :
- Lutter contre la prématurité : par
surveillance régulière de la grossesse et
surtout les grossesses à risque.
- Une meilleure prise en charge néonatale par l’installation
d’une unité d’accueil des nouveau-nés
systématiquement auprès de chaque structure
obstétricale.
- Une collaboration entre obstétriciens et pédiatres
pour assurer un transfert médicalisé rapide.
- Inciter sur le rôle de la corticothérapie
anténatale pour réduire l’incidence
de la MMH.
- Garantir les règles d’asepsies du plateau
technique et l’éducation sanitaire du corps
médical.
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