| A. Habzi, A. Badre, S. Benomar
Service de réanimation pédiatrique et de Néonatologie,
CHU Ibn Rochd Casablanca
I - Introduction
L’herpès néonatal est
une affection certes rare, mais grave avec un risque élevé
de mortalité et de séquelles neurologiques.
Les manifestations chez le nouveau-né se révèlent
généralement dans les premières semaines
de vie. Les incertitudes concernant sa transmission ainsi
que son polymorphisme clinique sont souvent responsables d’un
retard diagnostic.
La prévention et le diagnostic précoce sont
essentiels pour accroître les possibilités de
survie et limiter les séquelles (1)
II - Epidémiologie
Le virus de l’herpès appartient
à un groupe de virus à ADN qui comprend les
herpès simplex du type 1 et 2 (HSV1, 2), le virus zona
varicelle, le cytomégalovirus, l'Epstein Bar virus
responsable de la mononucléose infectieuse, l'herpès
virus 6 responsable de l'exanthème subit, l'herpès
virus 7 incriminé dans le pityriasis rosé de
Gilbert et enfin l'herpès virus 8 incriminé
dans la maladie de Kaposi.
Il existe deux sous-types d’herpès simplex virus:
- HSV 1 responsable de l’herpès buccal et des
atteintes oculaires.
- HSV 2 est à l’origine de l’herpès
génital et il serait responsable de 70% des cas d’herpès
néonatal.
L’incidence de l’herpès néonatal semble actuellement en augmentation
en rapport avec l’augmentation des porteuses de l’HSV2. Sa
prévalence varie selon les pays, aux États-Unis, le taux déclaré
d’infections aux virus de l’herpès néonatal varie entre 20
et 50 cas pour 100 000 naissances vivantes, tandis qu’au Royaume-Uni
et en Australie, il est d’environ deux à trois cas pour 100
000 naissances vivantes (1). Dans notre pays,
la prévalence de l’herpès ne peut être définit en l’absence
d’études faites à l’échelle nationale.
III - Risque fœtal
et néonatal
La transmission du virus au nouveau-né
peut être anténatal, périnatal ou postnatal.
Dans plus de 2/3 des cas, la mère est asymptomatique
et c’est l’herpès néonatal qui révèle
l’infection maternelle (2).
- En intra-utérin, la contamination se fait par voie
transplacentaire ou transmembranaire. Elle est responsable
le plus souvent d’avortement ou de mort fœtal
in utero. L’embryofoetopathie est exceptionnelle,
elle ne survient qu’en cas de primo-infection avant
la 8ème semaine d’aménorrhée
(3).
- La contamination périnatale est la plus fréquente,
le nouveau-né est infecté lors du passage
de la filière génitale. Le risque est plus
élevé lorsque la primo-infection génitale
maternelle survient au cours du 3ème trimestre de
la grossesse. Cette situation est rare mais le risque de
transmission est plus important que lorsqu’il s’agit
d’un herpès récurrent (4,5).
D’autres facteurs favorisent la transmission mère-enfant à savoir la prématurité, la rupture prolongée de la poche des eaux (>6heures), les lésions du cuir chevelu secondaires aux manœuvres obstétricales et le faible taux d’anticorps maternels.
- La contamination post-natale serait responsable de 5 à
10% des herpès néonatals. Il s’agit
le plus souvent d’infections à HSV1 liées
à une récurrence orale ou mammaire maternelle
ou de l’entourage (6).
IV - Diagnostic
a/Clinique :
Le diagnostic de l’herpès néonatal
est difficile, aucun symptôme n’est spécifique,
les aspects cliniques sont très variables, leur gravité
est fonction de l’atteinte neurologique et du type viral.
- La forme disséminée : Elle
survient entre 9ème et 11ème jour de vie,
elle se manifeste par une atteinte polyviscérale
avec méningo-encéphalite, hépatite,
CIVD, splénomégalie, pneumonie, kératite
et gingivostomatite. Malgré le traitement antiviral,
la mortalité des formes disséminées
reste supérieure à 50%. En cas de survie,
il persiste de lourdes séquelles.
- La forme méningo-encéphalitique
: survient plus tardivement entre 15 et 17 jours
de vie, souvent due au type 2. Dans 50% des cas, les manifestations
clinico-radiologiques sont atypiques, induisant un retard
au diagnostic. La mortalité est moindre mais les
séquelles neurologiques restent fréquentes
malgré un traitement anti-viral.
- La forme cutanéo-muqueuse : Elle
se limite à une atteinte cutanée, conjonctivale
ou orale. Les atteintes oculaires sont les plus redoutables
car elles évoluent vers la chronicité dans
40% des cas et entraînent un handicap définitif
dans 20% des cas. Dans la majorité des cas, cette
forme guérit sans séquelles si la prise en
charge thérapeutique est précoce. En l’absence
de traitement, elle peut évoluer vers la dissémination
secondaire encéphalitique (1).
b/Paraclinique :
Le diagnostic de l’herpès néonatal
repose sur l’examen minutieux de l’appareil génital
de la femme en pré-terme, en début du travail
et dans les suites de couches. Toute lésion évocatrice
d’un herpès doit faire l’objet d’une
recherche virale aussi bien chez la mère que chez l’enfant.
- Chez la mère : la clinique est très suffisante pour assurer
le diagnostic, le cytodiagnostic par frottis, l’isolement
du virus par culture et typage en permettent la confirmation.
Le diagnostic indirect sérologique reste la méthode la plus
pratiquée.
- Chez le nouveau-né: que la mère soit symptomatique
ou non, toute éruption vésiculeuse qui apparaît
dans les premières semaines de vie doit être
considérer comme lésion herpétique
et impose l’administration de l’acyclovir en
attendant les résultats de la culture (7).
En l’absence de signes cutanés, le diagnostic devient plus
difficile. Ainsi chaque fois qu’une infection au VHS est suspectée,
le nouveau-né doit bénéficier dans les 24 à 48 premières heures
de vie de tests de dépistage qui consistent à une culture
sur un écouvillon ou un prélèvement d’urine, de selle, de
salive, de liquide nasopharyngé, de lésion cutanée et de la
conjonctive. La recherche d’une localisation systémique se
fait par la réalisation d’une PCR dans le sang et le liquide
céphalorachidien, de pratique difficile dans notre contexte
(8, 9).
V - Traitement
1 - Traitement curatif
Le traitement est généralement
démarré devant un faisceau d’arguments
anamnestiques et cliniques en attendant la confirmation biologique.
L’acyclovir reste le traitement de choix, il est administré
par voie intraveineuse lente à la dose de 60mg/kg/j
en 3 prises, la durée du traitement est de 14 jours
en cas de forme cutanéo-muqueuse et de 21jours lorsqu’il
s’agit d’une forme disséminée ou
méningo-encéphalitique. Plusieurs étude
ont montré l’efficacité de cette haute
dose d’acyclovir (10,11). Les autres
molécules anti-herpétiques récentes (valciclovir
et famciclovir) ne sont pas recommandées chez le nouveau-né.
2 - Traitement préventif
a/Prévention primaire :
La prévention de l’infection au VHS néonatal
constitue un défi, car elle exige la prévention
de l’infection à l’herpès simplex
génital chez les adultes.
L’infection à l’herpès néonatal
représente une rare complication d’une infection
courante chez la mère, pour laquelle il existe un traitement
curatif mais aucun traitement préventif bien que des
recherches soient en cours en vue de mettre au point un vaccin
prophylactique efficace. La meilleure prospective de vaccin
consisterait à prévenir l’acquisition
de l’infection primaire tout en ayant le potentiel de
réduire la gravité, la fréquence des
récurrences, la propagation du virus et la transmission
de l’infection à l’herpès simplex
génital (12).
En l’absence d’un vaccin homologué, la
prévention de l’herpès néonatal
consistera en la prévention des maladies sexuellement
transmissibles et la réduction de la transmission pernatale
(13).
b/Prévention secondaire :
La contamination du nouveau-né se fait essentiellement
dans la période pernatale. Plusieurs protocoles ont
été établi ces dernières années
afin de prévenir la transmission mére-enfant.
Ces protocoles ne font l’objet d’aucun consensus,
elles différent selon les équipes, cependant
la majorité des écoles optent pour une césarienne
programmée en cas de primo-infection au 3ème
trimestre de la grossesse vu le risque élevé
de transmission lors du passage de la filière génitale(12,
14).
La voie basse est autorisée en cas d’antécédents
d’herpès génital sans manifestation clinique
pendant la grossesse, mais une recherche du virus s’avère
nécessaire dans les sécrétions génitales
maternelles et au niveau des conjonctives, de la bouche et
du pharynx du nouveau-né à J2 de vie.
L’attitude en cas de récurrence dans les 8 jours
précédents l’accouchement est controversé.
Pour l’école française la césarienne
est systématique, tandis que les anglosaxons préconisent
un accouchement par voie base si la poche des eaux est intacte
ou rompue depuis moins de 6 heures.
Dans tous les cas, des mesures préventives s’imposent
dans la salle d’accouchement afin de réduire
le risque infectieux :
- badigeonnage vaginal toutes les 2 heures par la polyvidone
iodée pendant le travail.
- Interdiction des électrodes céphaliques
et des prélèvements au scalp.
- Désinfection du cordon avant la section.
- Désinfection oculaire systématique par l’acyclovir
- Examen du nouveau–né et sensibilisation de
la mère sur les signes cliniques.
La prise en charge du nouveau né à la naissance
est différente selon le risque de transmission :
- En cas de risque modéré (poussée récurrente récente, électrodes
céphaliques, rupture de la poche des eaux supérieure à 6heures),
la réalisation de prélèvements pour culture virale doit
être systématique, la mise sous acyclovir peut être discutée.
- En cas de risque important (primo-infection, lésions
évolutives ou prélèvement récent
positif avec accouchement par voie basse), l’administration
de l’acyclovir s’impose.
Conclusion
L'herpès néonatal reste l'affection la plus préoccupante de par sa fréquence (voisine de celle de la rubéole congénitale), sa gravité, les incertitudes concernant sa transmission et les difficultés du traitement.
Références :
1. Tom Wong,
MD, Sandra Burton, Marc Steben. L’infection
au virus de l’herpès simplex néonatal,
Article de ressource PCSP publié en août
2001
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