| A. HABZI, S. BENOMAR
Service de néonatologie et soins intensifs - Hôpital
d’enfants CHU Ibn Rochd Casablanca. Maroc
23 septembre 2005
Contacts : Pr A. Habzi - Chu Ibn Rochd Hôpital
d’enfants - Casablanca. Maroc - Email : ahabzi@yahoo.fr
I - Introduction
La grossesse gémellaire est le développement
simultané de deux fœtus dans la cavité
utérine. En dépit des progrès obstétrico-pédiatriques,
il s'agit d'une situation à haut risque, aussi bien
pour l'évolution de la grossesse que pour l'accouchement
en raison des complications maternelles qu'elle entraîne
et du taux de mortalité périnatale élevée
[1,2]. En effet, les jumeaux occupent une place importante
dans les unités de néonatologie, car ils nécessitent
parfois des soins spécialisés ou intensifs au
cours des premiers jours de leur vie. La morbidité
particulière de ces enfants est essentiellement en
rapport avec la grande fréquence de la prématurité,
de l'hypotrophie et de pathologies qui leur sont spécifiques tel
que le syndrome des jumeaux transfuseur-transfusé.
La mort in utero d'un jumeau peut s’accompagner de lésions
neurologiques d'origine vasculaire chez le survivant Enfin
l'incidence des malformations est plus fréquente chez
les jumeaux surtout monozygotes [3].
II - Données épidémiologiques
générales
1 - Facteurs de risque des grossesses gémellaires
L’age, l’ethnie et la prédisposition
familiale représentent des facteurs de risque bien
connus [4].
2 - Incidence
La fréquence de la grossesse gémellaire spontanée
varie selon les continents : 0,65 % en Asie, 1,14 % en Europe
et 2,2 % en Afrique [6,7]. Elle est de 1 pour 89 grossesses
dans une population d’origine européenne [4,5].
3 - Taux de mortalité
La mortalité périnatale est 7 fois plus élevée
en cas de grossesse gémellaire qu'en cas de grossesse
unique, 2% de toutes les naissances sont des jumeaux, 12%
de tous les prématurés sont des jumeaux et
15% de la mortalité néonatale est attribuée
aux jumeaux. Par ailleurs, il est montré que la mortalité
périnatale est 2 fois plus élevée pour
les grossesses monochoriales que pour les grossesses bichoriales
et justifient donc d'une surveillance clinique et échographiques
plus intensives. La mortalité périnatale est
de 30 ‰ pour le premier jumeau et de 50 ‰ pour
le second jumeau. [8,9,10,11]
III - Rappel embryologique et placentation
Classification selon le nombre de zygotes (œufs
fécondés) : [12,13,14]
A - Grossesse gémellaire dizygote ou les
faux jumeaux :
C'est une grossesse issue de la fécondation de deux
ovules (œufs) ;
Les faux jumeaux sont génétiquement différents
; Ils peuvent être du même sexe ou de sexe différents.
La grossesse est toujours di-amniotique dichoriale (ou bi-amniotique
bichoriale). C’est le mode de placentation unique
des jumeaux dizygotes. Et se voit dans 30 % des jumeaux
monozygotes, séparés à un stade très
précoce du développement, alors que l’embryon
ne comporte que quelques blastomères. Il existe
deux cavités amniotiques et chaque fœtus se
développe dans une cavité amniotique propre
à lui, les placentas peuvent être distincts
(50 % des cas) ou fusionnés. Si le caractère
dichorial est facilement affirmé lorsque les masses
placentaires sont séparées, résultant
d’une implantation sur des faces différentes
de l’utérus, il n’en est pas de même
lorsque les placentas sont fusionnés, mais même
dans ce cas là, il y a toujours deux chorions ; donc
il n'existe pas de circulation sanguine commune par des
anastomoses.
B - Grossesse gémellaire monozygote ou les
vrais jumeaux :
C'est une grossesse issue de la division d'un œuf fécondé
unique.
Les jumeaux sont génétiquement identiques,
donc ils ont les caractères apparents et latents,
le même sexe, même groupe sanguin, même
couleur des yeux...
Selon la duré qui sépare la fécondation
de la division de l'œuf fécondé on peut
distinguer plusieurs types de la placentation (le nombre
des cavités amniotiques et la le nombre de chorions)
:
- B-1 Grossesse gémellaire monozygote di-amniotique
dichoriale :
La division de l'œuf unique fécondé
survient rapidement, dans un délai inférieur
ou égale à deux jours par rapport à
la fécondation ou la grossesse est encore au stade
de 2 à 4 blastomères. Chaque jumeau se développe
dans une cavité amniotique propre à lui,
la membrane qui les sépare et composée de
quatre couches :
Le deux placentas peuvent être distincts, séparés,
mais ils peuvent fusionner ensemble pour former une seule
masse placentaire. Elle représente 30 % des
grossesses gémellaires monozygotes.
- B-2 Grossesse gémellaire monozygote di-amniotique
monochoriale :
C’est le mode de placentation le plus fréquent
des vrais jumeaux. Elle représente 70 % des
grossesses gémellaires monozygotes [2, 5, 6, 7].
Il correspond à la division du bouton embryonnaire
entre 3 et 7 jours post conceptionel, avant la formation
de l’amnios, mais après l’individualisation
du trophoblaste. La masse placentaire est unique et il
existe deux cavités amniotiques. Des anastomoses
vasculaires entre les deux circulations foetales existent
de façon constante. Chaque jumeau se développe
dans une cavité amniotique propre à lui,
la membrane qui les sépare et composée de
deux couches qui sont les deux membranes amniotiques.
Il y a une seule masse placentaire avec un seul chorion
; dans ce cas la circulation sanguine commune est possible
par des anastomoses vasculaires artérielles ou
veineuses.
- B-3 Grossesse gémellaire monozygote mono-amniotique
monochoriale :
Ce type de placenta se rencontre chez I à 2 p.
100 des jumeaux monozygotes ; La division de l'embryon
survient dans un délai supérieur à
7 jours et inférieur à 14 jours par rapport
à la fécondation (au stade de développement
embryonnaire où la cavité amniotique est
déjà formée avec embryon à
deux feuillets). Les deux jumeaux se développent
ensemble dans une cavité amniotique unique. Donc
il existe une seule masse placentaire, un seul amnios
et un seul chorion. Les anastomoses vasculaires entre
les deux circulations sont constantes, mais ne comportent
pas d’anastomoses profondes, comme en témoigne
l’absence de syndrome transfuseur-transfusé.
IV - Conséquences foetales et néonatales
des grossesses gemellaires
A/Conséquences non spécifiques
A-1 La prématurité
La prématurité représente la première
grande complication des grossesses gémellaires et
la première cause de mortalité. Environ 50%
des patientes accouchent avant 37 semaines d'aménorrhée
[15]. Les naissances entre 26 et 30 semaines sont 10 fois
plus fréquentes qu'en cas de grossesse unique. De
la même façon, la fréquence des naissances
entre 31 et 34 semaines est 7 fois plus élevée
qu'en cas de grossesse unique [16]. Les grossesses dizygotes
dichoriales ont le taux de prématurité le
plus bas (34,2%). Les grossesses monozygotes monochoriales
ont la prématurité la plus élevée
(51%). Les grossesses monozygotes dichoriales ont un taux
intermédiaire (42,3%) [17]. Les conséquences
pédiatriques peuvent être dramatiques. Les
enfants de moins de 1000 g sont transférés
en réanimation dans tous les cas. Lorsque le poids
de naissance est compris entre 1000 et 1500 g, 80% d'entre
eux sont transférés en réanimation
néonatale. Lorsque le poids est compris entre 1500
et 2500 g, 20% sont transférés et au delà
de 2500 g de poids de naissance seulement 1% des enfants
sont transférés. Il existe donc une relation
directe entre le poids de naissance ou le terme et le risque
de morbidité néonatale. La maladie des membranes
hyalines entraîne une détresse respiratoire
chez 11% des jumeaux contre 2% dans la population générale.
La prématurité est à l'origine d'autres
risques: dysplasie broncho-pulmonaire séquelle de
la maladie des membranes hyalines, hémorragie intra-crânienne,
entérocolite ulcéro-nécrosante. [17]
A-2 Hypotrophie
La croissance est parallèle à celle des enfants
uniques jusqu’à 32-34 semaines, puis la différence
s’accentue pour être franche à 36 semaines
[3,18]. Le RCIU est définit par un poids inférieurs
au 10ème percentile. Il représente la deuxième
cause de mortalité périnatale des jumeaux.
Le risque de mort périnatale serait de 10 % pour
une différence de poids de naissance de 20 % entre
les jumeaux [18,19,20]. Plusieurs causes peuvent être
invoquées : HTA maternelle, insuffisance de
perfusion placentaire due à la surdistension utérine,
anastomoses vasculaires. Dans les grossesses bichoriales,
le retard de croissance intra-utérin survient dans
plus de la moitié des cas, n’affectant en général
qu’un seul jumeau. Les lésions observées
sur le placenta sont essentiellement de type vasculaire
maternel. Dans les grossesses monozygotes, la discordance
entre les jumeaux est souvent due à des échanges
vasculaires dans le cadre d’ un syndrome transfuseur-transfusé
. Cette asymétrie de croissance est dangereuse quand
elle dépasse 20 % [3]. Le dépistage repose,
sur les échographies répétées.
Les échographies du 2eme trimestre (vers 20 et 24
semaines) sont importantes pour bien dater le début
du RCIU, car une déviation de la norme déjà
présente à ce terme et/ou la différence
de quantité de liquide amniotique dans les deux poches
orientent le diagnostic étiologique soit vers une
malformation et/ou une aberration chromosomique, soit vers
un syndrome transfuseur-transfusé. Le plus souvent,
le retard de croissance apparaît chez les jumeaux
au 3eme trimestre de la grossesse[21]. L'hypotrophie grave,
définie par la mesure du poids de naissance inférieure
au 3eme percentile des courbes de référence
expose au risque d'anoxie anténatale, per-partum
et postnatale avec ses conséquences cérébrales
(hémorragies cérébrales et risques
d’handicap), métaboliques (hypoglycémie)
et hématologiques (thrombopénie, trouble de
la coagulation). Le diagnostic de retard de croissance intra-utérin
chez l'un des jumeaux ou chez les deux jumeaux doit entraîner
des mesures obstétricales précises: surveillance
(RCF, quantité de liquide amniotique et Doppler),
hospitalisation, décision de terminer la grossesse
[17].
- a. Un seul jumeau hypotrophique[18]
S’il n’y a pas d’anomalie morphologique,
le risque à court terme est celui de mort foetale
du jumeau hypotrophique.
- on doit définir le degré de discordance
: le risque est surtout grand, lorsque la discordance
de poids atteint ou dépasse 20 %.
- l’existence d’une HTA maternelle ne
résout pas le problème étiologique
: cette HTA peut parfaitement être associée
à un syndrome transfuseur-transfusé
ou à une malformation foetale.
- Il semble raisonnable de ne pas interrompre
une grossesse gémellaire lorsqu’un des
jumeaux est en danger de mort immédiate, c’est-à-dire
lorsqu’il y a un tracé plat à
l’enregistrement du rythme cardiaque foetal
si la grossesse n’a pas atteint au moins 32,
peut-être 34 semaines, en l’absence de
service de réanimation capable de prendre en
charge ce type de malade
- après 35-36 semaines, si la discordance es
très nette, il est peut-être prudent
d’envisage un déclenchement (sous enregistrement
continu au moins de l’enfant hypotrophe) ou
une césarienne.
- b. Deux jumeaux hypotrophiques [18]
L ’extraction n’est justifié que devant
la souffrance foetale d’un des jumeaux, souffrance
foetale diagnostiquée sur l’enregistrement
du rythme cardiaque foetal, en tenant compte du poids
estimé et du terme.
A-3 Souffrance foetale aiguë
Le second jumeau est souvent exposé à l’anoxie
perpartum. Ce fait est rapporté à une présentation
anormale, au retard à l’expulsion du jumeau,
à la possibilité relativement fréquente
d’une procidence du cordon ou d’un décollement
placentaire [22,23]
B/Conséquences spécifiques
B-1 Syndrome transfuseur-transfusé
Le syndrome transfuseur-transfusé est une complication
des grossesses gémellaires monochoriales diamniotiques
qui représentent 30% des grossesses gémellaires.Il
survient dans 15% des grossesses gémellaires monochoriales
diamniotiques du fait d'un déséquilibre important
des anastomoses artério-veineuses [3,24,25].
- a. Définition
Il est dû à la présence d’anastomoses
vasculaires placentaires entre les deux circulations foetales
et à l’établissement d’un flux
artério-veineux unidirectionnel à partir
duquel un jumeau transfuse l’autre.
- b. Diagnostic
Le diagnostic n'est pas toujours fait avec certitude pendant
la grossesse. On le suspecte fortement grâce à
l'échographie après mise en évidence
d'une inégalité de croissance des deux jumeaux.
Le jumeau transfuseur paraît hypotrophique. Il existe
un oligo-amnios par chute de la diurèse. Le jumeau
transfusé présente une biométrie
souvent supérieure au 90e percentile, il présente
une grosse vessie et des oedèmes, parfois un oedème
généralisé et souvent une hypertrophie
des organes: coeur, foie, reins. Cependant le critère
le plus unanimement reconnu est la discordance entre les
volumes de liquide amniotique avec un oligo-amnios sur
le fœtus donneur ( citerne < 2cm) et un hydramnios
sur le receveur (citerne la plus grande > 8 cm à
20 SA et 10 cm à 22 SA). Il existe donc une grosse
vessie conséquence de la polyurie chez le receveur
et une absence de vessie chez le donneur qui est en oligurie.
La différence de taille entre les deux fœtus
n'est pas un critère essentiel du diagnostic. La
survenue et les conséquences du STT semblent dépendantes
de l'équilibre qui existe entre les anastomoses
artério-veineuses profondes unidirectionelles et
les anastomoses artério-artérielles larges,
superficielles et bi-directionelles.
Sans traitement, le pronostic périnatal est mauvais
aboutissant à la mort de 90% des enfants par différents
mécanismes : fausse couche ou prématurité
extrême due à l'hydramnios du receveur, cardiomyopathie
du receveur, retard de croissance extrême du donneur,
lésions ischémiques cérébrales
secondaires à des variations hémodynamiques
aiguës [26,27,28,29,30].
- c. Traitement :
La mise au point de traitements "invasifs" a
changé le pronostic, réduisant la mortalité
périnatale aux alentours de 30-50%. Des amniocentèses
répétées (amnioréductions)
permettent de traiter l'hydramnios, mais ne guérissent
pas la cause du syndrome. L'interruption des anastomoses
placentaires par coagulation laser est le traitement
le plus approprié ; mais il n'est pas constamment
efficace [24,25,26]
B-2 Les malformations et anomalies chromosomiques
- a. Malformations
La fréquence des malformations d'un enfant en cas
de grossesse gémellaire dizygote n'est pas plus
importante qu'en cas de grossesse unique. Par contre,
la fréquence des malformations congénitales
est multipliée par un facteur 3 en cas de grossesse
monozygote. Les malformations spécifiques de la
gémellité monozygote monochoriale monoamniotique
sont représenté par les monstres doubles,
le foetus in foetu et les monstres acardiaques [31].
Les malformations non spécifiques ; Les plus
fréquemment citées son les troubles de fermeture
du tube neural, l’hydrocéphalie, les fentes
faciales, les cardiopathies [31,32], l’association
VATER OU VACTERL :Ces associations malformatives
comprennent des anomalies vertébrales, anales,
cardiaques, trachéales, oesophagiennes («
esophagal »), rénales et des membres («
limbs »). Quant aux malpositions foetales dues au
manque de place et aux présentations du siège,
elles sont responsables d’un plus grand nombre de
luxations congénitales, de plagiocéphalies
et de torticolis [3] .
- b. Anomalies chromosomiques
Pour les maladie de transmissions autos récessive
le risque en cas de G diz est de
37,5 % d’avoir l’un des enfants atteint, et
de 6.25% que les deux enfants soient atteints. La probabilité
d’avoir au moins un enfant atteint est donc de 43,75.
%
B-3 Les siamois
Les siamois sont des jumeaux monozygotes soudés l'un
à l'autre. La fréquence de naissance de siamois
est de 1 naissance pour 75 000, soit 1% des naissances de
jumeaux monozygotes, atteint surtout les filles (70 p. 100).
Actuellement, grâce à l'échographie,
la plupart de ces grossesses sont dépistées
précocement et une interruption de grossesse pour
motif thérapeutique est proposée [25].
On distingue :
- Les throracopages : 70 % des jumeaux conjoints
; Les fœtus sont joints par la région thoracique,
face à face.
- Les pyopages : 18 % des jumeaux conjoints ; Les
fœtus sont joints par la région sacrée,
dos à dos [33].
- Les ischiopages :6 % des jumeaux conjoints ;Les
fœtus sont joints par la région pelvienne,
les corps fusionnés dans le même axe, les
têtes en sens opposé[33].
- Les craniopages : 2 % des jumeaux conjoints
; Les fœtus sont joints par la tête.
- Les céphalothoracopage : Les fœtus sont
joints par la tête et par la région thoracique
[33].
B-4 Le foetus acardiaque
La fréquence du jumeau acardiaque est de 1% des grossesses
monozygotes et de 1/ 30 000 naissances et ce sont des anastomoses
artério-artérielles et veino-veineuses qui
sont à l'origine de cette pathologie. Cette anomalie
se développe en raison de la présence d'anastomoses
artério-artérielles et veino-veineuses entre
les deux jumeaux. Au moins 50% des jumeaux pompes vont décéder
soit d'une défaillance cardiaque conséquence
de la surcharge cardiaque imposée par la vascularisation
de la masse acardiaque, soit d'un accouchement prématuré
conséquence d'un hydramnios. La prise en charge a
évolué vers l'occlusion du cordon ombilical
du jumeau acardiaque soit par coagulation ; soit par
laser sous contrôle direct par foetoscopie.[34]
B-5 Les fœtus parasites ou fœtus in fœtu
C'est l'inclusion d'un fœtus (fœtus parasite)
à l'intérieur d'un autre fœtus (autosite
ou fœtus hôte).
B-6 La mort in utero d'un jumeau
La prévalence de la mort fœtale d'un jumeau
est d'environ 0,5 à 6,8% avec un risque 3 fois plus
important dans les grossesses monochoriales (3,7%). Les
étiologies sont une insertion vélamenteuse
du cordon entraînant un RCIU vasculaire majeur, un
nœud sur le cordon, des anomalies congénitales ;
ainsi que les complications spécifiques des grossesses
gémellaires monochoriales. La morbidité du
jumeau survivant est différente selon qu’il
s’agit d’une grossesse dizygote (bichoriale)
ou monozygote et monochoriale. En cas de grossesse
dizygote, le risque est la prématurité ;
le jumeau survivant ne présente aucune pathologie
particulière par ailleurs. Dans les grossesses monozygotes,
la prématurité est également fréquente,
mais le risque est surtout l’existence de lésions
viscérales de type vasculaire. Les lésions
sont surtout neurologiques (75 p. 100), parfois rénales
(15 p. 100) ou digestives (15 p. 100). Au niveau du système
nerveux central, il s’agit essentiellement d’encéphalopathies
multikystiques et de porencéphalie [28,29,30] au
niveau des reins, de nécrose corticale ; au niveau
du tube digestif, d’atrésie de localisations
variables. La pathologie du cojumeau est lié soit
au passage de thromboplastine tissulaire ; soit a
de brutale modification hémodynamique (anémie ;
hypovolémie ) survenant chez le survivant. [ 2,34,35]
V - Place de l’échographie
et Intérêt du doppler dans les grossesses gémellaires :
[37,38,39,40,41,42,43,44]
Les grossesses gémellaires sont des grossesses à
haut risque et ce risque est souvent sous-estimé. L'échographie
du premier trimestre est la pierre angulaire de la surveillance
de ces grossesses. Elle doit contrôler la vitalité,
dater, étudier la morphologique précoce et dépister
les anomalies chromosomiques). Elle doit de plus préciser
le type de placentation car elle ne pourra plus être
formelle dans bien des cas aux deuxième et troisième
trimestres, et le suivi en particulier le suivi et la fréquence
des examens notamment échographiques dépend
de cette information : Elle sera mensuelle pour les grossesses
bichoriales et tous les 14 jours pour les monochoriales. De
plus de cette chorionicité dépendra le type
de prise en charge en cas de complications. L'échographie
morphologique est idéalement réalisée
vers 20 semaines d'aménorrhée car elle est souvent
plus difficile au terme usuel de 22 semaines. Les examens
de surveillance ont pour but de détecter les anomalies
de la croissance.
1 - Doppler de l’artère ombilicale
L’hypotrophie fœtale est l’une des complications
majeures des grossesses gémellaires, de diagnostic
et de surveillance difficile. Le doppler maternofœtale
est une exploration particulièrement adaptée
à cette situation. L’index diastolique nul
(IDN) ou l’index de résistance égal
à 1 est, un marqueur de gravité. Il prédit
toujours un pronostic péjoratif notamment pour l’hypotrophie.
Le délai moyen entre la découverte d’un
IDN chez un jumeau et la survenue d’anomalies du rythme
cardiaque fœtal ou d’une mort fœtale in
utero est de 4,66 semaines (avec des extrêmes allant
de 0 à 11 semaines). En cas de doppler pathologique,
la mortalité périnatale est importante. Dans
le cas particulier du syndrome transfuseur-transfusé,
2 situations vélocimétriques sont décrites
:
- les dopplers ombilicaux sont très différents
: l’un avec des diastoles très élevées
(en général, le transfusé), l’autre
avec les diastoles très basses (le transfuseur).
- les index ombilicaux sont comparables alors que la différence
de biométrie est patente à l’échographie.
Cette situation est extrêmement évocatrice
du syndrome transfuseur-transfusé dans les grossesses
monochoriales (confirmé par les autres critères
écho-doppler tels que la diurèse ou les
débits veineux…).
2 - Doppler cérébral
Il témoigne de la redistribution vasculaire se produisant
en cas d’acidose, d’hypoxie ou d’hypercapnie
et donc de l’acutisation de la souffrance . En cas
d’IDN, le??fœtale chronique (dans ce cas IR cérébral/IR
ombilical délai moyen entre la mise en évidence
d’un doppler cérébral pathologique et
les anomalies du RCF ou la MFIU est de 3,8 semaines pour
les jumeaux.
VI - Attitude pratique[3]
A/ Pendant la grossesse
Une grossesse gémellaire réclame un suivi particulier,
centré sur la prévention de la prématurité,
basé sur le diagnostic précoce par échographie ;
la réduction de l'activité maternelle au cours
du 2ème trimestre, la prevention de la prématurité
est basé l’ hospitalisation est indiqué
seulement en cas de menace d'accouchement prématuré
ou d'autres complications; pas de cerclage ou tocolytique
systématique. La coticothérapie est indiqué
en cas de MAP avant 34 semaines d'aménorrhée
[3,16,46] la surveillance de la croissance de chacun des enfants
et le dépistage des complications par des consultations
fréquentes. En cas de RCIU la surveillance (RCF, quantité
de liquide amniotique et Doppler doit être régulière.
En cas de syndrome transfuseur-transfusé ; Certaines
équipes proposent : la coagulation des anastomoses
entre les deux circulations foetales par coagulation au laser,
l'évacuation de l'hydramnios répétée,
la réalisation d'une amniotomie au niveau de la cloison.
B/ Accouchement
En raison de l’hypotrophie et de l’avance de
maturation, le terme optimal de naissance pour les jumeaux
est avancé par rapport aux grossesses uniques et se
situe vers 37-38 SA au lieu de 39-40 SA. [ 3,45]
En cas de prématurité ou d’hypotrophie
importante de l’un des enfants, l’accouchement
aura lieu dans un centre obstétrico-pédiatrique
comportant une unité de réanimation. Pour cela,
il peut être nécessaire de réaliser
un transfert in utero.
Dans tous les cas, mais surtout si une complication telle
qu’une prématurité ou un syndrome transfuseurtransfusé
est attendue, l’équipe pédiatrique sera
renforcée de façon à pouvoir faire
face à une double réanimation néonatale.
[3,45]
C/ Dans le post-partum [3]
Une attention particulière doit être portée
à la mère.
Si elle est séparée de ses enfants, on veillera
à lui donner des nouvelles régulièrement
et à favoriser des visites aux enfants dès que
son état le permettra. Si elle exprime le désir
d’allaiter, on l’encouragera à tirer son
lait. La qualité de l’accueil en suite de couches
d’une mère séparée de ses enfants
est essentielle pour son moral.
VII - Impact psychologique des jumeaux sur
les enfants et leurs parents
L'arrivée de jumeaux dans une famille représente
une situation bien spécifique. Elle entraîne
pour les parents des difficultés psychosociales variées,
aussi bien sur le plan économique et matériel
qu'en ce qui concerne la lourdeur des tâches de maternage.
Par ailleurs, il existe des difficultés éducatives
et psychologiques directement liées à la relation
parent jumeaux, à la question de l'individualisalion
des jumeaux et du lien gémellaire. La séparation
en cas d’hospitalisation d’un jumeau rend aussi
plus difficile des mécanismes d'attachement déjà
complexes. [47]
VIII - Conclusion
Les grossesses gémellaires doivent être considéré
comme des grossesses à risque. Elles doivent être
particulièrement bien surveillées, dans le but
de prévenir au moins la grande prématurité
et ses conséquences. En cas de menace d'accouchement
prématuré, de pathologie fatale, il est nécessaire
de favoriser les transferts avant la naissance vers des centres
périnatals correctement équipés où
toutes les décisions pourront être prises en
véritable collaboration obstétrico-pédiatrique.
En effet, seule la programmation de l’accouchement,
en liaison avec les obstétriciens et le service de
réanimation, permet de disposer d’un environnement
médical et matériel efficace. C’est
le rôle du pédiatre de maternité que d’y
veiller.
Il faut rappeler l'intérêt primordial de la prévention
d'un certain nombre de pathologies en rapport avec la prématurité
(détresse respiratoire, hémorragie intra-ventriculaire,
entérocolite) par la corticothérapie anténatale.
Les pathologies entraînées par la mort d'un jumeau
in utero, ou par la présence des anastomoses entre
les deux jumeaux, reste une préoccupation majeure.
L'amélioration du pronostic fœtal pourrait être
obtenue par un suivi régulier des grossesses, la réorganisation
des services de santé maternelle et infantile et d'obstétrique.
Enfin, le soutien des parents aussi bien sur le plan matériel
que psychologique doit être pris en compte par l’ensemble
de l’équipe de suite de couches et relayé
par les structures médicosociales de proximité.
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