| A.BARKAT*, S. AMHAGER**, S. HAMDANI***,
N. LAMDOUAR BOUAZZAOUI****
Service de Néonatologie - Centre National de Référence
en Néonatologie - Hôpital d’Enfant –
CHU Rabat
16 février 2005
Résumé
La sphérocytose héréditaire ou maladie
de minkowski-chauffard est l’anémie hémolytique
la plus fréquente dans la population caucasienne. Sa
prévalence est estimée en Europe à 1cas
pour 2000 à 5000 individus. Aucune donnée statistique
n’est disponible au Maroc. La transmission est autosomique
dominante dans 80% des cas. L’expression clinique est
souvent plus intense pendant la première année
de vie.
Elle est révélée en période néonatale
chez 65% des patients. L’ictère est la première
manifestation clinique chez le nouveau-né. Ailleurs
bien que le taux d’hémoglobine soit normal à
la naissance, une anémie sévère peut
s’installer dès les premiers jours de vie. La
maladie est alors recherchée après exclusion
d’une incompatibilité materno-fœtale érythrocytaire.
A travers cette mise au point, nous allons présenter
les particularités de cette affection lorsqu’elle
est révélée en période néonatale,
les différentes circonstances diagnostiques, les nouveautés
thérapeutiques et l’évolution.
Mots clés : sphérocytose
héréditaire – anémie hémolytique
– nouveau-né
Summary
Hereditary spherocytosis or minkowski-chauffard disease is
a common inherited haemolytic anemia with an incidence of
1 in 5000 people. Hereditary pattern is autosomic dominant
in
80 % of the cases.
Hereditary spherocytosis is symptomatic in the neonatal period
in 65% of cases. Jaundice is the first and more frequent symptom.
But severe anemia is possible in the first weeks of life.
The authors propose a review of the particularities, the risks
and the prognosis of neonatal spherocytosis.
Key words : hereditary spherocytosis –
haemolytic anemia – newborn
Introduction
La sphérocytose héréditaire ou maladie
de Minkowski-Chauffard est une maladie hémolytique
constitutionnelle liée à une altération
des propriétés physiques de la membrane des
globules rouges. Elle en résulte une perte de la surface
de la membrane, une concentration cellulaire élevée
en hémoglobine et une réduction de la déformabilité
des globules (1, 2). Sa prévalence est estimée
en Europe à 1cas pour 2000 à 5000 individus.
Aucune donnée statistique n’est disponible au
Maroc. Sa transmission est autosomique dominante dans 80%
des cas. Dans le reste des cas, les parents n’ont aucune
anomalie clinique ou biologique ; il peut s’agir
soit d’une transmission autosomique récessive
soit d’une mutation de novo, qui serait la plus fréquente
(3).
C’est une maladie souvent méconnue chez des patients
porteurs d’une anémie modérée en
raison d’une hyperhémolyse incomplètement
compensée. Elle est alors révélée
à l’occasion d’une crise de déglobulisation.
La sphérocytose héréditaire peut se manifester
dés la période néonatale chez 65 % des
patients. L’apparition des symptômes de la maladie
à une période aussi précoce ne permet
pas de prédire de son évolution à l’âge
adulte et ne s’associe pas d’une anomalie spécifique
de la membrane érythrocytaire.
A travers cette mise au point, nous allons présenter
les particularités de cette affection lorsqu’elle
est révélée en période néonatale,
les différentes circonstances diagnostiques, les nouveautés
thérapeutiques et l’évolution.
Les symptômes révélateurs
pendant les premiers mois de vie :
L’ictère, l’anémie et la splénomégalie
sont les principales manifestations cliniques de la sphérocytose
héréditaire. Des formes cliniques très
variables ont été décrites aussi bien
en ce qui concerne le début des symptômes que
leur gravité.
L’ictère :
Est le signe le plus fréquent pendant le premier mois
de vie, puisqu’il est présent dans 100 % des
cas dans certaines séries (4,5,6). En présence
d’antécédents familiaux le diagnostic
est facile. Dans le cas contraire et en l’absence d’une
hémolyse intense pendant les premiers jours de vie
le diagnostic est souvent méconnu et ne sera fait qu’à
l’occasion d’une crise de déglobulisation
(6). Dans une étude récente de Tchernia et al
qui a consisté en la recherche systématique
d’une sphérocytose héréditaire
, dans une population de 400 nouveau-nés ictériques
, le diagnostic a été positif dans 1% des cas
soit 20 à 50 fois plus que dans la population générale.
Récemment, il a été prouvé qu’une
homozygotie pour le gène de la maladie de Gilbert (UDP1)
pourrait aggraver l’ictère des nouveaux-nés
atteints de sphérocytose héréditaire
(4).
L’anémie :
Elle est plus fréquente au delà d’un mois
de vie. Le taux d’hémoglobine normal à
la naissance, va décroître progressivement. La
microsphérocytose congénitale est alors évoquée
après élimination d’une incompatibilité
érythrocytaire fœto-maternelle .En effet les anémies
hémolytiques d’origine immune peuvent être
responsables d’une sphérocytose acquise. Néanmoins,
un contexte immunologique ne peut pas écarter une association
possible des deux mécanismes. Seul l’évolution
permettra de trancher (7).
L’anémie du petit nourrisson atteint de microsphérocytose
héréditaire, peut avoir une double origine :
périphérique liée à l’anomalie
de la membrane du globule rouge et centrale en rapport avec
une insuffisance de la compensation médullaire. Dans
ce dernier cas, lorsque le taux de réticulocytes est
bas, il convient de chercher une infection à parvovirus.
Cependant, en dehors de toute infection, il a été
démontré qu’en dépit de la survenue
de l’anémie, une réponse inadaptée
de l’érythropoïèse est possible ce
qui explique que 70 à 80% des nourrissons soient transfusés
au cours de la première année de vie (8).
Ailleurs dans l’étude précitée,
les auteurs confirment les résultats déjà
rapportés chez l’adulte concernant la taille
des réticulocytes qui est plus petite dans la microsphérocytose
congénitale ce qui pourrait constituer un argument
supplémentaire pour le diagnostic.
La découverte d’une sphérocytose chez
le nouveau-né nécessite un suivi régulier
du taux d’hémoglobine durant la première
année de vie.
Comment faire le diagnostic ?
Un ictère est pressenti être d’origine
hémolytique devant la présence d’une anémie,
d’une splénomégalie et d’une hyperéticulocytose.
La sphérocytose congénitale est alors recherchée
surtout en présence d’antécédents
familiaux. Le test de coombs est négatif. Le diagnostic
est confirmé par la présence de sphérocytes
sur le frottis sanguin et d’un test de diminution de
la résistance osmotique positif. Actuellement il est
possible d’étudier par électrophorèse
les protéines membranaires et leurs gènes par
PCR ( polymerase chaîne réaction).
Le diagnostic confirmé chez le nouveau-né, une
enquête familiale s’impose chez les parents et
la fratrie.
La prise en charge en période néonatale
:
Le traitement de la sphérocytose héréditaire
à la période néonatale repose en premier
sur le contrôle de l’ictère pour éviter
la survenue d’une encéphalopathie hyperbilirubinémique.
La photothérapie conventionnelle et/ou intensive seraient
indiquées en fonction de l’importance de l’ictère.
Une exsanguino-transfusion peut s’avérer nécessaire
en cas d’ictère grave, ne régressant pas
ou insuffisamment sous photothérapie.
L’anémie profonde nécessite des transfusions
de globules rouges .Lorsqu’elle est hyporégénérative
elle pourrait constituer une indication au traitement par
l’érythropoïétine recombinante (7,9).
Tchernia a utilisé ce traitement chez une population
de 38 nouveau-nés atteints de sphérocytose héréditaire
chaque fois que le taux d’hémoglobine était
inférieur à 8 g / dl et le taux de réticulocytes
inférieur à 200 109 / l . L’érythropoïétine
a été administrée à la dose de
1000 unités / kg / semaine en trois injections sous
cutanées. Le traitement a été conduit
pendant des périodes allant de six mois à douze
mois sans augmentation des doses ce qui permettait une dégression
au fur et à mesure que l’enfant grandissait.
L’érythropoïétine était arrêtée
lorsque l’enfant ne recevait plus que 400 unités
/ kg / semaine. Ce protocole a permis l’éviction
de toute transfusion dans 34 cas sur 38 (7) . Il reste
donc une alternative importante dans la prise en charge de
ces enfants présentant une sphérocytose congénitale
à révélation précoce.
Evolution :
Il n’y a pas de critères pronostiques qui ont
été établis pour le moment en ce qui
concerne l’évolution de la maladie à l’âge
adulte vu les séries limitées qui ont été
publiées. L’apparition des symptômes à
une période aussi précoce de la vie ne permet
pas de prédire l’évolution ultérieure
de la maladie et n’ est pas associer à une anomalie
spécifique de la membrane (10).
En dehors de la période néonatale et dans les
formes symptomatiques, le traitement reste la splénectomie
qui prolonge la vie des érythrocytes et apporte ainsi
une amélioration dans la majorité des cas (10,
11). Néanmoins, il faut essayer de la retarder au maximum
après l’âge de 5 ans et elle doit s’associer
à une prévention de l’infection à
pneumocoque par une antibiothérapie séquentielle
et une vaccination anti-pneumocoque (2).
Conclusion
Bien que rare la sphérocytose congénitale doit
être évoquer chez le nouveau-né devant
tout ictère et /ou anémie d’origine hémolytique
et après élimination d’une incompatibilité
érythrocytaire fœto-maternelle. Notamment en présence
d’un antécédent familial d’ictère,
de splénomégalie, de splénectomie ou
de diagnostic connu de sphérocytose.
Le traitement par érythropoïétine demeure
une alternative importante pendant la première année
de vie. Il diminuerait considérablement les besoins
transfusionnels.
Révélée chez un nouveau-né, aucun
élément ne permet de prédire le pronostic
ultérieur. Un suivi au long cours s’avère
nécessaire.
Références :
1.Delaunay J. Anémies hémolytiques d’origine
membranaire. Hématologie. Paris : Encycl Méd
Chir (Elsevier) ; 1999 : 13-006-D-05.
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hémolytiques par anomalie de la membrane. Hématologie
de l’enfant. Flammarion 1995 : 147-158.
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Rev. 1996; 10: 129-47.
4.Iolascon A, Faienza M. F, Moretti A. UGT 1 promotor accounts
for increased neonatal appearance of hereditary spherocytosis.
Blood 1998; 91: 1093
5.Delhommeau F, Cynober T, Schischmanoff P. O, Rohrlich P,
Delaunay J, Mohandas N and al. Natural history of hereditary
spherocytosis during the first year of life. Blood 2000; 95:
393-397.
6.Rao Passi G. Neonatal hyperbilirubinemia due to hereditary
sphercytosis. Indian Pediatrics 2004; 41: 199.
7.Tchernia G, Delhommeau F, Perrotta S, Cynober T, Bader-Meunier
B, Nobili B, and al. Recombinant erythropoietin therapy as
an alternative to blood transfusions in infants with hereditary
spherocytosis. Hematol J 2000; 1: 146-52.
8.Aramburu Arriaga N, Fernandez Cuesta M. A, Martinez Gonzalez
M. J, Astigarra Aguirre I. et coll. Esferocitosis hereditaria
neonatal: revision csuistica. Anales Espanoles de Pediatria.
2000; 52: 569-572.
9.Schiff M, Haÿs S, Sann L, Putet G. Utilisation de
l’érythropïètine chez un nouveau-né
atteint de sphérocytose héréditaire.
Archives de Pédiatrie 2003 ; 10 : 333-336.
10.Pinto L, Iolascon A, Miraglia del Giudice E, Materese
S, Nobili B, Perrota S. The Italian pediatric survey on hereditary
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11.Bader-Meunier B, Gauthier F, Archambaud F, Cynober T,
Miélot F, Dommergues J. P and al. Long-term evaluation
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for hereditary spherocytosis. Blood. 2001; 97: 399-403.
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