| A. Barkat, R. Amrani, N. Lamdouar Bouazzaoui
- Hôpital d’Enfants de Rabat - 3 janvier 2005
Introduction
La rage humaine est une maladie infectieuse mortelle décrite
depuis l’antiquité. C’est une encéphalomyélite
liée à un virus neurotrope pathogène
pour l’ensemble des mammifères [1]. L’humanité
possède un traitement efficace depuis 100 ans et pourtant,
elle reste la dixième maladie infectieuse mortelle.
Elle constitue un problème de santé publique
de part le monde. C’est une maladie animale pouvant
être accidentellement transmise à l’homme
suite à la morsure par un animal enragé.
Bien que la rage soit contrôlée voire éliminée
dans les pays du pourtour de la méditerranée,
notre pays enregistre encore une forte incidence et ce malgré
l’institution d’un programme national de lutte
contre la rage depuis 1986.
Epidémiologie
Le traitement Pastorien contre la rage a été
appliqué chez l ‘homme pour la première
fois le 6 juillet 1885 sous la direction de Louis Pasteur.
Depuis, des millions de traitement ont été appliqués
et ont sauvé des millions de vies humaines. Ainsi cette
affection a été contrôlée voire
éliminée dans plusieurs régions du globe
dont le pourtour méditerranéen. Mais dans notre
pays et malgré l’institution du programme National
de Lutte contre la Rage depuis 1986, on enregistre encore
une forte incidence. En effet celle-ci s’évalue
à une vingtaine de cas de rage humaine enregistrés
chaque année et ce chiffre est resté stable
depuis 1992. 79 % des cas proviennent du milieu rural. La
population pédiatrique représente plus que la
moitié des cas. Le sexe masculin est touché
dans plus de 70 % des cas. L’animal mordeur est représenté
principalement par le chien.
Diagnostic de la rage humaine
La rage est une maladie constamment mortelle dont le diagnostic
clinique est souvent difficile et doit être confirmé
par l’histologie.
La période d’incubation de la rage est variable
de moins de 15 jours à plus de 3 mois [2]. Cette période
est totalement silencieuse. L’enfant présente
généralement des périodes d’incubation
courtes surtout en cas de lésions siégeant près
du système nerveux central ou dans des régions
riches en terminaisons nerveuses.
La phase prodromique est non spécifique, elle comporte
des symptômes très variés, à type
de fièvre, céphalées, sensation de malaise,
nausées, …. . Le prodrome le plus révélateur
est l’apparition de prurit au niveau de la cicatrice
de la morsure, signe d’autant plus difficile à
trouver que le patient est jeune. Ce qui explique toute la
difficulté de diagnostic dans la population pédiatrique.
La phase d’état comporte deux types d’expression
clinique : la forme habituelle appelée rage furieuse
ou spastique est caractérisée par une excitation
psychomotrice qui donne des convulsions, agitation, agressivité,
hallucination…ce tableau comporte une hyperesthésie
cutanée, une photophobie et une fièvre, ce qui
peut évoquer une méningite.
Une forme beaucoup plus rare, c’est la rage paralytique
qui se voit dans 10% des cas. Elle se présente sous
forme de paralysie ascendante ressemblant au syndrome de Guillain-Barré,
surviennent ensuite des troubles sphinctériens et une
atteinte bulbaire responsable de l’arrêt cardiorespiratoire.
En l’absence d’une notion de morsure, le diagnostic
est souvent difficile à évoquer.
Les critères diagnostiques de la rage associent :
- La notion de morsure par un animal enragé
- Le tableau clinique de la rage
- Un bilan biologique et radiologique qui élimine
une autre pathologie
- La vérification nécropsique, avec étude
immunologique et histologique portant sur les différents
étages du cerveau [5].
- La confirmation du diagnostic est obtenue après
autopsie post-mortem.
Conduite à tenir en cas de morsure
par un animal [7]
| Caractère
des lésions |
Degrés
de gravité |
| Léchage
ou contact avec de la salive d’un animal mordeur |
Téguments intacts |
Gravité 0 |
| Excoriations cutanées |
Tronc et membres* |
Gravité 1 |
| Face et ou mains |
Gravité 2 |
| Morsure
ou griffures causées par un animal mordeur |
superficielles |
Peu nombreuses |
Tronc et membres* |
Gravité 2 |
| Face et ou mains |
Gravité 3 |
| Multiples |
Gravité 3 |
| Profondes |
Peu nombreuses |
Tronc et membres* |
Gravité 3 |
| Face et ou mains |
Gravité 4 |
| Multiples |
Gravité 4 |
| *mains exclues |
Si aucune blessure de gravité 1,2,3 ou 4 ne survient,
le traitement anti-rabique n’est pas nécessaire.
Si une blessure de gravité 1,2,3 ou
4 survient :
1. Soins locaux : laver énergiquement
à l’eau + savon et désinfecter les plaies
2. Mesures générales : vérification
de la vaccination anti-tétanique et antibiothérapie
3. Faire la vaccination à j0 et J7
4. Faire la sérothérapie uniquement si le
degré de gravité de la blessure est de catégorie
3 ou 4
Si l'animal n'est pas disponible pour sa
mise en observation : Complétez la vaccination à
J21
Si l'animal est disponible pour sa
mise en observation : Attendre le résultat
de l’observation de l’animal au 15 ème
jour :
- Si l'animal est sain : Interrompre la vaccination de
J21
- Si l'animal est malade ou suspect : Complétez
la vaccination à J21
Conduite à tenir en cas de rage humaine
déclarée
Une fois le diagnostic posé, la déclaration
est obligatoire. L’enquête est ensuite réalisée
pour répondre à quatre questions :
- Localiser et préciser le devenir de l’animal
contaminateur
- Recenser les sujets qui ont été en contact
avec le sujet contaminé
- Chercher si le patient a reçu un traitement préventif
et le situer par rapport à la morsure contaminante
- Vérifier que les services vétérinaires
ont été avisés pour réaliser
un examen des animaux qui ont pu être en contact avec
l’animal responsable de la contamination
Conclusion
La rage est une maladie mortelle, contre laquelle existe
une prévention efficace, sa bonne application à
tous les niveaux permet de mieux cerner ce problème.
Pour atteindre ces objectifs, tous les professionnels de santé
doivent être impliqués et les recommandations
en vigueur du ministère de la santé doivent
être respectés.
Pour en savoir plus :
[1] http://www.Pasteur.fr/recherche/rage
La rage.2001
[2] STRADY C.
La rage en France/ actualités
La revue de Médecine interne.2000, vol.21, N°8,
PP. 679-683
[3] VEYSSIER P.
La rage : épidémiologie, prévention.
Revue du praticien, 43, PP. 1183-1186
[4] Laboratoire National d’Epidemiologie et de Zoonoses
Direction de l’élevage, Division de la Santé
Animale
PROJET DE STRATEGIE NATIONALE D’ERADICATION DE LA RAGE
2001-2010.Octobre 2000.
[5] Bureau Municipal d’Hygiène
Registre des sujets pris en charge par le centre anti-rabique
à Rabat, fiches du traitement avec renseignements sur
les sujets mordus et les animaux mordeurs. 1990-2001.
[6] MINISTERE DE LA SANTE
Service des Maladies Epidemiques
Renseignements sur la rage humaine au Maroc 1985-2003.
[7] MINISTERE DE LA SANTE
Direction de l’épidémiologie et de lutte
contre les maladies.
Lutte contre la rage chez l’homme- Guide des professionnels
de la santé
2003.
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