| Les
déficits immunitaires primitifs |
| A.A. Bousfiha, A.
Abid - Unité d'Immunologie Clinique, Pédiatrie 1 Hôpital
d'Enfants, CHU Ibn Rochd, Casablanca - 19 novembre 2002 |
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I - Introduction
Les Déficits Immunitaires Primitifs (DIP) constituent
un ensemble hétérogène d'affections caractérisées par
une insuffisance primitive des moyens de défense contre
les micro-organismes. Ils regroupent actuellement environ
100 maladies héréditaires différentes et peuvent être
scindés en quatre groupes (1) : les Déficits de l'Immunité
Humorale (DIH) qui représentent 70% des DIP, les Déficits
de l'Immunité Cellulaire (DIC) qui en représentent 15
%, les Déficits de l'Immunité Non Spécifique (DINS) (cellules
phagocytaires et complément) et des déficits immunitaires
associés à d'autres affections.
Les DIP sont des maladies rares : 1 cas pour 5 000 naissances
ce qui correspondrait à 120 nouveaux cas / an au Maroc.
Le fort taux de consanguinité dans notre pays (19,9 %
contre 0,6 % en France) majorerait certainement ces prévisions
puisque la plupart des DIP sont des affections autosomiques
récessives (2).
Les DIP restent méconnus dans notre pays alors que les
signes d'appel sont évocateurs et les moyens de diagnostic
disponibles. Le traitement repose essentiellement sur
l'antibioprophylaxie continue, la substitution en immunoglobulines
intraveineuses et, dans les cas graves, sur la thérapie
cellulaire (greffe de cellules souches hématopoïétiques).
La caractérisation récente des bases moléculaires responsables
de plusieurs DIP a permis une meilleure connaissance des
mécanismes de la différentiation et de l'activation lymphocytaire.
Ces progrès ont également permis de proposer dans de nombreux
cas un diagnostic prénatal et de réussir les premiers
cas de thérapie génique dans l'espèce humaine et qui ont
été réalisés cette année (2000) chez des enfants présentant
un déficit immunitaire combiné sévère.
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II - Physiopathologie
Une fois introduits dans l'organisme, les germes induisent
une réponse immunitaire naturelle qui est basée sur la
reconnaissance non spécifique des molécules exprimées
par les pathogènes procaryotes. Ensuite, intervient l'immunité
spécifique qui est induite par la reconnaissance spécifique
de ces antigènes.
Les DIP sont des maladies héréditaires dues le plus souvent
à des déficits enzymatiques responsables d'arrêt de maturation
de la lignée lymphoïde et/ou myéloïde (Figure
1)
La nature des infections qui s'en suivent oriente vers
un des trois principaux déficits immunitaires par leurs
sièges et l'agent infectieux. Ainsi, le déficit de l'immunité
humoral (DIH) se manifeste après le sixième mois de vie
(disparition des anticorps maternels), essentiellement
par des pneumonies, des otites et des sinusites récurrentes
à pyogènes dues à des bactéries pyogènes, souvent encapsulés,
à parasitisme extracellulaire : pneumocoques, haemophilus,
streptocoques, pseudomonas, staphylocoques, méningocoques.
Il existe aussi des infections intestinales notamment
à Giardia lumblia. Ces infections aboutissent après quelques
années à des dilatations des bronches et des diarrhées
chroniques avec syndrome de malabsorption. Dans le déficit
de l'immunité cellulaire (DIC), le début est précoce généralement
avant le sixième mois de vie par des infections à germes
intracellulaires (virus, mycobactéries, salmonelles, Pneumocystis
carinii, toxoplasme) entraînant surtout des pneumopathies
interstitielles, des septicémies et des candidoses orales
rebelles. Il existe fréquemment des manifestations allergiques
et auto-immunes.
Les DIC entraînent rapidement une hypotrophie. Le déficit
de l'immunité non spécifique (DINS) est évoqué par la
survenue, dés la période néonatale, d'abcès cutanés et
du système réticulo-endothélial (ganglions, foie, rate)
surtout à Staphylocoque et à Aspergillus. L'atteinte gingivale
et stomatique est fréquente et sévère dans les neutropénies.
Actuellement, les bases moléculaires et les gènes de
plusieurs maladies sont connues dont voici quelques exemples
démonstratifs (3).
Dans le déficit en adénosine désaminase, la prolifération
des précurseurs lymphoïdes est inhibée par l'accumulation
du déoxy-ATP, il n'y aura donc ni lymphocytes T ni lymphocyte
B ni lymphocytes Natural Killer (NK).
Dans le Déficit Immunitaire Combiné Sévère (DICS) lié
à l'X (déficit en récepteur de certaines cytokines) et
le déficit en kinase intracellulaire Jak 3, le défaut
de signalisation induit par les interleukines 7 et 15
provoque des défauts de génération des lymphocytes T et
NK alors que les lymphocytes B sont présents.
La présence ou non des lymphocytes B sur la numération
des sous-populations lymphocytaires chez une personne
présentant des infections sévères permet donc une première
orientation diagnostique. Le défaut d'expression des molécules
de classe II du complexe majeur d'histocompatibilité entraîne
un défaut de différentiation des lymphocytes T CD4+.
Le déficit en kinase ZAP 70 qui est associée au complexe
de signalisation CD3 engendre un défaut de génération
des lymphocytes TCD8+.
L'ataxie télangiectasie est due à une mutation du gène
ATM (11q22-23) à l'origine d'un défaut de réparation de
l'ADN avec des cassures surtout des chromosomes 7 et 14
dans la région des chaînes des TCR et des Ig.
D'autres DIP sont en rapport avec un déficit génétique
du contrôle de la lymphoprolifération comme le syndrome
de Chediak-Higashi.
Enfin, il existe encore de nombreux DIP dont la physiopathologie
n'est pas bien connue.
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III- Diagnostic positif
Les infections à répétition constituent le principal
mode de révélation des DIP. Ces infections sont d'autant
plus évocatrices que :
- elles ne restent pas limitées à un seul organe,
- elles persistent ou récidivent,
- elles ne répondent pas comme prévu aux antibiotiques,
- elles sont dues à des germes inhabituels ou opportunistes,
- elles surviennent chez des patients issus de mariage
consanguin avec, parfois, des cas similaires ou des
décès en bas âge dans la famille.
Par ailleurs, comme le système immunitaire est responsable
de la reconnaissance du soi, de la surveillance de la
transformation maligne des cellules, et de l'élimination
des allergènes, les DIP peuvent s'associer ou se révéler
par des affections auto-immunes, des cancers (10 à 200
fois plus fréquents que dans la population normale) et
de l'allergie.
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IV- Diagnostic différentiel
- Les infections à répétition touchant essentiellement
la sphère ORL et/ou l'appareil broncho-pulmonaire sont
considérées comme normales en deçà du cinquième épisode
au cours de la même année en cas de rhino-pharyngites,
du troisième épisode en cas d'otites et du deuxième
épisode en cas de pneumonie.
En effet, avant l'âge de 4 ans, ces infections correspondent
le plus souvent à un mode d'immunisation naturelle contre
plusieurs germes et notamment des virus.
- D'autres causes de loin plus fréquentes que les DIP,
peuvent être responsables d'une susceptibilité particulière
aux infections : l'hypertrophie des végétations adénoïdes,
l'atopie, la pollution et le tabagisme passif, la malnutrition,
le corps étranger intrabronchique négligé, les pneumopathies
d'inhalation, les cardiopathies congénitales, un syndrome
néphrotique ou une insuffisance rénale, un diabète,
certaines affections pulmonaires (mucoviscidose, anomalies
ciliaires, malformations …) et certaines affections
cutanées (eczéma, dermatoses congénitales,..).
Ces étiologies seront discutées en premier mais un interrogatoire
minutieux et répété associé à un examen clinique complet
permettent généralement :
- de réunir les éléments anamnestiques et cliniques
de ces diagnostics différentiels, avec parfois un bilan
spécifique d'une affection : test à la sueur, TOGD,
biopsie cutanée ou de la muqueuse respiratoire, …
- ou de retrouver les particularités des infections
au cours des DIP (voir diagnostic positif) D'autre part,
les déficits immunitaires acquis d'origine virale (VIH,
rougeole) ou secondaire à une hémopathie maligne ou
à une chimiothérapie sont facilement éliminés.
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V- Diagnostic étiologique
V.1. Enquête étiologique :
L'interrogatoire recherchera
des cas similaires dans la famille et précisera l'arbre
généalogique, l'âge et le mode de début des manifestations
cliniques (d'autant plus précoces et sévères que le
DIP est profond), les particularités cliniques et microbiologiques
des épisodes infectieux antérieurs ainsi que les traitements
reçus.
L'examen clinique recherchera
les signes de gravité de l'infection (hyperthermie maligne,
choc septique, troubles de la conscience), le(s) site(s)
de l'infection (examen des différents organes), le retentissement
des épisodes infectieux sur la croissance (poids, taille,
trophicité).
Il recherchera aussi des signes associés non infectieux
qui peuvent orienter vers le type exact du DIP : eczéma,
purpura thrombopénique chronique et petites plaquettes
dans le syndrome de Wiskott-Aldrich (lié à l'X), télangiectasies
oculaires et ataxie cérébelleuse progressive dans le
syndrome de Denis Luis-Barr (autosomique récessif),
albinisme partiel dans le syndrome de Chediak-Higashi
et le syndrome de Griscelli, retrognatisme, hypoparathyroïdie
(hypocalcémie), malformation cardiaque et absence de
glande thymique dans le syndrome de Di George.
Les examens complémentaires comprennent :
- les examens de débrouillage :
- L'intra-dermoréaction à la tuberculine ou à la
candidine constitue un bon reflet de l'état de l'immunité
à médiation cellulaire. Sa négativité chez un enfant
vacciné est évocatrice d'un DIC en dehors des circonstances
anergisante.
- A l'hémogramme, une lymphopénie qui sera retenue
en se référant aux valeurs en fonction de l'âge
(tableau I), oriente vers un DIC sévère ; une neutropénie
récidivante orientera vers une neutropénie cyclique
; une anémie normocytaire régénérative fera évoquer
une hémolyse auto-immune (50 % des DIC) ; une thrombopénie
orientera vers un PTAI compliquant un DIP ou un
syndrome de Wiskott-Aldrich.
- L'électrophorèse des protides est demandée dans
deux situations : si le dosage des IgG, IgA et IgM
n'est pas disponible (absence ou une diminution
des gammaglobulines) et si on suspecte une entéropathie
exsudative avec fuite des immunoglobulines et alors,
il existe aussi une hypo-albuminémie.
- A la radiographie thoracique, la survenue de deux
pneumonies en une année est évocatrice d'un déficit
en anticorps qui peut se compliquer d'une dilatation
des bronches ; une pneumopathie interstitielle évoquera
fortement un DIC de même qu'une hypoplasie de l'ombre
thymique chez le nourrisson ; un abcès pulmonaire
ou une pneumatocèle orientera vers un déficit des
cellules phagocytaires.
- Le bilan immunitaire
L'évaluation du système immunitaire nécessite une étroite
collaboration entre le clinicien et le biologiste. Le
bilan immunitaire de première intention doit tenir compte
de l'orientation clinique. Dans tous les cas, une infection
au VIH sera éliminée.
- Un tableau clinique évocateur de DIH fera demander
d'abord un dosage pondéral des Immunoglobulines sériques
(IgG, IgA, IgM). Ceci permettra de savoir si le déficit
en anticorps est global ou sélectif. S'il existe un
déficit en anticorps une numération des sous populations
lymphocytaires (SPL) s'impose pour analyser les lymphocytes
B.
- Un histoire clinique évocatrice de DIC fera demander
en premier une numération des SPL: lymphocytes T (CD3+),
lymphocytes B (CD19+), lymphocytes T auxiliaires (CD4+)
et cytotoxiques (CD8+), lymphocytes natural killers
(CD16+).
- Des infections évocatrices de DINS feront demander
un test au nitro-bleu de tétrazolium (NBT) et un dosage
du complément hémolytique total (CH50).
En deuxième intention,
on peut être amené à explorer la réponse anticorps
spécifique après vaccination (exemple : toxines diphtérique
et tétanique) et la réponse des lymphocytes périphériques
aux mitogènes, aux antigènes communs, et/ou aux anticorps
anti-CD3. D'autres marqueurs spécifiques de certains
DIP seront alors demandés : HLA-DR, dosage enzymatique
(adénosine désaminase, ZAP 70, TAP 2, dosage de cytokines,
…). Le diagnostic de nombreux DIP peut aussi être
réalisé par biologie moléculaire.
V.2. Etiologies :
De plus en plus de maladies sont individualisées au sein
des DIP. Ceci entraîne des changements dans leur classification
au fur et à mesure que les mécanismes et les bases moléculaires
sont précisés. Les experts réunis par l'organisation mondiale
de la santé ont établi une nouvelle classification des
DIP en 1999 (tableau
III).
V.2.1. Les déficits de l'immunité
humorale :
Les défauts de production, complets ou partiels,
en Ig constituent les plus fréquents des DIP. Ils
sont dus à un défaut de différentiation et/ou d'activation
des lymphocytes B, ce qui est à l'origine d'une production
défectueuse des différents types d'immunoglobulines
dont l'interprétation doit être faite en fonction
de l'âge (tableau
II). La possibilité de compenser de façon efficace
le déficit en IgG par l'injection d'Ig polyvalentes
permet d'en limiter les conséquences cliniques.
Le déficit en IgA est
le DIP le plus fréquent dans la population caucasienne
(1/700) alors qu'il est beaucoup plus rare dans les
autres groupes ethniques : 44,4 % des DIP en Italie
(6) contre 4,6 % en Tunisie (7). Ce DIH est souvent
asymptomatique et la survenue d'infections récurrentes
ou de manifestations auto-immunes doit faire rechercher
un déficit associé en IgG2 et IgG4. Prés de 50 % des
patients ont des anticorps anti-IgA qui peuvent donner
lieu à des accidents de choc lors d'injection de sang
ou de dérivés sanguins.
Les hypogammaglobulinémies à
expression variable (HGEV) (= déficit immunitaire
commun variable) constituent un groupe de déficits
incomplets de la production de tous les isotypes d'Ig
qui est en cours de caractérisation. Leur expression
clinique se fait au cours de la deuxième ou de la
troisième décade et comporte un syndrome de DIH, des
manifestations granulomateuses, des cancers secondaires
et des manifestations auto-immunes notamment des cytopénies
auto-immunes et des manifestations rhumatologiques.
Les trois principales classes d'Ig sériques sont diminuées,
d'une façon variable dans le temps; les lymphocytes
B (CD19+) sont présents en nombre variable avec différents
déficits fonctionnels. L'HGEV et le déficit en IgA
peuvent exister dans la même famille avec parfois
un passage d'une forme à l'autre chez le même patient.
Ces deux affections sont donc considérées actuellement
comme les deux pôles extrêmes d'un spectre continu
de déficits en immunoglobulines. Les gènes candidats
sont actuellement étudiés dans la région du complexe
majeur d'histocompatibilité et affecteraient l'interaction
cellulaire entre les lymphocytes T et B.
L'agammaglobulinémie liée à
l'X ou maladie de Bruton, connue depuis 1952,
survient chez un garçon sur 100 000. Elle est due
à différentes mutations du gène XLA (Xq21.3-q22) codant
pour une protéine-tyrosine kinase spécifique de la
lignée B. Ceci est responsable du blocage de la maturation
du lymphocyte au stade pré-B et donc de l'absence
des lymphocytes B, des IgG, des IgA, des IgM, des
IgE et des IgD (agammaglobulinémie). Cliniquement,
les infections commencent après l'âge de 6 mois et
sont essentiellement faites d'infections ORL et bronchopulmonaires
à germes extracellulaires. Les ganglions lymphatiques
ne sont pas palpables et les amygdales absentes. L'électrophorèse
des protides montre l'absence de gammaglobulines.
En l'absence de traitement, l'évolution se fait vers
la DDB et l'insuffisance respiratoire. Plus rare et
de découverte plus récente, l'agammaglobulinémie autosomique
récessive, est due à un blocage plus précoce, au stade
pro-B, de la maturation des lymphocytes B.
D'autres DIH sont plus rares
tel que le syndrome hyper-IgM autosomique récessif,
le déficit en IgM, l'agammaglobulinémie associée à
un déficit en hormone de croissance, le déficit immunitaire
sélectif vis à vis du virus d'Epstein-Barr (Sd de
Portilo).
V.2.2. Les Déficits de l'immunité cellulaire
(DIC) :
De par la place centrale des lymphocytes T dans
le système immunitaire, les déficits de l'immunité
cellulaire s'accompagnent en général d'un dysfonctionnement
combiné de l'ensemble des effecteurs de la réponse
immune, on parle alors de déficits immunitaires combinés.
Ces déficits sont répartis en 3 grands types : les
déficits immunitaires combinés sévères (DICS), les
DIC avec lymphocytes T présents et les DIC complexes.
Les déficits immunitaires combinés
sévères (DICS) sont caractérisés par l'absence
complète de lymphocytes T matures, absence qui n'est
pas compatible avec la vie au-delà de quelques mois
en l'absence de greffe de cellules souches hématopoïétiques
(CSH). Ils se manifestent par des candidoses orales
récidivantes, une diarrhée chronique avec hypotrophie
et une pneumopathie interstitielle. Le diagnostic
est souvent très probable à l'hémogramme qui montre
une lymphopénie. Les IgM
et les IgA sont absentes alors que les IgG sont normales
au cours des 6 premiers mois puis qu'elles sont d'origine
maternelle. La numération des SPL confirme la déplétion
profonde en lymphocytes T (CD3+) et permet d'orienter
vers le type exact de DICS. En fonction de la présence
de lymphocytes B (B+) ou de leur absence (B-), les
DICS sont classés en DICS T-B+, DICS T-B- et en DICS
T+B- (tableau
III). Le DICS lié à l'X représente environ 50%
des DICS. Le syndrome d'Ommen, de révélation précoce,
associe érythrodérmie et alopécie. Les autres DICS
actuellement connus sont représentés sur le tableau
III.
Les DIC avec lymphocytes T présents
sont caractérisés par des lymphocytes T en nombre
réduit et/ou peu fonctionnels et ont une expression
clinique se rapprochant de celle des DICS mais moins
sévères. Leur évolution est néanmoins mortelle en
quelques années en l'absence de greffe de CSH. Dans
ce groupe, la diminution d'une des sous-populations
lymphocytaires et la réponse à la stimulation des
lymphocytes oriente vers une ou quelques maladies
particulières qui pourra être confirmée par un test
spécifique quand il est disponible.
Dans ce groupe, on classe le défaut d'expression des
antigènes HLA de classe II dont il existe quatre groupes
de complémentation en rapport avec des mutations des
gènes du CIITA et du RFX5. Cette rare affection autosomique
récessive est particulièrement fréquente au Maghreb
: 22 des 30 cas de l'Hôpital Necker-Enfants malades
de Paris (8) sont d'origine maghrébine, 29 % des DIC
en Tunisie (7), 50 % de nos DIC (9) et seulement 4
% des DIC en Australie(10). Cette maladie se révèle
habituellement chez un petit nourrisson par une diarrhée
chronique, un muguet rebelle ainsi que des infections
sévères pulmonaires et des septicémies; les CD4+ sont
diminués et les antigènes HLA-DR sont absents de la
surface des lymphocytes.
Le syndrome hyper-IgM lié à l'X est caractérisé par
l'absence des IgA et des IgG avec des IgM normales.
La confirmation est apportée par l'absence du ligand
CD40, molécule de surface des lymphocytes T indispensable
au passage de la synthèse des IgM à celle des IgA
et des IgG au niveau des lymphocytes B (switch). Les
autres DIC actuellement bien définis sont représentés
sur le (tableau
III).
Les DIC complexes comportent
un déficit immunitaire combiné associé à d'autres
anomalies; la greffe de CSH est souvent nécessaire.
Les différents syndromes de ce groupe sont mentionnés
sur le (tableau
III).
V.2.3. Les Déficits de l'immunité
non spécifique :
La granulomatose chronique septique
est le plus fréquent des déficits des cellules phagocytaires.
Les phagocytes ingèrent les germes mais n'arrivent
pas à les détruire du fait d'une insuffisance du métabolisme
oxydatif dans les phagosomes. Il existe quatre formes
moléculaires. Le tableau clinico-microbiologique est
évocateur : les infections siègent dans les organes
riches en phagocytes (foie, rate, ganglions, peau,
poumon) et elles sont essentiellement dues à des germes
qui disposent d'une catalase (Staphylocoque, Serratia)
et à l'Aspergillus. Les macrophages pleins de débris,
s'accumulent sous forme de granulomes.
Les déficits en molécules d'adhésion
(LAD1 et LAD2) ont pour conséquence un défaut
de mobilisation des polynucléaires de la circulation
sanguine vers les tissus. Les infections bactériennes
sont alors caractérisées par l'accumulation massive
de polynucléaires neutrophiles dans le sang et par
l'absence de pus. La chute du cordon se fait au-delà
de la 4e semaine.
La neutropénie congénitale
sévère (syndrome de Kostmann) est définie par un nombre
de neutrophiles inférieurs à 200/ml. Dans la neutropénie
cyclique, les neutrophiles passent d'une valeur normale
à des valeurs effondrées tous les 21 jours.
Quatre nouvelles maladies génétiques responsables
d'une susceptibilité sévère et
sélective aux mycobactéries qu'elles soient
atténuées (vaccin BCG), atypiques (environnementales)
ou tuberculeuses ont été récemment décrites (tableau
III)
Les déficits en complément
sont rares et groupés en deux entités : les déficits
d'activation du C3 (déficits en C2 ou C4 ou H ou I)
sont responsables d'infections bactériennes systémiques
et des manifestations auto-immunes, notamment le lupus
érythémateux. Les déficits du complexe lytique (C5-C8)
se manifestent par des infections à Neisseria (notamment
des méningites) répétées et sévères car la phagocytose
de ces germes à capsule polysaccharidique très épaisse
nécessite leur opsonisation préalable par les fractions
de complément.
V.2.4. Les Déficits immunitaires
associés à une autre affection :
Il s'agit d'un grand nombre d'affections où le DIP
fait partie du tableau clinique de la maladie. Certaines
de ces affections sont citées dans le (tableau
III)
VI- Les principes du traitement des
DIP
VI.1. Règles générales :
- En cas de DIH, le vaccin antipoliomyélitique oral
(Sabin) est contre-indiqué. Par contre, les autres vaccins
vivants atténués (ROR et BCG) sont permis, de même que
les vaccins inactivés (Polio injectable, coqueluche)
et les préparations antigéniques (toxines tétaniques
et diphtérique, haemophilus). Cependant leur efficacité
est inconstante et dépend de la profondeur du DIH (sans
effet chez les agammaglobulinémiques). En cas de DIC,
tous les vaccins vivants atténués sont contre-indiqués
: BCG, Polio oral, ROR.
- La transfusion des enfants
présentant un DIC doit être faite après irradiation
de tout produit sanguin labile.
- La réhabilitation nutritionnelle
est souvent essentielle au moment du diagnostic qui
se fait souvent tardivement avec des signes de dénutrition.
- La prise en charge psychologique et médico-sociale
est capitale.
VI.2. La greffe de cellules souches
hématopoïétiques
La greffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH)
(moelle osseuse ou cellules souches périphériques)
est urgente et indispensable dans tous les DICS et
les DIC. Le pronostic dépend essentiellement du type
de donneur : guérison dans 95 à 100 % des cas si elle
est faite à partir d'un donneur HLA-identique. A partir
d'un donneur HLA non identique, la réalisation d'une
déplétion en Lymphocytes T (conditionnement) chez
le patient est faite grâce à une chimiothérapie (busulfan
et cyclophosphamide) afin d'éviter la réaction du
greffon contre l'hôte. Dans ce cas, la survie à 4
ans est d'environ 60 %. Actuellement des tentatives
de thérapie génique par transfert de gènes ex vivo
dans les lymphocytes T à l'aide de vecteurs viraux
sont en cours d'étude. Il est de même des greffes
de CSH in utéro.
VI.3. Les immunoglobulines :
Les Ig-intraveineuses sont extraites du plasma humain
puis traitées par solvent-détergent pour assurer l'inactivation
virale. La qualité des Ig-IV est régie selon des critères
stricts définis par l'OMS. Elles
sont indiquées dans les agammaglobulinémies,
les hypogammaglobulinémies à expression variable,
les déficits en sous-classes d'IgG, le syndrome hyper-IgM
et dans la plupart des DIC (en attendant la greffe
de CSH) puisqu'ils sont généralement associés à un
déficit en anticorps. Les Ig sont
contre-indiquées dans le déficit isolé en IgA
(risque d'anaphylaxie). Si le déficit en IgA est associé
à un déficit en sous-classes d'IgG, il faut utiliser
des préparations d'Ig pauvres en IgA. La
dose est de 200 à 800 mg / Kg toutes les 3
à 4 semaines de façon à obtenir un taux d'IgG sériques
supérieur à 5 g / l avant la perfusion suivante. Le
débit de perfusion doit commencer par 1 ml de solution
reconstituée / Kg et par heure la première demi-heure
pour atteindre 4 ml /Kg / H la deuxième heure. Ces
Ig ont été utilisés avec succès par voie sous-cutanée
à domicile à raison de 100 mg / Kg / semaine.
VI.4. L'antibiothérapie curative
L'antibiothérapie curative doit être précoce et prolongée
avec une utilisation facile de la voie intraveineuse
surtout pour les DIC. Elle doit tenir compte du type
de DIP : devant un DIH, elle doit viser le Pneumocoque
et l'Haemophilus, parfois le Pseudomonas : bétalactamines
et aminosides. Devant un DIC, elle doit viser à la
fois les germes intracellulaires et extracellulaires
: on associera donc aux antibiotiques précédents cotrimoxazole
ou quinolones. Les antiviraux
et les antifungiques ont
une place est importante dans les DIC où ces germes
ne rencontrent pas de résistance de la part des lymphocytes.
L'antibiothérapie préventive
dans les DIH dans l'impossibilité d'assurer une substitution
continue en Ig. Elle sera alors alternée toutes les
10 jours : amoxicilline ou céphalosporine orale, macrolide,
et le cotrimoxazole. Dans les DIC et les DINS, la
prophylaxie est assurée par le cotrimoxazole à vie
à raison de 20 mg /Kg/ jour. Dans les granulomatoses
chroniques septiques l'itraconazole est utilisé afin
de prévenir l'infection aspergillaire.
VI.5. Autres :
- Perfusion d'adénosine désaminase dans le DICS
T-B- par déficit en ADA.
- Le G-CSF (granulocyte-colony stimulating factor)
est efficace dans les neutropénies chroniques.
- L'injection de l'interféron g est efficace dans
les déficits en IL12 ou en son récepteur.
Enfin, pour de nombreuses affections, on dispose
actuellement de diagnostic anté-natal.
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VII- Conclusion
Les enfants présentant un DIP ont donc des infections
particulières par leur fréquence, leur sévérité et atteignent
plusieurs organes à la fois ou successivement. Par ces
caractères, les DIP se distinguent des autres causes d'infections
répétées, de loin plus fréquentes que les DIP. L'essentiel
est d'y penser.
La distinction en trois grands syndromes (DIH, DIC et
DINS) est souvent possible à l'étape clinique et constitue
un moment essentiel de la discussion permettant d'arriver
au type exact du DIP. D'autre part, le grand nombre de
maladies ne doit pas faire oublier au médecin la place
importante des DIH (70%) et notamment les hypogammaglobulinémies
à expression variable. Les DIC doivent être reconnus par
les médecins. Par contre, leur type exact ne peut être
diagnostiqué qu'au sein d'une unité spécialisée, en concertation
avec le laboratoire d'immunologie.
La prise en charge des DIP, souvent commencée dans une
unité spécialisée peut être faite par le médecin de famille
(antibiothérapie, substitution par les IgIV) qui restera
en contact avec le centre spécialisé.
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II deficiency: clinical manifestations, immunological
features and outcome.
The Journal of Pediatrics 1993; 123, 6 : 921-928
9. Bousfiha A.A., Bennani S, Ailal F, Abid A, Hda N,
Benslimane A. Les déficits immunitaires primitifs à Casablanca.
Travail en cours
10. Baumgart KW, Britton WJ, Kemp A, French M, Roberton
D. The spectrum of primary immunodeficiency disorders
in Australia.
J Allergy and Clinical Immunology 1997;100,3: 236-40 .
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Annexe :
Figure
1 : Pathogénie des principaux DIP : Niveaux de blocage
de maturation des différentes lignées des cellules immunitaires.
( D'après un Schéma de A. Fischer, simplifié (3)).
Tableau
n° I : Valeurs de référence des leucocytes (109/1)
en fonction de l'âge : moyenne et limites (+/- 2DS) (4).
Tableau
II : Valeurs de référence des taux sériques d'immunoglobulines
(g/l) en fonction de l'âge : moyenne et limites (+/- 2DS)
(5).
Tableau
III : Classification des principaux DIP selon l'OMS-1999
(1).
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