| Résumé
Les auteurs rapportent un cas de mélanome malin des fosses
nasales chez un patient de 85 ans. Le tableau clinique était
dominé par une obstruction nasale droite et une rhinorhée
sale et épistaxis intermittente. Le diagnostic a été
confirmé à l’histologie après exérèse
chirurgicale. Les auteurs soulignent l’importance de l’imagerie
dans le diagnostic précoce et le bilan d’opérabilité
de ce type de tumeur rare.
Mots-clés : Mélanome malin,
fosses nasales, TDM, IRM, Tumeurs des fosses nasales
Abstract :
The authors report a case of malignant melanoma of the nasal fossa
in a 85 years old patients. The clinical picture was dominated by
a right nasal obstruction, a dirty rhinorrhea and intermittent epistaxis.
The diagnosis has been confirmed by the histologic examination after
surgical exeresis. The authors emphasize the important role of the
imaging in the precocious diagnosis and the complete physical examination
in order to decide if this type of rare tumor is operable or not.
Key words : Malignant melanoma, Nasal
fossa, Computerized tomography, Imaging by magnetic resonance, Tumors
of the nasal fossa
Introduction
Le mélanome malin des cavités nasosinusiennes est
rare, estimé à 1% de tous les mélanomes et
environ 3% des cancers nasosinusiens.
C’est une tumeur très agressive. L’imagerie non
spécifique constitue un élément fondamental
dans la décision thérapeutique. Ainsi il est obligatoire
actuellement de recourir à l’association TDM et IRM
pour un bilan préthérapeutique correct avant tout
traitement.
Observation
Z.M. 85 ans, sans antécédents pathologiques particuliers
a consulté pour une obstruction nasale unilatérale
droite qui remonte à 14 mois, associée à une
rhinorrhée sale et des épistaxis intermittentes avec
de légères douleurs nasales. Il n’existait pas
d’anosmie.
L’examen ORL a révélé une augmentation
du volume de la pyramide nasale à prédominance droite
avec légère déviation de la pyramide nasale.
La rhinoscopie antérieure a montré au niveau de la
fosse nasale une tumeur de la partie antérieure du septum
nasale, bourgeonnante très pigmentée de couleur brune
noirâtre. La fosse nasale gauche était libre.
La TDM a montré une masse tumorale occupant la fosse
nasale droite et le sinus maxillaire de densité hétérogène,
rehaussée faiblement par le contraste. Cette masse est responsable
d’une lyse des parois osseuses de la fosse nasale et de la
cloison nasale, avec infiltration des parties molles en regard.
Il n’existait pas d’extension vers l’orbite. Fig
[1,2,3,4]
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FIG 1 : TDM de la
face ; coupes axiales sans contraste en fenêtres
parties molles :
processus tumoral de la fosse nasale droite antérieur
déformant la pyramide responsable d’une destruction
des os propres du nez et de la paroi interne du sinus maxillaire.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
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FIG 2 : Coupes axiales
après contraste intraveineux en fenêtres parties
molles :
Rehaussement du processus tumoral de manière hétérogène.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
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FIG 3 : TDM des fosses
nasales en coupes coronales :
Lyse de la cloison nasale et du cornet inférieur en regard
de la lésion avec rétention liquidienne du sinus
maxillaire droit.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir) |
FIG 4 : En fenêtre
osseuses :
présence d’une lyse des parois osseuses, de la
cloison nasale et des os propres du nez.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir) |
Sur les données de la rhinoscopie et du scanner, un mélanome
malin des fosses nasales fut suspecté et le malade à
été opéré par voie latéronasale
et une excision large de la tumeur a été réalisée.
L’étude anatomo-pathologique a confirmé le diagnostic
de mélanome malin.
Une radiothérapie complémentaire a été
réalisée. L’évolution est stationnaire
avec un recul de 3 mois.
Discussion
Le mélanome malin des fosses nasales a été
décrit la première fois par Lucke en 1869 [1]. Sa
fréquence varie entre 0.5 et 1% de tous les mélanomes
et 3% des cancers nasosinusiens [1,2,3]. L’atteinte des cavités
nasosinusiennes est la plus fréquente des localisations otorhino-laryngologiques
muqueuses. La partie antérieure du septum, les cornets inférieur
et moyen, le sinus maxillaire sont les sites les plus touchés
[2]. Cette tumeur maligne provient des mélanocytes originaires
de la crête neurale et disséminés dans les muqueuses
nasosinusiennes [2].
Il n’y a aucune prédilection pour l’un ou l’autre
des sexes, la tranche d’âge la plus touchée est
située entre la 5ème et la 6ème décade
[1,2,4].
Les signes cliniques sont aspécifiques. Les symptômes
les plus communément observés sont l’obstruction
nasale et les épistaxis [1,2]. Dans tous les cas publiés
au moins un des deux symptômes étaient présent
[2]. D’autres symptômes ont été décrit
comme la rinorrhée, l’hyposmie, la migraine, les algies
faciales, parfois l’exophtalmie et la diplopie en cas d’atteinte
orbitaire [2]. La présence d’adénopathies initiales
est signalée dans 10 à 20% des cas [1,2]. Les métastases
à distance étaient moins fréquentes retrouvés
dans 0 à 5% des cas.
L’aspect macroscopique typique visualisé à la
rhinoscopie antérieure est celui d’un bourgeon charnu
polypoide très pigmenté brun noir ou achromique rosé
[1,2].
La place de l’imagerie est fondamentale dans le bilan préopératoire
des mélanomes malins des fosses nasales en raison des limites
de l’examen clinique. Le bilan repose sur deux explorations
complémentaires : le scanner et l’IRM.
La TDM est non spécifique. Comme pour les autres tumeurs
malignes des fosses nasales ; elle montre une masse tumorale
se rehaussant souvent de façon modérée et hétérogène
par le contraste, qui lyse les structures osseuses avoisinantes
[2,5].
En IRM, l’examen est réalisé en séquences
T1 et T2 sans et avec injection de gadolinium. Son aspect IRM peut
être évocateur en raison de la présence de mélanine
devant une masse de taille variable iso ou hyper intense T1 selon
son contenue en mélanine et iso intense en T2 [6,3], rehaussée
modérément par le contraste [6,3]. L’IRM permet
de faire un bilan d’extension aux structures de voisinage.
Le traitement repose sur la chirurgie avec une exérèse
large laissant une marge de sécurité [2,4].
La confirmation du diagnostic se fait par l’histologie. Le
diagnostic est parfois difficile notamment dans les formes achromiques,
le diagnostic différentiel se pose dans ce cas avec le neuroblastome
olfactif, le plasmocytome, le carcinome indifférencié,
le rhabdomyosarcome, le leiomyosarcome et l’histiocytome fibreux.
Une immuno-histochimie est alors indispensable, les cellules tumorales
exprimant la protéine S 100 mais surtout l’HMB45 ou
le NKIC3 sont très spécifiques [2,4].
Le mélanome malin est radiorésistant [2] bien que
certains auteurs suggèrent l’association chirurgie
radiothérapie externe vu le nombre important de récidives
locale après chirurgie exclusive [4]. La chimiothérapie
peut être utilisée à titre palliatif pour les
malades présentant des métastases à distance
[2].
Le pronostic du mélanome malin de fosses nasales est mauvais
avec une survie à 5 ans ne dépassant pas 35% [1,2,4].
Le risque de récidive locorégionale et métastatique
justifie une surveillance prolongée.
Conclusion
L’imagerie du mélanome malin des fosses nasales est
non spécifique.
Bien que rare, ce diagnostic doit être soulevé devant
toute tumeur unilatérale des fosses nasales. La TDM et L’IRM
sont indispensables pour le bilan d’extension.
Le diagnostic précoce de la tumeur est d’une extrême
importance et pourrait déterminer un meilleur pronostic pour
le patient.
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VI, Marrakech - 13 janvier 2005 |