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Communications scientifiques

Cas clinique : Lymphome cérébral primitif du corps calleux. A propos d'un cas

N.Cherif Idrissi El Ganouni1, K. Dami1, C. Loqa1, S. Aït Benali2, O. Essadki1, A.Ousehal1 - 10 octobre 2005

1- Service de radiologie, hôpital Ibn Tofaïl, CHU Mohammed VI, Marrakech
2- service de neurochirurgie, hôpital Ibn Tofaïl, CHU Mohammed VI, Marrakech

Résumé

Le lymphome cérébral primitif (LCP) est une tumeur rare touchant le sujet de la cinquantaine, le plus souvent immunodéprimé. Les manifestations cliniques dépendent de sa localisation, il peut être unique ou multiple et siège le plus souvent en périventriculaire. L'imagerie en coupe notamment le couple TDM-IRM oriente le diagnostic qui est confirmé par l’examen histologique. Plusieurs stratégies thérapeutiques sont adoptées dans ce type de tumeur.
Nous rapportons un cas de lymphome cérébral primitif localisé au niveau du corps calleux chez un sujet immunocompétent.
Mots clés : lymphome cérébral primitif, clinique, imagerie,

Abstract
Primitive cerebral lymphoma (PCL) is rare tumour affecting 50 year old patients, most often immunodepressed. The clinical manifestations depend on its localisation. It can be unique or multiple and seated most often in periventricular. The imagery in cutting mainly both the MRI /TDM leads the diagnosis that is confirmed by the histologic exam. Several therapeutic strategies are adopted in this type of tumour.
We report the case of primitive cerebral lymphoma localised in the callous body of an immunocompetent subject.
Key words : primitive cerebral lymphoma, clinic, imagery,

Introduction

Le lymphome primitif du système nerveux central est défini comme une entité à part entière depuis 1974 [2]. L’atteinte est confinée au système nerveux central, aux méninges ou à l’œil, sans localisation systémique associée.
Les LCP sont des tumeurs rares (1 à 2 % des lymphomes malins non-hodgkiniens) favorisées par l'immuno-dépression notamment au cours du sida mais ils affectent également des patients immunocompétents et l'incidence dans cette population progresse régulièrement [2].

Observations

Patiente de 58 ans, sans antécédent pathologique particulier, a présenté depuis un mois des céphalées occipitales avec vomissements, lourdeurs de l’hémicorps droit et amaigrissement, le tout évoluant dans un contexte apyrétique. L’examen clinique a montré une patiente consciente avec une hémiparésie droite et une dysarthrie. La TDM cérébrale réalisée sans et avec injection de contraste a objectivé la présence d’une formation isodense de forme étoilée du corps calleux et du centre semi ovale gauche mesurant 45x38 mm prenant le contraste de façon intense avec œdème périlésionnel (Fig 1, 2).
Cette masse était indépendante de la faux du cerveau. Le diagnostic d’astrocytome sous épendymaire a été soulevé. La patiente a été d’abord mise sous corticothérapie antioedémateuse pendant 20 jours et une nette amélioration clinique a été observée. Une IRM cérébrale a été réalisée dans un but topographique. Elle a confirmé le siège de la tumeur au niveau du corps calleux et a noté une nette réduction du volume tumoral (Fig 3, 4 ).
Le diagnostic de lymphome a alors été soulevé et la biopsie tumorale a confirmé ce diagnostic. Le bilan général n’a pas noté d’autres localisations lymphomateuses. La sérologie HIV était négative.

Coupe TDM axiale sans contraste
Fig. 1 : Coupe TDM axiale sans contraste : formation du centre semi ovale gauche dépassant le ligne médiane, isodense, hétérogène, de contours polylobés entourée par de l’œdème.
Coupe TDM axiale après contraste
Fig. 2 : Coupe TDM axiale après contraste : rehaussement de la lésion.
Coupe IRM axiale en séquence T2
Fig. 3 : Coupe IRM axiale en séquence T2 (après traitement) : la lésion a régressé de volume, elle est en hypersignal T2 avec persistance de l’œdème périlésionnel.
Ccoupe IRM axiale en séquence T1 après contraste
Fig. 4 : Coupe IRM axiale en séquence T1 après contraste (après traitement) : l’injection de contraste montre le rehaussement du corps calleux.

Discussion

La physiopathologie des lymphomes cérébraux primitifs est mal connue vu que le SNC est dépourvu de tissu lymphoïde. Plusieurs hypothèses ont été avancées mais ne sont pas encore accréditées [8]. La découverte d’EBV dans le lymphome de Burkitt a conduit à le rechercher dans la pathogénie des autres proliférations lymphoïdes. Dans les lymphomes cérébraux, l’EBV est observé dans 15 à 30% des cas chez l’immunocompétent et presque constamment au cours du Sida [13]. Il s’agit dans 80% des cas d’un lymphome malin de type B diffus à grandes cellules (classification REAL) [2, 9, 13].
Sur le plan épidémiologique, ce sont des tumeurs rares qui ne représentent que 1 à 2% des localisations des lymphomes et 5% de l’ensemble des tumeurs cérébrales [2]. Leur incidence croît régulièrement et ce en raison de l’augmentation des immunodépressions acquises et de l’amélioration des méthodes diagnostiques. Il existe de nombreux facteurs de risque notamment les syndromes d’immunodéficience congénitale ou acquise (le LCP survient chez 3% des patients sidéens) [2], les transplantations avec traitement par immunosuppresseurs et les maladies de système.
La moyenne d’âge de survenue est de 50 ans avec un pic de fréquence entre 50 et 70 ans, cependant, chez les sidéens elle est plus basse à 35 ans [8].
La prépondérance masculine 2,7 hommes/1 femme tend à augmenter du fait de la population sidéenne (homosexuels) [8, 13].
Les manifestations cliniques sont polymorphes avec une symptomatologie de souffrance cérébrale diffuse souvent au premier plan (88 % des cas). Les signes focalisés sont moins fréquents (40 à 50 % des patients) de même que les crises comitiales (10 à 20 % des cas) [2, 13].
L'association à une uvéite lymphomateuse n'est pas exceptionnelle (10 à 30 % des LCP) [2, 7]. Le liquide céphalo-rachidien (LCR) est anormal dans 80 % des cas mais souvent aspécifique, la malignité des cellules n'étant authentifiée que dans 10 à 30% des cas [2, 14].
La méningite lymphomateuse primitive représente 7 % des LCP. Son pronostic est sombre avec une médiane de survie de 8 mois [2, 12]. Les formes spinales isolées sont rares [1]. Enfin, la localisation tissulaire méningée est rarement décrite [2, 10, 11], évoquant cliniquement et radiologiquement un méningiome.
Une des caractéristiques des LCP est leur cortico-sensibilité, parfois responsable de la quasi-disparition des lésions en quelques jours, retardant ainsi le diagnostic de plusieurs semaines [2, 14].
L'imagerie retrouve typiquement une atteinte monofocale ou multifocale dans
25 % des cas et sus-tentorielle dans 87 % des cas (périventriculaire, thalamus, corps calleux, noyaux gris centraux) [2, 6].
La TDM met en évidence une lésion expansive arrondie prenant le contraste d’aspect non spécifique, cependant certains éléments attirent l’attention vers le lymphome notamment l’œdème périlésionnel modéré avec faible effet de masse comparé au volume tumoral, la prise de contraste intense et homogène à bords mal limités et surtout la multiplicité et la bilatéralité des lésions [8, 13].
Il existe des formes diffuses et infiltrantes correspondant à des plages hypodenses du parenchyme cérébral ne prenant pas le contraste, ou sous forme d’hyperdensités corticales gyriformes [2, 8, 13].
En IRM, la lésion se présente en isosignal T1et en hypersignal T2 [2, 4, 8]. Après injection de gadolinium, la prise de contraste est souvent précoce, intense et à limites nettes (90% des cas), des prises de contraste annulaires (10% des cas) et irrégulières (5-20% des cas) ont été décrites, dans de rares cas il n’existe pas de prise de contraste (1-10%) [8].
La biopsie cérébrale seule permet d’affirmer le diagnostic, la méthode stéréotaxique est indispensable pour les localisations profondes [2, 13].
Le diagnostic différentiel du lymphome cérébral primitif dépend du terrain : chez le sujet immunocompétent on discutera la tumeur astrocytaire si la lésion est isolée, comme c’est le cas chez notre patiente, le méningiome en cas de lésion nodulaire de la convexité et les métastases, abcès ou formes pseudotumorales de la sarcoïdose et de la sclérose en plaque si les lésions sont multifocales. Chez le sujet immunodéprimé (sida), le principal diagnostic différentiel reste la toxoplasmose [8].
Parmi les séries publiées dans la littérature, on constate qu’il existe peu de différences radiologiques entre le lymphome du sujet immunocompétent et du sujet immunodéprimé [8].
Les lymphomes cérébraux primitifs sont des tumeurs de mauvais pronostic [3]. L'âge supérieur à 60 ans, l'hyperprotéinorachie supérieure à 0,6 g/l et certaines localisations (tronc cérébral, noyaux gris, périventriculaire) sont des facteurs de mauvais pronostic [3]. L'exérèse chirurgicale n'amène aucun bénéfice en terme de survie et n'est pas indiquée [9]. La médiane de survie après radiothérapie exclusive est faible (14 à 18 mois) et les dernières études ont prouvé la supériorité de l'association radiothérapie-chimiothérapie [5]. L'utilisation de médicaments à tropisme cérébral comme le méthotrexate permet l'obtention d’une médiane de survie variant de 20 à 42 mois selon les séries [9], mais ce au prix d'une toxicité neurologique sévère (leuco-encéphalopathie retardée) [2, 9]. Le débat actuel est donc celui du meilleur choix thérapeutique à proposer ; certaines équipes proposent une chimiothérapie première, réservant la radiothérapie aux récidives.

Conclusion

Le lymphome cérébral primitif est une tumeur rare. La forme neuroradiologique la plus évocatrice reste celle d’une lésion périventriculaire, des NGC ou du corps calleux ; unique, prenant le contraste de façon intense et nodulaire avec peu d’œdème et d’effet de masse. Quelle que soit les thérapies employées (corticothérapie, radiothérapie ou chimiothérapie), le pronostic reste péjoratif.

BIBLIOGRAPHIE

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N.Cherif Idrissi El Ganouni1, K. Dami1, C. Loqa1, S. Aït Benali2, O. Essadki1, A.Ousehal1 - 10 octobre 2005

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