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Prise en charge intégrée
des maladies de l' enfant Nouvelle approche d'une population
cible
Docteur MESKINI Toufik, HESSISSEIN Laila, Hôpital d'enfants
de Rabat - CHU Rabat-Salé - Maroc
Introduction :
La nouvelle approche des maladies de l'enfant et du nourrisson
récemment mise en place au Maroc ou PCIME ( Prise en Charge
Intégrée des Maladies de l'Enfant ) a été une nécessité compte
tenu de plusieurs problèmes de santé de l'enfant au Maroc.
De ce fait l'OMS et l'UNICEF en collaboration avec le ministère
de la santé marocain ont élaboré ce programme dans une version
adaptée pour le Maroc dont la mortalité néonatale ainsi que
la mortalité et la morbidité infantile battent encore des
records et dont la médicalisation est en cours d'expansion.
Une bonne partie des causes du fléchissement de ces indicateurs
de santé est due en partie à des conduites inadéquates et
inadaptées face aux problèmes de santé de l'enfant.
Afin d'uniformiser cette approche; la faciliter; la rendre
plus adaptée et par la suite efficace; un support de '' Fiche-patient
" a été crée comportant plusieurs items qui seront évoqués
le long de cette analyse. Une distinction est tout d'abord
faite entre le nourrisson âgé d' une semaine à 2 mois et l'enfant
âgé de 2 mois à 5 ans du fait les caractéristiques propres
à chaque âge . Indépendamment de l'âge, la PCIME suit, à chaque
fois qu'on aborde un problème de santé de l'enfant, différentes
étapes en commençant par l'évaluation et la classification
de l'enfant et sa maladie avant de proposer un traitement
sans oublier les conseils à la mère et par la suite le suivi
des soins.
Le nourrisson âgé d'une semaine à 2 mois
:
Concernant le nourrisson malade âgé d'une semaine à 2 mois,
cette approche commence par l'évaluation de l'enfant en recherchant
les signes d'infection bactérienne possible (convulsion; signes
de détresse respiratoire; état de conscience; écoulement de
pus des oreilles ou des yeux; la température; éruption cutanée;
muguet ) puis la recherche de signes de déshydratation secondaire
à une éventuelle diarrhée.
L'évaluation des problèmes alimentaires est aussi importante
à cet âge, notamment la qualité de l'allaitement maternel
(position de la tétée; vérification de la qualité de la tétée
et de la succion) en utilisant la simple observation. Le temps
de l'évaluation se termine par la vérification de l'état vaccinal
et la supplémentation en vitamine D tout en notant d'autres
problèmes dont souffre le nourrisson.
Après ce premier temps, le personnel soignant peut identifier
le traitement approprié selon que la classification du nourrisson
malade exigera ou non un transfert en urgence (Infection grave;
déshydratation sévère; diarrhée persistante; sang dans les
selles; incapacité de se nourrir ) auquel cas un traitement
urgent de pré-transfert peut être administré dans la formation
(première dose d'antibiotique en IM ; diazépam en intra-rectal;
traitement préventif d'hypoglycémie; réchauffement d'un nourrisson).
En dehors de l'urgence le traitement suivra les différentes
instructions de prise en charge thérapeutique. Il est nécessaire
d'apprendre à la mère à poursuivre le traitement à domicile
(Comment administrer les SRO ou des ATB; comment traiter un
muguet en badigeonnant la bouche par la nystatine et le sérum
bicarbonaté…)
A la fin de la consultation et afin d'assurer le suivi des
soins il faut expliquer à la mère l'importance du retour à
la formation soit immédiatement en cas d'aggravation ou non
amélioration; 2 jours plus tard s'il s'agissait d' infection
locale; de déshydratation modérée, ou de problème d'alimentation
ou plutôt 7 jours si il y a eu constatation d'insuffisance
pondérale.
L'enfant âgé de 2 mois à 5 ans :
La PCIM de l'enfant âgé de 2 mois à 5 ans répond presque
aux mêmes impératifs tout en respectant les particularité
de cette tranche d'âge, en effet; le premier temps est celui
de l'évaluation ainsi que la classification de l'enfant et
sa maladie puis l'identification du traitement.
Pour atteindre cet objectif, la personne soignante recherche
les signes généraux de danger et relève les symptômes évoquant
des affections fréquentes à cet âge (toux; difficulté respiratoire;
diarrhée, état de la gorge; fièvre; problème d'oreille et
signes de rougeole ). L'évaluation se poursuit par la vérification
de l'état nutritionnel en utilisant le poids de l'enfant et
par la recherche de l'anémie en utilisant la coloration de
la paume de mains. Ce temps se termine par la vérification
de l'état vaccinal de l'enfant et la supplémentation en vitamines
(vitamine D à la naissance et à 6 mois; vitamine A à 6 mois,12
mois et 18 mois ) ainsi que l'identification d'autres problèmes
de santé qui n'ont pas été mentionnés par la fiche-patient
.
Le deuxième temps est celui de l'élaboration du traitement
selon que celui là est de pré-transfert au cas ou l'évaluation
a relevé des signes de danger (Incapacité de boire; vomissement
incoercible; convulsion ou léthargie) et classe ainsi l'enfant
en ''malade très grave'', ou bien elle le classe en rubrique
'' Pas de signes généraux de danger'' et par conséquent le
traitement sera administré à domicile.
En dehors de certaines situations où les médicaments sont
d'abord donnés à la formation de santé ( ATB par voie IM;
la prévention de l'hypoglycémie ou le traitement de convulsion
) la mère doit apprendre, suivant le cas, à donner les ATB
par voie orale; à traiter le sifflement léger par des broncho-dilatateurs
per os; à lutter contre la fièvre en utilisant du paracétamol
ou du l'acide acétylsalicylique ou bien à administrer des
multivitamines et des oligo-éléments notamment du fer.
La mère doit être aussi capable après l'apprentissage à gérer
une infection locale à domicile par des moyens simples et
peu coûteux en utilisant une pommade ophtalmique à la tétracycline
pour les infections de l'œil ou des mèches pour assécher l'oreille,
du bleu de méthylène pour les ulcérations de la bouche ou
encore adoucir la gorge et calmer la toux avec des remèdes
inoffensifs (lait maternel; miel; citron; verveine ou du lait
chaud ). Les conseils donnés à la mère doivent bannir et faire
éviter certaines pratique dangereuses (pointe de feu; bandage
du thorax; fumigation; sirop antitussif; friction au camphre…).
La prise en charge à la formation se termine par la vaccination
de tout enfant malade ne nécessitant pas de transfert et sa
supplémentation en vitamine D et A si nécessaire. Certains
conseils et recommandations sont, à l'occasion, dispensés
à la mère concernant l'alimentation de l'enfant mais en rapport
aussi avec sa propre santé et les mesures d'hygiène. Le suivi
de soin sera par la suite assuré selon les trois règles de
la prise en charge à domicile de l'enfant :
- l'augmentation de la consommation de liquide;
- le maintien de l'alimentation pendant la maladie;
- le retour immédiat à la formation en cas d'aggravation
La visite de suivi de soins est programmée en jour selon
la l'affection identifiée initialement est pour laquelle l'enfant
à été traité : Sifflement; pneumopathie avec ou sans sifflement;
déshydratation sévère traitée initialement à la formation
de santé; diarrhée persistante; dysenterie; angine; infection
aiguë de l'oreille; infection bactérienne peu probable; rougeole
avec complications des yeux ou de la bouche; problèmes alimentaires;
insuffisance pondérale ou anémie.
A la fin de chaque visite, un conseil est donné à la mère
pour la prochaine visite de suivi en rappelant à l'occasion
les 3 règles de la prise en charge à domicile . Au cours de
chaque consultation de la PCIME, la fiche-patient est convenablement
remplie et sauvegardée pour les utilisations ultérieures lors
des visites de suivi de soins.
Conclusion :
La PCIME ainsi instaurée au Maroc répondra certes à un besoin
de santé publique; elle permettrais de mieux cerner les problèmes
de santé de l'enfant et du nourrisson dans les différentes
formations de santé à travers le royaume notamment dans le
monde rural avec l'espoir d'améliorer les indicateurs de la
santé infantile, néanmoins elle s'affronte à certaine difficulté
d'application en particulier les problèmes d'accès des populations
au soins, l'analphabétisme accentué au rang des femmes ;les
problème sociaux; la pauvreté. De ce fait le succès de ce
programme passe aussi bien par la mobilisation d'autres secteurs
économiques; éducatifs et sociaux, que par sa réévaluation
perpétuelle et sa mise à niveau.
Commentaires concernant la PCIME :
par Pr. Abdelmounaim Aboussad (qui a été membre du comité national
d'adaptation de la PCIME au Maroc)
Le programme de Prise en charge intégrée des maladies de
l'enfant (PCIME) est certainement intéressant pour résoudre
de grands problèmes sanitaires de l'enfant. Mais il faut le
situer à sa vraie place par rapport aux moyens médicaux (techniques,
structuraux et organisationnels) qu'offre la médecine moderne.
En effet, la PCIEM est très adaptée au contexte africain et
des pays sous développés où l'accès aux soins est limité et
surtout la médicalisation de toutes les structures sanitaires
n'est pas systématique. L'uniformité des conduites médicales
n'est pas la règle dans ces pays et la formation médicale
continue est inexistante. L'échec des programmes nationaux
verticaux de prise en charge de chaque maladie- problème de
santé publique (diarrhée, infections respiratoires, rachitisme,
malnutrition…) dans ces pays a poussé les partenaires sanitaires
de ces pays à réfléchir à l'intégration de plusieurs programmes
dans une seule approche. La PCIME est donc une approche de
santé publique qui a tout de même ses limites : elle ne peut
se défendre comme attitude en milieu hospitalier et dans des
services spécialisés où il est inacceptable de laisser son
stéthoscope par exemple pour écouter à l'oreille le
sifflement respiratoire d'un enfant. Des conduites diagnostiques
ou thérapeutiques prévues dans la PCIME ne pourraient être
proposées à des cas hospitaliers. Donc la PCIME est logique
dans des pays en développement, à un niveau de soins primaire
et elle présente les avantages suivants :
- La prise en charge de tous les problèmes de l'enfant au
cours de la même consultation avec vérification systématique
de certains organes, symptômes et états nutritionnel et
vaccinal Ø La formalisation de l'éducation pour la santé
qui est devenue dans cette stratégie obligatoire et elle
est adaptée aux problèmes de l'enfant. La carte pour la
mère est un bon support pour cette éducation
- Elle représente une bonne occasion de formation continue
pour le personnel médical et paramédical travaillant en
périphérie avec un support de formation et des algorithmes
très bénéfiques pour les participants
- La prise en compte dans la PCIME de la participation communautaire,
d'ailleurs dans les phases initiales de l'adaptation du
processus à un pays, des études sur l'approche communautaire
sont prévus pour garantir le succès de cette stratégie
- La possibilité aux experts nationaux d'adapter la PCIME
à leur réalité épidémiologique et médicale à condition de
pouvoir justifier tout changement du générique et surtout
le défendre auprès des consultants des ONG supporteurs du
programme. (exemple du Maroc : abandon du paludisme devant
une fièvre, introduction de la boite sifflement et prise
en charge de l'asthme, introduction de la vérification systématique
de la gorge- traitement des angines- prévention primaire
du rhumatisme articulaire aigu).
Rabat, le 21 décembre 2001
Docteur Laila Hessissen
hessissen@santetropicale.com
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