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Communications scientifiques

Aspergillose du sinus sphénoïdal. Apport de la tomodensitométrie

N.Cherif Idrissi El Ganouni1, K. Dami1, M.Ouali Idrissi1, A.Abdelouafi2, O. Essadki1, A.Ousehal1 - 11 juillet 2005

1- Service de radiologie, hôpital Ibn Tofaïl, CHU Mohammed VI, Marrakech
2- service de radiologie, hôpital 20 août, CHU Ibn Rochd, Casablanca

Résumé

L’aspergillose sphénoïdale est une pathologie rare de diagnostic difficile. A la lumière de deux observations d’aspergillose du sinus sphénoïdal, les auteurs soulignent le rôle de l’imagerie et notamment de la tomodensitométrie des sinus dans le diagnostic et la surveillance de cette maladie.
Mots clés : aspergillose, sinus sphénoïdal, scanner

Introduction

L’aspergillose est la mycose la plus fréquemment observée au niveau des sinus de la face (1). Elle touche le plus souvent les sinus maxillaires, rarement les cellules ethmoïdales et exceptionnellement les sinus frontaux et sphénoïdaux.

Observations

Observation n°1 : Patiente de 46 ans, sans antécédent particulier qui a présenté pendant 1 année des céphalées intenses isolées et récidivantes. L’examen clinique notamment l’examen ORL était normal. La tomodensitométrie des sinus a objectivé un comblement du sinus sphénoïdal qui était le siège de calcifications floconneuses (Fig1). Les autres sinus de la face étaient libres. Cet aspect a soulevé l’hypothèse d’une sinusite sphénoïdale aspergillaire. Le traitement a consisté en une évacuation chirurgicale. Le contrôle tomodensitométrique réalisé six mois après était normal (Fig2).

TDM des sinus en coupe coronale : comblement du sinus sphénoïdal avec présence de calcifications Contrôle après traitement : aération normale du sinus sphénoïdal
Fig. 1 : TDM des sinus en coupe coronale : comblement du sinus sphénoïdal avec présence de calcifications Fig. 2 : Contrôle après traitement : aération normale du sinus sphénoïdal

Observation n°2 : Patiente de 56 ans, diabétique qui a consulté pour un syndrome d’hyper réactivité nasosinusienne fait d’obstruction nasale, de rhinorrhée et d’éternuements avec des céphalées et un épisode de rhinorrhagie, le tout évoluant depuis 2 ans dans un contexte d’apyrexie. L’examen clinique a objectivé une congestion nasale avec œdème des cornets inférieurs et secrétions muqueuses postérieures. La tomodensitométrie des sinus a montré un comblement sphénoïdal siège de calcifications hétérogènes (Fig3). Aucun traitement spécifique n’a été institué et l’évolution était stable sur une durée de 2 ans (Fig4).

Scanner initial : comblement du sinus sphénoïdal qui est le siège de calcifications Scanner après 2 ans : même aspect
Fig. 3 : Scanner initial : comblement du sinus sphénoïdal qui est le siège de calcifications. Fig. 4 : Scanner après 2 ans : même aspect

Discussion

L’aspergillose sphénoïdale survient rarement avant 35 ans, exceptionnellement avant 20 ans (6) et affecte autant l’homme que la femme (5).
Les principaux facteurs favorisants seraient d’ordre local (rétention des secrétions par blocage ou dysfonctionnement ostial, corps étrangers intra sinusiens), général (patients immunodéprimés ou allergiques) ou environnemental dans les climats chauds et secs (1).

Il existe 4 formes de mycose sinusienne :

  • Invasive fulminante
  • Invasive pseudo tumorale
  • Non invasive locale (c’est le cas de nos deux patientes)
  • Non invasive allergique.

Sur le plan clinique, les céphalées sont presque constantes, le plus souvent unilatérales et caractérisées par leur résistance aux traitements antalgiques usuels. Les signes rhinologiques sont prédominés par la rhinorrhée postérieure chronique évoluant dans un contexte d’apyrexie.
Les complications peuvent inaugurer le tableau clinique et sont d’ordre neurologique ou ophtalmologique essentiellement dans les formes invasives fulminantes ou pseudo tumorales.
L’examen ORL ne permet à lui seul de suspecter l’existence d’une sphénoïdite d’où l’intérêt des explorations radiologiques.
Les clichés standards des sinus de la face sont inadaptés au diagnostic de sphénoïdite, le pourcentage de faux négatifs est estimé à plus de 55% (7).

Actuellement l’examen de choix est la TDM des sinus en coupes axiales et coronales de 3mm d’épaisseur jointives en filtre dur. Elle permet d’établir le diagnostic en montrant un comblement hyperdense plus ou moins hétérogène de la cavité sinusienne qui peut être total avec des calcifications au centre et un épaississement des parois traduisant la chronicité des lésions. Des remaniements osseux localisés ou rarement des lyses osseuses peuvent être observées. Cet aspect scannographique peut prêter à confusion avec un processus tumoral intrasinusien surtout dans les formes invasives, cependant la présence d’une calcification au sein d’une image nodulaire est caractéristique des sinusites mycotiques (2, 4).

L’IRM trouve son intérêt essentiellement dans l’évaluation des complications. Néanmoins, l’association scanner-IRM aura plus d’apport pour différencier les phénomènes inflammatoires d’une extension tumorale.
La confirmation du diagnostic d’une mycose fongique sinusienne repose sur l’examen anatomopathologique des pièces opératoires ou des fragments biopsiques.
Le traitement initial doit être médical, il se base sur de puissants antifongiques (amphotéricine B, Itraconazole). Cependant un abord chirurgical du sinus sphénoïdal est souvent de mise 80% (5) par voie endonasale simple ou transethmoïdale.
Le plus souvent la guérison sans séquelles après traitement chirurgical correct est de règle 73% (3) ce qui est le cas de notre 1ère patiente. Les séquelles sont en particulier de sévères céphalées ou une atteinte des paires crâniennes 26% (3).

Conclusion

L’aspergillose sphénoïdale isolée est de diagnostic clinique difficile vu sa rareté et ses manifestations cliniques tardives et trompeuses. L’intérêt du scanner est d’orienter le diagnostic devant la présence de calcifications intra sinusiennes.

BIBLIOGRAPHIE

1- BRADELEY. FM. Allergic fungal rhinosinusitis: current theories and management strategies. Laryngoscope, 2001, 111.

2- BRAUN. JJ, BOURJAT. P. Imagerie TDM des sinusites caséeuses fongiques et non fongiques. A propos de 50 observations. J. Radiol. 2000, 81 : 227-231.

3- BONFILS. P, PAOLI. C, CYMES. M. Sinusites sphénoïdales. EMC, ORL, 20-430-E-10, 1993.

4- KLOSSEK. JM, PELOQUIN. L, FOURCROY. PJ, FERRIE. JC, FONTANEL. JP. Aspergillomas of the sphenoïd sinus: a series of 10 cases treated by endoscopic sinus surgery. Rhinology 1996 , 34 (3): 179-83.

5- LEW. P, SOUTHWICK. FS, MONTGOMERY. WW, WEBER. AL, BAKER. AS. Sphenoïd sinusitis. Areview of 30 cases. N Engl J Med 1983, 309: 1149-1154.

6- RISPAIL. P, JARRY. DT, TOMAS.C, JARRY. DM. Mycoses sinusiennes. Champignons impliqués: leur position dans la classification, épidémiologie et pathogénie. Diagnostic histopathologique et biologique.Cah ORL, Chir Cervico-Fac 1996, 31 (8).

7- WYLLIE. JW, KERN. EB, Djalilian. M. Isolated sphenoïd sinus lesions. Laryngoscope 1973, 83 : 1252-1265.

 


N.Cherif Idrissi El Ganouni1, K. Dami1, M.Ouali Idrissi1, A.Abdelouafi2, O. Essadki1, A.Ousehal1 - 11 juillet 2005

1- Service de radiologie, hôpital Ibn Tofaïl, CHU Mohammed VI, Marrakech
2- service de radiologie, hôpital 20 août, CHU Ibn Rochd, Casablanca

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