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Communications scientifiques

L'angiomatose digestive diffuse

BENHADDOU.A - JALAL.H - ESSADKI.O- OUSEHAL.A
Service de radiologie, CHU Mohammed VI, Marrakech - 10 juin 2005

Introduction

L’angiomatose digestive est une cause rare des hémorragies digestives extériorisées ou non. Son diagnostic reste encore difficile malgré les progrès de l’imagerie. Nous rapportons deux cas d’angiomatose digestive explorés dans notre service.

Observations

Observation n°1 : Melle S.B. âgée de 19 ans, sans antécédents, présente depuis 6 mois des moelènas isolées responsables d’une anémie chronique. Cette symptomatologie évolue dans un contexte d’altération de l’état général. L’examen clinique était normal notamment l’absence de d’hépatomégalie ou de splénomégalie ou encore d’adénopathies. La fibroscopie oeso gastro duodénale trouve une masse tumorale de 3 cm de diamètre, au niveau du deuxième duodénum polypoide, friable et hémorragique dont la biopsie ne montre pas de cellules tumorales. Le transit oeso gastro duodénale montre une encoche arciforme sur le génus inférius du duodénum, de contours discrètement irréguliers correspondant à la masse vue à la fibroscopie.

Echographie abdominale Scanner abdominal
Fig. 1 : L’échographie abdominale montre une image hyperéchogène du segment VII du foie, hétérogène avec renforcement postérieur faisant suspecter un angiome. Fig. 2 : Le scanner abdominal réalisé sans et avec injection de produit de contraste révèle des lésions hépato-spléniques hypodenses rehaussées faiblement par le contraste. Cet aspect a soulevé l’hypothèse d’un lymphome.
Laparotomie Laparotomie
Fig. 3 et 4 : La laparotomie découvre de multiples lésions polylobées de taille variable du duodénum, du grêle, du colon, du mésentère et du mésocolon de couleur rouge bleuâtre, ferme à la palpation faisant évoquer une angiomatose diffuse. Ce diagnostic est confirmé par l’examen histologique de la pièce opératoire.

Observation n°2 : patient âgé de 22 ans, sans antécédents pathologiques particuliers, présente des douleurs abdominales diffuses, l’examen clinique montre une masse abdominale allant jusqu’à l’épigastre, ferme, à bord interne mal limitée, rénitente et mobile. Le bilan biologique est normal.
L’échographie abdominale objective une masse épigastrique kystique, cloisonnée à paroi fine et à contenu échogène faisant évoquer un kyste hydatique péritonéal ou un lymphangiome kystique.

Scanner abdominal Laparotomie
Fig. 5 : Le scanner abdominal réalisé sans et avec injection de produit de contraste et ingestion de gastrogaphine révèle une masse hypodense du mésentère, de densité liquidienne, avec niveau liquide-liquide rehaussée par le contraste. Cet aspect fait évoquer soit un angiome ou un lymphangiome kystique du mésentère. Fig. 6 : La laparotomie retrouve une masse du mésentère dont l’aspect macroscopique est celui d’une tumeur angiomateuse à 2 centimètres de la jonction iléo-coecale.
Résection intestinale
Fig. 7 : Le geste a consisté en une résection intestinale emportant l’angiome dans sa totalité. L’examen anatomopathologie de la pièce opératoire a confirmé la nature caverneuse de l’angiome mésentérique.

Discussion

L’angiomatose du tractus digestif est rare.
Elle siège le plus souvent sur le colon ascendant, plus rarement au niveau de l’estomac, le duodénum et l’intestin grêle. Elle peut être associée exceptionnellement de lésions extra intestinales : foie, pancréas, vésicule biliaire ou mésentère.

L’angiomatose digestive peut être isolée, le plus souvent d’origine dégénérative et se voit chez les sujet âgés essentiellement, ou s’intégrer dans un tableau d’anomalies vasculaires plus diffuses, généralement congénitales. Cette entité se voit surtout chez les enfants et les sujets jeunes.
Le caractère asymptomatique de cette affection explique sa découverte souvent tardive aux alentours de 60 ans environ. Le tableau clinique est dominé par les hémorragies digestives, généralement récidivantes et de faible abondance ou parfois importante engageant le pronostic vital. De toute façon il n’existe pas de corrélation entre la gravité de l’hémorragie et le nombre et la taille des lésions angiomateuses.
L’examen clinique doit rechercher des télangiectasies cutanées ou muqueuses dans le cadre de syndromes congénitaux comme la maladie de Rendu Osler ou l’hémangiomatose néonatale diffuse.
Le diagnostic fait appel en première intention à l’endoscopie en cas d’hémorragie digestives et à l’échographie abdominale en cas d’hémopéritoine.

L’endoscopie permet dans la majorité des cas de visualiser les lésions. Néanmoins, l’aspect endoscopique n’est pas caractéristique et les lésions peuvent être moins typiques.
Les opacifications digestives sont utiles dans les cas ou l’endoscopie n’est pas réalisable, elles permettent un bilan topographique pré chirurgical même s’ils ne sont pas spécifiques.
Par contre, les moyens d’imagerie en coupes que ça soit l’échographie ou le scanner abdominal orientent vers le diagnostic en retrouvant une ou plusieurs masses de nature liquidiennes, se rehaussant après injection de contraste comme c’était le cas dans notre deuxième observation.

Une étude récente portant sur 28 patients présentant tous une hémorragie digestive sur angiodysplasie colique. Le scanner spiralé a montré que le diagnostic a été obtenue dans 70% des cas prouvant ainsi son intérêt dans cette série. Ceci suggère que l’angioscanner avec injection de contraste peut être un examen performant dans la prise en charge d’une hémorragie digestive, il est important de souligner que le scanner doit être effectué en période hémorragique, afin d’avoir une bonne rentabilité. Ceci permettra dans l’avenir de diminuer les indications de l’artériographie qui est un examen invasif et fastidieux pour les patients.
L’artériographie a un double rôle diagnostic et thérapeutique, car elle permet d’identifier le site hémorragique et de pratiquer une hémostase locale par embolisation.
La résection chirurgicale reste le seul traitement curatif et radical des lésions angiomateuses.
Le pronostic des angiomatoses digestives diffuses dépend de la quantité et la répétition des épisodes hémorragiques.

Conclusion

Les hémorragies digestives récidivantes qu’elles soient extériorisées ou non, doivent faire rechercher, entre autres, des lésions vasculaires du tube digestif, malgré leur rareté.
Le diagnostic repose en premier sur l’endoscopie. L’aspect radiologique est variable et trompeur. L’angioscanner dans l’avenir permettra une meilleure caractérisation des lésions angiomateuses. A défaut, l’artériographie a actuellement un double intérêt diagnostic et thérapeutique.

BIBLIOGRAPHIE

1- S. ERRERA, C. LEROY, B. LAURENS, G. SERGENT-BAUDSON, O. ERNST. Rôle de l’imagerie dans les hémorragies digestives basses aiguës, Feuillets de radiol. 2002, 42, 2, 117-124

2- G.SCHMUTZ, F. CHAPUIS, E. MOREL, L. MAILLET, JM. PERON, D. NGUYEN, D. REGENT, JM BRUEL. Tumeur et lymphome du grêle. EMC, Radio diagnostic – appareil digestif, 33-335-A-10, 1997, 32p

3- CI. L’HERMINE O. ERNEST M. HAMON. Pathologies vasculaires rares non tumorales du foie- Editions techniques EMC, Radio diagnostic – appareil digestif, 33515-A50, 1992, 8p

4- JP. BARBIER, M. BERGER. Angiodysplasies digestives, Editions techniques EMC, Gastro-entérologie, 9006B10, 1991, 6p



BENHADDOU.A - JALAL.H - ESSADKI.O- OUSEHAL.A
Service de radiologie, CHU Mohammed VI, Marrakech - 10 juin 2005

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