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Par le Professeur Abdelmounaim Aboussad
Marrakech le 13 septembre 2004
L'opinion marocaine a été choquée ces dernières semaines
par ce qui lui a annoncé la presse en matière de cruauté exercée
sur son enfance. La découverte des huit cadavres d'enfants
et l'arrêt du tueur en série qui a avoué un neuvième meurtre
et le caractère de sévice sexuel de ces crimes a bouleversé
le calme d'une petite ville du sud (Taroudant) et avec elle
le reste du pays. Au mois de juillet, la presse* s'est longuement
intéressée aux résultats d'une enquête réalisée par l'association
marocaine pour le développement communautaire et l'UNICEF
sur l'exploitation sexuelle des enfants à Marrakech et qui
a permis d'étudier les facteurs favorisant ce fléau. Quel
est le profil de ces enfants victimes ?
On retrouve certes la pauvreté comme principal déterminant
qui oblige les parents à pousser leurs enfants à mendier et
parfois à accepter ce phénomène pour les quelques dirhams
que ramènent les enfants. Le tourisme sexuel ressort comme
facteur aggravant de ce phénomène à Marrakech et plusieurs
enfants évoquent être séduits par ce commerce. Le travail
des enfants constitue un des facteurs de l'exploitation sexuelle
des enfants. L'influence des pairs, l'échec et la démotivation
scolaire, la maltraitance ou le viol par une personne de l'entourage,
l'absence d'éducation sexuelle, ont été soulevés comme facteurs
favorisants. Ces enfants n'ont pas suffisamment d'informations
pour se protéger des infections sexuellement transmissibles
et du SIDA et quand ils sont malades, ils n'ont pas facilement
l'accès aux soins nécessaires.
Ce sont donc des enfants qui, au lieu de suivre une scolarité
normale, avoir une famille capable de les nourrir correctement
et les entourer de l'amour et la tendresse, au lieu de profiter
de leur moments de loisir pour faire des activités ludiques
ou sportives, se voient obligés de se confronter à
la rue pour pouvoir se nourrir et parfois nourrir leurs familles.
Ils sont victimes et témoins de violence intra-familiales
et se retrouvent à la fin entre les mains de pervers qui les
tortureront, leur occasionnant pour toujours des séquelles
psychologiques graves, lorsqu'ils n'en mourrant pas. Il est
temps de se mobiliser pour la lutte contre ce phénomène et
la contribution de toute la société est nécessaire. La prise
en charge par des organismes et associations d'enfants de
la rue, la réinsertion et la qualification professionnelle
des enfants non scolarisés, la vigilance des familles et la
surveillance de leurs enfants, l'intervention des médias pour
dénoncer ce mal et la sanction la plus sévère des agresseurs
peuvent atténuer ce phénomène. On n'oubliera jamais ces huit
enfants squelettiques qu'on a vu partager la torture et une
fosse sous le toit d'un violeur et la douleur de leurs familles
qui étaient à leur recherche depuis plusieurs mois.
* L'économiste, N°1818 du 23 juillet 2004 : ces enfants prostitués
pp22-23
Par le Professeur Abdelmounaim Aboussad
Marrakech le 13 septembre 2004
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