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Les carences en iode au Maroc

par le professeur Abdelmounaim Aboussad - Mai 2003

Malgré une évolution favorable au cours des dernières années, la malnutrition persiste toujours dans des proportions inquiétantes, et elle est responsable d'une grande partie de décès évitables et de morbidité associée. Les carences alimentaires en vitamines et minéraux isolées ou associées à la malnutrition peuvent causer des difficultés d'assimilation des connaissances, d'arriération mentale, une faible capacité de travail, la cécité et une mort prématurée.

D'après l'étude nationale qui a été réalisée au niveau des ménages et qui a concerné une population cible de 1594 enfants d'âge scolaire de 6 à 12 ans, on retrouve un taux de goitre de 22 % chez ces enfants. Par ailleurs, 78,9 % des enfants portant un goitre vivent dans des régions où la prévalence est supérieure à 30 %. (1,2). Ceci signifie l'existence de zones à haute prévalence où le degré de gravité des conséquences de la Carence en Iode peut être classé comme " sévère " (crétinisme, handicaps mentaux et moteurs). Une étude réalisée conjointement par le ministère de la santé et l'UNICEF, (2), montre que le taux de crétinisme au Maroc est de 0,616 %, alors que le taux des légers handicaps mentaux et moteurs ( LHMM ) est de 1,84 %.

Cette situation met le Maroc parmi les pays où la sévérité de la carence en iode est " modérée " avec des régions à haute prévalence. Ces chiffres confirment le caractère endémique du goitre et montrent l'existence d'autres troubles liés à la carence en iode (hypothyroïdie à l'origine du retard mental chez les enfants, déficits moteurs, retards de développement…).

Il est donc nécessaire de mettre en place en urgence, une stratégie pour lutter contre le déficit en iode au Maroc étant donné la souffrance physique et psychique, la perte de productivité, la perte de vies, les déperditions scolaires, et les frais de prise en charge engendrés par le déficit en iode.

La répercussion de la baisse du QI sur la productivité et le PIB national en 1993, permet de conclure que la carence en iode coûte au pays l'équivalent de 0,243 % du PIB en perte de productivité, soit 605 millions de Dirhams par an.

Dans le rapport de L'UNICEF, on estime que la carence en iode coûte au Maroc l'équivalent de 1,029 % du PIB en vies perdues, soit 2722 millions de Dirhams par an. Elle coûte également au pays l'équivalent de 0,038% du PIB en déperditions scolaires soit 94 millions de Dirhams par an et l'équivalent de 0,168% du PIB en prise en charge des crétins et des LHMM soit 266 millions de Dirhams par an.

Ainsi la carence en iode coûte au pays 1,48 % du PIB en termes de perte de productivité, de mortalité infantile, de déperditions scolaires et de prise en charge des crétins et de LHMM. Ce sont 3,7 milliards de Dirhams qui ont ainsi été perdus (en 1993) pour le développement du pays.

Toujours d'après l'étude de l'UNICEF et en utilisant les données de l'année 2000, une simulation a été réalisée et les calculs ont donné un coût total estimé à 1,30% du PIB de l'année 2000, en termes absolus c'est une perte de presque 4,6 milliards de DH contre 3,7 milliards de DH en 1993, soit une différence de 900 Millions de DH.[2].

En raison de l'ampleur de ce problème, et de son impact économique, social, et humain et en partenariat avec l'UNICEF, plusieurs actions ont été menées au Maroc jusqu'à maintenant : distribution de capsules d'huile iodée dans les provinces les plus touchées, publication du décret relatif à l'iodation du sel destiné à l'alimentation humaine, dotation des principaux producteurs de sel en équipements d'iodation et formation des techniciens du ministères de la santé et du ministère de l'agriculture (Répression des fraudes) sur le contrôle du titrage du sel iodé et formation du personnel des unités de production sur l'iodation, campagnes d'Information - Education - Communication. Cependant, l'objectif de généralisation de l'utilisation du sel iodé est loin d'être atteint aujourd'hui et ce problème demeure posé malgré les efforts consentis en matière de réglementation et d'investissement. Selon les données disponibles en 2000, seulement 26,2 % des ménages utiliserait le sel iodé avec une disponibilité encore très répandue du sel alimentaire non iodé sur le marché

Références :

1. Ministère de la Santé, UNICEF : Impact Economique de la Carence en Iode au Maroc. 2001.

2. UNICEF : Analyse de la situation des enfants au Maroc. 2001; Pages 53 - 102 .


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