Malgré une évolution favorable au cours
des dernières années, la malnutrition persiste toujours
dans des proportions inquiétantes, et elle est responsable
d'une grande partie de décès évitables et de morbidité associée.
Les carences alimentaires en vitamines et minéraux isolées
ou associées à la malnutrition peuvent causer des difficultés
d'assimilation des connaissances, d'arriération mentale,
une faible capacité de travail, la cécité et une mort prématurée.
D'après l'étude nationale qui a été réalisée
au niveau des ménages et qui a concerné une population cible
de 1594 enfants d'âge scolaire de 6 à 12 ans, on retrouve
un taux de goitre de 22 % chez ces enfants. Par ailleurs,
78,9 % des enfants portant un goitre vivent dans des régions
où la prévalence est supérieure à 30 %. (1,2). Ceci signifie
l'existence de zones à haute prévalence où le degré de gravité
des conséquences de la Carence en Iode peut être classé
comme " sévère " (crétinisme, handicaps mentaux et moteurs).
Une étude réalisée conjointement par le ministère de la
santé et l'UNICEF, (2), montre que le taux de crétinisme
au Maroc est de 0,616 %, alors que le taux des légers handicaps
mentaux et moteurs ( LHMM ) est de 1,84 %.
Cette situation met le Maroc parmi les
pays où la sévérité de la carence en iode est " modérée
" avec des régions à haute prévalence. Ces chiffres confirment
le caractère endémique du goitre et montrent l'existence
d'autres troubles liés à la carence en iode (hypothyroïdie
à l'origine du retard mental chez les enfants, déficits
moteurs, retards de développement…).
Il est donc nécessaire de mettre en place
en urgence, une stratégie pour lutter contre le déficit
en iode au Maroc étant donné la souffrance physique et psychique,
la perte de productivité, la perte de vies, les déperditions
scolaires, et les frais de prise en charge engendrés par
le déficit en iode.
La répercussion de la baisse du QI sur
la productivité et le PIB national en 1993, permet de conclure
que la carence en iode coûte au pays l'équivalent de 0,243
% du PIB en perte de productivité, soit 605 millions de
Dirhams par an.
Dans le rapport de L'UNICEF, on estime
que la carence en iode coûte au Maroc l'équivalent de 1,029
% du PIB en vies perdues, soit 2722 millions de Dirhams
par an. Elle coûte également au pays l'équivalent de 0,038%
du PIB en déperditions scolaires soit 94 millions de Dirhams
par an et l'équivalent de 0,168% du PIB en prise en charge
des crétins et des LHMM soit 266 millions de Dirhams par
an.
Ainsi la carence en iode coûte au pays
1,48 % du PIB en termes de perte de productivité, de mortalité
infantile, de déperditions scolaires et de prise en charge
des crétins et de LHMM. Ce sont 3,7 milliards de Dirhams
qui ont ainsi été perdus (en 1993) pour le développement
du pays.
Toujours d'après l'étude de l'UNICEF et
en utilisant les données de l'année 2000, une simulation
a été réalisée et les calculs ont donné un coût total estimé
à 1,30% du PIB de l'année 2000, en termes absolus c'est
une perte de presque 4,6 milliards de DH contre 3,7 milliards
de DH en 1993, soit une différence de 900 Millions de DH.[2].
En raison de l'ampleur de ce problème,
et de son impact économique, social, et humain et en partenariat
avec l'UNICEF, plusieurs actions ont été menées au Maroc
jusqu'à maintenant : distribution de capsules d'huile iodée
dans les provinces les plus touchées, publication du décret
relatif à l'iodation du sel destiné à l'alimentation humaine,
dotation des principaux producteurs de sel en équipements
d'iodation et formation des techniciens du ministères de
la santé et du ministère de l'agriculture (Répression des
fraudes) sur le contrôle du titrage du sel iodé et formation
du personnel des unités de production sur l'iodation, campagnes
d'Information - Education - Communication. Cependant, l'objectif
de généralisation de l'utilisation du sel iodé est loin
d'être atteint aujourd'hui et ce problème demeure posé malgré
les efforts consentis en matière de réglementation et d'investissement.
Selon les données disponibles en 2000, seulement 26,2 %
des ménages utiliserait le sel iodé avec une disponibilité
encore très répandue du sel alimentaire non iodé sur le
marché
Références :
1. Ministère de la Santé, UNICEF : Impact
Economique de la Carence en Iode au Maroc. 2001.
2. UNICEF : Analyse de la situation des
enfants au Maroc. 2001; Pages 53 - 102 .