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La crise de la Médecine Universitaire au Maroc

par le professeur Abdelmounaim ABOUSSAD - Mai 2002

Depuis le 24 avril 2002 les enseignants des quatre facultés de Médecine et des deux facultés de Médecine dentaires ont déclaré une grève illimitée de soins et d'enseignement sauf les urgences. Cette situation a été l'aboutissement de plusieurs années d'échec des négociations entre les syndicats et les deux ministères de tutelle. La dégradation des conditions de travail qui est ressentie de plus en plus et le retard de réalisation de certains projets fait partie du dossier revendicatif.

Le médecin enseignant au Maroc est soumis à un double régime : celui de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique et celui de la santé publique. Il est fonctionnaire auprès des deux ministères en tutelle et ceci le soumet à plusieurs responsabilités : une responsabilité de soins qui peut varier des soins de premier niveau à des soins universitaires très spécialisés avec également une responsabilité d'administration et de gestion au niveau des services hospitaliers.

L'enseignement impose à l'enseignant une charge de cours et d'encadrement très variable : cours magistraux et travaux dirigés pour les cycles de base, encadrement des thèses et mémoires, formation de spécialistes, formation continue etc.

Au niveau recherche scientifique, un grand flou persiste et il n y a pas de directives et d'affectations possibles prévues dans les établissements sauf pour les chanceux qui ont des affinités particulières pour des sources de partenariats exceptionnelles. Mais l'enseignant doit produire pour sa confirmation, son image et surtout pour son avancement. Il se retrouve obligé de chercher par ses propres moyens des projets, d'éponger de son salaire les frais engagés, de payer les charges de reprographie et les frais de transport, logement et inscription aux manifestations nationales ou internationales dans les quelles il trouve du plaisir en représentant son institution et son pays. L'établissement ne paye même pas les coûts des diapositives ou l'encre utilisé pour imprimer un poster.

Revenant à la santé publique, si pour des raisons d'hiérarchisation des soins le CHU est considéré comme le sommet de la pyramide en matière de qualité et niveau de complexité des prestations, l'enseignant est confronté à un grand problème : celui de la situation misérable des hôpitaux régionaux et provinciaux qui font fuir les patients vers les CHU et la réalité du CHU qui connaît beaucoup de problèmes. Pour ne citer que l'essentiel j'évoque le niveau d'équipement qui est archaïque, l'absence de système de maintenance rendant beaucoup de matériel en panne plus de 6 mois par année, l'absence de médicaments et de consommables (la patient ne comprends pas pourquoi il paye le CHU et on lui prescrit une liste de besoins très coûteuse), des conditions d'hygiène défectueuse ce qui met en danger d'infection nosocomiale le patient, l'incapacité de l'Hôpital de répondre à la demande d'hospitalisations ou de réanimation en soins intensifs et ceci veut dire la condamnation à mort du patient en détresse vitale qui n'a pas une sécurité sociale pour se faire soigner en privé (réalité de mon exercice personnel en néonatologie).

L'enseignant-médecin au Maroc est actuellement en situation d'épuisement : il ne peut plus continuer à acheter la blouse, le stéthoscope, l'otoscope, payer la communication téléphonique professionnelle, l'imprimeur qui lui fournit les ordonnances et autre paperasse et les frais qu'engage le contact des bienfaiteurs pour équiper les services hospitaliers et beaucoup de besoins. Il ne peut plus continuer à prendre des risques d'inefficacité de médiocrité (non justifiés et liés aux conditions de travail) face au malade et face au future médecin qu'il encadre.
Deux éléments du dossier revendicatifs méritent une précision :
- dans les conditions de travail figure entre autres la démocratisation de l'hôpital et de la faculté ce qui veut dire un besoin de changement de statut ou de son application pour mettre fin à certaines anomalies de fonctionnement ou aberrations dans les nominations des responsables.
- La situation des deux villes Marrakech et Fès où deux facultés ont vu le jour il y a plus de trois ans et les enseignants n'ont pas encore d'Hôpital Universitaire où exercer et où former les futures médecins et spécialistes. Les étudiants sont à leurs troisième année d'études et les stages hospitaliers ressemblent plutôt à un retours en arrière de plusieurs décennies pour lire l'histoire de la médecine du 19- 20ème siècle. Les spécialistes sont à leurs troisième année de résidanat et certains sont entrain de démissionner pour partir exercer la médecine générale et abandonner cette aventure de spécialité (cas de Marrakech).
La grève illimitée est donc logique et les revendications des médecins enseignants sont vitales.

Marrakech, le 6 mai 2002

Professeur Abdelmounaim ABOUSSAD
abdelmounaim@santemaghreb.com


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