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Docteur Laila Hessissen - Rabat, le 3 janvier 2006
Qui d’entre nous n’a pas entendu parler durant son enfance d’Alice au pays des merveilles ou « alice fi bilad al ajaïb » cette histoire délirante et abracadabrante écrite par Lewis Caroll. Certains d’entre vous ont peut être découvert Alice plus tardivement en regardant avec leur progéniture les adaptations en dessin animé par Walt Disney.
Une petite fille trop curieuse qui rétrécit ou rallonge tour à tour, un lapin qui coupe une tasse en deux pour vous offrir une demi tasse de thé et la reine des cœurs qui hurle « qu’on lui coupe la tête ».
L’histoire d’Alice a inspiré
plusieurs auteurs d’ouvrages fantastiques. Je cite à
titre d’exemples Lewis Padgett qui écrit dans
son livre intitulé l’échiquier fabuleux :
« …. son imaginaire, son intelligence n’auront
pas assez de plasticité pour intégrer une collection
de nouvelles vérités variables. Ce serait comme
traverser le miroir. Alice l’a fait sans difficulté
mais c’était une enfant. Un adulte serait devenu
fou » ou encore plus récemment l’histoire
de Nero dans « Matrix » qui devait choisir
entre deux types de pilules posées sur une table.
Vous devez vous demander : mais que vient faire une histoire pour enfant sur un site médical aussi sérieux ?
Chers collègues sachez qu’en
médecine « Alice au pays des merveilles »
n’est pas un conte mais un véritable syndrome.
Ce syndrome comprend un ensemble de symptômes caractérisés
par des hallucinations visuelles et une distorsion de l’image
corporelle ainsi que de la perception de la forme, de la taille,
de la distance et des couleurs des objets (métamorphopsie).
Lippman en 1952 a été le premier à décrire
ce tableau et c’est Todd en 1955 qui donna son appellation
au « syndrome d’Alice au pays des merveilles »
en hommage à l’œuvre de Lewis Caroll "Alice’s
adventures in wonderland" publiée en 1865. Mais
ce syndrome pourrait ne pas s’arrêter à
un simple hommage puisque les auteurs qui se sont intéressés
à la vie de Lewis Caroll pensent qu’il a probablement
souffert de migraines ophtalmiques et donc l’histoire
d’Alice ne serait peut être pas que le fruit de
son imaginaire.
Habituellement ce syndrome survient dans un contexte de migraine
mais il a été également observé
chez des patients atteints d’épilepsie, d’anévrisme
cérébral ou intoxiqués par des drogues
hallucinogènes.
En 1977, Copperman décrit, pour la
première fois, 3 cas secondaires à une mononucléose
infectieuse. Depuis, il a été décrit
d’autres cas à la suite d’infection à
Epstein Barr Virus (EBV) ou à d’autres virus
comme le coxackie ou le virus de la varicelle. Les études
électroencéphalographiques, les images scannographiques
et l’imagerie par résonance magnétique
sont habituellement normales. Cependant l’étude
de la perfusion cérébrale par tomographie à
émission de photons simples a montré qu’il
existe des aires avec altération de la perfusion au
niveau des lobes temporaux.
L’infection à EBV s’accompagne de complications
neurologiques dans 1 – 5% des cas. Les complications
les plus fréquentes sont la méningoencéphalite
et il a été décrit moins fréquemment
des cas de cérebellite, de névrite optique,
de myélite transverse, de mononévrites et polynévrites
périphériques, de neuropathies dysautomoniques
et de syndrome de Guillain Barré. Cependant le syndrome
d’Alice au pays des merveilles n’a pas été
décrit dans les descriptions récentes (Jenson
2000).
Tous les cas de syndrome d’Alice au
pays des merveilles décrits dans la littérature
ont eu une évolution bénigne avec une rémission
complète. Il serait donc judicieux de pratiquer devant
tout patient présentant un tel syndrome, une sérologie
virale avant de se lancer dans des explorations plus compliquées.
La connaissance de l’existence d’un tel syndrome
permettra de tranquilliser la famille et le patient sur le
caractère bénin d’un symptôme alarmant.
Neurologues ou ophtalmologues vous diront sûrement « Alice au pays des merveilles !!! » …bien sûr qu’on connaît.
En presque 20 années de médecine,
c’est la première fois que j’en entends
parler alors je vous informe et j’en profite pour vous
souhaiter à tous une bonne et heureuse année
2006.
Pour en savoir plus :
- Perès Mendès et coll. Sindrome « Alicia en el pais de las maravillas » . Ann Esp Pediatr 2001 ; 54: 601-602
- Jenson et coll. Acute complications of Epstein-Barr virus infectious mononucleosis. Curr Opin Pediatr 200;12 : 263 - 268.
- Lewis Caroll. Tout Alice. Editions Garnier Flammarion 1979.
- http://www.ricochet-jeunes.org/es/biblio/base1/alice.htm
Docteur Laila Hessissen - Rabat, le 3 janvier 2006
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