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XIèmes entretiens médicochirurgicaux du CHU de Blida - 1er au 3 décembre 2007 - Blida

Hôtel militaire de Blida


Après un hiatus de plusieurs années, le CHU de Blida sous la conduite de son président du conseil scientifique (Pr. Arezki) a organisé les 11èmes entretiens médicochirurgicaux les 1,2 et 3 décembre 2007 au niveau de l’hôtel militaire de la ville.
Cette manifestation scientifique a abordé différents thèmes dont :

  • la pathologie artérielle
  • la greffe d’organes
  • les tumeurs malignes osseuses primitives
  • actualités en pneumologie infantile
  • prise en charge du syndrome vestibulaire périphérique
  • la gestion moderne des établissements de santé.
Prs. Lakehal, Castaing, Saliba, Graba, Si Ahmed et Debzi
Table ronde sur la greffe d’organes : Prs. Lakehal, Castaing, Saliba, Graba, Si Ahmed et Debzi

N’ayant pu assisté qu’à la table ronde sur la greffe d’organe qui a eu lieu le 3ème jour, nous vous en rapportons les principaux points développés au cours de cette table ronde organisée par le Pr. Si Ahmed, chef de service de chirurgie générale au CHU de Blida et qui a vu la participation d’équipes algériennes (Prs. Graba, Chaouche, Nouri) et française de l’hôpital Paul Brousse de Paris (Prs. Castaing et Saliba) et de l’hôpital de Rennes (Dr. Lakehal) .

La greffe hépatique

Après un bref exposé introductif du Pr. Si Ahmed, le Pr. Castaing a tenté dans son exposé de répondre à la question " Donneur vivant–donneur cadavérique ? ".

Tout d’abord, l’orateur insistera sur les résultats de la greffe hépatique avec un taux de survie à 5 ans de 75,3 % pour 4785 greffes du foie réalisées en Europe entre 2000 et 2005.Concernant la qualité de vie après la greffe, à 10 ans d’évolution, celle-ci est jugée assez bonne par près de 98 % des greffés. Le cas du snowboarder Chris Clug qui 18 mois après avoir subit une greffe du foie, participe aux jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City en 2002 et obtient la médaille de bronze, a été rapporté. L’évolution des greffes de foie est en constante augmentation avec plus de 1000 greffes/an en France. Pour l’année 2006, sur 1788 patients en attente de greffe, seuls 1037 ont été greffés. Parmi les patients en attente de greffe, certains s’aggravent et sont sortis de liste, d’autre décèdent (taux de mortalité est de 12% environ). Comment développer la transplantation hépatique ?

Le Pr. Castaing donnera le taux de don d’organes (sur cadavre) dans les différents pays d’Europe (Autriche 10/100.000 hab. ; France 24/100.000 hab. ; Espagne 34/100.000 hab.). Il signalera que seul 50 % des coma dépassés sont prélevés et qu’il existe une opposition familiale dans 32 % des cas.

L’augmentation du don passe par :

  • le partage des greffons,
  • l’utilisation de greffons marginaux,
  • la transplantation domino (neuropathie amyloïde),
  • l’utilisation de greffons de donneurs d’age supérieur à 65 ans,
  • le donneur vivant ? (en France pour la transplantation rénale, 19512 greffes ont été réalisées à partir de donneurs cadavériques et 879 à partir de donneurs vivants).Là, il faut quand même signaler qu’il existe un risque pour le donneur :
    • USA 3 décès/2889 ? >> 0,10% auquel il faut ajouter 2 décès (overdose et suicide après le don);
    • Europe : 5/1709 ? >> 0,29 %;
    • Japon : 1/5670 ? >> 0,01%;
    • Outre la mortalité, il existe une morbidité grave (1 état végétatif chronique, 3 cas où il a fallut réaliser une greffe du foie chez le donneur).

Dans le cas du donneur vivant, il existe un risque vital certain estimé à 5‰ et une morbidité de 21 % (dont insuffisance hépatique 5 %, sténose biliaire 0,8%). Pour diminuer le risque chez le donneur vivant, une équipe coréenne pratique la « dual transplantation » (utilisation de 2 lobes gauches de 2 donneurs pour un receveur).

Un autre point important à signaler est que la morbidité chez le receveur selon que le donneur est le cadavre ou le vivant diffère : cette morbidité est de 15 % en cas de donneur cadavérique ; elle s’élève à 26 % s’il s’agit d’un donneur vivant.
A l’hôpital Paul Brousse 98 greffes hépatiques à donneur vivant ont été réalisées pour 847 greffes à partir de donneurs cadavériques (11%). En Europe, la greffe à partir du donneur vivant est très marginale, elle représente seulement 5 % de l’ensemble.

La solution vraie est donc représentée par le donneur cadavérique


Quelques intervenants lors de la table ronde (de gauche à droite) : Pr. Castaing, Lakehal, Saliba, Debzi, Chaouche et Nouri

 

Après cette intervention - plaidoyer en faveur de la greffe du foie à partir du donneur cadavérique, le Pr. Si Ahmed rappelle l’incidence des hépatites virales dans notre pays, (500 000 HVB ; 200 000 HVC) et donne les chiffres de greffes du foie à partir de donneurs vivants et cadavériques en Europe, aux USA ainsi qu’en Chine et en Inde (pays, comme le Japon où la greffe à donneur vivant est prédominante). Il informa l’assistance de la création algérienne de transplantation d’organes (SATO) et émet le vœu de la mise en place d’établissement algérien des greffes.

Le Pr. GRABA lui emboîtera le pas en rapportant la seule expérience algérienne de transplantation hépatique mais à donneur vivant apparenté qui a débuté en février 2003 et qui comptabilise 24 greffes hépatiques avec une mortalité nulle pour le donneur (7 cas) et une mortalité opératoire pour le receveur de 25 % et une morbidité de 64 %. Avec un recul de 57 mois, cette courte expérience du CPMC relève 16 receveurs vivants (67%) soit une médiane de survie de 32 mois.

La deuxième partie de cette séance consacrée à la greffe du foie s’est intéressée au point de vue de l’hépatologue, à l’évaluation du donneur vivant, à la réanimation de la mort encéphalique et du greffé hépatique.

Le Pr. Debzi, hépatologue au CHU Mustapha rapporte que dans le cadre du bilan préopératoire du donneur, une biopsie hépatique est systématiquement réalisée dans l’expérience algérienne, ce qui l’oppose aux équipes françaises qui font remarquer que cet examen invasif n’est pas dépourvu de risque et ne doit donc pas être réalisé systématiquement. Il signale également que tous les cas d’hépatites fulminantes sont décédés car nécessitant une greffe dans le cadre de l’urgence ce qui n’est pas encore possible en Algérie qui pour l’instant ne réalise de greffe qu’à partir du donneur vivant apparenté.

Le Pr. Saliba, gastro-entérologue et réanimateur dans l’équipe de l’hôpital Paul Brousse insistera sur les critères de la mort encéphalique tant sur le plan médical que légal. Il signalera par ailleurs que des équipes ont débuté les prélèvements à cœur arrêté en vue justement d’augmenter le nombre de greffons.

Au terme de cette 1ère partie consacrée à la greffe du foie, il ressort que celle-ci doit évoluer vers la greffe à donneur vivant en organisant des centres de réanimation dans les différents CHU du pays pour maintenir les donneurs potentiels. Seul le maillage du pays par ces centres de réanimation de la mort cérébrale (et par la même la prise en charge du polytraumatisé) permettra le développement de la transplantation hépatique dans notre pays. Il n’y a pas de fatalité culturelle et l’argument ‘’ l’algérien est une personne d’une très grande générosité et manifeste une grande confiance ‘’ développé par certains médecins ne tient pas la route car le principe qui doit nous guider c’est : ‘’primum non nocere ‘’. La greffe du foie à donneur vivant devrait être l’exception est non la voie prépondérante, même si c’est cette technique qui est, jusqu’à ce jour, réalisée en Algérie.

La greffe rénale

Après cette 1ère séance dédié au foie, l’après midi a été consacré à la greffe rénale. L’équipe du CHU de Blida a rapporté son expérience qui a débuté en 2003 d’abord à partir de donneur cadavérique (2 cas) puis de donneur vivant du 1er degré exclusivement. Cette expérience s’élève à 26 transplantations rénales dont 7 au cours de cette année 2007. L’oratrice signalera les obstacles rencontrés dont :

  • l’absence d’érythropoïétine pour le traitement de l’anémie,
  • l’absence d’un service d’anatomie pathologique spécialisé,
  • l’absence d’un laboratoire à Blida permettant le dosage sérique des immunosuppresseurs.

Le Pr. Chaouche, pionnier de la greffe rénale en Algérie, lui succédera pour d’abord présenter les différentes étapes techniques de la greffe rénale chez le donneur et le receveur. Il parlera par la suite des entraves à la réalisation de cette greffe en Algérie, entraves purement logistiques :

  • service en réfection,
  • équipe incomplète,
  • pénuries diverses,
  • personnel insuffisant,
  • manque de motivation,
  • déperdition.

Malgré ces entraves, le nombre de TR est passé de 42 en 2006 à 105 en 2007.
Les perspectives que propose le Pr. Chaouche sont :

  • A court terme :
    • développement des centres existants,
    • centralisation de certaines activités (labo d’immuno, anat-path., …),
    • encouragement : récompenser l’effort,
    • mutualisation des moyens matériels et humains à travers le pays.


  • Pour l’année 2008 :
    • Donner les moyens pour réaliser 200 greffes à donneur vivant (le ministre de la santé s’y est engagé).
    • Aider à l’organisation de la transplantation à partir du cadavre.


  • Organiser en Algérie la formation
    • Des chirurgiens,
    • des anesthésistes réanimateurs,
    • des néphrologues spécialisés,
    • du personnel de laboratoire,
    • du paramédical.

Cette formation se ferait selon :

  • relations interservices : équipes itinérantes pour initier, encourager, renforcer les équipes débutantes,
  • coopération,
  • échanges –congrès – cours de perfectionnement à l’échelle locale,
  • les stages à l’étranger devraient être de courte durée, réservés à des personnes avec un minimum de qualification,
  • Privilégier le jumelage et la télémédecine.

Pour le Pr. Chaouche, l’apport de l’agence française de biomédecine est :

  • Essentiellement la formation mais de manière concrète et élective;
  • Autorisation de l’administration centrale acquise à tout projet sérieux;
  • Aide à la création de l’agence nationale des greffes d’organes.

Le Pr. Chaouche conclura en disant : « Nous ne pouvons pas dire actuellement qu’il y a pénurie de reins en Algérie, ce qui peut paraître paradoxale, puisque l’offre reste supérieure à nos capacités opérationnelles pour ce qui est du donneur vivant. »

La greffe de cornée

Le Pr. Nouri, chef de service d’ophtalmologie du CHU Béni Messous clôturera cette journée en présentant les résultats de la greffe de cornée en Algérie. Dans son exposé, il distinguera les 2 types de greffe de cornée :

  • la kératoplastie transfixiante (remplacement de la cornée dans toute son épaisseur),
  • la kératoplastie lamellaire (remplacement de la couche antérieure de la cornée).

Le Pr. Nouri présentera la technique chirurgicale (préparation du greffon, trépanation de la cornée receveuse), les indications (dystrophies bulleuses, kératocône, kératites notamment herpétique, cicatrices traumatiques …). Il rappellera que jusqu’à ce jour, les greffons proviennent toujours des USA et qu’on devrait songer à reprendre la greffe de cornée à partir de cadavres en Algérie en aménageant la loi sur les greffes d’organe qui ne doit pas s’appliquer telle qu’elle pour la greffe de cornée.

Pour l’année 2007, le bilan de la greffe de cornée en Algérie (9 centres greffeurs) s’élève à 361 greffes réalisées pour 395 greffes prévues. Il insistera sur la mis en place de banques des yeux et sur les critères de validation de la cornée à greffer.

Compte rendu mise en ligne le 17 décembre 2007


 
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