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Les relais téléphoniques : savoir pour prévoir

Mustapha Bouziani
Faculté de Médecine d’Oran

Les conséquences sur l’homme des champs électromagnétiques dégagés par les installations électriques et par les relais téléphoniques font l’objet durant ces dernières années de controverse.
Certaines études d’impact sont en cours, mais en attendant de savoir, ne vaut-il pas mieux prévoir ?

Rappelons d’abord que nous baignons tous dans un environnement magnétique naturel d’origine terrestre (le champ magnétique terrestre) d’une part et dans un magnétisme d’origine solaire d’autre part communément appelé le vent solaire.
Mais depuis le début du XXème siècle, l’électromagnétisme artificiel a envahi systématiquement notre environnement, par suite de multiplications d’installations électromagnétiques diverses: des couloirs de lignes électriques de très haut voltage, des postes de transformateurs électriques, des réseaux et surtout des relais de télécommunication que l’on a éparpillés d’abord en périphérie des grandes villes, puis de plus en plus installés en milieu urbain, sur des habitations et des immeubles, en raison de la demande de plus en plus forte de la téléphonie mobile. De ce fait, l’exposition de la population aux ondes électromagnétiques (dont les fréquences élevées leur permettent une propagation invisible et selon le cas sur de longues distances) augmente de jour en jour, surtout dans le tissu urbain et surtout pour les habitants vivant à proximité de ces installations. Cette exposition de l’organisme aux champs magnétiques a déjà fait l’objet de nombreuses études et certaines conséquences chez l’homme sont connues.

La sensibilité du corps humain vis-à-vis du champ électromagnétique est connue depuis de nombreuses années. En effet, l’organisme est naturellement régulé par des courants électriques endogènes de très faible intensité, qui favorisent l’induction des activités neuromusculaires et les sécrétions des glandes. En effet, le fonctionnement de certains systèmes biologiques du corps humain repose en grande partie sur des mécanismes électrochimiques, et de nombreuses substances chimiques sont donc libérées dans l’organisme à l’aide de faibles signaux électriques ou électrochimiques. Il est donc évident que même de faibles niveaux d’exposition à un champ électromagnétique influent sur les signaux électrophysiologiques et le fonctionnement physiologique de l’organisme.

En clair, les champs magnétiques naturels et artificiels interfèrent avec les processus d’échanges biologiques dans l’organisme. Ces interactions peuvent réagir tant à l’échelle de tout le corps humain, dans ce cas le corps humain est comparé à une antenne qui absorbe les ondes d’un champ magnétique, mais aussi à l’échelle moléculaire, dont l’impact peut être beaucoup plus important.
L’action néfaste du champ électromagnétique a été démontrée par de nombreux chercheurs sur des animaux, des rats en particulier. Chez l’homme, des altérations du fonctionnement de certains organes ont été observées, notamment sur l’épiphyse qui est une glande magnéto sensible située à l’intérieur du cerveau, mais aussi sur la production de la mélatonine qui est une hormone très importante dans l’organisme, car elle régule les processus physiologiques de reproduction chez l’être humain, mais surtout parce qu’elle inhibe la croissance des cellules cancéreuses (Russel Reiter - Université du Texas - 1992).
D’autres chercheurs ont observé également des modifications dans la production par l’organisme de certaines enzymes, mais également des dysfonctionnements des membranes cellulaires (Thomas S. Tenforde 1990).

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a employé le terme de pollution électromagnétique pour la première fois en 1981 dans sa publication n° 16 de «Radiofréquence et Micro-ondes». Déjà en 1966, des chercheurs russes (Asanova, Rakov) ont rapporté l’existence des symptômes neurologiques (maux de tête, fatigue, diminution de la libido...) chez des travailleurs exposés à de hauts voltages électriques.
Pour l’exposition aux radiofréquences (bande FM) et les installations téléphoniques aériennes, les résultats des enquêtes épidémiologiques sont controversés.
Les applications industrielles des diverses fréquences des spectres électromagnétiques: les micro-ondes, la téléphonie, les réseaux informatiques etc., sont récentes et les risques sanitaires liés à une surcharge électromagnétique environnementale dans l’organisme sont encore mal identifiés.

Si certaines études épidémiologiques ont permis de mesurer l’évaluation du risque des fréquences électromagnétiques sur des collectivités, elles n’ont pas permis d’identifier avec certitude les risques à l’échelle individuelle, et encore moins d’établir la preuve de relation de cause à effet. Néanmoins, pour certains malades, les porteurs de stimulateurs cardiaques par exemple, le risque de complications est connu même pour une simple exposition prolongée à un four micro-onde à usage ménager.
Selon de nombreux chercheurs et conseillers des grandes entreprises d’E.D.F. (Paris), de l’European Bioelectrique Magnetics Association (EBEA) de Bruxelles, le risque lié à l’exposition humaine aux champs électromagnétiques est omniprésent, mais il est difficile encore à l’heure actuelle de le quantifier et d’affirmer avec certitude son impact sur les différents organes humains.
En fait, devant ces technologies récentes n’ayant pas suffisamment d’années de recul, les méthodes d’observations sont encore peu crédibles au plan scientifique, et les connaissances sur les mécanismes bio moléculaires humains sont encore au stade du début. Ce qui explique encore l’absence de preuves scientifiques sur les risques sanitaires directs chez l’homme de la pollution électromagnétique engendrée par la téléphonie mobile.

Après les nombreuses controverses engendrées aux USA et en Europe sur les risques sanitaires liés aux ondes électromagnétiques et à la téléphonie mobile, des attitudes prudentes ont été préconisées.
Rappelons la philosophie de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à ce sujet: «l’objectif général recherché consiste à utiliser les rayonnements non ionisants (les champs magnétiques) au profit de l’humanité, tout en évitant leurs effets potentiellement nuisibles pour la santé et l’environnement».
Des attitudes de prudence sont toutefois recommandées. Selon Kossel (OMS), «le simple soupçon de l’existence d’un risque suffit pour que l’on prenne des mesures de protection afin de prévenir les effets possibles et à long terme des rayonnements».
Rappelons que ce principe de précaution est déjà mis en application en Europe vis-à-vis des installations électromagnétiques. A titre d’exemple, les installations électriques de haute tension sont suffisamment éloignées des localités et les installations de téléphonie sont interdites à proximité des écoles et des équipements très fréquentés par le public.

Dans notre contexte, les installations et les relais de téléphonie installés anarchiquement posent d’abord un problème d’esthétique parce qu’ils défigurent les façades des immeubles sur lesquels ils sont placés d’une part, d’autre part, leur emplacement dans des carrefours peuplés et à proximité de certains établissements scolaires n’obéit à aucune règle de précaution.
Devant le doute sur les conséquences sanitaires de ces installations et au vu des besoins de recherche complémentaires qui vont demander encore de nombreuses années, il nous paraît évident d’appliquer le principe de précaution pour la santé de notre population, et de prévenir toutes conséquences qui pourraient être graves dans le long terme.

En l’absence de preuves scientifiques sur d’éventuelles conséquences sanitaires des installations téléphoniques, les mesures provisoires de prudence dégagées dans plusieurs pays de l’Union européenne constituent à notre avis une référence.
Les attitudes de prudence concernent d’abord l’étude préalable des sites d’emplacement, dont le choix doit être plus judicieux pour leur emplacement. Il s’agit aussi de respecter certaines règles de prudence, par exemple les établissements scolaires doivent être protégés car les enfants sont naturellement plus sensibles aux variations du champ électromagnétique.
Les sites réservés à l’emplacement de transformateurs électriques, des couloirs des lignes à haute tension, des relais téléphoniques... doivent faire l’objet d’une concertation élargie et non point un simple consensus commercial.

Enfin et en l’absence d’orientation nationale sur la question, il devient impératif d’élaborer pour ces types d’installation comme pour les établissements industriels à haut risque, un règlement communal ou intercommunal qui pourra être élaboré par des personnes ressources et avec les associations environnementales. Cette démarche de précaution pourrait mettre un frein, à notre avis, à la dégradation de notre paysage urbain et à l’amélioration du cadre de vie des citoyens, surtout dans nos cités et dans nos immeubles dont les façades ne portent hélas aucune trace de fleurs, bien au contraire, elles sont de plus en plus enlaidies par la poussée anarchique des bouquets d’antennes paraboliques de toutes sortes. Mais ceci est un autre débat.

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