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Le concept de Résilience :définitions, traits et particularités

Par Dr. Nadjat Haddam

 

En préambule, un constat s’impose : au delà de la définition précise du terme d’origine, utilisé dans le contexte de la physique (études des sous-marins), nombre de définitions et d’acceptations cohabitent dans la littérature, que se soit dans des revues spécialisées, ou dans des textes de vulgarisation. Ainsi dès que des souffrances humaines sont évoquées, le concept de résilience surgit aussitôt dans les propos. Il est souvent victime de cette mode verbal qui risque de le piéger dans un certain brouillard d’ambiguïté. Je vous propose une lecture qui évitera de diluer ce concept :

Les sources du mot résilience et son utilisation

Le mot "résilience" vient du latin et signifie "ressauter". Non pas ressauter à la même place, comme si rien ne s’était passé, mais ressauter un petit peu à côté pour continuer d’avancer...
Son utilisation dans différents domaines : physique, biologie, industrie…

Physique : grandeur caractérisant la résistance d’une barre aux chocs transversaux. Elle est égale au quotient de l’énergie nécessaire pour produire la rupture par la section de la barre.

Biologie : la résilience est l'aptitude à se maintenir dans un milieu malgré ses modifications, les atteintes des prédateurs, la pêche, la chasse etc. Le temps de résilience est le temps nécessaire à un écosystème pour retrouver son état originel après perturbation.

Dans le domaine de l’écologie, la résilience souligne, la capacité de récupération ou de régénération d’un organisme ou d’une population, mais aussi, l’aptitude d’un écosystème à se remettre plus ou moins rapidement d’une catastrophe (la reconstitution d’une forêt après un incendie, par exemple).

Dans le monde socio-économique, les termes « resilient business » et « resilient communauty » désignent la capacité intrinsèque des entreprises, des organisations et des communautés à retrouver un état d’équilibre, soit leur état initial, soit un nouvel équilibre, leur permettant de fonctionner après un désastre ou en présence d’un stress continu.

En informatique, la résilience correspond à la qualité d’un système lui permettant de continuer à fonctionner correctement en dépit de défauts de l’un ou de plusieurs éléments constitutifs.

Et même pour les matelas ! : les fabricants de matelas parlent aussi de résilience pour évoquer la qualité de leur production. Ici la résilience est la propriété qui permet à un corps de retrouver sa forme d'origine après une compression importante.

Les anthropologues évoquent la possibilité pour certaines ethnies, sociétés, langues ou systèmes de croyances de conserver des traces de leur patrimoine malgré les vicissitudes du colonialisme et les pressions des groupes dominants.
 
En médecine, la résilience en relation avec la résistance physique de certains malades qui guérissent d’une manière spontanée et qui récupèrent soudaine. Il s’agirait d’un véritable processus d’auto guérison et de résistance aux maladies, y compris dans le champ des maladies mentales.

Dans les domaines de la psychologie, de la victimologie et de la criminologie, le terme s’est imposé dans le traitement des situations à risque et en particulier celui des enfants ayant subi des traumatismes dont on cherche à solidifier les aptitudes à rétablir un équilibre émotionnel et affectif.

En psychopathologie, la résilience devient un concept plus sophistiqué, plus affiné. La résilience est cette «aptitude des individus et des systèmes (les familles, les groupes et les collectivités) à vaincre l’adversité ou une situation de risque. Cette aptitude évolue avec le temps ; elle est renforcée par les facteurs de protection chez l’individu ou dans le système et le milieu; elle contribue au maintien d’une bonne santé ou à l’amélioration de celle-ci. » (Mangham et al. 1995)

Ce concept de résilience a été repris dans de nombreux travaux portant sur les enfants victimes de traumatismes.
En psychologie clinique : mettant en évidence la capacité d’un certain nombre de personnes à s’en sortir malgré la souffrance endurée…mais aussi en essayant de comprendre les différents fonctionnements psychiques misent en route par la victime pour évoluer afin de ne plus rester dans son état de victime.

Avant de traduire de manière scientifique, le concept de résilience, je vais emprunter quelques voies de traverses entre deux métaphores et un oxymoron si chers à Boris Cyrulnick. Dans un Merveilleux malheur(1999), il présente la résilience comme “ le ressort intime face aux coups de l’existence ” et “ un tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale (...) la résilience n’est pas une substance, c’est un maillage (...)

La métaphore du tricot est une image qui exprime le temps qui passe et le geste qui le poursuit pour le fixer (Pensons à Pénélope qui fait et défait son tricot en attendant Ulysse …). Le tricot est le symbole du temps (...). Le maillage, la trame se nouent exactement comme un réseau de neurones pour progressivement encadrer la représentation traumatique des personnes traumatisées. La théorie de ce processus de résilience, préconise de donner une représentation au traumatisme en le remaniant par des images ou des mots, il est aujourd'hui prouvé par l'imagerie médicale qu'elle contribue, en quelque sorte, à « reconfigurer » le cerveau. En ce sens, elle a déjà modifié la recherche en psychologie, elle est d'ailleurs repri­se aux Etats-Unis et les ouvrages de Boris Cyrulnik sont étudiés en fac de médecine.

La Résilience : c’est comment vivre et renaître en rebondissant pour une reprise d’un certain type de développement après un traumatisme, une déchirure, en mobilisant un certains nombre de facteurs personnels, familiaux et environnementaux.

La théorie de la résilience, qui fait appel à plu­sieurs disciplines (la psychiatrie, la neurologie, la psychologie, l'éthologie, la linguistique...), vient au secours des psys, qui trouvent dans cette nouvelle approche et ce travail d'équipe une véritable bouffée d'oxygène.

La résilience couvre tous les âges, et tous les domaines de la vie. Après l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, il existe des liens entre résilience et vieillesse …

La résilience, qu’est-ce que c’est ?
  • 1) Le lien entre résilience et traumatisme

    Traumatisme : c’est la blessure, l’effraction psychique qui se reconnaît à la sidération mentale, l’incapacité à réagir. Dans un premier temps, le trauma entraîne un arrêt du processus de penser, une destruction des liens, une perte de repère identitaire.
    Le traumatisme peut-être précoce ou/et tardif - Peut-être visible ou insidieux.
    Le discours social peut avoir un effet dévastateur du traumatisme.

    L’impact d’un traumatisme est différent selon les individus, leur histoire de vie, le contexte et l’environnement.


  • 2) Reprise d’un type de développement après cette agonie psychique avec un temps adaptatif puis un temps développementale :

    • Le premier temps de la résilience, un temps court : est celui de la confrontation au traumatisme se caractérisant par la mise en place des mécanismes de protections/ de défenses face à l’effraction de la réalité frustrante par le déni, un sentiment de haine, de révolte…) pour résister à la désorganisation. Ce premier temps, permet l’adaptation à des situations adverses grâce aux conditions biologiques, socio-psychologiques.
      En développant des capacités en lien avec des ressources internes (intra psychiques) et externes (environnement social et affectif).


    • Le deuxième temps de la résilience, un temps long : consiste à intégrer le choc traumatique et de le surmonter par un processus de reconstruction et de réparation, à conférer un sens à la blessure.

      Cela nécessite un travail de mentalisation qui correspond (De Tychey) à la “ capacité à traduire en mot, en représentations verbales partageables les images, les émois ressentis pour leur donner un sens communicable, compréhensible pour l’autre, et pour soi d’abord. C’est une condition essentielle du fonctionnement de la résilience.

      Ce travail de symbolisation qui se fait au niveau des affects ressentis qui ont été mis en mot, est élaboré par la qualité du lien qu’on structure avec la personne avec laquelle on échange ses souffrances.

  • 3) C’est un processus synchronique (évènements en même temps, la simultanéité) et diachronique (évolution des faits, nous montrons des changements et des différences) (Boris Cyrulnik) permettant une évolution singulière : un processus d’adaptabilité où convergent les processus psychiques du sujet, les interactions du milieu et les stratégies de soutien.
    Un processus dépendant des représentations du sujet, de sa capacité à projeter, à se remémorer et à scénariser son trauma, afin de lui donner un sens possible.


  • 4)  qui permet d’intégrer

    • Une constellation de déterminants : la résilience résulte de l’interaction des facteurs de risque (guerre, deuil traumatique, catastrophes naturelles, maladie chroniques, et de facteurs de protection (les plus souvent cités : la sociabilité, l’estime de soi, le don d’éveiller la sympathie, un certain sens de l’humour, un projet de vie).


    • Ces ressources internes : sont celles qui ont été imprégnées dans notre mémoire biologique avant la parole autour des interactions précoces du bébé avec son entourage. D’emblée, dès sa naissance, le nouveau né possède ses propres potentialités et détient les ferments d’une force intérieure multifactorielle. Le mode de relation qui se sera instauré entre le bébé et sa /ses figures d’attachement déterminera le “ style comportemental ” de l’enfant en devenir, sa manière de se lier, de découvrir le monde, de réagir aux séparations et aux catastrophes.

      Selon le type de relation qu’ils réussissent à établir, ils sauront plus ou moins bien se reconstruire après une blessure de la vie.


    • Les tuteurs de la résilience : on n’est pas résilient seul, mais aidé par le contexte, par telle ou telle personne, personne d’expérience, de confiance, qui fait confiance à celui ou celle qui souffre, avec qui on a tissé un lien même si lien n’est pas durable.


    • Plus largement le soutien social : les politiques, les institutions…

Quelques points importants

  • La résilience n’est pas une simple résistance : La résilience comprend mais dépasse les notions plus anciennes et plus statiques de cooping, et d’invulnérabilité ; Elle comporte en plus l’idée d’un départ pour une existence nouvelle, un projet de vie, voir un certain enrichissement de la personnalité soumise aux épreuves traumatiques.
  • La résilience comme “ un processus diachronique et synchronique ” (Boris Cyrulnik), c’est-à-dire “ l’articulation des forces biologiques développementales avec le contexte social, pour créer une représentation de soi qui permet l’historisation du sujet ”. C’est un parcours et non un état, une transaction, de trouver la bonne distance vis à vis de ce qui a pu arriver et vis à vis de son environnement. C’est un processus qui se fait tout au long de la vie et se construit entre les facteurs internes et les facteurs externes.
  • La résilience n’est jamais absolue et définitive : elle est modulable par les circonstances de la vie, elle peut-être débordée à tout moment, modulable selon la nature du traumatisme.
  • La résilience nécessite la mobilisation des mécanismes de défenses : G. Vaillant : ceux qui sont constructifs et ceux qui sont régressifs.
  • La résilience ne se pense pas d’une manière linéaire mais de façon systémique. La résilience est le produit de cette spirale interactive (Michel Lemay).
  • La résilience est fondée sur le lien, on ne peut pas être résilient seul, il faut des mains tendues, elle est fondée aussi sur le sens.
  • La famille, le groupe, les idéaux, la culture… interviennent dans la manifestation d’une dynamique de la résilience.
  • La résilience peut s’exprimer sous des formes variées selon les différentes cultures.
  • La résilience se nourrit des regards croisés de professionnels de différentes disciplines et d’aller retour incessants entre terrain et recherche.

Les methodes d’observations et recherches envisageables 

Plusieurs méthodes peuvent être envisagées :

  • L'étude directe inspirée de la méthode éthologique ;
  • L'étude rétrospective à partir d’observation s de cohortes ;
  • L'étude de cycles de vie entiers avec observations directes et du devenir.

Il existe des stratégies d’approcher le fonctionnement intra psychique préconscient, le travail de symbolisation de mentalisation par des épreuves dites projectives : comme le TAT et le génogramme (Réf : La résilience. J. Lighezzolo et C. De Tychey, p105).

L’étude linguistique

 Les différentes recherches dans ce domaine sont complémentaires.
Il faudrait être conscient des intérêts et limites, à conjuguer avec d’autres approches comme la recherche action, comme les études longitudinales.

L’utilisation du concept de résilience dans les maladies chroniques graves 

Comment peut on traverser de telles difficultés lors d’une maladie chronique ?

Quels sont les mécanismes pouvant intervenir et aider à avancer, voire survivre, puis revenir au monde et à la lumière des vivants en quelque sorte ?

Comment faire pour aider le sujet malade en tant que soignant ou en tant qu’aidant ?

La maladie chronique vient interroger notre représentation, de la maladie et du soin. Elle vient interroger notre capacité à intégrer notre rapport avec le temps mais aussi le sens que l’on a de ce que c’est la responsabilité, l’engagement, ce que sait la dépendance et autonomie, la relation et la crise… Toutes réponses à ces questions qui tournent autour de la dépendance nécessitent dés le départ une relation éthique, organisatrice de la relation interpersonnelle et « intra personnelle » fondée sur la sensibilité interpersonnelle et l’empathie afin de construire la confiance qui permet de mettre en place une alliance thérapeutique. Les soignants créent le temps d’accompagnement, de l’écoute, de mise en place des stratégies face à la maladie.  

Résilience et soins 

La résilience est donc un processus de reconstruction dans l’interaction, qui permet au malade avec l’accompagnant et le soignant de trouver la voie d’un nouveau développement malgré la maladie traumatisante qui a provoqué une rupture dans un cheminement de vie.

Certaines maladies sont traumatisantes : maladies graves d’emblée et maladies neuro-dégénératives cérébrales.

Il y a les maladies graves d’emblée comme le Sida, le Cancer… Et les maladies avec atteintes cognitives comme la maladie d’Alzheimer, à corps de Lewis…

Ces maladies chroniques sont une menace permanente pour l’identité du malade, qui demande de l’aide, plus d’affection et de disponibilité du conjoint, des enfants, des soignants. Ces sensations de « fragilité », de dépendance, nécessitent un accompagnement structuré pour éviter de sombrer.  

Certains traitements sont traumatisants 

 (Chirurgie, chimiothérapie et radiations risque de mort) Ainsi le malade est propulsé dans la sphère médicale et dans le milieu hospitalier, engagé dans une succession d’examens, d’interventions chirurgicales parfois mutilantes, de traitements lourds et éprouvants, pouvant être dangereux, comme les risques inhérents à la radiothérapie qui ont été soulevé dernièrement dans la presse.

La personne malade sera touchée au-delà de son corps. Tous ses repères de vie seront bouleversés. Elle est atteinte dans son image, dans son identité, dans ses relations, ses rôles familiaux et sociaux, avec une succession de pertes.

Comme une hystérectomie chez une femme en désir d’enfant, ou une tumeur des cordes vocales chez un chanteur, qui imposent un renoncement douloureux.

Cela nécessite des soins relationnels afin de rassurer le malade, sa famille, sans oublier les soins techniques.
 
Pour se sentir exister, chaque être humain doit être assuré d’une estime de lui-même suffisante. Cette estime de soi naît, se construit et se maintient dans le rapport à autrui, dans l’estime de l’Autre. Les modalités d’interaction avec la famille, l’environnement, la valeur donnée par l’entourage aux comportements et les modes de réponse qui en découlent, ont un rôle essentiel dans la construction et le maintien de l’estime de soi.

Soins relationnels : sont tributaire de l’empathie et de la mentalisation :

Je re-précise que Soigner au sens de « prendre soin » souligne une attention particulière qui est portée à une personne qui vit une situation particulière en vue de venir en aide et de pouvoir contribuer à un certain bien-être. Donc tenir compte de « cet alentour du malade ».

Cette approche est porteuse de sens, de respect de la dignité du malade mais aussi porte une réflexion sur les attitudes du tiers.

Dans cette espace, des valeurs communes se font jour avec le partage des informations, des convictions et des croyances : où le sujet malade, l’accompagnant et soignant réalisent une série de rencontres avec des dialogues interactifs permettant le partage de la souffrance avec un travail d’élaboration par le langage, langage partagé permettant la symbolisation pour donner sens aux inquiétudes.
 
Cet accès aux mondes des émotions permettra à la personne d’insérer ses émotions et affects dans un flux de penser afin de les structurer, dans une narration autobiographique qui pourrait donner sens aux évènements… et à réorganiser ce quotidien « chamboulé » par l’apparition de la maladie.

Et permettra au malade, à l’accompagnant De croire, (un point important pour le processus de résilience) croire afin d’accepter la maladie, mais aussi de croire en l’efficacité du traitement afin d’éviter le déni et l’abandon du soin.

Ce qui nécessite un cheminement afin de construire et ou rétablir, une relation basée.

L’utilité ce concept dans le soin relationnel :

La résilience permet un changement de regard des professionnels de la santé, des familles, des supérieurs hiérarchiques au niveau de la prise en charge des malades qui consiste à chercher les compétences, les qualités, les ressources des uns et des autres.

Elle permet une connaissance de l’autre et sa reconnaissance : de cela soit le malade et sa famille mais aussi une reconnaissance des professionnels.

Chez le personnel soignant :

Accueillir puis s’occuper de son malade nécessitent des adaptations et des apprentissages de la part du soignant et de l’accompagnant : la dépendance physique et ou psychique avec des troubles du comportement et de la relation à l’autre, peut-être une source de grandes difficultés, de frustration et de rancœur pouvant entraîner une rupture de tolérance et émergence d’agressivité et la séparation de la famille avec une entrée en urgence à l’hôpital ou en institution. Les soignants se trouvent souvent seuls face à cette spirale catastrophique. Devant la perception insupportable du changement du malade, le concept de résilience permet d’accepter cet être différent, de s’ajuster afin de maintenir ses capacités restantes et de permettre une restructuration d’une relation interne et externe qui ne se boucle pas dans un discours fermé :

  • 1) La résilience nous place dans une situation de très grande responsabilité vis à vis de l’autre que cela soit du côté du malade ou de sa famille qui ne devient plus une charge. Ce paradigme est vécu par le personnel soignant, par la famille comme une reconnaissance des actes développés dans le quotidien qui donne sens. Ce concept permet aussi aux soignants de s’adapter, de s’ajuster, aux différentes situations de soin qui se mettent en place au fil du temps, en regard de l’évolution de la maladie. Ce qui implique une diminution de la charge professionnelle :
    • la Résilience permet de restituer la maladie dans une l’histoire de vie des malades et de leur famille : la narration qu’offre le malade par le biais du non-verbal mais aussi la narration de l’accompagnant principal permet au soignant de participer à l’expérience des malades et de leur famille, d’être à l’écoute, de comprendre leur contexte de vie, de connaître les grands étapes individuelles dans leurs  articulations avec les cycles de vie de la famille ; Cela permet de mieux comprendre leur singularité, qui est une forme de reconnaissance et d’acceptation profonde de l’autre même s’il est différent. Cette acceptation nécessite de l’empathie, qui se manifeste par l’accueil de l’autre. Cette attitude permet de vouloir venir en aide et de comprendre la situation afin de donner sens aux actes de soins. 
    • de reconnaître les souffrances des uns et des autres. De redonner des compétences à la famille, qui sera un interlocuteur, partenaire et  passeur de mémoire.
    • permet de créer « un milieu de vie »** propice à des relations interpersonnelles de qualité.


  • 2) La Résilience se construit grâce à la production mentale, des uns et des autres (que cela soit au niveau de l’équipe soignante, ou au niveau familial…). Cet espace, permet de s’exprimer, de comprendre les émotions et les ressentis, des uns et des autres, d’élaborer, de mentaliser grâce à une construction d’une relation de qualité par le bais d’alliance, basée sur la confiance. Si les praticiens peuvent eux aussi créer, inventer, innover, risquer. S’il ne se répare en réparant, comment le praticien saura laisser à l’autre un espace de réparation personnel ?

    Cet espace permet ainsi un bon fonctionnement de l’équipe car chacun a définit sa place par rapport à l’autre, avec possibilité de changement de place, afin de s’ajuster au fil du temps.


  • 3) Les soignants peuvent constituer un élément de sécurité et peuvent servir de repères pour le malade et sa famille : permet une élaboration de stratégies qui viseront à répondre aux besoins de la famille et du malade afin de soutenir leur démarche dans la réponse au quoi, au pourquoi et au comment de leurs difficultés.


  • 4) Peut proposer des possibilités de retisser la relation familiale et /ou sociale qui est souvent étouffée par les réalités quotidiennes afin de briser le cercle de la spirale catastrophique en proposant un travail de restructuration :
    • D’éviter l’isolement du malade, de renforcer les qualités et les compétences de chacun, le soignant peut réduire les comportements difficiles.
    • De permettre une relation suivie avec les mêmes soignants.
    • De soutenir les familles et de leur donner des informations régulières.
    De mettre en place un système de réseau avec une reliance afin de permettre la rencontre entre le système soignant, institution, famille…pour une prise en charge globale.


  • 5) La résilience permet une éthique du soin : elle permet d’être garant de la dignité de l’autre par le regard que le soignant porte sur le malade et sa famille. La résilience permet l’engagement et la responsabilité du tiers qui est soignant et qui prend soin du malade, ce tiers est un représentant d’une institution garant des règles déontologiques.


  • 6) La qualité d’écoute et la présence à l’autre se construit grâce à l’empathie et l’ajustement émotionnel qui permet de pouvoir mettre en œuvre des actes de langages par le biais de la re-formulation, positive, mais aussi par le non verbal qui seront utilisables par le système soignant. La parole du soignant comme tuteur de la résilience comporte un intérêt théorique et méthodologique qui nécessite un apprentissage.

Ainsi, donner l’occasion de faire, c’est donner du temps et de l’espace pour penser : des éléments du travail clinique, qui peuvent permettre au sujet de se réconcilier avec lui-même et avec les autres, qui lui permet d’être reconnu comme sujet. Il faudrait que les professionnels modifient le regard qu’ils portent sur celui qu’ils aident, qu’ils soignent en essayant de construire des espaces de parole afin de résoudre les problèmes inhérents à l’évolution et à la maladie chronique grave afin de créer, inventer, innover, risquer.

Chez la famille, la résilience permet :

  • Un travail de restructuration familiale avec une prise en compte de la souffrance du système familial afin de :
    • De maintenir et de redéfinir les rapports entre les différents membres de la famille, de maintenir la place du conjoint ou parent malade en tant qu’aîné de la famille.
    • De préserver l’identité du malade en protégeant son image de soi.
    • De maintenir une relation familiale et sociale la plus longtemps possible dans un univers compréhensible, chaleureux et protecteur.
  • De maintenir la trame biographique avec l’existence de rituel d’appartenances familiales avec un entretien des liens entre les générations.
    Une de reconnaissance d’une situation problématique nécessitant une prise en charge, un appui sur un réseau social de faire appel à des situations sociales qui favorisent les échanges, la construction de projet de vie en reconstruisant son identité.

Ainsi en guise de conclusion, la connaissance d’un processus de résilience possible peut induire un changement de regard chez le soignant :

C’est un regard qui invite à la vie : à la mise en œuvre des ressources de la personne et de son entourage, dans une optique systémique… cet autre même différent est accepté, maintenu dans le monde des Humains et n’est pas réduit à sa pathologie.

C’est un regard lancé par le malade, par l’accompagnant qui interpelle, qui demande une écoute active et une réponse active…

C’est Le regard de l’Autre, qui touche, qui permet le contact entre l’affect et le corps, c’est aussi le regard de l’émotion qui fait le lien entre l’affect et la représentation, une véritable nourriture affective pour le cerveau. (Des études ont montré que le malade a des carences à ce niveau).

C’est un regard qui cherche l’aide d’autrui, le tuteur, qui lui permettra une mise en mouvement afin de pouvoir découvrir un sens dans un monde chaotique et de pouvoir anticiper.

La qualité du regard que nous posons sur l’Autre influence la qualité de notre intervention…

Les déterminants de ce « Regard » :

L’empathie est au centre des rencontres, afin de sécuriser la malade. Dans la relation de soin, l’empathie permet au soignant de ressentir mais aussi de comprendre le mode de l’affection du malade et de l’accompagnant. Ce niveau de compréhension doit être associé ou complété par un effort de conceptualisation afin d’instaurer une mise à distance entre les expériences et les sentiments de l‘autre par rapport aux siens…

L’exercice d’un tel sens de l’empathie exige un travail, donc un apprentissage pour aboutir à ce savoir-faire. Mais aussi cela exige une aptitude du soignant de s’engager et de répondre à celui qui confie sa souffrance, sa peur, sa révolte ou sa demande de soins.

Un maintien des capacités empathiques des uns et des autres afin de maintenir la communication ne peuvent émerger puis se développer que si le malade est reconnu par l’accompagnant mais aussi que si le couple : malade-accompagnant sont reconnus par le soignant qui lui même est reconnu par l’institution - permettant un monde communicable et partageable afin de travailler en réseaux.

Donc La résilience ne relève pas exclusivement du sujet traumatisé ; l’environnement et les transactions remplissent un rôle tout aussi fondamental dans la récupération et dans la transformation du traumatisme. A ce titre, les institutions qui prennent en charge les personnes abîmées par l’existence devraient repenser certaines manières de travailler et envisager d’autres chemins.

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Par Dr. Nadjat Haddam - 10 mars 2008

 
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