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Rapport provisoire de la visite d'évaluation externe de la faculté de médecine d'Alger
du 19 au 22 Avril 2004

Par le Professeur L. Abid - Professeur à la Faculté de Médecine d'Alger


Au cours du mois d’avril 2004, et à la demande du doyen de la faculté de médecine d’Alger, une commission de la CIDMEF (Conférence Internationale des Doyens de Médecine d’Expression Française) a fait un audit de la faculté de médecine d’Alger.

Il nous a semblé utile de présenter les résultats de ce rapport à la communauté des enseignants et des étudiants qui n’a pas eu connaissance de cet audit. Or cette commission souhaitait « vivement que le rapport soit mis à la connaissance des enseignants et des étudiants qui sont les acteurs principaux de tout projet de renouveau pédagogique ».
Nous commencerons par présenter le rapport provisoire qui a été fait oralement au doyen par cette commission de la CIDMEF.

Les membres de la commission ont fait part au Doyen des observations suivantes :

1°) Le premier problème qui a été rapidement identifié et unanimement reconnu concerne la taille de la Faculté de Médecine d’Alger, c'est-à-dire la pression du nombre de ses étudiants et, par conséquent, les difficultés de sa gestion. Ces contraintes obligent à répéter les enseignements à des groupes d’étudiants plus petits et rendent ainsi ingrate la tâche aux enseignants et lourde et complexe celle des responsables de la Faculté.

Il est aussi aisé de comprendre qu’une Faculté de cette taille, au vu des ressources humaines et matérielles dont elle dispose, peut se trouver « mal à l’aise » au sein d’une Université pluridisciplinaire, elle-même pléthorique. La commission estime qu’il y aurait donc intérêt à scinder l’actuel Département de Médecine en deux ou trois Facultés de Médecine qui, jointes aux Facultés de Chirurgie dentaire, Pharmacie et autres Instituts de sciences de la Santé, constitueraient une Université des Sciences de la Santé ; cette nouvelle structuration serait avantageuse quant à la gestion des Facultés et leur rendement pédagogique.
Le même schéma peut d’ailleurs probablement être transposé aux actuelles Facultés de Médecine d’Oran et de Constantine.

On peut légitimement objecter que ce schéma comporte le risque – et la tentation de confiner les facultés des sciences de la santé dans un isolationnisme préjudiciable à la qualité de l’enseignement et de la recherche car elles seraient ainsi déconnectées de disciplines universitaires importantes comme les sciences humaines ou la biologie et la biochimie. Mais en réalité, rien n’empêcherait la coopération inter-universitaire entre les départements dans le cadre d’actions communes d’enseignement et/ou de recherche.

La commission estime que les résultats escomptés d’une telle restructuration de la Faculté de Médecine ne peuvent être assurés sans une politique volontariste de réduction des effectifs étudiants de façon à les rendre compatibles avec les ressources et les moyens pédagogiques disponibles ; dans cette optique, une action concertée dans le cadre de la Conférence des Doyens des Facultés de Médecine d’Algérie pourrait être entreprise en vue d’initier le processus et d’infléchir la décision des autorités de tutelle dans le sens de la réduction des effectifs étudiants pour une meilleure formation.

2°) La formation en Médecine générale : La Commission a noté avec satisfaction la volonté exprimée à plusieurs reprises du Doyen d’amener les changements nécessaires de façon à ce que la Faculté de Médecine d’Alger remplisse pleinement son rôle principal, qui est celui de former des médecins généralistes capables de répondre aux besoins de santé de la population. L’autorité facultaire est consciente du fait qu’actuellement, la médecine générale est perçue de façon négative par les étudiants qui n’ont pas de « modèle valorisant » pour ce type de carrière, perçue comme une carrière « par défaut » réservée à ceux qui n’ont pas réussi au concours d’entrée en spécialité. Du reste, cette problématique se pose à toutes les facultés où l’enseignement est organisé par disciplines ou spécialités souvent pointues. Or, la Médecine générale est une médecine globale qui s’exerce en première ligne ; par conséquent, elle nécessite un programme et une pédagogie adaptés. Comment résoudre alors le paradoxe qui consiste à demander à une faculté de Médecine de former des étudiants en Médecine générale alors même que ses ressources professorales sont constituées exclusivement de spécialistes ?

Pour répondre à cette question, la commission suggère quelques pistes :

  • Commencer par rédiger un « profil de poste » du médecin généraliste compte tenu de l’état de santé des populations et de leurs besoins
  • Stimuler la collaboration des enseignants HU des disciplines ayant une vision globale de la médecine (Médecine interne, Pédiatrie, Gériatrie…) pour concevoir un programme de formation spécifique en Médecine générale et renforcer leur part dans la formation des étudiants futurs praticiens généralistes
  • Obtenir l’adhésion des structures périphériques de santé, organisées en réseau dans la région Algéroise ; celles-ci offrent des ressources intéressantes de formation à la Médecine générale ; identifier des praticiens motivés et les coopter comme partenaires enseignants dans le programme.
  • Réformer le cursus des études médicales sur la base d’un 1er et 2ème cycles conçus comme un tronc commun préparant à un 3ème cycle de formations spécifiques y compris en médecine générale ; ce schéma a un triple avantage : La médecine générale sera moins perçue comme une « vocation par défaut ». Les 1er et 2ème cycle conçus comme un tronc commun permettront l’accès au 3ème cycle pour l’ensemble des étudiants dès la 6ème année d’études, ce qui permet dans tous les cas d’économiser au moins une année. Enfin, le programme du 2ème cycle serait « rentabilisé » dans la mesure où ses objectifs pédagogiques constitueront ce qui est nécessaire et suffisant pour préparer l’ensemble des étudiants à entrer dans un 3ème cycle de formation spécifique.

Il y a intérêt à ce que la conférence des Doyens des Facultés de Médecine d’Algérie prenne l’initiative de travailler sur un tel projet et de le présenter aux autorités de tutelle.

3°) Les enseignements théoriques sont globalement perçus de façon positive par les étudiants, sauf dans de rares disciplines ; à l’opposé, les enseignements dirigés (ED) sont moins bien appréciés en raison du fait qu’ils sont souvent confiés aux plus jeunes parmi les enseignants.
Les travaux pratiques (TP) sont inexistants dans le stade pré-clinique, ce qui constitue une vraie lacune dans la formation des futurs praticiens.

Pour les étudiants, le Français fonctionnel est jugé utile non seulement par les étudiants qui ont des difficultés avec la langue française mais aussi par ceux qui en ont déjà une bonne pratique, car –disent-ils-, cet enseignement fournit aussi à l’étudiant une bonne méthodologie de travail et d’apprentissage de la médecine. Cependant, la fréquentation de cet enseignement s’est trouvée grandement diminuée en raison de la mauvaise organisation et du peu d’intérêt des séances d’enseignement magistral.

4°) Les stages cliniques : Avec pas moins de sept CHU et Etablissements similaires HU, les étudiants de la Faculté de Médecine d’Alger disposent d’une capacité d’accueil satisfaisante, si bien que les stages sont généralement faits dans de bonnes conditions et les étudiants en sont satisfaits. Un des points forts est que dans le 2ème cycle, il y a une intégration satisfaisante des enseignements théoriques des modules avec les stages cliniques.

Cependant, les terrains de stage restent encombrés dans certaines disciplines comme la gynéco-obstétrique avec une moyenne de 40 stagiaires par structure d’accueil. Ce problème est encore plus préoccupant pour le stage de Sémiologie de 3ème année, stage important s’il en est, car les terrains de stage restent limités aux rares services de Médecine interne alors qu’il y a certainement possibilité et intérêt à exploiter davantage de structures cliniques intra et extra CHU.

Par ailleurs, il a été observé que la planification des stages était aléatoire, les étudiants ne disposant que rarement d’un carnet et d’objectifs de stage, et que l’évaluation des stages restait approximative et utilisait rarement les méthodes généralement admises pour évaluer la qualité de l’apprentissage pratique, comme les « stations » d’ECOS (Evaluation Clinique Objective et Séquentielle).
La commission a pu observer aussi que la nécessaire coordination entre les administrations facultaires et hospitalières n’était pas suffisamment développée pour répondre aux besoins des étudiants en stage.

5°) La recherche est généralement évaluée par les bailleurs de fond et les organismes de tutelle ; la commission n’a pas été en mesure d’émettre un avis sur cette activité faute de données suffisantes dans le rapport d’auto-évaluation.

6°) Les évaluations et l’organisation des examens sont gérées par l’Administration et les enseignants qui assurent conjointement le déroulement des épreuves, la surveillance des salles d’examen et la mise sous anonymat des copies. A ce sujet, les étudiants ont fait une analyse lucide des problèmes rencontrés ; ils souhaitent ardemment être informés suffisamment à l’avance du calendrier des épreuves et -pourquoi pas- être associés à son élaboration. Au delà des examens, principale préoccupation des étudiants, ceux-ci ont manifesté leur volonté de s’impliquer davantage dans la marche de la faculté et dans la planification des activités pédagogiques et socio-culturelles.

Par ailleurs, les étudiants se montrent satisfaits du programme de Médecine préventive et sociale qui leur est offert. Ils estiment profitable l’instauration d’un stage d’été dans les formations sanitaires de 1ère ligne lors du 1er cycle.

L’évaluation des stages est souvent déficiente et la fiche d’évaluation des stages non standardisée. Pour la commission, un stage non satisfaisant devrait être obligatoirement refusé.

7°) Un déficit de communication a été identifié par la commission comme un dysfonctionnement altérant la qualité des rapports entre les principaux partenaires, c'est-à-dire les étudiants, l’Administration et les enseignants. Il paraît évident que la taille de la Faculté, la dispersion géographique des locaux d’enseignement et le nombre des étudiants constituent le déterminant le plus important de ce problème. Malgré tout, les étudiants souhaitent avoir au sein de l’administration un vis-à-vis identifié et disponible et avoir plus d’opportunité de contacter les enseignants responsables des enseignements surtout pour les modules du 2è cycle. Ils souhaitent aussi une participation accrue à tous les niveaux.

Sur un autre volet, la communication entre les enseignants et les administrations facultaires et hospitalières est insuffisante et peu organisée ; il y a espoir que la remise à flot des CCHUL règle en partie ce problème et permette aux responsables des CHU de s’impliquer davantage dans l’organisation et la planification des activités des différentes catégories d’étudiants stagiaires qu’ils accueillent dans les formations HU.

Enfin, il paraît important de mentionner les points suivants, qui seront repris plus longuement dans le rapport final de la commission :

  • La Faculté de Médecine d’Alger n’a pas dans son organigramme un Comité des programmes à qui revient la charge de vérifier l’homogénéité des programmes de formation et l’adéquation des objectifs avec les moyens et méthodes mises en œuvre pour les réaliser. Certes, en Algérie, les programmes sont décidés à l’échelle nationale ; ceci est de nature à rassurer les responsables de la santé sur l’homogénéité de la formation mais limite grandement les initiatives et la flexibilité pédagogiques pourtant nécessaires à l’efficacité des programmes et au développement de la Faculté. La commission estime qu’un comité des programmes du tronc commun (de la 1ère à la 6ème Année) serait quand même utile.
  • La Conférence Nationale des Doyens des Facultés de Médecine d’Algérie devrait s’impliquer davantage dans les décisions concernant la formation médicale dans les 3 cycles ; elle devrait devenir progressivement l’interlocuteur privilégié des ministères de tutelle, plutôt que de laisser l’initiative aux collèges de spécialité qui ont une vue souvent « corporatiste » de défense de leur spécialité ; ceux-ci ont en effet tendance à considérer la place que doit prendre leur spécialité.
  • Afin de faciliter la rédaction du rapport définitif, la commission souhaite disposer rapidement des documents les plus récents et aussi détaillés que possible sur : Les programmes, les textes fixant le régime des études et des examens à la Faculté de Médecine d’Alger, les ressources professorales, documentaires et financières, les sites d’enseignement clinique, la recherche, la coopération internationale, et pour les étudiants : Leur représentativité dans les différentes instances, l’aide pédagogique disponible, les services de santé, socio-culturels et œuvres universitaires mis à leur disposition etc.

 

Par le Professeur L. Abid - Le 4 juin 2007

 

 

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