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Au cours du mois d’avril 2004, et à la demande du doyen
de la faculté de médecine d’Alger, une commission
de la CIDMEF (Conférence Internationale des Doyens de Médecine
d’Expression Française) a fait un audit de la faculté
de médecine d’Alger.
Il nous a semblé utile de présenter les résultats
de ce rapport à la communauté des enseignants et des
étudiants qui n’a pas eu connaissance de cet audit.
Or cette commission souhaitait « vivement que le rapport soit
mis à la connaissance des enseignants et des étudiants
qui sont les acteurs principaux de tout projet de renouveau pédagogique
».
Nous commencerons par présenter le rapport provisoire qui
a été fait oralement au doyen par cette commission
de la CIDMEF.
Les membres de la commission ont fait part au Doyen des observations
suivantes :
1°) Le premier problème qui a été
rapidement identifié et unanimement reconnu concerne la taille
de la Faculté de Médecine d’Alger, c'est-à-dire
la pression du nombre de ses étudiants et, par conséquent,
les difficultés de sa gestion. Ces contraintes obligent à
répéter les enseignements à des groupes d’étudiants
plus petits et rendent ainsi ingrate la tâche aux enseignants
et lourde et complexe celle des responsables de la Faculté.
Il est aussi aisé de comprendre qu’une Faculté
de cette taille, au vu des ressources humaines et matérielles
dont elle dispose, peut se trouver « mal à l’aise
» au sein d’une Université pluridisciplinaire,
elle-même pléthorique. La commission estime qu’il
y aurait donc intérêt à scinder l’actuel
Département de Médecine en deux ou trois Facultés
de Médecine qui, jointes aux Facultés de Chirurgie
dentaire, Pharmacie et autres Instituts de sciences de la Santé,
constitueraient une Université des Sciences de la Santé
; cette nouvelle structuration serait avantageuse quant à
la gestion des Facultés et leur rendement pédagogique.
Le même schéma peut d’ailleurs probablement être
transposé aux actuelles Facultés de Médecine
d’Oran et de Constantine.
On peut légitimement objecter que ce schéma comporte
le risque – et la tentation de confiner les facultés
des sciences de la santé dans un isolationnisme préjudiciable
à la qualité de l’enseignement et de la recherche
car elles seraient ainsi déconnectées de disciplines
universitaires importantes comme les sciences humaines ou la biologie
et la biochimie. Mais en réalité, rien n’empêcherait
la coopération inter-universitaire entre les départements
dans le cadre d’actions communes d’enseignement et/ou
de recherche.
La commission estime que les résultats escomptés
d’une telle restructuration de la Faculté de Médecine
ne peuvent être assurés sans une politique volontariste
de réduction des effectifs étudiants de façon
à les rendre compatibles avec les ressources et les moyens
pédagogiques disponibles ; dans cette optique, une action
concertée dans le cadre de la Conférence des Doyens
des Facultés de Médecine d’Algérie pourrait
être entreprise en vue d’initier le processus et d’infléchir
la décision des autorités de tutelle dans le sens
de la réduction des effectifs étudiants pour une meilleure
formation.
2°) La formation en Médecine générale
: La Commission a noté avec satisfaction la volonté
exprimée à plusieurs reprises du Doyen d’amener
les changements nécessaires de façon à ce que
la Faculté de Médecine d’Alger remplisse pleinement
son rôle principal, qui est celui de former des médecins
généralistes capables de répondre aux besoins
de santé de la population. L’autorité facultaire
est consciente du fait qu’actuellement, la médecine
générale est perçue de façon négative
par les étudiants qui n’ont pas de « modèle
valorisant » pour ce type de carrière, perçue
comme une carrière « par défaut » réservée
à ceux qui n’ont pas réussi au concours d’entrée
en spécialité. Du reste, cette problématique
se pose à toutes les facultés où l’enseignement
est organisé par disciplines ou spécialités
souvent pointues. Or, la Médecine générale
est une médecine globale qui s’exerce en première
ligne ; par conséquent, elle nécessite un programme
et une pédagogie adaptés. Comment résoudre
alors le paradoxe qui consiste à demander à une faculté
de Médecine de former des étudiants en Médecine
générale alors même que ses ressources professorales
sont constituées exclusivement de spécialistes ?
Pour répondre à cette question, la commission suggère
quelques pistes :
- Commencer par rédiger un « profil de poste »
du médecin généraliste compte tenu de l’état
de santé des populations et de leurs besoins
- Stimuler la collaboration des enseignants HU des disciplines
ayant une vision globale de la médecine (Médecine
interne, Pédiatrie, Gériatrie…) pour concevoir
un programme de formation spécifique en Médecine
générale et renforcer leur part dans la formation
des étudiants futurs praticiens généralistes
- Obtenir l’adhésion des structures périphériques
de santé, organisées en réseau dans la région
Algéroise ; celles-ci offrent des ressources intéressantes
de formation à la Médecine générale
; identifier des praticiens motivés et les coopter comme
partenaires enseignants dans le programme.
- Réformer le cursus des études médicales
sur la base d’un 1er et 2ème cycles conçus
comme un tronc commun préparant à un 3ème
cycle de formations spécifiques y compris en médecine
générale ; ce schéma a un triple avantage
: La médecine générale sera moins perçue
comme une « vocation par défaut ». Les 1er
et 2ème cycle conçus comme un tronc commun permettront
l’accès au 3ème cycle pour l’ensemble
des étudiants dès la 6ème année d’études,
ce qui permet dans tous les cas d’économiser au moins
une année. Enfin, le programme du 2ème cycle serait
« rentabilisé » dans la mesure où ses
objectifs pédagogiques constitueront ce qui est nécessaire
et suffisant pour préparer l’ensemble des étudiants
à entrer dans un 3ème cycle de formation spécifique.
Il y a intérêt à ce que la conférence
des Doyens des Facultés de Médecine d’Algérie
prenne l’initiative de travailler sur un tel projet et de
le présenter aux autorités de tutelle.
3°) Les enseignements théoriques sont
globalement perçus de façon positive par les étudiants,
sauf dans de rares disciplines ; à l’opposé,
les enseignements dirigés (ED) sont moins bien appréciés
en raison du fait qu’ils sont souvent confiés aux plus
jeunes parmi les enseignants.
Les travaux pratiques (TP) sont inexistants dans le stade pré-clinique,
ce qui constitue une vraie lacune dans la formation des futurs praticiens.
Pour les étudiants, le Français fonctionnel est
jugé utile non seulement par les étudiants qui ont
des difficultés avec la langue française mais aussi
par ceux qui en ont déjà une bonne pratique, car –disent-ils-,
cet enseignement fournit aussi à l’étudiant
une bonne méthodologie de travail et d’apprentissage
de la médecine. Cependant, la fréquentation de cet
enseignement s’est trouvée grandement diminuée
en raison de la mauvaise organisation et du peu d’intérêt
des séances d’enseignement magistral.
4°) Les stages cliniques : Avec pas moins
de sept CHU et Etablissements similaires HU, les étudiants
de la Faculté de Médecine d’Alger disposent
d’une capacité d’accueil satisfaisante, si bien
que les stages sont généralement faits dans de bonnes
conditions et les étudiants en sont satisfaits. Un des points
forts est que dans le 2ème cycle, il y a une intégration
satisfaisante des enseignements théoriques des modules avec
les stages cliniques.
Cependant, les terrains de stage restent encombrés dans
certaines disciplines comme la gynéco-obstétrique
avec une moyenne de 40 stagiaires par structure d’accueil.
Ce problème est encore plus préoccupant pour le stage
de Sémiologie de 3ème année, stage important
s’il en est, car les terrains de stage restent limités
aux rares services de Médecine interne alors qu’il
y a certainement possibilité et intérêt à
exploiter davantage de structures cliniques intra et extra CHU.
Par ailleurs, il a été observé que la planification
des stages était aléatoire, les étudiants ne
disposant que rarement d’un carnet et d’objectifs de
stage, et que l’évaluation des stages restait approximative
et utilisait rarement les méthodes généralement
admises pour évaluer la qualité de l’apprentissage
pratique, comme les « stations » d’ECOS (Evaluation
Clinique Objective et Séquentielle).
La commission a pu observer aussi que la nécessaire coordination
entre les administrations facultaires et hospitalières n’était
pas suffisamment développée pour répondre aux
besoins des étudiants en stage.
5°) La recherche est généralement
évaluée par les bailleurs de fond et les organismes
de tutelle ; la commission n’a pas été en mesure
d’émettre un avis sur cette activité faute de
données suffisantes dans le rapport d’auto-évaluation.
6°) Les évaluations et l’organisation
des examens sont gérées par l’Administration
et les enseignants qui assurent conjointement le déroulement
des épreuves, la surveillance des salles d’examen et
la mise sous anonymat des copies. A ce sujet, les étudiants
ont fait une analyse lucide des problèmes rencontrés
; ils souhaitent ardemment être informés suffisamment
à l’avance du calendrier des épreuves et -pourquoi
pas- être associés à son élaboration.
Au delà des examens, principale préoccupation des
étudiants, ceux-ci ont manifesté leur volonté
de s’impliquer davantage dans la marche de la faculté
et dans la planification des activités pédagogiques
et socio-culturelles.
Par ailleurs, les étudiants se montrent satisfaits du programme
de Médecine préventive et sociale qui leur est offert.
Ils estiment profitable l’instauration d’un stage d’été
dans les formations sanitaires de 1ère ligne lors du 1er
cycle.
L’évaluation des stages est souvent déficiente
et la fiche d’évaluation des stages non standardisée.
Pour la commission, un stage non satisfaisant devrait être
obligatoirement refusé.
7°) Un déficit de communication a été
identifié par la commission comme un dysfonctionnement altérant
la qualité des rapports entre les principaux partenaires,
c'est-à-dire les étudiants, l’Administration
et les enseignants. Il paraît évident que la taille
de la Faculté, la dispersion géographique des locaux
d’enseignement et le nombre des étudiants constituent
le déterminant le plus important de ce problème. Malgré
tout, les étudiants souhaitent avoir au sein de l’administration
un vis-à-vis identifié et disponible et avoir plus
d’opportunité de contacter les enseignants responsables
des enseignements surtout pour les modules du 2è cycle. Ils
souhaitent aussi une participation accrue à tous les niveaux.
Sur un autre volet, la communication entre les enseignants et
les administrations facultaires et hospitalières est insuffisante
et peu organisée ; il y a espoir que la remise à flot
des CCHUL règle en partie ce problème et permette
aux responsables des CHU de s’impliquer davantage dans l’organisation
et la planification des activités des différentes
catégories d’étudiants stagiaires qu’ils
accueillent dans les formations HU.
Enfin, il paraît important de mentionner les points suivants,
qui seront repris plus longuement dans le rapport final de la commission
:
- La Faculté de Médecine d’Alger n’a
pas dans son organigramme un Comité des programmes à
qui revient la charge de vérifier l’homogénéité
des programmes de formation et l’adéquation des objectifs
avec les moyens et méthodes mises en œuvre pour les
réaliser. Certes, en Algérie, les programmes sont
décidés à l’échelle nationale
; ceci est de nature à rassurer les responsables de la
santé sur l’homogénéité de la
formation mais limite grandement les initiatives et la flexibilité
pédagogiques pourtant nécessaires à l’efficacité
des programmes et au développement de la Faculté.
La commission estime qu’un comité des programmes
du tronc commun (de la 1ère à la 6ème Année)
serait quand même utile.
- La Conférence Nationale des Doyens des Facultés
de Médecine d’Algérie devrait s’impliquer
davantage dans les décisions concernant la formation médicale
dans les 3 cycles ; elle devrait devenir progressivement l’interlocuteur
privilégié des ministères de tutelle, plutôt
que de laisser l’initiative aux collèges de spécialité
qui ont une vue souvent « corporatiste » de défense
de leur spécialité ; ceux-ci ont en effet tendance
à considérer la place que doit prendre leur spécialité.
- Afin de faciliter la rédaction du rapport définitif,
la commission souhaite disposer rapidement des documents les plus
récents et aussi détaillés que possible sur
: Les programmes, les textes fixant le régime des études
et des examens à la Faculté de Médecine d’Alger,
les ressources professorales, documentaires et financières,
les sites d’enseignement clinique, la recherche, la coopération
internationale, et pour les étudiants : Leur représentativité
dans les différentes instances, l’aide pédagogique
disponible, les services de santé, socio-culturels et œuvres
universitaires mis à leur disposition etc.
Par le Professeur L. Abid - Le 4 juin
2007
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