| De part sa vocation
de port ouvert sur la méditerranée, l’Algérie
a été particulièrement exposée aux atteintes
des maladies épidémiques et sa population a payé
un tribut assez lourd aux grandes pandémies qui ravagèrent
le pourtour du bassin méditerranéen. Cette situation
ne s'est pas trouvée beaucoup modifiée par l'arrivée
des Troupes Françaises en 1830 car les médecins de
l’époque ne disposaient que des moyens thérapeutiques
usités alors. L'application des moyens passifs en usage était
de nature à limiter les atteintes des maladies contagieuses
mais ne permettaient pas de les combattre avec des armes efficaces
: l'isolement des individus atteints, leur groupement dans les lazarets,
la mise en quarantaine des navires provenant des ports suspects.
On était encore, pour lutter contre les maladies épidémiques,
à la combustion d'herbes aromatiques et à l’exposition
des marchandises des navires provenant des ports contaminés
ou suspects aux rayons de la lune.
C’est ainsi que plusieurs épidémies
de choléra se sont abattues dans l’Algérois,
l’Oranie, mais également dans le reste du pays, au
cours des premières décennies de l’occupation
française. Par sa soudaineté, le choléra impressionne
: la mort survient en 48 heures, après une incubation de
4 jours.
Le choléra de 1834 dans l’Oranie
Le choléra déclenchera sa première épidémie
en septembre 1834, à l’hôpital militaire d’Oran.
C’est par la mer qu’il pénétra (immigrants
venant de Carthagène et Gibraltar) puis il se propagea dans
la ville grâce à la malnutrition, à la misère
et au manque d’hygiène qui existait alors. Les 1ers
cas sont constatés à Mers-El-Kébir dans un
atelier disciplinaire de condamnés militaires après
que des passagers venant de Gibraltar furent débarqués.
Dans les autres ports du pays (Alger, Mostaganem, Arzew etc...)
on décide de mettre en quarantaine (sept jours) tous les
bateaux provenant d’Oran.
Le 3 octobre, on dénombre 12 cas à Mers-El-Kébir
et 305 à l’hôpital militaire d’Oran. Quelques
cas sont également signalés dans la population civile
ainsi que des décès ; un dispensaire est désigné
pour recevoir la population malade. Entre le 5 et le 10 janvier,
à Mers-El-Kébir, chez les militaires on compte déjà
25 malades et 13 décès. Le fléau s’étendra
à toute la ville tuant près de 500 civils et autant
de militaires. L’épidémie atteindra également
Mascara et Mostaganem où on dénombrera près
de 1500 victimes pour atteindre Médéa et Miliana.
Le choléra de 1835 dans l’Algérois
L’année suivante, en 1835, Alger est atteinte par
une épidémie importée de Marseille et Toulon
par les vaisseaux Le Triton et La Chimère. C’est le
docteur Audouard, médecin principal, envoyé spécial
de l’armée pour faire le bilan de l’épidémie
de l’année précédente qui rapportera
la situation de cette épidémie à Alger.
Les autorités d’Alger sont avisées dès
le mois de janvier de cas de choléra dans la ville de Marseille
(où on dénombre 2576 morts) avec réapparition
également dans la ville d’Oran. En juin de la même
année c’est à Toulon qu’elle se déclare,
autre ville ayant un important trafic portuaire avec Alger où
les bateaux sont mis en quarantaine dès que des cas sont
signalés parmi les passagers. Malgré cette précaution,
les 1ers cas apparaissent durant l’été parmi
les soldats venant purger leur peine en Algérie. Il sont
placés en quarantaine dans le lazaret de Bab Azoun. Mais
d’autres cas apparaissent à l’hôpital militaire
du Dey à Bab El Oued puis dans la ville, en particulier dans
le quartier juif. Ainsi la contamination va atteindre, à
partir d‘août, toute la ville se propageant à
partir du pénitencier de Bab-el-Oued et des hôpitaux
du Dey et de la Salpêtrière.
Dans la ville c’est le quartier israélite qui est
le plus touché : on compte jusqu’à 100 morts
par jour. En plus des cimetières existants, des terrains
supplémentaires sont désignés pour enterrer
dans des fosses communes les cholériques décédés
sur lesquels une couche de chaux vive est répandue avant
que la fosse ne soit recouverte de terre. Les mesures qui sont prises
par les autorités pour faire face sont :
- Mise en place d’ambulances dans divers quartiers de la
ville placés sous la surveillance d’inspecteur de
salubrité, vu le nombre restreint de médecins dans
la ville.
- Deux locaux sont transformés en hôpitaux accessoires
(l’un pour les musulmans, l’autre pour les juifs)
- Les hôpitaux du Dey et de la Salpêtrière
sont réunis pour n’en former qu’un seul en
y adjoignant la zaouïa de Sidi Yacoub, qui servait d’entrepôt
pour l’armée.
- Le fort Bab Azzoun est transformé en Lazaret
- Une souscription est ouverte auprès des populations musulmane
et européenne
Durant le mois d’août la mortalité est considérée
comme effroyable : chez les européens on compte déjà
33 morts (6,75 % de la population), chez les musulmans 41 (13,5
%de la population) et chez les juifs 174 (4,5 % de la population).
La peur se répand dans la ville qui est désertée
par un grand nombre de ses habitants. L’hôpital du Dey
ne suffisant plus pour les militaires atteints, l’armée
reprend l’hospice de Bab Azzoun qu’elle avait initialement
laissé pour la population civile.
Au 4 septembre, il y avait sur une population estimée à
7000 habitants :
- En ville 1083 cas et 749 morts
- En banlieue 91cas et 32 décès
- A l’hôpital civil 293 cas et 170 décès
- A l’hôpital du Dey : 502 cas et 140 décès
- A l’hôpital Mustapha 89 cas et 30 décès
- A l’hôpital militaire Caratine 465 cas et 205 décès
Soit un total de 2503 malades et 1426 morts.
Au total il y eut 1220 décès civils, 639 militaires
dont le pharmacien principal de l’armée Juving et le
pharmacien major Marie ainsi que plusieurs médecins et chirurgiens.
Par la suite cette épidémie, véhiculée
par les troupes et les émigrants, va toucher Mustapha Pacha,
Boufarik, Douéra, Blida avec « une mortalité
effrayante », Médéa et Miliana où des
cas sont signalés dans les tribus et atteindra même
Annaba, en octobre 1835, par voie maritime, faisant 381 morts dont
204 indigènes.
Le bilan de cette épidémie établi par les autorités
de l’époque donnait pour tout l’algérois
12000 décès et 14 000 dans le Constantinois, soit
l’équivalent de la disparition de deux villes entières
comme Mascara et Mostaganem. En fait, les chiffres pour les autochtones
sont certainement plus élevés car le recensement n’avait
pas encore cours à cette époque.
Les autres épidémies de choléra de
1835 à 1849
D’autres épisodes de moindre gravité vont apparaître
dans l’algérois, l’Oranie et le Constantinois
jusqu’en 1849 date de la 2ème épidémie
massive qui atteint Oran et qui marquera les esprits.
En 1837, le choléra fait sa réapparition. En effet,
un bataillon militaire, le 12éme de ligne embarque à
Marseille avec déjà 25 morts avant le départ.
L’épidémie partant d’Alger, avec le 12éme
de ligne, va atteindre Miliana, puis Orléansville (Chlef
) et Cherchell puis, sous l’influence des déplacements
de bataillons ou d’éléments de corps d’armée,
la contagion va revenir à Alger avec le 16ème bataillon,
puis atteindre Aumale (Sour El Ghozlane) et la ville de Bou-Saâda.
Le 16ème bataillon atteint Annaba en y apportant l’épidémie,
contaminant le corps expéditionnaire de Constantine puis
la ville à partir du 13 octobre.
Deux ans plus tard, en octobre 1839, le général
Changarnier qui vient relever les effectifs du poste de Miliana,
découvre 800 soldats morts sur les 1100 de l’effectif.
Sur les 300 restants, seuls 50 sont encore en mesure de tenir les
armes. Ce qui fera dire au Général Duvivier, en 1841,
« L'infecte Mitidja est un foyer de maladies et de mort »
et les chiffres sont là pour mesurer la désolation,
dans le Sahel d’Alger, entre 1831 et 1847, sur un total de
1522 enfants, 705 moururent (presque un sur deux).
En septembre 1846, une nouvelle épidémie se développe
en suivant la voie de 1835. C’est le bateau Le Pharamond,
de Marseille, qui apporte le 4 du mois, la maladie à Alger.
Elle atteint le pénitencier du Fort Bab-Azoun, puis l’hôpital
du Dey et enfin la ville avec 505 morts militaires et 202 civils.
En octobre 1846, c’est Oran qui est touché avec 209
morts un même jour pour atteindre le total 2001 décès
à la fin de l’épidémie.
Le choléra de 1849 en Oranie
Dans « Algérie , un regard », Pauline De Noirefontaine
écrit, à propos de cette épidémie :
« le choléra a fondu sur notre pauvre ville comme un
vautour qui la couvre de ses ailes noires… il est presque
impossible de sortir de chez soi ni d’ouvrir sa croisée,
sans entendre le râle de la dernière heure, ou voir
quelque exposition funèbre…depuis six semaines que
le choléra a étendu sur nous son bras de fer, il a
déjà fauché le huitième de la population,
et le tiers de la garnison, sept médecins, quatre-vingt-cinq
infirmiers et douze sœurs de Saint-Vincent-de-Paul... Mais
c’est surtout la rapidité avec laquelle on passe de
la vie à la mort qui ébranle les âmes les plus
intrépides. On ne peut même plus se fier à la
jeunesse, à la fraîcheur et à l’éclat
des belles années ; le monstre sévit avec une fureur
tellement aveugle, qu’il frappe indistinctement jeunes et
vieux, faibles et forts, pauvres et riches, sans distinction d’âge,
de fortune. »
Comme pour les épidémies précédentes,
c’est de France qu’arrive le choléra morbus où
il sévissait déjà depuis les premiers mois
de l’année.
A Oran c’est le 4 octobre que l’épidémie
éclate de façon foudroyante dans divers points de
la ville à la fois. Les ambulances sont saturées par
l’abondance des malades, la municipalité est rapidement
débordée, la population fuit hors de la ville. C’est
d’abord à l’hôpital militaire que les cholériques
sont hospitalisés mais dès le 20 octobre, le maire
installe un hôpital provisoire en dehors de la ville dans
un caravansérail destiné aux tribus des environs pour
approvisionner le marché d’Oran. Outre le corps médical
présent, des médecins militaires sont envoyés
de Paris et des Soeurs Trinitaires s’y installent également.
Le 6 octobre c’est à Arzew et dans les villages avoisinants
que des cas apparaissent avec leur lot de décès. Du
11 au 17 octobre, 1817 décès sont déclarés
à l’hôpital civil Saint Lazare d’Oran.
Les migrations de populations va entraîner l’extension
de l’épidémie aux communes voisines : Messerghin,
Valmy, Sidi Chami où des ambulances sont établies.
L’épidémie se propagera par la suite sur la
route d’Oran à Mostaganem où les différentes
tribus arabes sont fortement atteintes. Les médecins notent
par ailleurs l’apparition de cas de typhoïde qui viennent
se sur-ajouter
Le 4 novembre, une procession solennelle part de l’église
Saint Louis, dans le quartier de la marine, escortant la statue
de Marie jusqu’au plateau de Santa Cruz en chantant «
Notre Dame de Santa Cruz, ayez pitié de nous, sauvez nous
». Une pluie s’abat sur la ville nettoyant les égouts
et les mares stagnantes remplies de détritus et d’eaux
usées. Cette pluie qui tombe en abondance, pendant plusieurs
jours, délivre enfin Oran de l’épidémie.
Afin de perpétuer ce souvenir du 4 novembre une chapelle
(Notre Dame de Santa Cruz) sera édifiée sur le mont
de Santa Cruz l’année suivante.
Le bilan de cette épidémie établi
par Pélissier donnait :
- Personnel militaire : 882 décès
- Personnel civil : 2472 décès dont 1512 arabes
(2498 décès à Mostaganem, 662 décès
à Oran, 182 à Tlemcen, 134 à Sidi Bel Abbes,
26 à Mascara.)
Le choléra de 1854 en Oranie
Le même scénario va se reproduire en 1851 puis en
1854. Des militaires venant de métropole vont répandre
l’épidémie. Mais cette fois, fort de l’expérience
de 1849 et 1851, des travaux de voirie permettant le drainage des
eaux usées sont entrepris et les paquebots arrivant de Marseille
sont mis en quarantaine. Un lazaret installé à Mers
El Kebir reçoit les passagers des bateaux suspects. Des cas
se déclarent effectivement parmi les passagers mis en observation
ainsi que les premiers décès (un soldat et une fillette
de 3 ans). Le corps médical d’Oran est renforcé
par de jeunes médecins et des officiers de santé qui
sont affectés dans les différentes localités
du département d’Oran.
A Oran, du 22 juillet au 2 août, on compte 44 malades et
22 morts, à Messerghin 12 malades et 4 décès,
à Tlemcen 11 décès. Le 10 Août le nombre
de décès s’élève à 159
cas dans la population civile du département (en majorité
dans la population indigène musulmane et israélite).
Oran compte alors 2 médecins français, 3 médecins
étrangers et 3 officiers de santé pour une population
de 25.000 habitants.
Le 12 août, le total des décès dans la population
civile s’élève à 99 (41 à l’hôpital
civil Kargentah d’Oran ,19 à Hassi Ameur, 8 à
Messerghin, 5 à Mostaganem et 20 à Tlemcen.).
Le préfet d’Oran, Majorel, insiste auprès du
Gouverneur Général d’Alger pour renforcer le
corps médical du département.
Une diminution des cas à partir de cette date entraînera
un relâchement des mesures sanitaires prises auparavant (suppression
de la quarantaine en mer et des cordons sanitaires et la libre pratique
entre les différentes villes du département). Ce relâchement
va se traduire par l’apparition de nouveaux cas dans des endroits
jusque là indemnes (Ain Témouchent : 46 cas et 29
décès, Mascara : 1 cas et 1 décès, Saint
Cloud : 2 cas et 2 décès, Ain Sidi Chérif :
12 cas et 6 morts, Ouled El Hammam : 3 cas et 2 décès).
Le 22 août, l’état du mouvement journalier
dans les hôpitaux d’Oran et de Tlemcen est en faveur
d’une diminution de l’intensité de l’épidémie.
A cette date le bilan global s’établit à 600
malades dont 295 militaires et 300 décès dont 135
militaires.
De nouveaux cas avec leur lot de décès surviennent
encore en septembre dans la population civile d’Oran et dans
les villes et villages voisins. On incrimine alors la non acclimatation
des nouveaux colons arrivés du nord de la France ou d’Allemagne
au mois de juin. A Tlemcen au 4 septembre dans les 2 hôpitaux
civil et militaire, on compte 132 cas et 96 décès.
A Ain Témouchent, on dénombre 56 décès
parmi les colons et militaires et 159 cas et 74 décès
dans les tribus des Ghrabas et des Smalas. Au mois d’octobre
l’épidémie a pratiquement disparu dans la ville
et dans la population européenne mais elle persiste dans
les tribus arabes.
Le 8 décembre, le préfet annonce enfin la fin de l‘épidémie.
Le bilan qu’il établi le 4 janvier 1855, note pour
tout le département, sur une population de 69457 individus,
1985 cas et 510 décès.
En février 1855, le bilan pour le département d’Oran
dont la population était estimée alors à 70
000 personnes était de 1983 cas avec 770 décès
dont 412 indigènes appartenant principalement aux Smalas
et Ghrabas. Cette épidémie, qui a duré 4 mois,
a été considérée comme beaucoup moins
étendue et moins grave que celles des années précédentes.
Le choléra de 1854 dans l’Algérois
A Alger, le 29 juillet des cas isolés sont observés.
Des mesures sont aussitôt prise :
- La quarantaine est appliqué aux paquebots accostants
au port ;
- Les militaires venant de France sont mis en quarantaine au lazaret
de Bab Azoun ;
- Des salles spéciales sont affectées aux cholériques
militaires à l’hôpital militaire du Dey ;
- Les militaires convalescents et atteints d’une autre affection
sont évacués sur Birkhadem ;
- 10 ambulances sont installées dans les différents
quartiers de la ville ;
- 40 lits sont réservés à l’hôpital
du lazaret
- Le 20 août 1854, une hôpital spécial pour
cholérique est aménagé dans une habitation
en bord de mer, proche de l’hôpital Mustapha en même
temps que la quarantaine est levée même si l’épidémie
existe à Alger.
Cette épidémie qui aura duré 3 mois et demi
a entraîné 579 décès civils sur 1133 cas
(51 %).
Le choléra de 1854 dans le Constantinois
C’est le département qui a le moins souffert des épidémies
de choléra, probablement à cause du faible trafic
portuaire entre Annaba et Skikda et les principaux ports méditerranéens
de France en particulier Toulon et Marseille comparativement à
Alger et Oran. Néanmoins durant l’année 1854,
des cas se déclarent à Skikda, le 10 juillet à
l’hôpital mixte sur des passagers venant de Marseille.
L’épidémie fera dans la ville et les villages
environnants, 1821 morts sur une population de 6200 habitants. Elle
touchera également d’autres villes du Constantinois.
Le choléra de 1867 dans la région de Batna
Cette région occupait alors un territoire de 800 kilomètres
carrés, peuplée d’environ 10.000 habitants.
La ville de Batna avec ses annexes de Lambèse et Fesdis comptait
une population européenne de 1623 civils et une garnison
de 1653 hommes.
Avant 1867, elle avait déjà souffert du choléra.
Ainsi en 1849, le choléra a immédiatement suivi l’arrivée
des troupes françaises qui venaient de régions infectées
et qui se rendaient au siège des Zaatcha. De même en
1854 des cas de choléra se sont déclarés après
l’arrivée du 38ème de ligne qui venait de Annaba
où une épidémie sévissait.
Le 11 juillet 1867, on apprit qu’une épidémie
de « choléra asiatique » mélangé
à des cas de fièvre pernicieuse sévissait chez
les Ouled Amor (Tribu du Hodna). Cette épidémie entraîna
les 19, 20 et 21 juillet 85 décès. Par la suite c’est
à Biskra que l’épidémie se déclara
avec plus de 65 décès au cours de ce mois de juillet.
Se basant sur la transmissibilité du choléra d’un
individu à l’autre et par « voie d’infection
atmosphérique », les autorités sanitaires de
l’époque ont pris les mesures d’isolement suivantes
:
- Restreindre le plus possible les communications de la région
de Batna avec les régions infectées ;
- Ne laisser arriver que les personnes reconnues « dégagées
de toute influence épidémique » ;
- Rendre les exceptions et infractions prévues et inévitables
aux mesures précédentes aussi peu dangereuses que
possible.
C’est ainsi que par crainte d’un afflux de population
vers Batna on interrompit les communications avec Biskra et les
régions limitrophes et on mit en place une quarantaine de
huit jours pour toute personne venant de ces régions. C’est
le caravansérail d’El Ksour situé à 28
km de Batna qui fut choisi le 19 juillet, pour la mise en quarantaine.
Les nouveaux arrivés étaient isolés des anciens
occupants, leur linge était désinfecté au chlorure
de chaux, leurs déjections enterrées dans des fosses
creusées à cet effet. On s’assurait enfin qu’à
la levée de chaque quarantaine, la personne était
en bonne santé et ne souffrait pas de diarrhée.
Cette quarantaine a été maintenue pendant deux mois
au cours desquels on a compté 116 personnes dans le caravansérail
(cinq sont décédés). Le marché hebdomadaire
avait été suspendu pendant plusieurs semaines et on
ne laissa libre que la route Batna-Constantine où la diligence
et le roulage européen circulaient normalement. On installa
à l’est de la ville, entre les portes de Lambèse
et de Constantine, une ambulance constituée de 16 tentes
pour les malades militaires et civils européens et une deuxième
ambulance spéciale pour les indigènes 100 mètres
plus loin. Une prison destinée aux indigènes et située
à l’intérieur de la ville fut évacuée
puis détruite.
Le 18 septembre la quarantaine à El Ksour fut levée,
l ‘épidémie à Biskra ayant complètement
cessée dans la population européenne et en forte décroissance
dans la population indigène. Les autorités maintiendront
néanmoins un poste de surveillance à El Ksour et ce
n’est que le 23 septembre que la diligence de Biskra fut autorisée
à entrer à Batna. Les ambulances furent levées
le 23 octobre.
Si la population de Batna a pu être prémunie par
ces mesures qui concernaient la population européenne se
déplaçant entre Biskra et Batna, dans les tribus indigènes
des Ouled Sidi Yahia, Ben Zekri, des Ouled Ziane et des Ouled Abdi,
on compta quelques décès parmi les hommes ayant séjourné
à Biskra. Ces décès incitèrent les autorités
à éloigner tous les campements indigènes de
la ville de Batna et leur transfert vers un lazaret établi
en dehors des territoires civils. On compta 5 décès
dans ce lazaret et 6 autres dans le village de Tilatou situé
5 kilomètres plus loin, au cours du mois de juillet.
Le lazaret fut levé le 15 août et la population replacée
sur son ancien territoire. Pour la tribu des Ouled Bou Aoun les
mêmes dispositions furent prises avec l’établissement
du lazaret d’El Guergour où une mortalité assez
forte se déclara. Ce lazaret sera levé à la
fin du mois d’août.
Outre ces lazarets, les autorités sanitaires mirent en place
18 postes de surveillance composés de spahis et de cavaliers
indigènes tout autour de Batna disposés en deux lignes
courbes (à El Ksour, Ouled Chebbah, Ain Chellala, Djerma,
Oum El Asnam, El Madher, Ain El Assafir, N’za Sirrah et Tafrent
pour la première ligne la plus éloignée de
Batna et à El Biar, Ouled Chellih, Ain fesdis, Ain El Assafir
et Tizerouine pour la ligne rapprochée). Ces postes, qui
constituaient un double cordon sanitaire, avaient pour mission d’empêcher
les nomades revenant du Tell vers le Sahara de pénétrer
dans la région de Batna avec le risque de propager la maladie.
Ces postes furent maintenus jusqu’à la fin du mois
d’octobre 1867, date à laquelle l’épidémie
avait disparu du cercle de Batna.
Ces mesures ont permis d’éviter les centaines de
décès qu’on voyait auparavant dans les villes
puisque seuls 6 décès furent notés dans la
ville de Batna et aucun cas à Lambèse et Fesdis où
la population était estimée à 6937 personnes
dans le territoire civil et 3125 dans le territoire militaire. Au
delà de ces territoires sous contrôle, Le nombre de
décès indigènes a été estimé
à 3000 sur une population totale de 108.229 habitants soit
un taux de mortalité de 2,8 %.
Au cours de la même année 1867, pour la ville de Sétif
qui n’avait pris aucune mesure d’isolement et qui comprenait
une population de 11510 individus, on a dénombré,
du 23 juillet au 29 septembre, 211 décès qui se répartissent
ainsi :
Pour l’ensemble du territoire de Sétif qui comptait
une population de 146.000 habitants, il y a eu 5300 décès
soit un taux de mortalité de 3,6%.
Les résultats des mesures d’isolement prises à
Batna et la limitation des déplacements des troupes armées
lors de l’apparition de cas de choléra a diminué
le nombre de cas de choléra et sa gravité au cours
des années qui suivirent. L’histoire retiendra encore
les épidémies de 1884-85, 1893 dans le Constantinois
(15.000 cas dont 6.000 décès). La dernière
épidémie fut celle de 1912 autour de Tlemcen.
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