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Que l’on ne se méprenne
pas, il ne s’agit nullement du film qui porte le même titre. Il
s’agit de l’inhumain comportement de certains éléments de corps
professionnels vis-à-vis, de leurs concitoyennes. Quand ailleurs
on vénère la maternité, chez nous, le vécu des femmes qui accouchent
devient un calvaire. Cette histoire vécue au lendemain de la fête
des mères, interpelle les consciences de ceux et de celles qui ne
mesurent pas la détresse humaine, dans tout ce qu’elle a de tragique.
Que l’on ne dise surtout pas que c’est l’affaire de gestionnaire.
Le théâtre des événements n’est autre, qu’une
maternité urbaine de l’Algérie profonde. Elle se trouve dans la
5ème ville du pays. Ses éléments se reconnaîtront facilement dans
ce que je vais relater.
La désinvolture et l’inconséquence face à la douleur
et le désarroi des femmes qu’elles sont censées assister, sont les
traits saillants de l’innommable forfaiture. Une jeune maman qui
allait être césarisée pour la troisième fois, est abandonnée à son
sort. Le gynécologue de service la rabrouait pour on ne sait quelle
raison, ou plutôt si, elle n’était pas « sa malade ». Les guerres
intestines empoisonnent souvent l’existence des malades, dont le
seul tort est d’être là !
De guerre lasse et devant le risque de rupture
de l’utérus, on décide d’opérer
sur le champ. La malade est perfusée et « sondée
» dans sa chambre, elle ira à pied au bloc opératoire.
En chemise de nuit, soulevée par la tubulure de la sonde
qui part de son intimité jusqu’à la poche urinaire
qu’elle tient d’une main, l’autre tenant le sachet
de la perfusion, elle traversera le long couloir menant à
la salle opératoire.
Le couloir ou plutôt le hall menant vers le bloc opératoire,
est plein de gens qui attendent. Ces gens qui ne sont pas là
pour le plaisir, verront un filet d’urine dégouliner
sur la jambe de la future maman. Ils observent en silence la déchéance
humaine que des écervelées ou plutôt des décérébrées,
leur font subirent. Ighilahris et Bouhired subissaient la torture
physique pour la bonne cause au moins. Les suppliciées actuelles
subissent quant à elle, l’humiliation morale que pratiquent
sur elles, toute honte bue, leurs propres congénères.
Arrivée à la salle de « torture
», on somme la parturiente de se déshabiller et de
monter sur la table opératoire. Une chaise brinquebalante
fait office d’escabeau, le chariot n’a pas encore été
inventé dans ce sanctuaire de la gabegie. Nue comme un ver,
la femme ne peut accéder à la table que sur les genoux.
Les éclats de voix aigues de « matrones » qui
font des commentaires et gutturales d’anesthésistes
mâles, lacèrent ce qui pouvait rester de dignité
et d’amour propre de cette femme. Femme qui pourrait être
leur sœur, leur épouse ou même leur propre fille.
Le regard perdu, le cœur battant la chamade,
la posture humiliante, la suppliciée subit les affres d’une
mise au monde qu’elle souhaitait heureuse. Affalée
enfin sur la table, elle reprend son souffle, mais pas pour longtemps.
On choisit le champ opératoire et le bon bistouri devant
son œil qui n’a pas encore « tourné »
sous l’effet de l’anesthésie. Que de déchéance,
que de veulerie, on lui demande même de lire quelques versets
du Saint Coran.
A son réveil, sa voisine lui racontera
qu’elle fut ramenée dans un drap, tenu par quatre bras
velus d’infirmiers hilares. Jetée dans le lit, elle
reviendra au monde, seule avec son amertume. On viendra brutalement
lui essuyer le dos souillé par le sang. Elle tente de protester,
on s’énerve et on s’en va non sans faire de commentaire.
Il y a-t-il un capitaine dans cette galère
? Evidemment oui ! Mais Monsieur le directeur est en déplacement
ou en séance de travail. Ses surveillants ne lui rapporteront
que, ce qui ne leur causera pas d’ennuis. On vit en autarcie.
Les apparats sont sauf, le parquet est lustré, les murs faits
de faïence brillent de milles éclats. Il y a même
des pots de fleur gardés par de beaux cerbères, à
la coupe de cheveux de GI américain. En fin de compte, aucune
hiérarchie ne pourra venir à bout de cette hydre.
Une sentence ne dit –elle pas : « Si tu n’as pas
honte, fait ce qu’il te plait de faire ! ».
Farouk Zahi (29 juin 2006)
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