Santé Algérie Algérie

Sommaire
Page d'accueil
Présentation du site
La bibliothèque de Santé Maghreb
Les éditos du professeur Abid
Communications scientifiques
Histoire de l'Algérie médicale
Agenda scientifique algérien
Point de vue
Revues et ouvrages médicaux
Associations algériennes de la santé
Annuaire de la santé en Afrique
Forum de la santé en Afrique
Qui contacter ?


Point de vue

Le mépris ou le chemin de croix d’une femme qui accouche.
Par Farouk Zahi
(29 juin 2006)

Que l’on ne se méprenne pas, il ne s’agit nullement du film qui porte le même titre. Il s’agit de l’inhumain comportement de certains éléments de corps professionnels vis-à-vis, de leurs concitoyennes. Quand ailleurs on vénère la maternité, chez nous, le vécu des femmes qui accouchent devient un calvaire. Cette histoire vécue au lendemain de la fête des mères, interpelle les consciences de ceux et de celles qui ne mesurent pas la détresse humaine, dans tout ce qu’elle a de tragique. Que l’on ne dise surtout pas que c’est l’affaire de gestionnaire.

Le théâtre des événements n’est autre, qu’une maternité urbaine de l’Algérie profonde. Elle se trouve dans la 5ème ville du pays. Ses éléments se reconnaîtront facilement dans ce que je vais relater.

La désinvolture et l’inconséquence face à la douleur et le désarroi des femmes qu’elles sont censées assister, sont les traits saillants de l’innommable forfaiture. Une jeune maman qui allait être césarisée pour la troisième fois, est abandonnée à son sort. Le gynécologue de service la rabrouait pour on ne sait quelle raison, ou plutôt si, elle n’était pas « sa malade ». Les guerres intestines empoisonnent souvent l’existence des malades, dont le seul tort est d’être là !

De guerre lasse et devant le risque de rupture de l’utérus, on décide d’opérer sur le champ. La malade est perfusée et « sondée » dans sa chambre, elle ira à pied au bloc opératoire. En chemise de nuit, soulevée par la tubulure de la sonde qui part de son intimité jusqu’à la poche urinaire qu’elle tient d’une main, l’autre tenant le sachet de la perfusion, elle traversera le long couloir menant à la salle opératoire.
Le couloir ou plutôt le hall menant vers le bloc opératoire, est plein de gens qui attendent. Ces gens qui ne sont pas là pour le plaisir, verront un filet d’urine dégouliner sur la jambe de la future maman. Ils observent en silence la déchéance humaine que des écervelées ou plutôt des décérébrées, leur font subirent. Ighilahris et Bouhired subissaient la torture physique pour la bonne cause au moins. Les suppliciées actuelles subissent quant à elle, l’humiliation morale que pratiquent sur elles, toute honte bue, leurs propres congénères.

Arrivée à la salle de « torture », on somme la parturiente de se déshabiller et de monter sur la table opératoire. Une chaise brinquebalante fait office d’escabeau, le chariot n’a pas encore été inventé dans ce sanctuaire de la gabegie. Nue comme un ver, la femme ne peut accéder à la table que sur les genoux. Les éclats de voix aigues de « matrones » qui font des commentaires et gutturales d’anesthésistes mâles, lacèrent ce qui pouvait rester de dignité et d’amour propre de cette femme. Femme qui pourrait être leur sœur, leur épouse ou même leur propre fille.

Le regard perdu, le cœur battant la chamade, la posture humiliante, la suppliciée subit les affres d’une mise au monde qu’elle souhaitait heureuse. Affalée enfin sur la table, elle reprend son souffle, mais pas pour longtemps. On choisit le champ opératoire et le bon bistouri devant son œil qui n’a pas encore « tourné » sous l’effet de l’anesthésie. Que de déchéance, que de veulerie, on lui demande même de lire quelques versets du Saint Coran.

A son réveil, sa voisine lui racontera qu’elle fut ramenée dans un drap, tenu par quatre bras velus d’infirmiers hilares. Jetée dans le lit, elle reviendra au monde, seule avec son amertume. On viendra brutalement lui essuyer le dos souillé par le sang. Elle tente de protester, on s’énerve et on s’en va non sans faire de commentaire.

Il y a-t-il un capitaine dans cette galère ? Evidemment oui ! Mais Monsieur le directeur est en déplacement ou en séance de travail. Ses surveillants ne lui rapporteront que, ce qui ne leur causera pas d’ennuis. On vit en autarcie. Les apparats sont sauf, le parquet est lustré, les murs faits de faïence brillent de milles éclats. Il y a même des pots de fleur gardés par de beaux cerbères, à la coupe de cheveux de GI américain. En fin de compte, aucune hiérarchie ne pourra venir à bout de cette hydre. Une sentence ne dit –elle pas : « Si tu n’as pas honte, fait ce qu’il te plait de faire ! ».

Farouk Zahi (29 juin 2006)

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!

NG COM Santé Tropicale
Copyright © 2006 NG COM Santé tropicale. Tous droits réservés.