| Incontestablement,
depuis quelques mois, « les agressions » contre la pharmacie
d’officine posent le problème de l’existence
même de cette profession, « agressions » qui concourent
à rendre l’exercice de la pharmacie aléatoire,
hypothétique et non maîtrisable. L’une des raisons
fondamentales de cette situation dramatique pour plus de 5000 pharmaciens
d’officine est l’absence ou le peu de dialogue entre
les décideurs et les représentants de cette profession,
qui fait qu’une pluie de mesures, venant de toutes parts (ministères
de la Santé, Commerce, Finances, Travail sans parler de certaines
directions), s’abat régulièrement sur notre
profession.
Plus les mesures sont annoncées et exécutées,
plus l’exercice de la profession est à chaque fois
bouleversé, puisque rendu plus difficile, plus lourd, plus
contraignant et toujours dans un sens négatif pour nous.
Cette situation est d’autant plus grave, que ces décideurs
de mesures concernant la pharmacie ne réalisent aucune synchronisation
de ces mesures pour les rendre complémentaires, applicables
et assurant les intérêts des uns comme ceux des autres.
Ces autres existent contre vents et marées et sont capables
encore d’écrire pour alerter l’opinion sur ces
graves dérives et attirer l’attention des autorités
concernées (et il y en a), pour qu’ils sachent qu’aucune
mesure ne peut être prise par une autorité sans qu’elle
soit accompagnée d’autres mesures des autres ministères
concernés. Je me propose de soulever quelques-unes de ces
mesures juste pour illustrer mes propos.
1 - Marges bénéficiaires
C’est le décret datant de 1998 qui a institué
les marges bénéficiaires des pharmaciens d’officine.
Malgré la promesse faite par les responsables de l’époque,
ces marges n’ont jamais été révisées.
Il s’agit de quatre marges bénéficiaires, dont
une (50%) concerne les médicaments dont les prix varient
de 0 à 70 DA. N’importe quel citoyen algérien
vous dira que les médicaments à ce prix se comptent
sur les doigts d’une seule main. Une marge de 20% avait été
accordée pour les médicaments dont le prix est au-dessus
de 600 DA. En 1998, il s’agissait de quelques médicaments.
Aujourd’hui, la plupart des médicaments rentrent dans
cette catégorie, puisque tous les prix ont augmenté.
En dehors de beaucoup d’éléments qui seront
cités plus tard, tout le monde comprendra que ces marges
sont obsolètes et que tôt ou tard (plutôt tard
que tôt) elles seront révisées. En effet, les
dossiers « Révision des marges » traînent
depuis deux ans de ministère en ministère, et ses
pérégrinations n’ont pas encore abouti.
2 - Tarif de référence
Le ministre du Travail et de la Solidarité sociale a décidé
de l’application pour le mois de mars du tarif de référence,
qui est un prix moyen du générique, sur la base duquel
se fera le remboursement de la sécurité sociale. Puisque
le remboursement se fait sur la base du tarif de référence,
donc c’est le médicament générique qui
sera dispensé par la pharmacie d’officine (sinon le
malade paie la différence). Or, le générique
coûtera au moins 30% moins cher que la molécule d’origine.
Le pharmacien d’officine verra donc son chiffre d’affaires
baisser d’autant. Personne ne conteste l’intérêt
et l’utilité de la promotion du générique
pour les caisses de l’Etat, mais dans tous les pays où
on pratique la promotion du générique (USA, Allemagne,
France...), on accorde des mesures incitatives, entre autres, au
pharmacien d’officine, pour compenser son manque à
gagner par l’application du tarif de référence.
Le ministre du Travail a évalué le gain, pour la CNAS,
à quatre milliards de dinars. Et pour le pharmacien d’officine
?
3 - Révision de la fiscalité
à la hausse
Les cadres du ministère des Finances se réuniraient
bientôt pour demander la suppression de la référence
à l’arrêté interministériel du
24 juin 1998, qui autorisait le pharmacien d’officine depuis
1998, à déclarer sur la base d’une seule marge
à 20%. Ils demanderaient l’application du décret
et du seul décret. Ainsi, le pharmacien déterminerait
par sa comptabilité au réel la marge exacte à
laquelle il aboutit. Non pas par une moyenne des quatre marges,
mais par une comptabilité composée de quatre parties
pour chacune des quatre marges. Amusez-vous bien messieurs les pharmaciens
ainsi que vos comptables fussent-ils experts ! Pourtant, dans l’arrêté
interministériel, il était bien spécifié
les raisons objectives pour lesquelles avait été accordée
la marge de 20% L’aisance financière que connaît
l’Algérie et le rôle de la santé publique
incontestable jouée par le pharmacien d’officine (comme
par exemple la promotion du générique) ne devraient-ils
pas concourir à une fiscalité qui prendra favorablement
en compte les spécificités connues de notre noble
profession ? Plutôt que de se réunir en conclave, les
cadres du ministère ne gagneraient-ils pas à confronter
leurs arguments à ceux des pharmaciens ?
4 - La loi sanitaire
Lorsque en 2001, le professeur Aberkane, à l’époque
ministre de la Santé, avait décidé enfin de
la révision de la loi sanitaire de 1985, tous les professionnels
de la santé avaient exprimé leur adhésion à
cet avant-projet, tout en émettant des réserves dans
la forme et dans le fond. Les pharmaciens, entre autres, avaient
insisté sur l’exercice personnel de la pharmacie par
un pharmacien diplômé universitaire. Cinq ans sont
passés, et aucune nouvelle sur cet avant-projet de la loi
chargée de promesses pour l’Algérie, la santé
publique, et pour les professionnels de la santé. Les pharmaciens
d’officine plaçaient beaucoup d’espoir dans cette
loi qui aurait clarifié les conditions d’exercice de
la profession pharmaceutique, et aurait coupé l’herbe
sous le pied de ceux qui menacent la pharmacie d’officine
par leur volonté de créer des circuits de distribution
au détail. Elle aurait ainsi clarifié la situation
des agences Endimed, dans l’exercice illégal depuis
l’indépendance du pays. Les marges bénéficiaires
(ministère du Commerce), la fiscalité (ministère
des Finances), le tarif de référence (ministère
du Travail), la loi sanitaire (ministère de la Santé
et gouvernement) ne peuvent être traitées par le seul
ministère concerné. Une commission interministérielle
serait le cadre idoine pour synchroniser et harmoniser ces mesures
et les rendre applicables et non contradictoires. On ne peut traiter
d’une mesure sans invoquer et intégrer les autres mesures
et vice-versa.
5 - La saga des pharmaciens d’officine
CNAS
La convention signée par la CNAS et le pharmacien d’officine
se déroulait normalement. Avec la nouvelle direction, le
dialogue s’est instauré, et plusieurs mesures (dans
l’intérêt des deux parties) avaient été
prises et rendaient cette convention convenablement applicable par
le pharmacien d’officine (malgré quelques aléas).
Jusqu’au jour où la CNAS a décidé de
faire signer un cahier des charges comprenant un ensemble d’obligations
concernant uniquement les pharmaciens d’officine, cahier des
charges écrit et à signer obligatoirement (avec résiliation
en cas de non signature). Ce cahier des charges est agrémenté
de promesses orales concernant la « dé domiciliation
», la commission wilayale des litiges, le paiement des factures
dans le mois (90% d’avance sur facture en cas de dépassement
de délai). La question essentielle est de savoir pourquoi
les promesses orales n’ont pas fait l’objet d’un
écrit signé par la CNAS quand les engagements dictés
par cette dernière aux pharmaciens d’officine ont fait
l’objet d’un écrit auquel est suspendue une menace
de résiliation ? La réponse est claire : la CNAS sait
que le conventionnement est devenu vital pour le pharmacien d’officine.
Il se crée alors une zizanie entre la CNAS et les pharmaciens
et entre les pharmaciens eux-mêmes. Zizanie entretenue d’une
part par les « Cnasistes » anti-convention, et par des
pharmaciens opportunistes à des fins électoralistes.
Je pensais que nous étions des partenaires au service du
malade ? La méthode utilisée par les uns et les autres
est à revoir, en attendant le nouveau conventionnement qui
mettra tout le monde d’accord. Par ailleurs, la CNAS souffle
le chaud et le froid. Tantôt la direction rassure sur ses
bonnes intentions envers les pharmaciens d’officine, tantôt
elle bloque les paiements des factures à cause des problèmes
relevés par les inspecteurs de la CNAS, problèmes
liés au personnel de la pharmacie. Il est clair que la réglementation
concernant le personnel doit être appliquée dans toute
sa rigueur, mais lier le paiement des factures à la régularisation
du personnel est une façon de créer un climat de suspicion.
Je répète : sommes-nous des partenaires ? Alors discutons,
d’autant plus que nous devons, ensemble, trouver les meilleures
solutions à l’application du carnet de santé
(encore !) Et oui, ça n’arrête pas ! J’ai
cité quelques-uns des problèmes auxquels était
confronté le pharmacien. J’aurais l’occasion
de revenir sur la bioéquivalence (oui pour le générique,
mais quel générique ?), sur le vignettage, sur les
périmés, sur le conditionnement qui coûte des
millions de dollars à l’Algérie, sur les invendus
qui attendent imperturbablement de se périmer. Je profite
de l’occasion de cet article pour lancer deux appels pressants
: l’un en direction de tous les acteurs du médicament,
comme les fabricants, les importateurs, les grossistes et les pharmaciens
d’officine, pour déterminer les jalons d’une
véritable politique nationale du médicament. L’autre
pour demander à mes confrères de se mobiliser pour
la réussite des élections ordinales, car c’est
une structure qui aidera celles qui existent déjà
à l’amélioration des conditions d’exercice
de la profession pharmaceutique.
Zemmouchi Abderrahim - pharmacien (16 février 2006)
|