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Les maladies à transmission hydrique…
… entre ambitions modernistes et archaïsme médiéval

Par FAROUK ZAHI
Cadre supérieur de l’administration sanitaire en retraite
12 octobre 2005

 

Les maladies à transmission hydrique appelées par contraction M.T.H, sont-elles devenues un sort inéluctable, jeté à notre urbanité ? Il est cependant, curieux de constater que la campagne est épargnée par rapport à la ville, qui pourtant, bénéficie des attributs de modernité que sont, le réseau d’eau potable et celui de l’assainissement. Ces équipements ambitionnent de la prémunir du risque fécal, à l’origine de ces maladies.
De caractères estival et sporadique jadis, elles sont devenues endémiques. Il est observé depuis peu, que les flambées de fièvres typhoïdes et autres, sont massives et paradoxalement urbaines : Skikda, Batna, Barika, Tiaret et récemment Tlemcen. La topographie de l’infection se cantonne souvent dans un groupement de population limité : cités, quartiers ou lotissements périphériques. Ceci serait dû, à la diversification des sources d’approvisionnement, ce qui est une chance en soit. Il est rare de trouver des cas disséminés à travers l’ensemble de l’espace urbain.
Le lien de causalité est toujours retrouvé à postériorité et la proximité vectorielle établie sauf quand il s’agit d’une distribution alimentaire ambulante. L’éclosion du foyer est toujours en aval du point de contamination de l’eau distribuée.

L’enquête rétrospective retrouvera souvent, un remaniement du sol pour diverses raisons : raccordements domestiques, travaux de réparation de réseaux d’eau potable ou d’assainissement, passage d’engins lourds. Il suffit que les deux réseaux se côtoient ou s’entre croisent et subissent une quelconque dégradation pour que l’intégrité de l’un ou de l’autre devienne permissive ; l’échange entre les deux milieux est dans ce cas, inévitable.
C’est à ce moment précis que le gestionnaire de l’ouvrage, doit anticiper et prendre toutes les mesures pour faire conserver à chacun des réseaux, son intégrité. Cette opération devra être impérativement, suivie par une technicité avérée ou du moins, supervisée dans sa phase finale, avant le comblement de la fosse qui a abrité les travaux.

Deux hypothèses peuvent être avancées dans ce cas de figure :

  1. Travaux de réparation ou de réhabilitation effectués dans les règles de l’art : Evacuation des eaux usées, vérification de l’étanchéité des joints, réparation des brisures et lessivage au lait de chaux. Les risques de contamination seraient dans cette variante, nuls ou minimisés.
  2. Bricolage : Jointage au béton de ciment ou colmatage avec des lambeaux de pneumatique, comblement précipité sans contrôle technique ; les risques seront majorés par l’intervention intempestive, elle-même. La situation sera d’autant plus grave, si l’eau n’est distribuée que de manière intermittente.

La vacuité de la conduite pendant les coupures, peut créer un phénomène d’aspiration des eaux usées laissées à proximité du joint, non étanche ou de la fêlure de celle-ci.

Nos tendances de modernisation seraient-elles en opposition avec l’archaïsme qui sommeille en chacun de nous ? Un de mes anciens collègues du ministère de la santé, me confia un jour qu’au milieu des années 80, sur l’ensemble du territoire national, une seule wilaya n’était pas touchée par les maladies à transmission hydrique. Donnant ma langue au chat, il m’apprit qu’il s’agissait d’Illizi qui ne disposait pas encore de réseau d’assainissement. La fosse septique traditionnelle serait-elle moins nocive que le réseau moderne, de par son caractère unitaire et limité ?  Ou bien avons nous occulté la rigueur requise dans la maintenance de l’ouvrage moderne ?

Par ailleurs, la désinfection de l’eau potable, qui est passée depuis longtemps dans les mœurs, souffre de lacunes qu’il faudra combler à brève échéance. Il nous est loisible d’en citer quelques-unes :

  • Le matériel de chloration (javellisateur) est parfois confié au seul gardien du réservoir d’eau, d’où risque de défaut d’entretien et arrêt prolongé du fonctionnement.
  • La chloration n’est souvent pas en rapport avec le débit distribué.
  • La javel livrée par certains commerces est mal dosée ou carrément inefficiente.
  • Le personnel en charge de la javellisation n’est pas doté de comparateur, simple appareil permettant le calcul du taux de chlore dans l’eau.

En ce qui concerne le réseau d’approvisionnement en eau potable, mis à part les vices de réalisation, qui sont de la responsabilité du promoteur du projet (inexistence de clôture autour du réservoir ; absence de vannes d’évacuation et parfois même absence de javellisateur) ; le gestionnaire de l’ouvrage que ce soit, la collectivité communale ou l’entreprise en charge de la gestion de l’eau, ne consacre pas assez de moyens à l’entretien périodique de celui-ci. Cet entretien ne nécessite pas de gros moyens financiers et humains.
Il s’agira du curage et du lessivage fortement chloré du réseau, deux fois par an. Cette opération débutera au réservoir pour se terminer au robinet du dernier consommateur. Les vannes d’évacuation qui n’existent pas partout, sont prévues à l’effet de vidanger le réseau.

Le réseau d’assainissement de gestion plus complexe que le premier, nécessite des moyens autrement plus importants. Dans certaines villes situées en contre-bas du niveau de l’exutoire, on a recours aux stations de relevage, au process lourd ; l’agglomération de Ouargla en compterait plusieurs.
Il suffit de jeter un coup d’œil dans un regard de visite de réseau d’assainissement, pour comprendre, qu’il est fait de telle sorte, que son entretien régulier ne peut être qu’impératif. Sa dénomination explicite si besoin est, sa fonction. La conduite d’arrivée dans le sens de l’écoulement est plus basse que la conduite de départ, cette configuration sciemment prévue, est le réceptacle d’éventuels corps solides ; détritus et boues qui participent à l’obstruction de l’ouvrage. Sa fréquence et sa proximité permettent aux foyers de se raccorder aisément. Ce caractère le soumet à de multiples agressions, destruction du tampon de fermeture, comblement par des gravats ou cadavres d’animaux. Par défaut d’écoulement, la fermentation des produits organiques contenus dans les eaux usées, produira des émanations de gaz toxiques.

A ma connaissance, peu de réseaux font l’objet d’entretien régulier. Les moyens à mobiliser, peuvent être simples : brouette, curette et saupoudrage de chlorure de chaux. Ce dernier produit a l’avantage de réduire la dangerosité des eaux usées, en cas de cross-connexion (terminologie pompeuse, pour dire que l’eau potable est spoliée par les matières fécales).
Ces petits gestes de cantonnier ont été perdus, au bénéfice de la benne-tasseuse et de la pompe-suceuse, équipements souvent indisponibles.

Quant à nos oueds pollués par les eaux usées et dans l’expectative ; il est envisageable de construire des bassins de décantation à l’embouchure de l’exutoire. Les eaux usées subiront ainsi un traitement par la chaux vive, disponible dans nos campagnes. Même grossier, ce traitement a donné des preuves d’efficacité. Ce procédé rudimentaire, réduira la charge microbienne des eaux usées et dissuadera les éventuels utilisateurs à des fins d’irrigation agricole. Il est bien entendu, que seules, les agglomérations de petite ou moyenne importance sont justiciables de tels procédés. Il se trouvera des technicistes orthodoxes pour qualifier cette démarche d’archaïque et n’ont d’autre alternative que proposer l’inscription d’une hypothétique opération planifiée, pour régler définitivement le problème. En attendant, ils n’ont pas de solution de rechange. Dans les années 70, face à l’indisponibilité d’appareils de javellisation, le jerrican de 30 litres muni d’une tubulure permettant de régler le débit de javel goutte à goutte, a supplée à cet équipement Ce système ingénieux « inventé » par des techniciens de santé, a eu le mérite de fonctionner et de combler l’insuffisance de l’époque.

En Occident, la pression des milieux écologistes, a contraint les gouvernements à préserver les ressources hydriques des diverses pollutions. C’est ainsi que la campagne française réaliste annuellement, près de 200.000 fosses septiques collectives, regroupant une vingtaine de foyers chacune. Le méthane produit et récupéré, aurait remplacé les autres sources d’énergie à utilisation domestique. Les produits solides quant à eux, ils seraient utilisés à des fins agricoles.
L’archaïsme médiéval de nos aïeux, prévenait ces maladies par des gestes simples : Enfouissement de cadavres d’animaux - chaulage printanier des maisonnettes chloration de l’eau du puits par de la chaux vive.
D’ailleurs le mortier destiné à la construction, est fait de sable et de chaux, ce qui n’incite pas la vermine et autres acariens à y gîter. Les ressources hydriques notamment celles des puits, ont longtemps été traitées par la brique céramique poreuse contenant du chlorure de chaux et colmatée par du ciment. Les turbulences qu’a connues le pays, ont quelque peu fait abandonner cette méthode. Néanmoins ses détracteurs ont parfois, apporté la preuve de son inefficacité. Il est vrai qu’une certaine brique de qualité médiocre, n’est pas poreuse. Aussi toute brique préparée pour la désinfection de l’eau doit être d’abord testée avant son utilisation. Il suffit de l’immerger dans un récipient et de tester l’eau d’immersion après 3 ou 4 heures. Son efficacité est probante si l’eau du récipient contient du chlore au bout du délai de l’épreuve. Il a fallu beaucoup de persévérance aux services de santé, pour institutionnaliser ce procédé, œuvre d’un épidémiologiste de Sétif. Dans certaines régions, la ruse paysanne a fait courir la rumeur, que le produit de la brique est un contraceptif que la « houkouma » donnait à la population pour limiter les naissances. Les agriculteurs pensaient d’abord à protéger leurs produits agricoles, de la nocivité du chlore.

L’on me dira alors, tout cela est bien beau, mais quel serait l’organisme en charge de toute cette activité de contrôle et de supervision ? Ce sera tout simplement ce qui est appelé le Bureau Communal d’Hygiène. Créé par décret exécutif de 1987 et au risque de froisser un ami qui a été un de ses initiateurs, ce texte réglementaire pèche par sa tendance idéaliste. Placé sous l’autorité du président de l’assemblée populaire communale, il ne pouvait être que sa chambre de résonance. On ne peut être juge et partie. La barre a été placée trop haut dans son organigramme, c’est ainsi que l’on trouve, le médecin, le vétérinaire, le biologiste le plus souvent de sexe féminin. Les missions de cette structure sont avant tout, d’ordre opérationnel, en tout temps et en tout lieu. La dénomination de bureau elle-même, confine à la sédentarité administrative.
Sa composante blanche devrait tendre vers le bleu ; cette entité a beaucoup plus besoin de techniciens et d’ouvriers qualifiés que de spécialistes. Elle devrait être érigée en brigade mobile, doté d’un véhicule utilitaire tout-terrain et équipé de kits d’analyses, disponibles sur le marché national. Les analyses extemporanées sur les lieux de l’infraction, impressionnent le ou les auteurs. Elles apportent la preuve matérielle de l’incrimination. Cette brigade gagnerait à être flanquée d’au moins un élément de la garde communale, les agressions humaine et canine ne sont pas à écarte, dans certaines missions. Cette équipe dont l’émanation est de puissance publique, serait placée sous l’autorité du chef de daïra ou du wali délégué. Je ne mésestime pas l’admirable travail de ce médecin, de ce vétérinaire ou biologiste. Loin s’en faut, mais placés dans l’œil du cyclone, ils ne peuvent qu’abdiquer devant la machine administrative, citadelle inexpugnable. Ils sont parfois chargés de tâches qui ne sont pas les leurs. Il s’est trouvé dans les années 90, un médecin qui assurait la permanence du standard téléphonique à l’instar du personnel administratif, d’une commune de la wilaya de Médéa
Je me souviens de situation ubuesque où les services de santé organisaient des cycles de sensibilisation ou d’évaluation en direction des élus, ceux-ci déléguaient le médecin ou le technicien du secteur, placé en activité au bureau d’hygiène de la même collectivité. Ils ne se sentaient pas concernés ! C’est dire les situations tragi-comiques de ce que peuvent générer, le chevauchement d’attributions et l’interférence des prérogatives.

En conclusion, il ne s’agit plus de théoriser sur la lutte contre ces fléaux d’un autre âge, le temps des commissions et de la sensibilisation est, à mon humble avis dépassé. Il faut pouvoir débusquer et identifier les attentistes par la formule : qui fait quoi, comment, quand et où ?  Pénaliser, tout manquement aux règles de salubrité publique, il y va de l’intégrité physique des personnes. L’enfance plus vulnérable y paie le plus lourd tribut, la diarrhée est la première cause de mortalité infantile.
Sans intention délibérée de ma part, de jeter l’anathème sur quiconque, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à dire que les secteurs concernés par ce problème, font défection, le plus souvent. Lors de la dernière épidémie de typhoide que j’ai eue à gérer dans ma vie professionnelle, quelque par dans l’arrière pays en juillet 2001, seuls le jeune chef de daira, l’équipe sanitaire et quelques agents communaux étaient sur le terrain pendant une dizaine de jours, sous des pointes de température avoisinant les 50° C.
Nous n’avons pas déploré de décès, mais c’était une épidémie de trop.

Par FAROUK ZAHI
Cadre supérieur de l’administration sanitaire en retraite
12 octobre 2005

 

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