| Vauvenargues a dit qu’il ne
faut pas juger d’un homme par ce qu’il ignore mais par
ce qu’il sait. Si on devait appliquer cette maxime aux responsables
du ministère de la Santé, de la Population et de la
Réforme hospitalière, on peut, sans peine, affirmer
qu’ils ont manqué de prendre les mesures utiles pour
assurer la formation nécessaire à une bonne partie
des gestionnaires des établissements de santé et,
surtout, qu’ils ont manqué de programmer l’action
qui porte sur l’amélioration de la qualité et
de l’adéquation de la formation au poste de travail,
comme ils se sont engagés à le faire depuis quatre
ans déjà, et faire qu’une attention particulière
soit accordée à la formation des gestionnaires à
même de mettre en oeuvre les outils d’une gestion moderne
dans ces établissements.
La gestion de ces derniers est décriée par tout le
monde, en premier par les responsables du ministère de la
Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière,
par les travailleurs de la santé toutes catégories
confondues, par les usagers et par les gestionnaires eux-mêmes...
La lecture du rapport élaboré par le Conseil national
de la réforme hospitalière, très instructive
à ce propos, montre à l’évidence et les
dysfonctionnements dans la gestion des établissements de
santé et l’inadéquation de la formation au poste
de gestionnaire : deux points qui ont été largement
débattus et discutés par ceux qui ont été
invités au grand débat de la réforme hospitalière.
Depuis, les critères de sélection pour l’affectation
aux postes de responsabilité, notamment aux plus importants
des établissements et même à celui qui a reçu
le label d’établissement-pilote, n’ont pas changé,
comme n’a pas changé à ce jour la formation
ou le programme de formation des cadres gestionnaires des établissements
de santé dans notre pays. Le rapport préliminaire
du Conseil national de la réforme hospitalière commençait
pourtant par une phrase bien suggestive, je cite : « Beaucoup
plus que pour toute autre entreprise humaine, la réussite
de toute réforme est subordonnée avant tout au choix
des hommes». Cette affirmation, qui est juste et valable pour
tous les secteurs d’activité, a été dite
et écrite; le mieux est qu’elle soit le plus tôt
possible appliquée dans nos établissements hospitaliers,
car c’est d’elle dont dépend, en grande partie,
la réussite de toutes les autres mesures prévues par
la réforme hospitalière.
Mais que faire pour améliorer la gestion ? Que font les autres
pays pour assurer une formation adéquate aux gestionnaires
de leurs établissements de santé ? Avant de tenter
de répondre à ces deux questions, il est utile de
dire que l’Ecole Nationale d’Administration qui assure
la formation initiale des gestionnaires des établissements
de santé n’est pas à mettre en cause, de même
que n’est pas mise en cause l’Ecole Nationale de la
Santé Publique d’El-Marsa qui assure la formation continue
de ces gestionnaires. Ces deux écoles connaissent, chacune
: une spécificité, un programme pertinent et des enseignants
compétents.
Pourtant, l’inadéquation est réelle et à
l’issue de l’une ou de l’autre formation, les
cadres formés découvrent sur le terrain des outils
de gestion totalement obsolètes, en plus d’un personnel
d’encadrement administratif et technique dramatiquement insuffisant,
aussi bien au niveau quantitatif que, il faut le dire, qualitatif.
Sur le terrain, à leur prise de fonction, les cadres gestionnaires
constatent le manque de l’outil informatique et de logiciels
normalisés, formatés, identiques pour tous les établissements
et leurs tutelles locales et centrales, la non relation informatisée
avec les caisses d’assurances, outil qui doit permettre impérativement
de parler le même langage pour communiquer efficacement. Font
défaut, par ailleurs, la comptabilité analytique homogène,
la médicalisation des informations économiques, la
transmission des données et des images, la gestion des flux
des malades, de produits et de médicaments, l’organisation
du travail et des circuits programmés de malades, la logistique,
les services d’achats, la production éventuelle; tout
ceci nécessite un programme de gestion ainsi que le recrutement
de cadres les plus divers, nombreux dans les grandes entreprises
privées et dans d’autres administrations, mais excessivement
rares dans les établissements publics de santé dont
les budgets sont cependant bien supérieurs. L’inadéquation
est réelle quand on sait, (quand le ministère de la
Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière
sait) que le système comptable des établissements
de santé découle de deux textes caducs et totalement
inefficaces - comptabilité matière datant du 9 septembre
1899 et comptabilité de l’ordonnateur datant du 8 mars
1942 -, qui met les responsables des établissements de santé
dans une gestion occulte, ne serait-ce que pour ce qui a trait aux
comptes de gestion matière et comptes administratifs qu’ils
ont cessé de rendre.
L’exemple de ces deux textes montre, s’il en est besoin,
l’inadéquation, voire la contradiction des outils de
gestion du terrain avec l’enseignement de l’ENA ou celui
de l’ENSP. Le ministère de la Santé, de la Population
et de la Réforme hospitalière sait aussi que la formation
des cadres gestionnaires fait appel à une grande diversité
de techniques qui a été rendue nécessaire tant
par les progrès de l’art médical que par l’évolution
sociale et économique des dernières années;
il sait aussi qu’il n’est plus question de recruter
des directeurs d’établissements de santé de
façon empirique. Partout dans le monde on est d’accord
sur ce point, avec, cependant, des divergences sur la sélection,
l’enseignement et le corps professoral.
Tous les pays au monde ont ressenti la nécessité
de sélectionner les candidats aux emplois de directeurs d’hôpitaux
et autres établissements de santé, tant il est vrai
que n’importe qui ne peut faire n’importe quoi. Mais
qui sélectionner ? Et comment sélectionner ? Faut-il
faire appel à des candidats issus de l’université,
de l’ENA, ou, au contraire, comme il est pratiqué au
Pays-Bas, faire appel exclusivement à des personnes qui se
trouvent déjà dans la profession à des niveaux
modestes et qui parviendront aux postes de direction par promotions
successives ? La plupart des pays, dont le nôtre, font appel
aux deux sources de recrutement. A la question qui sélectionner,
se rattache le sempiternel et irritant problème de savoir
si les directeurs des établissements de santé doivent
ou non être des médecins. Là encore les divergences
sont grandes et on peut penser que le fait que dans certains pays
les directeurs sont tantôt des administratifs tantôt
des médecins, tient pour une grande part à des raisons
purement empiriques et ne se rattache pas du tout à une prise
de position doctrinale.
En Russie et dans les pays de l’ex-URSS et dans certains pays
du Moyen-Orient, les directeurs d’établissements de
santé sont tous médecins.
Il n’y a aucune raison pour que les médecins ne deviennent
pas directeurs d’établissements de santé, à
la condition toutefois que leur diplôme soit considéré
comme l’un des diplômes ouvrant droit à l’admission
au stage de formation professionnelle et que, une fois admis et
ayant subi avec succès les épreuves terminales du
stage, le candidat médecin soit un directeur comme les autres
et non un médecin directeur. C’est dire par là
que le docteur en médecine dont la vocation tardive se révèle
d’essence administrative, doit abandonner la pratique de l’art
médical pour se consacrer à la technique administrative.
Rien n’est plus néfaste en effet que le médecin
directeur qui considère les tâches administratives
comme indignes de sa science et les délègue à
une sorte d’adjoint administratif qui effectue tout le travail
réel d’organisation et d’administration sans
responsabilité effective. Cette pratique est néfaste
car elle tend à déconsidérer l’administration.
Dans beaucoup de pays, le doctorat en médecine figure parmi
la liste des diplômes donnant droit de se présenter
au concours pour l’admission au stage de formation professionnelle,
alors que dans notre pays il suffit à certains médecins,
pour accéder au poste de directeur, sans aucune formation
ou stage préalable.
Le corollaire logique de cette position est le souci de tout mettre
en oeuvre pour que le directeur de formation administrative comprenne
les préoccupations et le langage des médecins. Si
le directeur doit s’initier à des techniques diverses,
il ne doit pas craindre non plus de se familiariser avec l’art
médical. Dans ce but, le programme de formation des cadres
gestionnaires doit comprendre un nombre considérable de leçons
à l’effet de leur permettre des «ouvertures sur
la médecine, ses problèmes et son langage» afin
d’en bien marquer les objectifs et les limites.
La direction de la formation du ministère de la Santé,
de la Population et de la Réforme hospitalière devrait
combler cette lacune, en ce sens que ni l’ENA ni l’ENSP
ne dispensent ces leçons.
La pratique des concours comme moyen exclusif de recrutement est
insuffisant. En effet, on ne saurait valablement recruter par le
moyen unique du concours des hommes ou des femmes qui, à
leurs connaissances intellectuelles, doivent ajouter de solides
qualités humaines: autorité, adaptabilité et
sens de l’équipe, sens des relations humaines. On peut
penser que le concours devrait être complété
de tests psychotechniques, de façon à déceler
dès l’origine le candidat qui fait erreur, qui, se
connaissant mal ou connaissant mal le métier auquel il se
destine, va vers des déboires certains.
Pour l’enseignement, une très grande disparité
existe entre les différents pays au sujet de l’organisme
qui doit dispenser ou dispense l’enseignement d’administration
hospitalière. En Belgique, un cours de licence d’administration
hospitalière est donné par les facultés de
médecine de l’université libre de Bruxelles
et par l’université catholique de Louvain. En Angleterre,
les cours sont donnés tantôt par l’université,
c’est le cas de Manchester, tantôt par des écoles
qui ont un caractère autonome. Pour ce qui concerne notre
pays, nous avons signalé la singularité de la formation:
l’Ecole Nationale d’Administration, au-delà d’un
tronc commun assuré aux élèves de toutes les
filières, consacre la dernière année à
la formation hospitalière pour ceux qui ont opté pour
la gestion hospitalière. Quant à l’Ecole Nationale
de la Santé Publique d’El-Marsa, sa mission principale
est d’assurer la formation continue ainsi que des cours «d’adaptabilité»
à tous les gestionnaires formés à l’ENA,
à l’université ou sur le tas. Chose curieuse:
les médecins directeurs ou directeurs venant d’autres
secteurs ne sont pas astreints à l’obligation de suivre
les cours dispensés à l’ENSP. La durée
de la formation varie selon les pays. Ainsi, les Anglais ont un
cours d’administration hospitalière d’une durée
de deux ans. De façon générale, pour les autres
pays, le cours de formation professionnelle est d’une année.
Pour ce qui concerne la nature de l’enseignement, tout le
monde s’accorde à dispenser un enseignement théorique
complété de stages pratiques. La proportion varie
d’un tiers à deux tiers (de l’un à l’autre).
A l’Ecole Nationale de la Santé Publique de Rennes
en France, les enseignements théoriques et les stages pratiques
tendent à se partager de façon presque égale,
avec cependant une particularité : à l’issue
de la première année de théorie, l’élève
est affecté comme assistant durant deux années dans
un établissement hospitalier avant d’être élevé
au grade de directeur. Les Anglais organisent un enseignement de
deux années qui consiste d’abord en un stage pratique
d’une année qui précède le cycle de formation
théorique. En Belgique, la durée de la formation pour
l’obtention de la licence en science hospitalière est
de deux années.
Le corps professoral : plus importante est la question de savoir
qui doit donner les cours. Doit-on constituer un corps de professeurs
à plein temps ou doit-on faire appel à des fonctionnaires
des administrations centrales et surtout à des directeurs
et des administrateurs des services exerçant diverses fonctions
dans les établissements de santé ? Le recours aux
professeurs à plein temps peut se concevoir pour des matières
qui ne sont pas spécifiquement hospitalières, comme
l’économie générale, l’économie
de santé, la comptabilité, la sociologie, la démographie...
etc. Par contre, pour ce qui est de la mécanique d’un
hôpital, du déroulement de sa vie quotidienne avec
son rythme si particulier, ses impératifs et ses urgences,
il semble bien que l’on soit d’accord pour penser que
cet enseignement ne peut être donné que par les personnes
qui sont chaque jour à la tâche. Outre la diversité
des techniques en oeuvre dans l’enceinte d’un hôpital
qui rendent impossible l’enseignement par un personnel restreint,
il serait dangereux que l’enseignement ne soit pas donné
par des personnes en pleine responsabilité de leur gestion,
y compris par des responsables étrangers dans le cadre d’un
partenariat. Cet enseignement spécifique et cet encadrement
d’expérience a fait et fait toujours défaut
à l’ENA. Et c’est pour cela que l’enseignement
de cette nature, par des personnes qui ne sont pas du «terrain»
manquera toujours de vie et d’authenticité.
Le diplôme : deux tendances se font jour. Certaines nations
délivrent un diplôme, pour d’autres la sanction
des études est l’affectation au poste. Malgré
les disparités d’organisation dans la formation de
gestionnaires hospitaliers d’un pays à un autre, des
conditions communes se dégagent :
- Le candidat aux fonctions de directeur d’établissement
de santé doit avoir un niveau de culture suffisant, doit
posséder des qualités humaines certaines et être
capable de se perfectionner dans la conduite de son métier.
- On ne saurait recruter des candidats valables qu’à
la condition de doter la carrière hospitalière de
rémunérations honorables et d’un prestige
certain.
Il faut noter enfin que notre pays possède une bien curieuse
caractéristique : le recrutement latéral. Les autres
pays ne font pas état de ce genre de recrutement. L’Algérie
semble être le seul pays qui, en dehors des voies normales,
ouvre l’accès de la carrière de la santé
à divers niveaux de responsabilité ou échelons
à des fonctionnaires issus d’autres secteurs d’activité,
voire à des personnes issues de structures privées
ou parapubliques n’ayant aucun lien avec la santé;
singulière contradiction à une époque où
l’on s’accorde, partout, à répéter
que l’administration hospitalière, liée au développement
des techniques médicales et à l’évolution
des conditions économiques et sociales, exige tout particulièrement
une formation spécialisée. Cette contradiction s’accentue
lorsqu’on sait (que le ministère de la Santé,
de la Population et de la Réforme hospitalière sait)
que ce recrutement latéral est souvent motivé par
une cooptation d’origine corporatiste, clanique ou partisane
et que les personnes recrutées dans ce cadre vont avoir l’accès
aux postes les plus importants de la hiérarchie de la santé,
sans stage préalable, de quelque durée que ce soit,
à l’ENSP d’El-Marsa ou à l’étranger.
S’il est utopique de penser que dans un avenir assez proche
l’importance de ce recrutement latéral puisse être
diminuée, est-il utopique de rester logique avec le principe
de l’adéquation de la formation aux postes de directeurs
généraux de CHU, d’EHS, de secteurs sanitaires
et maintenant d’EHU, qui devront être sélectionnés
d’abord et retenus pour effectuer un stage de formation professionnelle
d’une année au minimum, en Algérie ou à
l’étranger, en ayant recours, s’il le faut, au
partenariat, comme cela a été vivement recommandé
par Monsieur le Président de la République le 6 juin
2000, lors de la cérémonie de la pose de la première
pierre pour la construction du nouvel hôpital universitaire
d’Oran.
Peut-on espérer que la direction de la formation du ministère
de la Santé fasse de la formation des administrateurs de
santé sa préoccupation majeure comme elle a su le
faire pour la formation paramédicale, d’une manière
exclusive pendant quarante ans presque ? (Celle des médecins
relevant, elle, du ministère de l’Enseignement supérieur).
La réforme hospitalière, dont l’essentiel va
devoir être appliqué à compter de janvier 2005,
notamment en matière de financement, exige une autre approche
de la fonction du directeur de l’établissement public
de santé.
L’activité médicale de ces établissements
de santé (sa mesure, son évaluation qualitative, son
rapport avec l’allocation de ressources) est aujourd’hui
un enjeu majeur des débats concernant le secteur hospitalier.
Le fonctionnement d’un établissement de santé,
la qualité des prestations offertes aux malades et à
leurs familles requièrent des compétences spécialisées.
Les changements que va induire la réforme hospitalière
dans un futur très proche en matière financière
ajoutent au plaidoyer pour la bonne sélection et ensuite
la bonne formation des directeurs et administrateurs des établissements
publics de santé, la gestion de ces derniers devant devenir
plus complexe et plus contraignante. Depuis l’année
1974, à l’avènement de la médecine gratuite
pour tous, le directeur de l’établissement public de
santé a cessé de «compter» et ne faisait
que dépenser passivement; il devra connaître dorénavant
de nouveaux modes de gestion. Les modes d’organisation classiques
marqués par une centralisation accrue et par la prééminence
des rapports hiérarchiques et des décisions unilatérales,
vont devoir céder le pas aux procédés contractuels
prévus par la réforme hospitalière dans la
perspective d’une «gestion participative par objectifs»
et d’une responsabilisation plus importante des différents
intervenants, articulés autour de projets négociés
et évalués: le projet d’établissement,
le projet médical et le projet social, le projet de service,
le projet de soins infirmiers, les dispositifs de contractualisation
interne et externe, notamment, témoignent de la véritable
révolution que devra connaître d’ici peu la gestion
des établissements publics de santé. Cette gestion
par objectifs, contractuelle, la détermination des résultats,
le calcul des coûts des services rendus, les nouveaux centres
de responsabilité, la comptabilité analytique, obligeront
le directeur de l’établissement public de santé
d’avoir un rôle plus dynamique, dans lequel il s’affirmera
davantage, en parallèle à l’organisation d’une
véritable gestion hospitalière et à l’émergence
nécessaire des fonctions de management.
Ce nouveau profil et ces nouvelles capacités ne peuvent lui
être garantis par la formation hospitalière, au quart
assurée par l’ENA. Le tabou a été brisé
lors des débats sur la réforme hospitalière
durant lesquels l’on a vivement critiqué cette formation
hybride. La formation actuelle par l’ENA n’a pas produit
les résultats escomptés.
En conclusion, nous exprimerons notre humble avis: réhabiliter
l’Ecole Nationale de la Santé Publique qui avait si
bien démarré à sa création en 1989 (elle
a «produit», à Oran, deux promotions de directeurs
avec l’aide de l’Ecole Nationale de la Santé
Publique de Rennes - France - dans le cadre du partenariat) et faire
que tout candidat à la gestion d’un établissement
publique de santé, qu’il soit universitaire de quelque
filière que ce soit, issu de l’ENA, formé sur
le tas ou venant d’un autre secteur d’activité,
soit sélectionné, qu’il réussisse au
concours d’accès à l’ENSP pour y effectuer
un stage professionnel d’une année; avant d’accéder
au poste de directeur, il devra passer une période de deux
années en qualité d’assistant. Notre Ecole nationale
de la santé publique doit retrouver la justification de sa
création, à savoir être chargée de la
formation et du perfectionnement des personnels médicaux
et administratifs appelés à gérer les établissements
publics de santé ou qui contrôlent cette gestion: directeurs
des établissements publics de santé, médecins
et pharmaciens inspecteurs de santé publique, directeurs
de santé de wilaya ainsi que les cadres techniques appelés,
dans le cadre des réformes, à connaître de responsabilités
de gestion des services.
Le partenariat est recommandé, qui devra s’étendre
à la prise en charge de la refonte du mode d’organisation,
de fonctionnement et de la gestion de nos établissements
publics de santé. Ces derniers souffrent de dysfonctionnements
et les cadres gestionnaires n’en sont pas les responsables
directs car ils subissent les contraintes juridiques, organisationnelles
et budgétaires d’un système à revoir
dans ses objectifs, dont les missions de ses intervenants doivent
être précisées, son organisation régionalisée,
ses sources de financements redéfinies, sa gestion modernisée.
L’annexe jointe au rapport du conseil national de la réforme
hospitalière fait état de plus de 80 contraintes et
dysfonctionnements enregistrés dans le secteur public de
santé, dont 24 liés directement à la gestion
des hôpitaux. Des mesures urgentes pour le redressement de
la situation décrite ont été proposées
par le conseil et sont à la charge exclusive du ministère
de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.
Ceux qui ont pris connaissance du rapport national de la réforme
hospitalière ont su que les hôpitaux sont mal gérés;
à notre avis, ils sont devenus «ingérables»
du fait que les problèmes auxquels ils doivent faire face
sont essentiellement nouveaux, les services qu’ils sont appelés
à rendre incontestablement différents, l’organisation
sociale dans laquelle ils s’intègrent sans rapport
avec le passé. Quant aux fondements mêmes de l’édifice,
ceux sur lesquels repose toute la structure juridique, ils sont
ébranlés et dépassés. La réalité
a trop évolué pour que l’on puisse se permettre
aujourd’hui et demain gérer des établissements
hospitaliers avec des textes de 1899 et 1942.
L’hôpital doit assurer la couverture de ses dépenses
d’exploitation en percevant les frais d’hospitalisation
mis à la charge des malades ou de leurs ayants cause. Ce
qui devra faire l’originalité de l’établissement
public de santé ne tient pas tant à ces règles
substantielles: autonomie financière et personnalité
civile, caractéristiques de tout établissement public,
qu’au particularisme de son mode de gestion. Les établissements
hospitaliers doivent adopter - impérativement - une comptabilité
à forme commerciale de type privé et c’est par
cette réforme de la comptabilité que l’on garantira
pour une bonne part, la rénovation hospitalière promise.
En effet, pour répondre aux objectifs d’affectation
des résultats de l’exploitation des services hospitaliers,
dotation aux comptes d’amortissement, calcul des prix de revient
par service et par pathologie, cette nouvelle comptabilité
constituera un outil incomparable. Notre vieille comptabilité,
de septembre 1899, pour l’économe et son compte de
gestion matière qu’il ne rend plus depuis des lustres,
et de mars 1942, pour le directeur et son compte administratif totalement
inadapté et surtout incomplet, contient des lacunes et des
anomalies. Tout en demeurant soumis au principe de la comptabilité
publique, l’hôpital connaît des problèmes
qui se rapprochent de ceux d’une entreprise privée,
car il est bel et bien une entreprise prestataire de service qui
possède seulement cette originalité frappante de ne
pouvoir faire des bénéfices et à qui n’est
pas concédée la liberté de modifier à
son gré son activité. Comme toute entreprise, pour
réaliser le service qui lui incombe, il exige des bâtiments,
du matériel, des stocks, une trésorerie, et le directeur,
comme chef d’entreprise, gère et manœuvre sous
l’autorité du conseil d’administration, un établissement
sensible à l’extérieur dans une économie
complexe et en perpétuelle évolution.
Une meilleure formation des directeurs des établissements
publics de santé est nécessaire, mais elle ne suffira
pas si on laisse en l’état les anachronismes et les
insuffisances qui existent dans l’organisation et le fonctionnement
des établissements de santé. L’unanimité
s’est faite sur la nécessité de rénover
notre législation sur la santé mais, dès qu’il
s’agit d’en préciser les modalités, d’en
définir les moyens, les réformateurs paraissent partagés
entre deux tendances, «amender» ou «réformer».
Le conseil national de la réforme hospitalière a
présenté un travail qui serait le point de départ
d’améliorations certaines si la mise en oeuvre pouvait
être réalisée, ce qui semble être difficile
en raison de la place généralement accordée
aux problèmes hospitaliers dans l’échelle des
urgences nationales. Les réformes proposées sont en
fait une résultante de la stratégie alternative du
système de santé issue de la conférence nationale
de la santé de janvier 1994 et de la charte de la santé
née des assises nationales de la santé de 1998, résultante
à données corrigées ou actualisées.
Le point de départ de la réflexion sur la réforme
étant lui, plus ancien, il est du début de la décennie
1980. Plus d’une vingtaine d’années qu’on
attend un changement et une réforme profitable avant tout
aux malades.
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