|
En dépit de l'extraordinaire effort consacré par
notre pays à la santé publique, la situation épidémiologique nationale
a rarement été aussi inquiétante qu'elle l'est aujourd'hui, tant
pour les maladies transmissibles que non transmissibles. Comme en
témoigne l'évolution exponentielle des crédits alloués depuis l'indépendance
à ce secteur (tableaux 1 et 2), la santé des Algériens, même sans
les aléas de la dernière décennie, est loin de refléter les moyens
disponibles et les efforts consentis. Pourquoi ?
Tableau 1 : Dépenses de santé
au Maghreb (DTS=dépenses totales de santé)
Sources : Banque mondiale 1993 et Unicef
2000 |
| |
DTS 1990
millions de $ US |
DS /habitants |
% des
DS /PIB |
Taux de mortalité
moins de 5 ans |
Espérance de vie
1998 |
| Algérie |
4159 |
166% |
7 |
98 |
69 ans |
| Maroc |
661 |
26% |
3,9 |
112 |
67 ans |
| Tunisie |
674 |
76% |
5,3 |
62 |
70 ans |
Tableau 2 : Démographie médicale
en 1992
Source : Unicef 1994 |
| |
Hôpitaux |
Lits d'hospitalisation
|
Population / lit |
médecins |
Population/médecin |
| Algérie |
447 |
63 000 |
413 |
17 760 |
1 465 |
| Maroc |
186 |
26 066 |
1004 |
4 946 |
5 294 |
| Tunisie |
148 |
15 838 |
523 |
3 625 |
2 277 |
Selon le classement des pays en fonction de l'indicateur
de développement humain (IDH) de 1960 à 1992 comparé à celui fait
par rapport au PNB d'après les statistiques publiées par le PNUD
en 1994, notre pays a perdu 37 places et le Maroc seulement 10,
alors que la Tunisie en a gagné 4 (tableau 3). Pourquoi ?
Tableau 3 : Indicateur de
développement humain (IDH) Maghreb 1960-1992
Source : PNUD, 1994 |
| |
IDH 1960 |
IDH 1992 |
Gains 1960/1992 |
Rang IDH |
Rang PNB |
DIF. Rang PNB/IDH |
| Algérie |
0,264 |
0,553 |
+0,289 |
109 |
72 |
-37 |
| Maroc |
0,198 |
0,549 |
+0,351 |
111 |
101 |
-10 |
| Tunisie |
0,258 |
0,690 |
+0,432 |
81 |
85 |
+4 |
Comment ne pas avoir besoin d'un pontage en entendant
le directeur de la tutelle des hôpitaux tunisiens, lors d'une conférence
à Alger en 2002, nous apprendre fièrement : "Nous sommes débordés
par les malades algériens qui viennent se soigner en Tunisie, surtout
pour des pontages coronariens et des fécondations in vitro " ? N'avons-nous
pas formé beaucoup plus de chirurgiens en Algérie où, sur le plan
des effectifs, la chirurgie générale vient en tête de toutes les
spécialités ? La faculté de médecine d'Alger n'avait-elle pas formé
de nombreux confrères tunisiens, et n'était-elle pas, jadis, classé-immédiatement
après celle de Paris ?
1°- Une désorganisation prémeditée
Avril 1981 : Organisation incomplète et illogique
de l'administration centrale du ministère de la Santé publique (décrets
n°81-66 du 18 avril 1981 ; complémentaire n°83-557 du 8 octobre
1983 ; n°85-133 du 21 mai 1985). Trois décrets portant organisation
et fonctionnement de cette administration en quatre années ! Plusieurs
autres organigrammes se succéderont pour remettre à chaque fois
en question l'organisation existante. Or, il est prouvé que la multiplication
des textes est un indicateur d'instabilité des institutions. Pourquoi
?
Septembre 1981 : création des secteurs sanitaires
(SS) : structure la plus importante (hôpital) autour de laquelle
gravitent toutes les autres structures de santé situées dans une
aire géographique déterminée et ensemble de la population qui réside
dans cet espace (décret n°242 du 5 septembre 1981).
Sans donner le temps de recul nécessaire ni évaluer objectivement
cette organisation qui a fait ses preuves d'efficacité dans bon
nombre de pays, on créa en 1986 les CHU (décret n°86-25 du 11 février
1986). L'amélioration de la qualité des prestations (soins et formation
de pointe) était le principal argument des partisans de ces CHU.
On paye très cher, à ce jour, le " prestige " de cette dénomination
de "CHU", dont le seul mérite est la surconsommation budgétaire.
Il y eut des années où les crédits alloués aux 13 CHU implantés
dans seulement dix wilayas (4 à Alger et un à Oran, Tlemcen, Sidi
Bel Abbès, Blida, Tizi Ouzou, Sétif, Constantine, Annaba et Batna)
dépasseront les 29 % du budget global de la santé ; alors que les
216 structures restantes (185 SS + 31 EHS), implantées dans toutes
les wilayas du pays, se partageront le reste (tableau 4).
Tableau 4 : Evolution des
budgets de la santé de 1993 à 1998
Source : MSPRH |
| |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
| Budget santé (milliards de centimes - DA) |
26 361 |
30 763 |
36 729 |
43 616 |
43 764 |
| Part des 185 secteurs sanitaires |
7 123 |
7 081 |
7 184 |
7 110 |
7 015 |
| Part des 13 CHU |
2 877 |
2 919 |
2 816 |
2 890 |
2 985 |
On balaya d'un coup de plume les énormes avantages
que procuraient les secteurs sanitaires universitaires (SSU) qui
répondaient harmonieusement à tous nos besoins, aussi bien de soins
: qualité, hiérarchie et accessibilité (un secteur sanitaire par
daïra assurait le respect du découpage administratif national, permettait
la couverture sanitaire de tout le pays, encourageait la participation
des collectivités locales au financement des dépenses de santé et
facilitait le transfert des malades) ; que de formation, vu qu'il
était systématiquement érigé en SSU, dès que les capacités de formation
médicale étaient réunies, élargissant les terrains de stages et
augmentant considérablement nos capacités pédagogiques. Aujourd'hui,
des daïras aussi peuplées que Dar El Beïda ne disposent même pas
d'un SS, des unités de base implantées dans une daïra sont gérées
par le SS d'une autre, au sein de certains SS et EHS (établissements
hospitaliers spécialisés) statutairement non universitaires des
services, et même seulement des individus, sont universitaires et
d'autres non ; dans des CHU, des spécialistes de santé publique
participent à la formation médicale sans être rémunérés pour cette
tâche, et plus de 1800 maîtres assistants n'ont pas pu faire leur
thèse et menacent de faire grève, parce qu'ils n'ont pas pu progresser
dans leur carrière sans ce pré requis et refusent de prendre leur
retraite avec ce grade. Et alors que plus de 90 % de leur temps
sont consacrés aux malades. Le CHU, qui n'a même pas été en mesure
de fixer leur tutelle administrative (MERS jusqu'à 1987, puis MSP
de 1987 à 1993, puis MERS depuis 1993 à ce jour, et demain ?), ne
semble pas disposé à en faire des professeurs. Sont-ce les prestations
de qualité ?
Février 1985 : la loi n°85-05 du 16 février 1985
relative à la protection et à la promotion de la santé a abrogé
le code de la santé publique (ordonnance n°76-79 du 23 octobre 1976).
Alors que les effectifs médicaux s'étaient multipliés entre temps,
l'ordre des médecins (déontologie médicale) outil indispensable
pour une pratique médicale saine et conforme aux données actuelles
de la science ignoré depuis 1962, puis consacré par un titre dans
le code de la santé de 1976, n'existait plus dans cette loi. Simple
oubli ou option pour le désordre ? Le temps écartera l'oubli. Le
code de déontologie médicale, créé par décret exécutif depuis douze
années (décret n°92-276 du 6 juillet 1992, suivi immédiatement,
le 13 octobre 1992, de son arrêté d'application), a été pratiquement
inexistant sur le terrain durant cette longue période de douze années.
Son conseil national est actuellement gelé par le Conseil d'Etat.
Pourquoi ?
Novembre 1990 : le système national de surveillance
épidémiologique est actualisé pour la dernière fois. Alors qu'au
cours des vingt dernières années, pas moins d'une trentaine de maladies
infectieuses, pour la plupart desquelles il n'y a ni traitement,
ni vaccin, ni sérum, ont été nouvellement identifiées, et que d'autres,
qu'on croyait disparues, font une réapparition mortelle ; nos médecins
travaillent sur une liste des maladies à déclaration obligatoire
ancienne de plus de treize années (arrêté n°179/MS/CAB et circulaire
n°1126 du 17 novembre 1990). Pourquoi ? Avril 1991 : le plan de
carrière des spécialistes de santé publique et leur progression
en spécialistes de 1er, 2e et 3e degrés sont clairement définis
(décret exécutif n°91-106 du 27 avril 1991, portant statut particulier
des praticiens médicaux généralistes et spécialistes de santé publique).
Malgré plus de dix années de revendications par leurs syndicats,
il sera totalement ignoré par l'administration centrale du MSPRH,
puis modifié et complété en 2002 par un second texte (décret présidentiel
n°02-338 du 16 octobre 2002), dont la non-application également
justifiera les fameuses grèves des spécialistes de santé publique.
Malgré la sagesse qui caractérisa ces mouvements légitimes discontinus
(17 au 24 février 2002 et 22 avril au 14 mai 2002) puis continus
(28 septembre au 13 novembre 2002 et du 6 janvier au 5 mars 2004)
l'administration centrale n'aura pour arguments que le reniement
de ses propres engagements (PV des réunions des 14 mai 2002, 13
novembre 2002, 27 novembre 2002, 22 avril 2003, …), la désinformation
et la discorde au sein du corps médical (communiqués de presse successifs
des professeurs et docents en sciences médicales, du SNPSSP et du
MSPRH ; respectivement en date des 18, 22 et 26 janvier 2004). Un
total de 121 jours (quatre mois !) d'arrêt de travail (dont deux
mois au cours du 1er trimestre 2004) pour des milliers de médecins
spécialistes au niveau national, dans une totale indifférence des
" responsables de la santé publique ". Outre la souffrance humaine,
il est certain que de nombreux citoyens, surtout en Algérie profonde,
ont perdu leur vie suite à cette absence concomitante de médecins
et de médicaments.
Pas un seul responsable de cette tragédie n'a été inquiété. Au 6
juin 2004, plus de 9000 praticiens de santé publique ont entamé
une grève nationale et illimitée à la recherche de leurs droits
usurpés, leur statut particulier qui existe depuis 1991. Jusqu'à
quand ? Pourquoi ?
Une désorganisation préméditée
:
Août 1998 : la sous-direction de la prévention
générale (la plus importante s/d du MSP, puisque chargée de la gestion
des programmes nationaux de santé) est restée sans responsable pendant
plus d'une année ! Pourquoi ?
Septembre 2001 : Alors que les maladies infectieuses
émergentes et ré émergentes font la une de l'actualité mondiale
et que nul n'ignore aujourd'hui les conséquences désastreuses de
l'infection, aussi bien sanitaires que socioéconomiques et politiques,
et le lourd tribut de mortalité, de morbidité et de souffrance humaine,
payé aux infections, nos deux ministres de la Santé, le précédent
et l'actuel, des professeurs en médecine de surcroît, n'ont pas
trouvé mieux que de cautionner la destruction du programme national
de prévention des infections liées à la pratique médicale (ILPM).
Pourquoi ? Pour qui ?
Octobre 2001 : ni l'augmentation du risque chimique
et biologique lié à la dégradation de la situation sécuritaire internationale
ni l'ampleur des maladies infectieuses émergentes et ré émergentes
ne feront changer l'attitude négative de l'administration centrale
quant à l'actualisation de la liste des maladies à déclaration obligatoire,
la mise en place d'un nouveau système de surveillance épidémiologique
et l'installation, au niveau national, des sites de veille contre
les risques chimiques et biologiques. Pourquoi ? Pour qui ?
Décembre 2002 : le projet de loi sur la santé est
"étudié" avec une légèreté déconcertante qui fit couler beaucoup
d'encre. Alors que la prévention est un droit constitutionnel ("Tous
les citoyens ont droit à la protection de leur santé. L'Etat assure
la prévention et la lutte contre les maladies épidémiques et endémiques"/article
54), des suggestions fondamentales pour la santé publique, telles
l'instauration en Algérie du bilan de santé systématique (qui existe
en France depuis 1947) ou la création d'un institut national de
veille sanitaire, sont rejetées. Pourquoi ?
Octobre 2003 : le ministre de la Santé, à l'instar
de son prédécesseur, ne prend aucune mesure en recevant, en main
propre, le 19 octobre 2003, des documents confidentiels relatifs
à des abus de confiance (article 379 du CPA, 5 à 10 ans de réclusion),
à des atteintes répétées aux intérêts majeurs de la santé publique
et à de véritables outrages à l'autorité de l'Etat par ses proches
collaborateurs. Pis encore, malgré la désignation nominative de
ces consciences mortes (El Fedjr du 2 décembre 2003 ; La Nouvelle
République des 28 décembre 2003, 26 et 27 janvier 2004), il les
maintient en fonction à ce jour, à ses côtés, et dans une totale
quiétude. Pourquoi ? Pour qui ?
2°- Des réformes chimériques
Ne pouvant concrétiser sur le terrain la réalisation
effective des réformes à même d'améliorer la prise en charge des
malades, le MSP change de dénomination en 2002 et devient le ministère
de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière (MSPRH),
concrétisant ainsi les fameuses réformes, tant décriées, à travers
les en-têtes coûteux des différentes papeteries et panneaux de signalisation.
En somme, pour le malade, rien n'a changé. Réformes réelles ou simple
contractualisation, peu importe, le citoyen attend toujours ces
réformes et souhaite, plus que jamais, les véritables réformes :
le choix judicieux des hommes.
3°- Une assurance maladie illusoire
Malgré l'inflation galopante de ces dernières années,
notre assurance maladie fonctionne toujours sur la base d'un texte
ancien de plus de 17 années (nomenclature de janvier 1987 en application
des articles 1 et 2 du décret n°85-283 du 12 novembre 1985). Tarification
irréaliste et remboursements illusoires sont à l'origine d'une médecine
à deux vitesses, médecine des riches et médecine des pauvres, lourdement
préjudiciable aussi bien aux uns qu'aux autres. Notre rêve de deux
secteurs, public et privé, complémentaires et compétitifs dans l'intérêt
du malade et de la médecine algérienne, s'éloigne chaque jour davantage,
par le développement rapide d'un secteur privé incontrôlé, au détriment
d'une dégradation progressive du secteur public.
Ainsi, quel que soit le montant payé par le citoyen, il est "remboursé"
à raison de 40 DA s'il consulte chez un médecin généraliste ou 80
DA quand il s'agit d'un spécialiste. De même, la paupérisation du
secteur public et la baisse de la qualité de son accueil et de ses
prestations font, chaque jour davantage, qu'un acte médico chirurgical,
aussi important et aussi fréquent que l'accouchement normal, se
fait de plus en plus dans des cliniques privées, même pour les démunis,
transformant pour ces derniers cet heureux événement en véritable
fardeau. Alors qu'il n'y a pas aujourd'hui une naissance à moins
de 15 000 DA, notre Casoral assure un remboursement forfaitaire
pour ses assurés à raison d'un forfait 1 quand l'accouchement est
fait par un gynécologue (215 DA/J) ou forfait 3 (175 DA/J) quand
c'est une sage-femme qui le pratique (40 DA, pas plus, pour distinguer
un gynécologue d'une sage-femme !). Les résultats extrapolables
d'une enquête, que j'ai pu réaliser en 2000 et communiquer à maintes
reprises, ne changeront rien à cette situation amorale préméditée.
Les deux exemples suivants, concernant deux assurés sociaux, sont
tirés de cette enquête. Mme G. O. a payé 4800 DA pour un examen
TDM (scanner abdominal) ; la sécurité sociale lui a remboursé 900
DA (montant déclaré sur sa feuille de maladie, donc imposable :
R90, soit 1125 DA, puisque la valeur unitaire du R est de 12,50
DA). M. S. M. a payé 60 000 DA pour se faire opérer pour sa lithiase
vésiculaire, on ne lui a remboursé que 880 DA, soit 1,46% de ce
qu'il a réellement déboursé (montant imposable déclaré sur sa feuille
de maladie : K100, soit 1100 DA, puisque K = 11 DA). Où sont les
droits des malades ? Alors que des confrères de différents grades,
même d'éminents professeurs chefs de service, aussi bien du secteur
public que privé, consacrent tout leur temps aux malades, travaillent
avec abnégation à des heures tardives de nuit comme de jour et se
contentent de leur "semblant de salaire" qui ne couvre même pas
le préjudice de la compassion pour chaque patient, en dehors de
l'effort fourni, du coût de la vie et de l'échelle des valeurs dans
notre société, les architectes de cette gestion chaotique de l'administration
centrale tentent, par des textes irrationnels, aggravés par le flou
volontaire et l'anarchie qui entourent leur application, tel celui
relatif au temps complémentaire, de ternir aux yeux du citoyen l'image
de marque des experts du noble art, en faisant de la cupidité l'unique
souci du médecin algérien, en mettant tout le monde dans le même
sac. Pourquoi ?
4°- L'impunité est amorale et dangereuse
Il y a à peine trois mois, en Grande-Bretagne,
un éminent professeur en neurochirurgie (Terence Hope) a été renvoyé
de l'hôpital où il exerçait, pour la simple et unique raison qu'après
avoir payé son repas, il prit en plus quelques croûtons de pain
qu'il n'avait pas payés. Concomitamment à Alger, et alors que, selon
les publications annuelles du MSPRH, les crédits alloués aux structures
de santé ne sont jamais totalement consommés, notre ministre de
la Santé débloquait une enveloppe de cent milliards de dinars pour
éponger principalement la dette des treize CHU (Liberté du 23 mars
2004) ; sans qu' aucun de nos journalistes n'eut la curiosité professionnelle
de s'interroger sur l'origine de cette énorme dette ou si celle-ci
sera remise entre les mains des mêmes gestionnaires de ces établissements
publics et concepteurs de cette dette ? Les récents scandales dans
les structures de santé (CHU de Blida, EHS de Douéra, hôpital de
Djelfa,…), pour ne citer que ceux-là, n'étonnent plus personne et
font craindre sérieusement qu'ils ne soient que l'arbre qui cache
la forêt. Ce sont là les conséquences de l'impunité. A chaque pays
sa culture, ses coutumes et sa philosophie de la responsabilité
! Recommandations : il semble aujourd'hui nécessaire de définir
clairement notre politique de santé en optant pour la prévention
primaire en élargissant davantage la participation active de toute
la société civile (collectivités locales, formations politiques,
mouvement associatif, mass media) à l'effort de santé. Quant aux
réformes, elles gagneraient à être axées sur l'organisation en SSU
et surtout le choix judicieux des hommes, sur la base de critères
de moralité, de compétence et de conviction pour la santé publique.
Conclusion
On peut faire une erreur, mais on ne fait pas toujours
que des erreurs ! La faillite actuelle de notre système de santé
n'est ni le fait du hasard ni le fruit de l'incompétence : elle
a été soigneusement préparée. Alors que les meilleurs fils de l'Algérie
indépendante sont marginalisés, exclus ou contraints à l'exil (plus
de 15 000 médecins exercent en France !), des individus, sans morale,
ni qualifications, ni convictions pour la santé publique, gèrent
les vies humaines et dilapident, au vu et au su de tous, dans une
totale impunité, les énormes moyens de ce vaste secteur sensible.
Pourquoi ? Où sont les pouvoirs publics ? Où est l'Etat ?
Comment peut-on rester insensible à la détresse de ces retraités
au crépuscule de leur existence, à ces malades chroniques et ces
handicapés et parents de handicapés, et à tous ces Algériens contraints
à gérer leur modeste budget au centime près et qui n'arrivent même
plus à fractionner leurs ordonnances ? Aucune considération économique,
ni explication technique, ni contrainte financière ne pourraient
justifier un tel drame social, même pas la crainte de la faillite
de notre "assurance maladie", puisque c'est déjà chose faite ! Certes,
on ne peut pas remonter le temps, même si on dispose d'un arrêt
de la Cour suprême avec effet rétroactif ; mais j'espère seulement
que cette modeste analyse pourra contribuer à l'amélioration de
la prise en charge du citoyen malade, en particulier, et de la promotion
de la santé publique en général, en vue de l'édification d'un Etat
de droit où il sera agréable de vivre, un Etat où tout un chacun
puisse s'identifier et s'épanouir en accord avec lui-même et avec
ses concitoyens. C'est surtout ça la véritable réconciliation nationale.
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