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Tatouages et détatouages
Professeur S. JOUCDAR
Service de Chirurgie Plastique et des Brûlés - E.H.S de Douéra - ALGERIE

Introduction

L'origine du mot tatouage serait l'océanie. C'est en effet le capitaine COOK, à la fin du XVIII ème siècle, qui rapporte, lors de ses voyages en Polynésie, le terme de tatouage (TATTOO) = dérivé de la racine "ta" qui signifie "dessin inscrit dans la peau" et "Atoua", qui signifie "esprit". Dès l'origine, la peau et l'âme sont liés.

Les différents dictionnaires définissent le tatouage comme l'ensemble des moyens par lesquels des matières colorantes minérales ou végétales sont introduites sous l'épiderme et à des profondeurs variables à l'effet de produire une coloration ou des dessins apparents de longue durée quoique non absolument indélébiles. Ces précisions éliminent la scarification, qui, pourtant relève d'une même démarche. La différence entre les deux procédés réside dans la couleur de la peau. La scarification (TACHRIT) utilisée couramment en médecine traditionnelle est une ou plusieurs incisions aboutissant à une cicatrice en creux ou en relief qui sculpte la peau foncée. Le tatouage joue les contrastes sur la peau claire. Apparenté à une expression graphique, originale de par son support particulier, le tatouage est gravé sur et dans la peau. Ce second caractère, l'indélébilité, est donc le prix ou la charge. De nos jours la tatouage est considéré comme une technique d'ornementation corporelle pouvant revêtir des significations multiples.

Historique

Bien qu'il soit difficile de déterminer avec précision les premiers tatouages. Certaines fresques retrouvées dans les grottes habitées du néolithique représentaient des humains surchargés de striures, mais s'agissait-il de peintures corporelles ou de tatouages. Les tatouages les plus anciens sont probablement ceux retrouvés sur les peintures rupestres du TASSILI (sud Algérien) reproduisant des femmes tatouées sur le thorax par des lignes pointillées convergeant vers les aréoles mammaires. Les momies égyptiennes datées de la XI ème dynastie (2065- 1785 avant J.C) lors de leurs mise à jour révélèrent de nombreux tatouages essentiellement chez les danseuses, les prêtresses et les musiciennes. Les Scythes, les Romains, comme les Grec furent de grands utilisateurs du tatouage, le marquage des prisonniers et des esclaves en étant la principale motivation.

Les autres civilisations, comme celle des MASAS pré-colombiens le tatouage du haut du corps se pratiqua couramment comme en témoignent les statuettes précolombiennes où figurent des tatouages linéaires situées sur la face postérieure des jambes, le cou et les deux bras. En Chine et au Japon le tatouage devint un art et devint florissant entre le VII et le XIX siècle. Avec les expéditions de MAGELLAN et des voyages du capitaine COOK, le tatouage pénétra en Europe et devint universellement connu. Parmi les tatoués célèbres on signale Pierre le grand de Russie (1672- 1725) avec une hachette sur la poitrine. Staline (1879- 1953) portait une tête de mort sur la poitrine. En Allemagne le Kaiser Frédéric III ( 1831-1888) était tatoué. WINSTON-Churchill (1874- 1965) portait une ancre de marine tatouée sur le bras gauche. Aux Etats-Unis plusieurs présidents portaient des tatouages. Théodore Roosevelt (1858- 1919) Franklin Delano Roosevelt (1882- 1945) portait un écusson familial, ainsi que Truman (1884-1972) et de J.F Kennedy (1917- 1963). La conférence de YALTA en novembre 1945 était donc une affaire de tatoués (Staline- Roosevelt- Churchill).

En Algérie "La fleur de lys" est le tatouage le plus répandu et le plus généralement adopté par les Nord-africains des deux sexes, ornemental et faisant partie de la médecine traditionnelle, le tatouage était très répandu surtout dans le sud. La fleur de lys, la mouche, la croix, et le point sont les modèles les plus répandus. Les Beni-Douala qui passaient à l'époque pour avoir les plus beaux tatouages se reconnaissaient aux deux points qu'ils se faisaient piquer sur les mollets. En général les individus d'une même tribu en contact perpétuel et ayant les mêmes habitudes et les mêmes goût se tatouaient de la même façon et à l'usage le tatouage distinguait une tribu d'une autre.

Les différents types de tatouages

En Radiothérapie : La radiothérapie nécessite plusieurs séances espacées de plusieurs mois. La zone irradiée doit être limitée de manière très précise, et les marquages habituels (crayon démographique) n'apportent pas une précision suffisante et l'effacement à terme de ces marques lui font préférer le tatouage. La zone exposée (champ d'irradiation) est en effet délimitée par des points tatoués de couleur bleue de petite taille mais facilement repérables d'une séance à l'autre par la radiothérapie. Ceci permet une irradiation utile précise et efficace. Un fois le traitement complètement terminé, le patient considéré comme guéri, ces tatouages peuvent êtres ôtés.

En Chirurgie Plastique : Le tatouage est un adjuvant dans les différentes thérapeutiques en chirurgie plastique. Dans la reconstruction des cils et des sourcils par les tatouages dans les zones déficitaires des cils et des sourcils. Dans les meurs malignes) le tatouage est proposé dans le cadre d'un "eye-liner" permanent. Dans la reconstruction du sein par lambeau avec ou sans prothèse après amputation pour cancer, le tatouage est un élément déterminant dans la reconstruction de la plaque aréolo-mamelonnaire. Grâce à une palette de couleurs adaptées, le tatoueur recrée de toute pièce une aréole controlatérale parfaitement symétrique. Cette technique est aussi utilisée dans le traitement des séquelles dyschromiques de brûlures. Les lésions achromiques qui se présentent comme des plaques de pseudo-vitiligo, surtout au niveau des doigts, mains et face bénéficient d'un tatouage de couleur identique aux téguments adjacents qui permets de masquer définitivement la région dyschromique.

Les tatouages accidentels : Ils ne sont pas exceptionnels et surviennent dans des circonstances variées. Le plus fréquent est celui de la voie publique accident des deux roues, projection à travers un pare-brise et frottement sur la chaussée avec inclusions de particules de bitume. Celles-ci doivent être impérativement enlevées lors du parage de la plaie, sinon après la cicatrisation leur ablation devient plus difficile. Une autre cause est celle liée aux explosifs, inclusion de poudre noire ou de particules diverses (éclats, graviers, goudron...). Parmi les tatouages accidentels plus rares, au niveau des points d'acupuncture par dépôt d'argent lors de l'implantation d'aiguille, au niveau des mains par des fausses manœuvres telles que le raffûtage sur meule de pierre, ou l'injection sous cutanée de peinture par un pistolet utilisé maladroitement.

Les tatouages actuels

De nos jours l'art du tatouage fait partie intégrante du paysage culturel de nombreuses civilisations passant d'un continent à l'autre des siècles passés à nos jours. On cite environ 5 à 10% de fréquence, cependant ce chiffre varie selon le milieu ou l'institution considérée, concernant surtout les sujets mâles. Plus rare chez les femmes il ne peut être observé systématiquement, et se trouve réduit à quelques graffiti, des scarifications ou des brûlures.

L'âge du premier tatouage est toujours celui de l'adolescence (entre 15 et 20 ans), y compris chez les peuples primitifs où il s'intègre aux rites initiatiques. Le sujet gardera une empreinte de ses incertitudes adolescentes qu'il pourra ensuite compléter avec un tatoueur professionnel.
"Bêtise de jeunesse" mais aussi marque d'un passage, placé sous le signe de la rencontre et du transit. En effet même solitaire, le tatouage sera souvent le fruit d'une rencontre avec un groupe ou un milieu au sein duquel se tatouer prendra valeur d'affirmation de soi, d'adhésion, d'intégration. Parmi ces milieux clos et mono sexués, où l'identité se dilue dans l'uniformité du groupe, citons la prison, l'armée, le navire, mais aussi la bande, le foyer ré éducatif, ou tel ou tel centre. L'oisiveté, l'ennui, l'ambiance délictogène, mais aussi l'alcool et la drogue seront autant de facteurs incitatifs, de même que l'imitation propre aux adolescent. Passage enfin, où la marque officialise le passage pubertaire où sa ritualisation sociale, entrée dans l'armée, en prison, dans la bande... Immatriculation signe d'appartenance ou de reconnaissance, le tatouage affirme une nouvelle identité. Une fois sur deux le sujet se tatouera lui même, sur le membre supérieur gauche pour le droitier, l'usage du miroir où se reflète son double, se traduira par des dessins inversés. L'autre sera souvent le copain parfois plus âgé le tatoueur lui même tatoué sera l'initiateur prosélyte occasionnel ou habituel. Le recours à un tatoueur professionnel est rare chez l'adolescent. Le principe du tatouage est simple : il consiste à introduire, dans le derme, une matière colorée qui s'y fixera de façon quasi-indélébile.

L'outil habituel est l'aiguille ou le faisceau d'aiguilles, mais ce peut être aussi une lame de rasoir, une épingle, un couteau. Les professionnels ont recours à un appareil électrique dont le stylet grave et injecte à la fois. L'encre sera le colorant de base, mais tout produit coloré non soluble fera l'affaire : suie, noir de fumée, poudre, bleu de blanchisseur. Le colorant déposé au lieu de l'incision est fixé par la cicatrisation, le dessin apparaissant quand régresse l'inflammation. Si l'acte reste peu douloureux, il n'en est pas moins un brevet de courage et de virilité au sein du groupe, ce qui connote sa valeur d'initiation.

Signification des tatouages

Le tatouage n'est pas toujours là pour être vu: certains sont exhibés, d'autres n'apparaissent qu'au regard initié (point ou oeil de biche). D'autres lieux restent vierges : le visage souvent, le sexe, la région anale parfois sur des régions peu communes : les gencives. Le nombre de tatouages dont peut se revêtir un sujet est fort variable allant de quelques graffitis sur le membre supérieur (cas le plus fréquent chez les adolescents) au recouvrement quasi total de l'espace cutané par des dessins plus élaborés. L'iconographie a peu d'importance car ce n'est pas tant le tatouage que le fait d'être tatoué qui est significatif. Les termes choisis, réduits, se répètent de l'un à l'autre. Stéréotypes vidés de leur sens. Une simple lecture de ce catalogue de signes n'appelle que des réponses conventionnelles. Des "rien à dire", le sens est ailleurs, au delà de ce code et à ce titre Je tatouage détournant le regard représente un leurre pour soi et autrui.

  • Points et traits : Ils s'organisent selon un code pouvant servir de support à un système de communication, qui pauvre et incomplet, ne pourra prétendre à un statut linguistique. Plus que signaler une identité, ils confèrent aux yeux de 1' autre une pseudo identité rassurante. Leur dénotation est surtout antisociale.
  • Les dessins : Ils sont innombrables mais se regroupent en grand thèmes :
    • cœurs et initiales immortalisent un souvenir, jouent un rôle contradepréssif;
    • la pensée, très fréquente, sera toujours dédiée à une femme, la mère surtout.
    • D'autres : croix, animaux, poignards affirmeront la haine, la violence, la vengeance ou le malheur.
    • D'autres : dés, fer à cheval, trèfle serviront de porte bonheur.
    • Les thèmes érotiques propres à l'adulte représentent une femme réduite à un objet partiel (cuisses écartées, vulve, seins). Ils dénotent l'ambivalence des tatoués pour qui la femme sera soit femelle et trou, soit bonne mère idéalisée et imaginaire. Les phallus par contre y seront glorifiés.
  • Les inscriptions : Elles sont proclamatrices, épitaphes tatouées dans une forme lapidaire. Initiales et prénoms marquent la propriété et "réapproprient" dans la peau l'objet perdu. Les maximes anti-sociales "marche ou crève", "ni Dieu, ni Maître" affirment sur ce mode duel les sentiments de haine et d'abandon.

Le tatouage fait sans doute partie de l'histoire de l'humanité. A l'origine l'homme préhistorique se peignait le corps dans le but d'obtenir un camouflage lui permettant des ruses de guerre ou de chasse. Puis il se tatoue pour s'affirmer en tant qu'homme, différent des animaux qu'il arrivait à dominer, et en tant qu'adulte viril et courageux.

Le tatouage devint dans de nombreux pays un rite initiatique de passage de l'enfance à l'âge adulte, une sorte de mise à l'épreuve. Il devint, également un signe sacré, magique chargé de protéger ou de guérir. Signe de reconnaissance dans les tribus nomades, le tatouage est aussi un élément décoratif. Véritable habit du primitif, il précise les rôles sociaux du garçon et de la fille. Signe de virilité, de force et de courage chez le garçon, il est considéré comme un ornement, valorisant la beauté et la féminité chez la fille. Ce mode d'expression se retrouve sous toutes les latitudes, de Polynésie au Japon, d'Afrique en Europe. Mais la marque corporelle de tout temps a un caractère plus ou moins ambivalent, caractère encore plus évident à notre époque "civilisée". Toute l'histoire confirme cette ambivalence. Marque sociale rejetée car infamante, le tatouage est vécu comme une blessure humiliante : la peau est griffée, balafrée, estampillée. Elle peut être aussi ressentie comme valorisante, le tatouage est alors une décoration de prestige : la peau est blasonnée, calligraphiée, investie de pouvoir.

Le tatouage correspond à la transgression d'un interdit religieux, culturel et social. Interdit religieux dans les trois religions monothéistes, interdit culturel et social, car si dans certaines sociétés tribales le tatouage est rituel, institutionnel et nécessaire, dans les sociétés modernes le tatouage reste pour beaucoup le fait de marginaux qui affichent leur refus du système. D est le signe d'une appartenance à une personne où à un groupe social, le fait d'adolescents rebelles voulant jouer les durs et qui passent pour des sauvages.

Le tatouage n'est donc pas un simple dessin mais un langage codé d'une grande valeur symbolique pour son détenteur. Il s'instaure le plus souvent à l'adolescence et correspond à des concepts essentiels comme la liberté et la sexualité, très prégnants à cette période clé de l'individu. C'est aussi une forme de pré écriture et une forme d'art.

Tatouages et religions

Bon nombre de religions interdisent ou déconseillent le tatouage ou la scarification; il est cependant courant de constater la fréquence des transgressions de cet interdit et parfois il existe des tatouages à motif, purement et simplement religieux.

  • La religion Chrétienne : Le christianisme n'a jamais eu de position très nette vis à vis du tatouage, un premier concile en 787 sous le pape ADRIEN 1er interdit les tatouages d'inspiration païenne. Ce concile a été par la suite annulé par celui de NICEE. Cette prise de position peu nette est explicable par l'existence irréfutable de tatouages religieux chez les premiers Chrétiens: signe du poisson, agneau ou ancre sur le bras. Les croisades furent une période faste pour les tatouages religieux. Il était en effet chose habituelle de partir avec une croix tatouée afin d'être en cas de malheur être enseveli en bon Chrétien sur le territoire Musulman. Au moyen âge, les pèlerinages à Jérusalem étaient l'occasion de tatouages religieux et ceci malgré l'avis défavorable de l'Eglise Catholique. Les Chrétiens orthodoxes. Arméniens, les Chrétiens Coptes Egyptiens ont volontiers une croix tatouée à la face interne du poignet droit. Chez les Chrétiens de la Bosnie-Herzégovine les jeunes filles furent tatouées à la puberté sur le thorax et les mains pour éviter leur conception ultérieure à l'Islam et ce jusqu'à la fin du XIX ème siècle.
  • Le Judaïsme : La religion hébraïque a une position plus ferme vis à vis du tatouage. Le LEVITIQUE (Deutéronome 14.1 ; Lévitique chap.19 verset 28; 21; 5) précise : "Et pleurant sur un mort, vous ne ferrez pas d'incision sur votre chair et vous n'écrirez pas de signes sur vous". II n'y a donc aucune ambiguïté. Cette règle est d'autant mieux respectée que la loi Judaïque n'autorise pas l'ensevelissement dans un cimetière Juif d'un coreligionnaire tatoué. Cette règle antitatouage n'a pas été toujours suivie scrupuleusement car à la période de la fuite en Egypte nombre de Juifs se tatouèrent le front et ce malgré la puissance des interdits.
  • L'Islam : L'islam proscrit le tatouage. "Le tatouage est une marque satanique, cause de malédictions, les ablutions rituelles n'ont aucun effet sur la peau tatouée".

    Selon Le Coran : "Je les éloignerai du droit chemin, je les pousserai à aimer la vie et ses séductions, je leurs ordonnerai de perforer les oreilles des animaux et je leurs ordonnerai de changer la création de Dieu. Celui qui suivra ces conseils de Satan et laissera ceux du bon Dieu sera passible d'une grande perte". Sourat El Nissa verset 119.

    L'explication du terme "changer la création du Dieu" signifie le tatouage d'après El Hassane Ben Abi El Hassen El Basri est cela dans le Tafsir d'Ibnou Katir (Tome2 page 247). Le mot tatouage ne se retrouve clairement énoncer que dans les Hadiths du prophète qu'on doit suivre à la lettre d'après Saurât El Hachr versé 7 "Ce que vous rapporte le prophète prenez le et prenez garde aussi à ses interdits".

    Selon Sahih El Boukhari :

    • D'après Mohamed Ben Youcef, d'après SOFIANE, d'après MENSOUR, d'après Ibrahim, d'après Aïkama, Abdou Allah à dit : "Dieu a maudit celles qui se tatouent, celles qui tatouent, celles qui s 'épilent le visage, celles qui liment leurs dents pour les séparer afin de paraître belle, celles qui procèdent dans le but de changer la création de Dieu". Tome 4 référence 4604-4605
    • Ibnou Abi Chaiba à dit, d'après Younes Ben Mohamed, d'après Folaih, d'après Zaid Ben Asiem, d'après Ataou Ben Yasser, d'après Ibn Horaira que DIEU le bénisse, le prophète à dit : "Allah a maudit celles qui relient leurs cheveux à d'autre, celles qui demandent à ce que l'on leurs fassent, celles qui se tatouent et celles qui tatouent". Tome 5 référence 5519.
    • Mohamed Ben Mokatil a dit : d'après Abdou Allah, d'après Obaido Allah, d'après Nafîh, d'après Ibno Omar qu'ils soient bénis de Dieu le prophète a dit :"Dieu a maudit celles qui relient leurs cheveux à d'autres, celles qui se le font faire, celles qui se tatouent, celles qui tatouent". Tome 5 référence 5593
    • D'après Soulaimane Ben Harb, Chaaba Bnou Aoun Ben Abi Djahfa a dit : "J'ai vu dire par mon père que le prophète a interdit l'argent du sang, l'argent de l'achat ou vente du chien, celui qui se nourrit du Riba et qui nourrissent avec, le tatoué et le tatoueur". tome 4 référence 5601
    • D'après Zohair Bno Harb, d'après Djorair, d'après Amar, d'après Abi Zara, Abi Horaira a dit : "Une femme qui tatoue a été présenté à Omar, il s'est levé en disant : Je vous supplie au nom de Dieu de me dire qui a entendu les dires du prophète sur le tatouage ? Abou Horeira a dit : je me suis levé et dit : Oh roi des croyants moi j'ai entendu. Il a dit : tu as entendu quoi ? j'ai dit : j'ai entendu le prophète dire : ne vous tatouer pas et ne tatouer point". Tome 5 référence 5602.
    • D'après Moussadad, d'après Yahia Ben Said, d'après Obaid Allah, d'après Nafaa, d'après Ibnou Omar, le prophète a dit : "Maudit celle qui relie ses cheveux a d'autres, celle qui se tatoue et celle qui tatoue". Tome 5 référence 5603.
    • D'après Mohamed Ben Mouthana, d'après Abdou Rahmane, d'après Sofîàne, d'après Mensour, d'après Ibrahim, d'après Aïkama, d'après Abdou Allah que dieu le bénisse : "Le bon dieu a maudit celles qui se tatouent et celles qui tatouent, celles qui s'épilent le visage, celles qui liment leurs dents et les séparent afin de paraître belle, celles qui veulent changer la création de dieu. Comment ne maudirai-je pas celle que le prophète a maudit et cela se trouve dans le Coran ?". Tome 5 référence 5604

Malgré ces injonctions, le tatouage est toujours présent dans les populations converties à l'Islam: Berbères, Bédouins, Nubiens. Ces tatouages pré-existaient à la période de conversion, ils représentaient volontiers une croix frontale sensée favoriser l'action des puissances bénéfiques, des palmiers sur le front des femmes berbères invoquaient la déesse mère du Nit. Actuellement le tatouage rituel existe toujours, il est courant dans tout le Maghreb, le Yémen et chez les nomades du désert; il s'est adapté à l'interdiction coranique de ne pas représenter l'image de l'homme. Il figure des palmes, des chevrons, pectines, des lignes, des points des tortues siégeant habituellement sur le front; le menton, les joues, les avant bras et le dos des mains.

  • Les autres religions : Dans l'hindouisme, le signe de CIVA sur le front est parfois tatoué chez certains dévots. C'est le seul tatouage religieux connu dans cette religion sans position officielle vis à vis du tatouage.

    Dans le bouddhisme, les Siamois et les Birmans se tatouent sur les omoplates ou le poignet un BOUDDHA en méditation pour invoquer la chance. Il reste indéniable que la réprobation des principales religions ont empêché l'essor immodéré du tatouage et l'ont toujours confiné dans son aspect de sous culture.

Psychologie et psychopathologie du tatoué

La motivation profonde du tatouage n'est réellement comme que du tatoué .Le tatouage reste de toute évidence un processus secret, un cheminement psychologique parfois long dont le tatoué lui-même n'a pas toujours entièrement conscience. Le tatouage traduit bien la valeur auto-agressive de ce passage à l'acte. Le corps sera la victime de cette mutilation qui rappelle les pratiques de chirurgie rituelle, qui chez les peuples primitifs lors de l'initiation, font entrer dans la culture ce qui est de l'ordre de la nature (circoncision, excision, sub incision). C'est dans la peau que se grave le tatouage ainsi placé entre le dedans et le dehors; peau tout à la fois, enveloppe du corps et du moi, frontière entre intérieur et extérieur et lieu d'échanges privilégiés.

"Mal dans sa peau" le sujet va se modeler son image du corps en manipulant ainsi son espace cutané.

Par cette action autoplastique, la peau est l'objet d'un réinvestissement libidinal important; elle accueille l'aiguille avec douleur et plaisir. Il y a dans l'acte de se tatouer la nécessité de venir matérialiser la barrière symbolique que joue la peau. Par cette "prothèse cutanée" le tatoué tente de réparer un "moi-peau" raté ou défaillant. Cet artifice redoublant la membrane cutanée, renforcera sa valeur protectrice (fonction prophylactique), garantira l'intégrité du self. En écrivant ses limites, donnera l'illusion d'un soi agrandi et embelli: "être craint", plus "Viril". Cette opération transitoire chez l'adolescent en mouvance devra se répéter, toujours nécessaire chez les tatoués "chroniques" malade du soi. Un tel repli libidinal sur le corps renforcera l'estime de soi mais cet apport narcissique appauvrira d'autant le sens du geste dans la relation d'autrui. Se tatouer est donc un passage à l'acte, lequel procure une décharge tensionnelle, tout comme l'acte de boire chez l'alcoolique, la fugue, le délit ou la tentative de suicide. Ceci rend compte, de la parenté des tatoués avec les psychopathes et de la fréquence chez eux d'agir vite (Ivresses, délits); de la pauvreté d'expression verbale, car le geste remplace la parole et en tient lieu, cette esquive de l'élaboration mentale, des conflits étant très économiques pour le moi, de l'impossibilité qu'a le tatoué d'expliciter ses motivations profondes. Il faut signaler que le recours au tatouage se fait chaque fois que l'identité personnelle est menacée, surtout à l'adolescence, où la crise identification bouleverse le soi, qui se restructure dans la mouvance propre à cette période. Aussi lors du passage carcéral, dans l'armée, la marine et tous les lieux où derrière le droguet et l'uniforme, la discipline et l'humiliation, s'estompe le JE. L'individu va peut-être perdre son nom mais se retrouvera membre du groupe et tatoué.

L'hôpital psychiatrique par contre n'est pas un lieu de tatouage, surtout parce que la parole, les échanges relationnels et les symptômes offrent un autre mode d'expression. Ecriture ou peinture, le tatouage émet toujours, un message. Il est un moyen de communication. Quelque soit sa connotation, revendicatrice, provocatrice, conjuration, sentimentale, érotique ou tout simplement décorative, le tatouage est bien un langage collé au corps, plus significatif qu'un simple badge que l'on peut changer. Il délivre un message codé dont la gravité est son caractère définitif. Il peut alors devenir une charge.

Histologie du tatouage

L'injection du colorant réalisée, au cours d'un tatouage déclenche une réaction à corps étranger. La profondeur d'insertion du pigment est très variable selon la technique utilisée. Les tatouages pratiqués par les amateurs sont souvent très profonds et il n'est pas rare à l'occasion du détatouage d'ôter des pigments fixés sur la graisse hypodermique voire même sur des parties nobles comme les tendons. Les pigments par nature insolubles se concentrent autour des vaisseaux sanguins, ils siègent essentiellement dans les espaces inter-cellulaires. Ils se localisent surtout dans le derme papillaire. Quelques heures après la réalisation d'un tatouage une réaction de défense immunitaire dirigée par les macrophages (réaction inflammatoire) aboutit à une éviction partielle du colorant par les voies lymphatiques. Ces vaisseaux lymphatiques se drainent eux mêmes dans les relais ganglionnaires ce qui explique la pigmentation fréquente des ganglions satellites. Un tiers du colorant injecté est détruit par ce mécanisme de défense en 7 à 15 jours.

Certains colorants plus instables chimiquement peuvent entraîner de surcroît des réactions locales soit de type allergique caractérisées par un infiltrat inflammatoire à mononucléaires (monocytes, histiocytes éosinophiles) et pigmentation de macrophage, associée à une spongiose de l'épiderme, soit de type granulomateux prenant un aspect sarcoïdien ou tuberculoïde. D'autres colorants peuvent générer des infiltrats lichéniens, ou lymphoïdes. Une réaction inflammatoire passée, les pigments élisent de manière stable, certains d'entre eux cependant peuvent-être à l'origine de photoréaction lors d'une exposition solaire.

Les complications du tatouage

Le tatouage peut être à l'origine de deux sortes d'accidents :

  • Le fait de créer une effraction cutanée entraîne toujours le risque d'inoculer des virus ou des germes pathogènes.
  • L'injection de substances colorantes dans l'épiderme et le derme expose au risque de réactions toxiques ou allergiques.

    Les complications infectieuses. Ce sont les plus fréquentes :

    • La syphilis en 1853 a été rapportée par l'inoculation à la suite d'un tatouage. Le tatoueur était syphilitique et c'est en mouillant l'aiguille avec sa salive qu'il a contaminé sa clientèle.
    • Des tuberculoses cutanées ont été décrites sur des régions tatouées.
    • Des cas de lèpre tuberculoïde ont été rapportés à la suite de tatouage.
    • Les hépatites virales de type B ont été rapportée dés 1950, plusieurs ont été mortelles, actuellement le risque majeur étant le SIDA bien qu'à ce jour il n'y a pas eu de cas publié.
    • D'autres infections peuvent compliquer des tatouages, impétigo, ecthyma, érésipèle, avec parfois septicémie et gangrène nécessitant des amputations avec parfois des décès.
    • Actuellement les tatoueurs professionnels stérilisent leur matériel et refusent des candidats au tatouage qui présentent de gros risques infectieux (diabétiques, arthritiques, porteurs de prothèses valvulaires, patients immunodéprimés).

     

    Les complications allergiques :

    II s'agit de réactions, allergiques ou toxiques avec parfois des photo réactions. Des eczémas ont été rapportés après tatouage.

    Les autres complications :

    II s'agit de dermatoses survenant sur la zone tatouée même si la relation de cause à effet n'est pas prouvée de manière formelle.

    Un psoriasis cutané ayant spontanément tendance à se localiser sur les cicatrices (phénomène de KOEBNER) se portera avec prédilection sur les zones tatouées.

    Des sarcoïdoses cutanées sur tatouages ont été décrites avec des temps de latence de plusieurs dizaines d'années et parfois des manifestations systémiques.

    Par ailleurs, lichen, érythème polymorphe épithélioma baso et spino-cellulaires, voire même mélanomes ont été rapportés sans que la relation tatouage- dermatose soit prouvée.

    La complication la plus fréquente, comme dans tout acte chirurgical, ou de détatouage est la réaction cicatricielle allant de la réaction hypertrophique aux chéloïdes monstrueuses, surtout dans la région deltoïdienne siège de prédilection des tatouages.

Le détatouage

Les motivations du détatouage :

  • Etymologiquement le "dé" de détatouage n'a pas de sens privatif de "au contraire de", mais signifie plutôt "au lieu de" ce qui prouve bien qu'il aura des séquelles : on change mais on ne restitue pas l'intégrité originelle.
  • Recherche de réhabilitation ? Rupture avec un passé qu'il veut effacer ? Entrée dans un nouveau mode de vie ?
  • Les motivations mises en avant sont le plus souvent :
    • Les difficultés rencontrées à l'embauche.
    • L'envie de faire disparaître les marques d'une jeunesse plus ou moins mouvementée.
    • Pour former un couple.
    • Pour éviter que l'enfant présent ou a venir ne pose des questions gênantes.
    • Pour ne plus avoir de marques sur la peau.

Les méthodes de détatouage :

Le détatouage est contemporain du tatouage. Aucune technique n'est parfaite. Le sucés tient parfois au côté magique de l'acte vécu comme une forme de purification ou de délivrance. De nombreuses recettes empiriques faisant appel à des procédés caustiques ont ainsi traversé les âges. Elles font partie des traditions populaires transmises oralement de génération en génération. Une des plus vielles références de détatouage est sans doute le dialogue Socratique de Platon, intitulé "le CRITON" dans lequel est donnée la recette suivante : "enduire de nitre le symbolum recouvrir avec de la résine de térébenthine. Au bout de six jours laver, frotter avec du sel fin puis appliquer avec un mélange d'encens et de nitre".

  • Le trempage : II consiste à mettre en contact pendant des heures le tatouage avec de l'eau de mer. Le principe de cette méthode repose sur l'attraction osmotique crée entre le milieu hypertonique des tissus cutanés. La lenteur et l'aspect aléatoire des résultats ont fait reculer la méthode.
  • Destruction thermique :
    • De tout temps les tatouages ont été détruits par la chaleur. Selon les époques il s'est agi de cautérisation à l'aide de charbon ardent, de fer rouge, de cigarette, voire même de fer à souder. Les douleurs et les cicatrices entraînées par cette méthode rustique ont fait que cette méthode est de moins en moins utilisée.

     

    • Bistouri électrique et le thermocautère.
      Le détatouage au bistouri électrique ou du thermocautère se réalise sous anesthésie locale. Il y a une fulguration sur la zone tatouée qui créera une escarre qui s'éliminera quelques jours plus tard. Les cicatrices restent visibles mais sont acceptables. L'inconvénient principal est de laisser une image plus claire du tatouage (image fantôme).

     

    • Le photo coagulateur à infra-rouges.
      Toujours sous anesthésie locale, la sonde infra-rouge est appliquée au contact du tatouage. Elle entraîne une coagulation des protéines de l'épiderme et leur élimination ultérieure. Par applications répétées à plusieurs jours d'intervalle on peut aboutir à un détatouage. Cependant les résultats sont souvent imparfaits par la persistance de zones tatouées et cette méthode s'adresse aux tatouages très superficiels.

     

    • Cryothérapie et cryochirurgie.
      Le détatouage par le froid est utilisé depuis de nombreuses années. Le clivage crée par la gelure à l'azote liquide en application au coton est souvent trop superficiel pour obtenir un résultat satisfaisant. La cryochirurgie réalisée à l'aide d'un pulvérisateur à azote liquide est trop agressive et donne des cicatrices très inesthétiques.
  • La salabrasion : L'utilisation du sel (chlorure de sodium) pour la destruction du tatouage remonte à AETIUS en 543 avant Jésus-Christ. Après anesthésie locale, du sel de cuisine est frotté sur le tatouage au moyen d'un tampon de compresses, ce geste s'arrête quand la zone devient très rouge mais non hémorragique, ce qui dans ce cas augmenterait le risque cicatriciel. Un rinçage abondant doit être réalisé un pansement sec est appliqué et changé quotidiennement. Les résultats sont intéressants Le principe de l'utilisation du sel hormis l'effet mécanique de ses cristaux est de provoquer la fuite du colorant dans le milieu extra-cellulaire par mécanisme de transport osmotique. Ce pigment mobilisé est évacué dans les pansements ainsi que dans la circulation lymphatique. C'est une méthode de choix dans les grands tatouages par des professionnels; elle est souvent insuffisante pour les tatouages d'amateurs volontiers plus profonds. La dermabrasion suivie d'une application de sel de cuisine reprend le principe du transport osmotique mais attribue la fonction abrasive à la meule diamantée.

  • La destruction chimique :
    • Détatouage au permanganate de potassium
      II nécessite une dermabrasion initiale, après une dermabrasion légère l'opérateur saupoudre la région orientée de paillettes de permanganate de potassium, rince abondamment au sérum physiologique et applique une compresse d'hyposulfite de sodium à saturation. Le pansement est changé tous les jours. On peut aussi utiliser après la dermabrasion du permanganate de potassium en solution à saturation pendant quelques minutes, cette variante est moins douloureuse.

     

    • Détatouage à l'acide trichloracétique
      Après dermabrasion légère l'opération tamponne la zone érodée avec une solution d'acide trichloracétique à 33% ce qui provoque une nécrose immédiate de la zone badigeonnée Un abondant rinçage au sérum physiologique est aussitôt pratiqué, l'escarre se constitue et tombe en quinze jours.

     

    • Détatouage au tannin
      Dans la description originale il s'agit d'un repiquage du tatouage avec une solution de tannin, complété par une application de nitrate d'argent sous forme de crayon. Une escarre se forme en une quinzaine de jours et entraîne dans sa chute une partie du tatouage.

     

    Une autre méthode consiste, après une légère dermabrasion, en une application d'une solution formé d'un 1/2 d'acide tannique, 1/4 eau distillée, 1/4 glycérine, avec, après rinçage, un crayonnage au nitrate d'argent. L'escarre formée chute au quinzième jour.

    Le détatouage chimique est efficace quand il complète une dermabrasion, les cicatrices sont acceptables et la meilleure indication est le détatouage des grandes surfaces et profond.

  • La Dermabrasion : C'est la méthode très utilisée actuellement. Elle est souvent complétée de détatouage chimique (permanganate de potassium, tannin, nitrate d'argent, acide trichloracétique ou salabrasion au chlorure de sodium).

Le détatouage manuel à la toile émeri est abandonné.

Après anesthésie locale, et durcissement des tissus par pulvérisation de produits anesthésiques réfrigérants (chlorure d'éthyle, cryoflurane R) l'abrasion de la zone tatouée se fait par meule diamantée ou au rubis tournant à 20 ou 30.000 tours minutes. Le saignement en nappe est contrôlé par des compresses imbibées au sérum physiologique Un pansement gras, ou un opsite R est appliqué à la fin du geste. C'est par réfrigérations et dermabrasions successives que l'on vient à bout des grands tatouages. La dermabrasion du front et des membres ne pose pas de problèmes particuliers, par contre celle au visage au niveau de la région orbitaire et labiale nécessite une grande prudence.

  • La Chirurgie d'exérèse
    L'ablation chirurgicale de la peau tatouée est une méthode de détatouage très utilisée. Elle offre l'avantage incontestable de ne laisser aucune tache pigmentaire car le tatouage est retiré sous contrôle de la vue. Elle laisse néanmoins des séquelles cicatricielles.
  • L'exérèse fusiforme suture est la méthode de choix. Elle enlève la peau en totalité quand la taille réduite et la forme du tatouage l'autorisent. La fermeture peut se faire par suture simple, suture assistée ou lambeau.
  • Le détatouage au dermatome
    Le dermatome, ou rasoir de LAGROT est un appareil qui permet de prélever des greffe de peau de différentes profondeur allant de la greffe mince jusqu'à la peau totale. Il autorise des largeurs de 9cm à 12cm. C'est la technique idéale pour les tatouages étendus, en cas de profondeur importante, il faut faire plusieurs séances et la cicatrice se fait comme pour un prélèvement de greffe. Parfois lorsque l'on veut faire une séance unique pour un tatouage profond, le recouvrement se fait par une greffe de peau mince. L'anesthésie est soit locale soit générale.

  • Le détatouage au punch
    Le Punch ou bistouri circulaire permet par un double mouvement de pression rotation de couper une pastille cutanée. La fermeture est réalisée par un seul point de suture. Cette technique est idéale niveau des mains et des doigts.
  • Le détatouage au laser
    Le laser est un instrument d'utilisation récente qui a pris une place dans le traitement du détatouage. Il s'agit d'un rayon lumineux qui délivre une quantité d'énergie très importante au millimètre carré, entraînant une vaporisation instantanée de l'eau des milieux intra et extracellulaires présents dans les tissus visés. (Laser à l'Argon- laser CO2 ). Actuellement les nouveaux lasers ultrapulsés basés sur le principe de photothermolyse sélective ou lasers pigmentaires font disparaître les tatouages pratiquement sans trace. Dés l'absorption de l'énergie optique par le tatouage, il y a fragmentation et explosion du pigment, lequel est absorbé puis digéré par les macrophages en six semaines environ, délai nécessaire entre chaque séance. Le temps d'émission est si bref que l'énergie laser traverse la peau sans avoir le temps de créer des dégâts thermiques. Elle atteint le tatouage cible élective du rayon laser et le volatilise tant par effet photothermique que photoacoustique puisque l'énergie émise est énorme. Le résultat est fonction de la couleur du tatouage.

Les tatouages amateurs (bleu-noir) réagissent mieux que les tatouages professionnels polychromes. Par ailleurs les plus superficiels disparaissent sans aucune séquelle. La taille n'a aucune importance, ce qui change considérablement le devenir des grands tatouages, mais il faut plusieurs passages trois à six pour faire disparaître toute l'encre. Les principaux lasers sont : Q. SWITCHED ruby permet de traiter les tatouages amateurs bleu-noir et les tatouages colorés sauf les rouges et les orangés. Le Q.SWITCHEF N.D.YAG, aussi efficace sur les tatouages bleu-noir que sur les tatouages rouges.

  • Les méthodes palliatives
    Parfois les tatouages sont impossibles à enlever (visage-paupières) car la sanction cicatricielle serait grave surtout pour les tatouages étendus. Parfois on peut utiliser un maquillage type cover-mark R ou base couvrante Kefrane R qui masquera le tatouage mais qui nécessitera une séance quotidienne.

Les complications du détatouage :

Elles sont en général de deux ordres, les résultats insuffisants, les complications cicatricielles.

L'insuffisance de résection est essentiellement due au siège anatomique car au niveau de la face le pronostic esthétique limite l'agressivité du détatouage. Par ailleurs la profondeurs l'étendue du tatouage explique les résultats insuffisants mêmes après plusieurs séances.

Des complications au geste du détatouage peuvent survenir, lâchage de suture, infection, hémorragie, mauvaise prise de greffe ou non prise de greffe, rétractions cutanées, brides, synéchies destruction anatomiques (paupières, aile narinaires etc....). Les cicatrices disgracieuses, dyschromiques, hypertrophiques, et chéloïdes sont le lot du détatouage. Ces résultats imparfaits doivent être bien expliques au patient car sont souvent définitifs. Le consentement éclairé est un préliminaire indispensable à tout détatouage. Il faudra éliminer les idées préconçues et les informations médiatiques sur le "gommage" des tatouages. Les techniques seront expliquées au patient avec toutes ses complications. L'information comprise est meilleure garante de contentement qu'une technique d'exérèse parfaite mais mal préjugée par un patient non informé. Il faut savoir que le détatouage est considéré comme de la chirurgie esthétique. Il n'ouvre pas droit au congé de maladie. Quant aux remboursement des frais, ils sont rarement effectués autrement qu'après demande d'entente préalable avec le médecin conseil des caisses de sécurité sociale.

Conclusion

Fresque mouvante, naïve et provocatrice le tatouage est un objet unique, sa pratique vénérée par telle ethnie et bannie par d'autres, de nombreuses religions la désavouent. Le tatouage reste donc, que se soit dans sa structure même, ou dans ses implications, psychologiques, un monde pléxiforme et secret qui déroute plus d'un investigateur. Le tatoué dans le désarroi de sa crise d'identité, trouvera dans le tatouage un remède cathartique transitoire mais dont la trace restera le témoin desactualisé et vide de son sens que rien ne pourra totalement effacer. Le détatouage apparaissant comme une véritable contradiction, voulant ôter à tout prix ce qui a été fait pour être inamovible.

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Professeur S. JOUCDAR - Service de Chirurgie Plastique et des Brûlés - E.H.S de Douéra - ALGERIE - 30 avril 2004

 
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