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Point de vue
La chirurgie cardio-vasculaire en Algérie
Etat des lieux et perspectives
Professeur BOUREZAK - Chef de service de chirurgie cardiaque

Avec quatre services de chirurgie cardio-vasculaire adulte dont seulement trois sont parfaitement fonctionnels et un seul service de chirurgie infantile, le secteur public est incapable de répondre aux besoins de prise en charge. 6,5 millions d'habitants pour un seul centre de soins : le rapport est effrayant et place l'Algérie bien en deçà des normes requises.
Quant aux cliniques privées, même si ces structures hautement performantes (et en plein essor) présentent l'avantage de soulager le secteur public, elles amputent le secteur public d'une large partie de ses compétences hospitalo-universitaires. Les salaires proposés sont vraisemblablement l'une des raisons de cet "exode".

Malgré toutes les recommandations des spécialistes algériens, notre pays n'a jamais investi dans un ou plusieurs projets spécialisés par région. D'ailleurs, il faut savoir que toutes les structures existantes résultent d'une réorientation et non d'une démarche mûrement réfléchie. Exemple parmi d'autres, le complexe "mère-enfants" ainsi que le centre national de médecine du sport (CNMS) ont ainsi été détournés de leur vocation initiale pour tenter de pallier maladroitement les carences de l'heure. Ce bricolage explique souvent l'insuffisance des plateaux techniques à tous les niveaux.
Erigés en complexes d'activités pluridisciplinaires hautement spécialisés, ces centres peuvent assurer les explorations de base cardiologiques et vasculaires, l'ECG et le cathétérisme. Ils se chargent également de l'orientation des malades vers les centres médico-chirurgicaux de référence pour soulager les malades et raccourcir les délais de leur prise en charge lesquels, il faut le reconnaître sont souvent très longs.

La répartition géographique de ces centres est particulièrement inégale et sans la moindre considération pour de nombreuses régions de l'intérieur du pays comme Tamanrasset, Djelfa, Tébessa etc. Ces structures de prise en charge des pathologies cardio-vasculaires se situent majoritairement à moins de 100 km des cotes. On imagine ainsi le calvaire enduré par les malades provenant de ces régions isolées. Depuis le lancement de la chirurgie cardio-vasculaire en 1985, l'objectif essentiel fixé a été la formation d'équipes algériennes pluridisciplinaires : chirurgiens cardio-vasculaires, médecins anesthésiste-réanimateurs avec tout l'environnement bio-médical spécialisé. En 1996, la chirurgie cardio-vasculaire a été instituée comme filière universitaire de formation de résidanat avec déjà deux promotions de DEMS et une troisième au prochain concours de mars 2004. Les équipes sont devenues hautement performantes, pouvant répondre à la prise en charge de la majorité des pathologies rencontrées. Pour améliorer les conditions de prise en charge des patients en Algérie, les autorités ont mis sur pied deux commissions :

  • le comité national du cœur et vaisseaux : plusieurs fois remanié dans sa composante, ce comité a lamentablement échoué dans la mission qui lui été confiée, et ce, pour diverses raisons : spécialistes non motivés, voire démissionnaires, administration insensible aux recommandations, organisation de réunions sans rapport évident avec les objectifs tracés et perversion des mécanismes relationnels.
  • la commission médicale nationale : chargée du contrôle, de la régulation, de la lutte contre les transferts pour soins à l'étranger (TSE) "sauvages", la réorientation et le placement des patients, en fonction des pathologies, vers les structures nationales susceptibles de les accueillir et la proposition de diverses solutions. Cette commission a fonctionné de manière régulière, si régulière qu'elle s'est peu à peu transformée en antichambre de services hospitaliers étrangers, alors qu'une très forte majorité de patients transférés relèvent des compétences nationales.

Une innovation fallacieuse de la prise en charge des patients a été proposée pour opérer en Algérie : il s'agit de "l'importation" régulière d'équipes médicales étrangères payées en devises fortes pour des patients qui sont aisément à la portée des équipes algériennes.
Quant on sait que la plupart des blocs opératoires sont fermés à partir de 13 heurs par manque d'encouragement financier aux équipes nationales très réduites alors que toutes les facilités son accordées à des équipes étrangères qui n'ont jamais contribué au développement et encore moins à la formation des algériens, quels qualificatifs doit-on utiliser pour évoquer cette politique ?
Avec l'argent des TSE, l'Algérie aurait pu et peut encore avant qu'il ne soit trop tard réaliser des centres hautement performants, multidisciplinaires, avec des équipes intégrées travaillant en "pool".
Faut-il considérer que la réflexion est toujours réserver aux services d'outre-méditerranée ou prendre carrément le taureau par les cornes et investir dans les compétences nationales ?
Considérés autrefois comme de véritables fleurons, nos services de médecine semblent évoluer inexorablement vers… leur déliquescence.
Seul un vaste élan de lucidité (pour ne pas dire dignité) de la part de tous les professionnels de la santé et de la sécurité sociale serait en mesure de restructurer, d'humaniser notre paysage sanitaire pour offrir aux citoyens des soins de qualité et aussi sauver les caisses de l'état de la faillite qui les guette.
Il faut revaloriser les compétences et replacer l'homme au centre de tous nos projets.

Professeur BOUREZAK - Chef de service de chirurgie cardiaque - 9 février 2004

 
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