Santé Algérie Algérie

Sommaire
Page d'accueil
Présentation du site
La bibliothèque de Santé Maghreb
Les éditos du professeur Abid
Communications scientifiques
Histoire de l'Algérie médicale
Agenda scientifique algérien
Point de vue
Revues et ouvrages médicaux
Associations algériennes de la santé
Annuaire de la santé en Afrique
Forum de la santé en Afrique
Qui contacter ?


Point de vue

 

L'Obésité au Maghreb

Professeur Z. KEMALI
Service d'Endocrinologie - Hôpital Central de l'Armée - Ain Naadja - Alger

 

Jusqu'au siècle dernier, l'embonpoint érigé en critère esthétique était associé à une image de richesse et de réussite sociale, ainsi qu'à un état de bonne santé. Avec le développement économique et l'industrialisation, les pays occidentaux se sont rapidement trouvés confrontés à l'augmentation de la fréquence de l'obésité dont les effets sur la santé n'ont pas tardé à se manifester par un accroissement notable des maladies cardio-vasculaires qui sont devenues ainsi la première cause de mortalité dans ces pays.
Qu'en est-il dans un pays en développement comme l'Algérie qui n'a pas atteint son autosuffisance alimentaire et qui est toujours confronté à la sous alimentation de certaines de ses couches sociales ?

Une étude de la masse corporelle (calcul de l'indice de masse corporelle qui est le poids (kg)/taille au carré (m2)) dans un quartier d'Alger tente d'apporte un début de réponse à cette question.
Les valeurs obtenues ont été subdivisées en 5 groupes selon les critères utilisés par l'étude MONICA (OMS) :

  • Groupe IMC 1 < 20 : sujets ayant un déficit pondéral
  • Groupe IMC 2 compris entre 20 et 25: population normale
  • Groupe IMC 3 compris entre 25 et 30 : surpoids
  • Groupe IMC 4 compris entre 30-40 : obésité modéré
  • Groupe IMC > 40 : obésité franche ( morbide )
Groupe Nombre %
1 114 11,4
2 406 40,8
3 326 32,7
4 138 13,9
5 12 1,2
Total 996 100
Classe Nombre %
I = IMC 1+2 520 52,2
II = IMC 3 326 32,6
III = IMC 4+5 150 15,1

L' obésité, reflet indirect du développement socioéconomique d'un pays n'est pas sans conséquence sur la santé de la population du fait de son lien étroit avec les maladies cardio-vasculaires.
L'Algérie, comme les autres pays du Maghreb en plein essor économique, n'est pas épargnée par ce fléau des temps modernes, comme le montre les résultats de cette enquête portant sur un millier de personnes non sélectionnées d'un quartier d'Alger.

L'état d'obésité est lié à de nombreuses pathologies dont certaines sont très graves. Toutes les études confirment que l'espérance de vie des obèses est réduite et que la morbi-mortalité augmente parallèlement à l'excès pondéral à tel point que certaines compagnies d'assurances américaines exigent des obèses une prime pour couvrir ce risque.
Dans notre étude, près de la moitié de notre population présente une obésité. 1/3 accuse un surpoids, 15,1% ont un excès pondéral franc et 1,2 % une obésité morbide.
Au Maroc, Hoareau et Delanoe rapportent dans leur étude sur l'athérosclérose l'importance des facteurs environnementaux et insistent sur le déséquilibre protido-glucidique avec un apport important d'hydrate de carbone réalisant une source possible de formation de graisse pouvant expliquer pour une part la fréquence de l'obésité dans ces régions, ce qui rejoint nos résultats et ceux de Benkhelifa et Schwartz en Tunisie.
En Mauritanie, Resnikof rapporte un taux d'obèse de 37,7 %.
Ainsi, paradoxalement, dans ces pays où sévit la malnutrition, l'obésité semble importante et aussi fréquente que dans les pays occidentaux.

Dans l'étude que nous rapportons, ce sont d'avantage les femmes qui sont obèses (21,2 %) par rapport aux hommes (5,8 %) pour un IMC > 30. L'age est aussi un élément qui influe sur l'excès pondéral. La prévalence augmente progressivement passant de 5,2 % chez les moins de 34 ans à 19,3 % dans la tranche 45-54 ans. Le niveau socio-économique, étudié indirectement à partir du niveau d'instruction, montre qu'une obésité (IMC > 30) est 5 fois plus fréquente chez les personnes illettrées (30,6%) que chez celles ayant un niveau d'études supérieures (5,9 %).
Les pathologies artérielles représentées par les accidents vasculaires cérébraux, les coronaropathies sont nettement plus fréquentes chez l'obèse. L'HTA est trois fois plus fréquente en cas de surpoids.
Dans notre étude, 34 % des hypertendus ont un IMC > 30 soit un chiffre 2,3 fois plus élevé que dans la population générale.
Concernant le diabète, il est deux fois plus fréquent chez les sujets dont l'IMC est supérieur à 30 (13,4 %).

Conclusion

L'obésité, longtemps ignorée dans notre pays, peut représenter dans les années à venir un véritable problème de santé publique. Aussi, des mesures préventives doivent être envisagées, basées sur l'information de la population sur les effets néfastes de l'obésité sur la santé et de l'efficacité d'une alimentation moins riche en calories, associée à une activité physique régulière.

Professeur Z. KEMALI - 4 décembre 2003

 
NG COM Santé Tropicale
Copyright © 2004 NG COM Santé tropicale. Tous droits réservés.