Dans le domaine hormonal
Le jeûne entraîne une inversion des cycles insuline-glucagon.
Durant le reste de l'année, l'hormone digestive la plus sécrétée
est l'insuline qui permet au glucose de pénétrer dans les cellules
pour y être consommé et transformé en énergie. Elle permet également
la mise en réserve du surplus d'énergie fournie par l'alimentation.
L'insuline en faisant entrer le glucose dans les cellules entraîne
dans les premiers jours de ramadan des hypoglycémies qui sont
responsables de la sensation de faim ressentie par le jeûneur.
Durant le ramadan, après les premiers jours, l'insuline laisse
sa place prédominante au glucagon. Le glucagon est l'hormone du
jeûne, elle va mobiliser les réserves de l'organisme en particulier
les graisses pour fabriquer le précieux glucose qui n'est plus
apporté par l'alimentation.
La prédominance du glucagon au bout de quelques jours de jeûne
permet de moins présenter d'hypoglycémies graves et donc de moins
sentir la faim.
Dans le domaine de l'hydratation
Le corps perd naturellement de l'eau en permanence : par la respiration,
par la transpiration, par les urines et par le tube digestif.
En temps normal, les apports couvrent les pertes, si ce n'est
pas le cas, la soif nous rappelle à nos devoirs vis à vis de notre
corps.
Mais lors du jeûne, il ne nous est pas possible de répondre à
la soif en absorbant de l'eau. Le corps va alors s'adapter en
réduisant les pertes : les urines deviennent beaucoup plus concentrées
et moins abondantes, le tube digestif récupère l'eau des selles
qui deviennent alors plus dures.
Troubles du sommeil
Une diminution du temps de sommeil de deux à quatre heures avec
un sommeil court et fractionné est signalée, souvent en parallèle
d'une diminution des performances cognitives et sportives étudiées
pendant la journée.
Conséquences biologiques
Outre la glycémie dont on vient de parler, la calcémie accuse
en début de nuit, une diminution significative, mais sans atteindre
le seuil inférieur de la normale. Le cholestérol total et l'oxydation
des graisses augmentent significativement, de même que l'uricémie.
Le taux d'insuline diminue le jour pour augmenter le soir, tout
comme la gastrine. Les globules blancs et les plaquettes une légère
diminution. Le pH gastrique voit sa moyenne diminuée ; cette diminution
persiste un mois après le ramadan.
Le jeûne du mois de ramadan semble par contre n'avoir aucune influence
sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque mesurées
en ambulatoire pendant ce mois.
D'une manière générale, le jeûne semble bien supporté
par les personnes saines.
Qu'en est-il des personnes malades ?
Les conséquences sur la santé des malades et la morbidité propre
du ramadan ont été l'objet de différentes études. On a décrit
plusieurs situations :
- La fréquentation des urgences pour accident augmenterait pendant
le ramadan dans certaines études. Ainsi les admissions dans
un hôpital du Qatar ont montré une augmentation des admissions
pour ulcère duodénal et asthme bronchique et une diminution
des hospitalisations pour angor et hypertension artérielle.
Cette étude a été confirmée par d'autres réalisées dans d'autres
pays musulmans.
- La pathologie asthmatique est aggravée, conséquence probable
d'une mauvaise observance médicamenteuse, et ce, malgré la non
consommation de tabac pendant la journée.
- Les pathologies psychiatriques sont exacerbées, a priori pour
des raisons d'observance médicamenteuse.
- Sur la grossesse et l'allaitement, les conséquences du ramadan
sont moins bien connues. Pour certains, le jeûne aurait des
conséquences néfastes tant sur le score d'Apgar qui diminue
que sur la déshydratation qu'il accentue pendant l'allaitement.
- Enfin, on note une stabilité des hospitalisations consécutives
à la décompensation d'un diabète. Le diabète non insulino-dépendant
est l'une des affections les mieux étudiées pendant le ramadan.
Malgré la grande diversité des adaptations posologiques spontanément
adoptées par les patients, et une proportion importante de patients
déséquilibrés, il n'y a pourtant pas d'augmentation sensible
des hospitalisations pendant cette période pour cette pathologie.
L'inversion des prises semble sûre.
S'il ne semble pas entraîner de conséquences
majeures sur la santé des malades, le jeûne nécessite néanmoins
une prise en charge spécifique qui passe notamment par l'adaptation
des schémas et des posologies de traitement, et des conseils pratiques
de prévention pour limiter la morbidité.
- Pour tout malade qui désire jeûner, une consultation avant,
pendant et après le ramadan, au titre de la prévention s'avère
indispensable.
- Il faut savoir préciser comment s'est déroulé le ramadan antérieur
- Dans tous les cas rappeler quelques conseils faciles à mettre
:
- s'hydrater dès la rupture du jeûne, et juste avant sa
reprise, au matin ;
- éviter les excès de sucres rapides et de graisses ;
- manger au repas qui précède l'aube, notamment des sucres
lents ;
- faire une sieste en début d'après-midi ;
- prendre les médicaments au moment des repas (sauf contre-indications
pharmacocinétiques) ;
- Certains aménagements thérapeutiques sont possibles :
- prises d'antidiabétiques oraux inversées ;
- injections d'insuline retard réduites, concentrées au
moment de la rupture du jeûne.
Pour conclure, nous conseillons d'adopter une alimentation équilibrée.
S'il est essentiel de bien manger le soir avant de se coucher,
cela ne signifie pas "trop manger" car c'est paradoxalement durant
le mois de Ramadan que les mauvais comportements alimentaires
sont les plus en augmentation au lieu d'être en chute libre.
Bon mois de Ramadan à tous !