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Système national de santé : une lourde machine qui semble tourner à son propre compte - Février 2017

par Farouk Zahi

« Ce qui compte ce n'est pas le bonheur de tout le monde, c'est le bonheur de chacun ». (Boris Vian)

Il n'est jamais agréable pour un ancien commis de l'Etat de mettre à l'index, un service public qu'il a servi la moitié de sa vie durant. Et ce n'est pas faire preuve de félonie lorsque on met à nu, les scories qui le rongent, non pas par manque de moyens, loin s'en faut, mais par l'inconséquence de la personne humaine qu'elle soit de maitrise ou d'exécution. Fierté nationale, jadis, il se prévalait du tryptique et le mot n'est pas fort : globalité, intégration et gratuité. Malheureusement, cette belle œuvre, gagnée par le gigantisme de la pléthore peine à se redresser pour se mettre d'aplomb. Bureaucratisé à l'excès, l'acte de soin primaire en devient une prouesse technique pour ne pas dire politique. La désintégration, hier rampante, est clairement affichée jetant ainsi de pleines cohortes de patients dans les bras d'une médecine libérale goulument avides d'amortissement de l'investissement si ce pas sur les chemins de l'exode tunisien.

La dramatique histoire qui va suivre, n'est pas un cas isolé comme on aime à qualifier l'incurie qui tend, de plus en plus, à faire prévaloir son ancrage sociétal qu'elle en devient anecdotique. Farid, appelons le ainsi, est un sexagénaire qui, après un nomadisme médical de près de quatre ans, se retrouve dans une clinique privée sétifienne où l'on vient de mettre un terme à sa galère. Sa femme qui l'accompagne est, enfin, libérée de cette angoisse qui l'habite depuis ce fatidique 17 novembre 2016. Saisi d'une intense douleur thoracique avec une forte oppression respiratoire, au volant de sa voiture, il se dirige lui-même au petit matin au CHU d'une ville de l'Est où il réside. Son épouse, diplômée en journalisme et sciences de la communication qui l'accompagnait, rapporte : « Il pleut, il fait froid un jeune interne nous reçoit. Et tout en notant le tableau rapporté par le patient, le médecin constate des chiffres d'hypertension assez significatifs, il prescrit un électrocardiogramme (ECG). Dans la salle d'exploration, le lit d'examen est occupé par un paramédical endormi, son collègue pour ne pas le déranger préféra allait chercher un brancard roulant pour la pratique de l'examen ; pendant ce temps le malade livide d'angoisse est debout. A l'issue de l'examen électrique, le diagnostic de l'infarctus du myocarde (IDM) est posé avec une forte probabilité. La salle de décochage, sera la première halte du patient, du moins pour le jour qui vient de se lever le technicien qui y office prend tout son temps pour la prise de sang prescrite ».

La famille qui émet le vœu de faire appel au cardiologue de garde, s'entend répondre que le service de cardiologie ne dispose pas de spécialiste à demeure ; celui qui n'assure que deux vacations par semaine vient de Constantine.

Pour aboutir aujourd'hui à l'hospitalisation dans un service surpeuplé, l'errance aura duré plusieurs années. La première alerte eut comme issue une consultation dans un cabinet de cardiologie où l'on écarta à tort la pathologie cardiaque par un présomptueux : « Vous avez un cœur de jeune ! ». Une deuxième alerte, quelque temps plus tard, atterrira chez un omnipraticien ayant pignon sur rue qui décèlera une vieille lésion pulmonaire qu'il fera « confirmer » par une radiographie et une ponction pulmonaire. En dépit du traitement par antibiotiques injectables prescrit pendant 21 jours, les douleurs persistent. Utilisant le jargon médical le plus élaboré et hors de portée de la compréhension commune, on rattachera cet insuccès au psychisme du patient.

Après une période relativement longue d'accalmie, réapparition de signes respiratoires sous forme d'impérieux appels d'air avec cette fois-ci vertiges et maux de tête. Le pneumologue consulté, décrète un « assèchement » de l'un des poumons accompagné d'un rhumatisme sternal traité par anti inflammatoires ?!

Dans le service bondé à souhait, les gardes malades assurent les « petites tâches » du nursing. L'état du malade à peine stabilisé, on le libère dans l'attente d'un échodoppler qui durera une dizaine de jours. L'examen fait, on confirme le diagnostic et recommande une coronarographie (radio contrastée des artères du cœur) à faire quelque part et en urgence. Le seul recours se fera dans le privé où il faudra débourser 65.000 DA ou attendre patiemment l'avis de la commission médicale de la CNAS qui ne statuera qu'après la fourniture de l'indication adossée à une quinzaine de documents autant administratifs que médicaux. La fébrilité induite par l'angoisse, fera en sorte qu'il devient impensable de songer à courir les coursives d'une quelconque administration dut-elle être le sésame de la résorption de tous les soucis.

Après quinze jours d'attente, un rendez vous est accordé au malade dans un des grands CHU de la capitale pour l'examen d'angiographie exigé. Affrétant un taxi pour 10.000 DA, il pensait, ingénument, qu'il était au bout de ses peines. Oh que non ! Le maitre assistant qui le reçoit, ne se donnant même pas la peine de l'examiner, lui recommande de passer d'abord une scintigraphie au service de médecine nucléaire au CHU de Bab El Oued. Ballotée entre Charybde et Scylla, la galère est en plein perdition donnant le sentiment que dans la détresse on est bien seul en dépit du discours des bonimenteurs de tout bord.
Se rendant à l'amère évidence, la famille prend rendez- vous pour une scintigraphie à Sétif pour un montant de 25.000 DA. La veille de l'examen et suite à un appel téléphonique pour confirmation du rendez vous, on les informe que cet examen ne peut être effectué qu'après 40 jours de l'accident coronarien. Là, il est à se demander s'il y a ou non consensus sur le protocole de prise en charge de la pathologie cardiaque d'urgence. A la deuxième hospitalisation, toujours après alerte, les médecins constatent des changements significatifs des signes électriques cardiaques, on « engueule » la famille pour avoir failli à l'examen de coronographie. Après huit jours d'hospitalisation, les douleurs thoraciques intenses sont toujours là, le corps médical excédé ne croyait pas trop aux symptômes ressentis par le patient, arguant qu'avec le traitement prescrit il ne pouvait pas y avoir de douleur, encore moins de vertige. On recommande un examen neurologique à faire dans le privé. Examen et angiographie cérébrale couteront, encore, 18.000 DA pour un oracle neurologique négatif, il faut se rabattre sur le cœur. Le vis-à-vis hospitalier dit : Niet !, les problèmes cardiaques ne donnent pas de vertiges, mais on demande par précaution un écho doppler à 3000 DA ce qui fut fait.

Une promesse de rendez vous est, enfin, obtenue à Constantine. Mais c'était compter sans les fêtes de fin d'année où les esprits sont distraits et le cœur pas vraiment à la tâche. Après près d'un mois d'attente, la tuile tombe immanquablement pour annoncer la panne durable de l'équipement. On recommande la clinique Taoufik en Tunisie pour 8.000 DT. Le rendez vous est ferme pour le surlendemain de l'appel téléphonique. L'underground médical auquel nous n'avons pas prêté attention a, malheureusement, creusé son réseau labyrinthique au grand dam des regroupements et autres conclaves où la recommandation non suivie d'effet en devient un ingénu vœu pieux. Une autre tentative infructueuse auprès du CHU algérois, réponse du maitre assistant : « Pas de coro sans scinti qui se fait au CHU de Bab El Oued patientez donc pour le rendez vous ! ». Amen !

Dos au mur, la famille faisant recours à la solidarité du clan, réussit à collecter la somme exigée par la clinique privée, précédemment, contactée pour enfin prendre rendez vous. Le geste est pratiqué dès le lendemain de l'appel téléphonique. La prise en charge parfaite et le séjour de 24 heures auront couté la bagatelle de 650.000 DA. En juillet 2016, la même intervention a couté dans un CHU du Sud-ouest de la France près de 5.000 Euros ce qui est, proportionnellement, avantageux en regard du change parallèle, assurément moins avec le change officiel.

Que dire, à présent, de cette belle chaine qu'aura été le système da santé dont les maillons solidaires faisaient l'admiration de beaucoup de pays à revenus moyens comme le nôtre et parfois même d'instances internationales spécialisées ? A une certaine époque, l'intérêt était beaucoup plus accordé à la dynamique induite par le processus qu'à l'objet porteur. Avec plus de dorures, le maillon isolé d'un tout n'a aucune valeur en dehors de son seul aspect esthétique. La course effrénée aux équipements de pointe, sans le savoir faire idoine en absence d'arbitrage, ne fera qu'ajourner la solution des problèmes médicaux que l'examen clinique résolvait avec bonheur. Il n'est de nulle intention de notre part de dénier à ces milliers d'hommes et de femmes qui luttent, souvent, dans l'adversité pour porter aide et assistance à leurs prochains en détresse sanitaire, parfois même sociale en les hébergeant et en les nourrissant. Les ressources, aussi bien humaines que matérielles, ne peuvent être invoquées pour l'amélioration de la prestation médicale qui parfois ne dépasse guère la bienveillante écoute et le respect du à la personne humaine.

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