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La situation de nos hôpitaux est de plus en plus tendue, faute
de moyens suffisants. A plusieurs, reprises l'activité des services
est à l'arrêt faute de produits indispensables. Seule l'activité
des urgences médico-chirurgicales (UMC) est maintenue coûte que
coûte. Mais qu'en est-il réellement de cette activité ?
Pour tenter d'avoir une idée exacte des ces UMC, le ministère de
la santé organise une enquête nationale au cours de cette année
2003. Les objectifs de cette enquête sont de déterminer :
- la part des urgences par rapport à l'ensemble des consultations
- les caractéristiques socio-démographiques de la population accueillie
- le circuit de soins
- le motif de recours aux urgences
- le devenir des patients.
Les premiers résultats de cette enquête (qui n'est pas encore terminée)
ont été publiée le 9 juillet par l'Institut National de Santé Publique
(INSP) pour les wilayas d'Alger, Boumerdes et Annaba.
Les résultats pour la wilaya d'Alger qui comprendrait 36 établissements
fonctionnant 24 sur 24 montrent que 29309 patients auraient été
reçus dans le cadre de l'urgence durant la semaine du 3 au 10 mars
2003.
Caractéristiques de la population
Ainsi on constate, que 86 % des patients se présentant aux urgences
sont pris en charge par un médecin généraliste que 32,4 % d'entre
eux ont mois de 16 ans et que 12,1 % ont plus de 60 ans. Il existe
une légère prédominance masculine (sex-ratio : 1,14). Il y a lieu
de noter que plus de 50 % de ces patients " urgents " ont une couverture
sociale.
La symptomatologie respiratoire (toux et dyspnée) 12,7 %, la fièvre
10,9 %, les traumatismes 10,5 % et les douleurs abdominales sont
les principaux motifs de recours aux urgences. A signaler que 30
% des patients présentent une affection chronique (HTA, asthme,
diabète).
Structures de prise en charge
La répartition des urgences selon l'heure d'arrivée ou de prise
en charge est pratiquement identique dans les hôpitaux et les structures
extra-hospitalières : la moitié sont pris
en charge entre 8h et 16 h ; ¼ entre 16 h et 20 h et ¼ entre
20 h et 8 h le lendemain. Cependant 64
% sont pris en charge dans les hôpitaux contre 36 % pour les polycliniques.
Dans la quasi-totalité des cas, les malades se présentent spontanément
à la structure de garde, seuls 11,2 % sont orientés par une autre
structure.
Ce qu'il y a lieu de noter c'est que 34,7 % sont vus dans les EHS
; 17,6 % dans les CHU ; 8,3 % dans les hôpitaux de secteurs sanitaires
et seulement 1,8 % dans les polycliniques. Cette répartition nous
semble biaisé puisqu'il existe 4 CHU, 6 EHS, 7 Hôpitaux de secteurs
sanitaires et 20 polycliniques selon les données du rapport préliminaire.
Prise en charge des patients
Un peu plus d'¼ des patients bénéficient d'examens complémentaires.
Il s'agit 2 fois plus de clichés radiologiques standards (rarement
d'échographie) que d'examens biologiques (glycémie au dextrostix,
labstix, FNS).
Dans plus de la moitié des cas aucun
geste thérapeutique n'est réalisé. Un acte chirurgical mineure
(parage de plaie ou suture) ou une intervention chirurgicale sous
anesthésie générale sont réalisés dans 6,3 % des cas. Dans tous
les autres cas, il s'agit soit d'une injection, d'un aérosol ou
d'une immobilisation d'un membre.
Commentaires
Ces résultats préliminaires pour la wilaya d'Alger permettent de
noter un certains nombres de biais :
- structures tant hospitalières qu'extrahospitalières n'ayant
pas été incluses et donc non comptabilisées.
- urgences (telles que définies par les auteurs) pris en charge
entre 8 h et 16 h dans les structures n'ayant pas vocation de
travailler 24 sur 24 et non comptabilisées.
- l'E.H.S. de Douéra qui est en fait un hôpital soit de secteur
sanitaire soit un CHU rattaché à la faculté de Blida ne devrait
pas être compris dans la wilaya d'Alger.
La correction de ces biais pourrait changer le profil épidémiologique
de la population qui a recours aux urgences.
Dans le chapitre "prise en charge des
patients" il aurait été intéressant de tenter d'évaluer :
- la qualité de la prise en charge, élément très important,
- le plateau technique des structures chargés de prendre en charge
les malades urgents.
- l'effectif et la qualité du personnel tant administratif, paramédical
que médical des structures chargés de prendre en charge les malades
urgents.
En notre qualité de praticien de terrain, nous savons que dans
la majorité des cas, en urgence la prescription
médicamenteuse ou le geste thérapeutique s'adresse aux symptômes
signalés par le patient soit que le médecin n'a pas les compétences
nécessaires (c'est une des raisons qui a amené à mettre en place
un CES d'urgences), soit que le plateau technique ne permet pas
de procéder à des investigations au-delà de 16 heures. En effet,
beaucoup de laboratoires sont fermés au-delà de 16 heures ; dans
beaucoup d'hôpitaux l'échographie ne peut être réalisée après 16
heures car la garde est assurée par un manipulateur radio (technicien
paramédical) et non par un médecin radiologue. Si pour les villes
non universitaires, il est concevable que les urgences soient prises
en charge par des médecins généralistes, il est étonnant qu'à Alger,
ville universitaire où toutes les structures hospitalières sont
en fait des CHU (même si l'hôpital est un EHS ou un hôpital de secteur)
86 % des malades soient pris en charge par des médecins généralistes.
Il est en effet anormal qu'un médecin généraliste adresse un malade
vers des urgences spécialisées et que le malade soit pris en charge
par l'interne de garde. Il est aussi anormal que des chefs de service
donnent des consignes aux équipes de garde afin qu'il n'y ait pas
d'hospitalisations dans le service durant les week-ends ce qui transforme
les lits d'observation des Pavillons d'Urgence (PU) en lits d'hospitalisation
(certains malades y séjournent des semaines en étant très mal pris
en charge car toutes les 24 heures c'est un nouveau médecin qui
les voit pour la première fois).
Des normes minimales devraient être préconisées en tenant compte
des données de la science médicale et des moyens de notre pays afin
que la prise en charge dans le cadre des urgences soit la plus humaine
possible. Il est en principe inadmissible d'accepter d'effectuer
la suture d'une plaie sans disposer de gants chirurgicaux, d'anesthésique
local voire d'antiseptiques.
Les services d'urgence souffrent d'une pénurie de personnel paramédical
et la plupart du temps ceux qui y sont affectés se considèrent comme
en mesure disciplinaire. Il faut donc revaloriser le poste aux urgences
afin qu'il soit attractif et revoir les normes d'effectifs afin
d'assurer une sécurité dans la prise en charge des malades urgents.
Dans certains services il arrive que l'équipe chirurgicale attende
que l'équipe de gynécologie termine une césarienne par exemple pour
pouvoir opérer car il n'y a qu'un seul infirmier de bloc la nuit.
Donc outre le profil des patients qui ont recours aux urgences
(certains d'entre eux préfèrent venir à la garde après 16 heures
dans la spécialité de leur choix lorsqu'ils connaissent la liste
de garde médicale ; une étude prospective réalisée par des psychologues,
des motivations de ces patients serait très utile) sur le plan socio-démographique,
la pathologie en cause et le devenir de ces patients, une remise
aux normes des PU est absolument indispensable. Le PU représente
avec le bloc opératoire et le plateau technique (service de radiologie,
laboratoire de biologie et éventuellement endoscopie) l'image de
marque, la vitrine d'un hôpital. Si ces structures fonctionnent
convenablement, il s'agit d'un bon hôpital.
Professeur Larbi Abid 19 juillet 2003
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