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Il y a un peu plus d'un an, nous avons publié sur ce site un article
intitulé ''Un
dépistage de masse du cancer du sein est-il réalisable en Algérie
?'' et nous concluions qu'à l'heure actuelle l'Algérie ne présentait
pas de garanties suffisantes pour envisager un programme de dépistage
du cancer du sein surtout que l'incidence dans notre pays est 3
à 4 fois plus faible que dans les régions (monde occidental) où
le dépistage est réalisé, que la population touchée est beaucoup
plus jeune que celle des pays de forte incidence, que la médicalisation
du pays (médecins radiologues) est très faible et qu'enfin les moyens
financiers pour un tel dépistage sont loin d'être disponibles.
Si le dépistage n'est pas d'actualité qu'en est-il de la prise
en charge diagnostique et thérapeutique du cancer du sein (premier
cancer chez la femme) en Algérie ?
Le 27 avril 2003, le quotidien étatique ''El Moudjahid'' rapportait
une étude publiée sur le Lancet qui concluait que la mammographie
diminuait la mortalité par cancer du sein de 28 %.
Lors de la 2ème journée d'oncologie médicale de l'hôpital central
de l'armée, organisée le 30 avril 2003, la responsable du registre
du cancer d'Alger signalait qu'entre 1993 et l'année 2001, l'incidence
du cancer du sein est passée de 17/100.000 femmes à 33/100.000 femmes,
soit un accroissement de près de 100 %, la moyenne d'âge étant
de 49 ans (50 % des cas sont diagnostiqués avant 50 ans).
Cette croissance de l'incidence a également été retrouvée dans
les autres registres du cancer en Algérie et nos collègues maghrébins
présents lors de cette journée confirment également cette augmentation
d'incidence.
Qu'en est-il de la prise en charge ?
A contrario, si les orateurs ont insisté sur la nécessité du trépied
"clinique- mammographie-cytologie" pour le diagnostic du cancer,
beaucoup ont relevé que dans un nombre de cas appréciables des patientes
subissent l'exérèse de tumeurs du sein sans qu'il y ait eu de mammographie
ou de cytologie préalables.
A quoi est-dû cet état de fait ?
Une méconnaissance de la prise en charge du cancer du sein par
le corps médical ?
Une absence de plateau technique ?
Il s'avère que ces deux facteurs sont à prendre en compte.
Si la cancérologie occupe de plus en plus de place dans les études
médicales, les générations de médecins déjà installés n'ont eu durant
leur études qu'une formation succincte en cancérologie d'où la nécessité
dans le cadre de la formation médicale continue d'un volet consacrée
à la cancérologie.
L'insuffisance du plateau technique est criarde puisque la deuxième
ville d'Algérie, Oran, ne dispose d'aucun mammographe dans le secteur
public.
Le centre anticancéreux d'Oran (situé au sein d'un CHU) qui
couvre un bassin de population de près de 10 millions d'habitants
ne peut pratiquer une radio du sein !? ! ni d'ailleurs de scintigraphie
osseuse dans le cas de cancer évolué, métastatique.
Dans les autres villes du pays outre la mammographie et souvent
la cytologie, c'est également l'histologie qui fait défaut.
Peut-on dans ces conditions pendre en charge aussi bien le diagnostic
que le traitement de la première localisation néoplasique chez la
femme ?
A l'heure de la mise en place d'un programme national pluriannuel
de lutte contre le cancer, de l'ouverture de deux nouveaux centres
anticancéreux (Annaba et peut être Ouargla), de l'acquisition
de 10 mammographes pour le secteur public (chiffre très faible suffisant
à peine pour l'Oranie), il y a lieu de faire un état des lieux en
matière de plateau technique pour la prise en charge des principales
localisations néoplasiques et ne pas se lancer comme cela a été
le cas dans des programmes de dépistage (col utérin et sein) voués
à l'échec.
Professeur Larbi Abid 05 mai 2003
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