| I - Introduction
C’est une urgence médico-chirurgicale des plus complexes
à prendre en charge. Dans sa forme sévère elle
pose énormément de difficultés thérapeutiques
et la mortalité reste la problématique numéro
une, alors que la forme bénigne est de traitement simple
et guérie constamment. C’est dire que pour le thérapeute
(réanimateur, gastroentérologue, radiologue et chirurgien),
il est de la plus grande importance de distinguer la forme sévère
de la forme bénigne pour opposer un traitement intensif à
la première et être au contraire le moins nocif et
interventionniste en face de la seconde.
Les mécanismes physiopathologiques étant imparfaitement
connus actuellement le traitement ne peut être que symptomatique,
s’adressant à la «toxémie pancréatique »
au début, à la «nécrose pancréatique »
et ses conséquences secondairement.
Sans aller jusqu’à opposer le traitement médical
à la chirurgie et vis-versa, il est beaucoup plus logique,
du moins au stade actuel, de faire bénéficier les
patients des effets salvateurs de l’un et l’autre pour
arriver à améliorer le pronostic de cette redoutable
affection.
II - Notion de gravité
La gravité de la pancréatite aiguë est corrélée
à la présence de l’inflammation et surtout à
l’étendue de cette dernière dans une première
phase. Secondairement, la gravité est liée à
la présence de nécrose tissulaire et son importance
ainsi qu’à l’évolution finale qui est
l’infection des tissus nécrosés.
Cette gravité est un élément essentiel à
connaître puisqu’il permet d’adopter l’attitude
la plus adéquate devant la maladie.
Plusieurs critères ont été définis dans
ce but. Il s’agit soit de scores multifactoriels (RANSON,
IMRIE, APACHE,...) qui classent en pancréatite sévère
et en pancréatite bénigne, soit de critères
mono factoriels (CRP, IL-6, calcémie...) qui donnent une
idée sur la présence de nécrose. Cette nécrose
et son infection constituent d’ailleurs toute la gravité
de la maladie.
Actuellement, il est possible de prédire la sévérité
d’une pancréatite aigue puisque c’est elle qui
s’accompagne d’atteintes viscérales, de nécrose
et plus grave encore de défaillances viscérales (stade
ultime). Il existe une atteinte cardiovasculaire si le patient présente
une PA systolique < 90 mm hg, une atteinte respiratoire si la
Pa O2 est < 60 mm Hg, une atteinte rénale si la créatinine
sanguine est > 20 mg/l et une atteinte hématologique s’il
existe une hémorragie digestive avec perte sanguine >
500 ml/ 24 heures.
Actuellement, le scanner garde un rôle capital dans la prise
en charge d’une pancréatite aiguë. C’est
le « gold standard ». Il faut noter
que l’IRM donne une bonne exploration du pancréas mais
à l’heure actuelle il n’y a pas de séries
importantes publiées.
Il faut savoir que la poussée pancréatique sévère
donne lieu au début à des complications générales
et à distance que sont les défaillances multi-viscérales
(cardio-vasculaire, rénale, respiratoire...) responsables
des décès au cours des 2 premières semaines
d’évolution. A partir de la 2ème semaine, les
complications locales de la nécrose tissulaire emporteront
les patients. Si dans le premier cas, les défaillances multi-viscérales
sont dues à la dissémination générale
des substances toxiques (Quinine, Phospholipase, Lipase,...), dans
le 2ème cas ce sont l’infection de la nécrose
- principale cause de décès- l’hémorragie
par ulcération vasculaire et les perforations intestinales,
qui sont les causes léthales (voir pour cette de sévérité
le chapitre annexe).
Nous verrons le traitement médical, ensuite le traitement
chirurgical et après comment les utiliser c’est-à-dire
les indications des différentes thérapeutiques.
III - Le traitement médical
A- Traitement standard
Ce traitement médical standard est le même dans
ses principes tant pour la forme bénigne que la forme sévère.
La différence entre ces deux dernières existe au
niveau de l’intensité de la thérapeutique
et le lieu de sa réalisation. Pour la forme bénigne
une hospitalisation dans un service de médecine ou de chirurgie
est possible avec des soins habituels alors que le patient atteint
d’une forme sévère doit être hospitalisé
dans un service de réanimation intensive.
Pour mener à bien ce traitement, le réanimateur
doit réaliser un monitorage qui se structure autour d’une
pression veineuse centrale (PVC), une pression artérielle
sanglante éventuellement, une surveillance de la saturation
artérielle en oxygène et une montée d’une
sonde de Swan-Ganz dans certains cas..
C’est un traitement symptomatique qui est toujours de mise.
Il comporte les
principes suivants :
1. La lutte contre la douleur :
Elle utilise des antalgiques usuels et même morphiniques
par voie parentérale. Le paracétamol est une bonne
drogue, alors que l’aspirine est contre-indiquée
(risque hémorragique et fréquence des interventions
chirurgicales au cours de l’évolution de la maladie).
Les dérivés morphiniques sont un bon moyen pour
lutter contre la
douleur de cette affection.
2. La lutte contre le choc
Elle vise à restaurer la volémie au moyen de solutés
cristalloïdes et / ou colloïdes. L’apport de
sang et de ses dérivés se fait selon les résultats
biologiques.
Un bilan précis des entrées et sorties permettra
avec l’aide des examens
biologiques de restaurer au mieux la volémie. Chemin
faisant, les troubles hydro-
électrolytiques, les modifications acido-basiques, l’hypocalcémie
l ’hypophosphorémie, l’hypomagnésémie
et l’hyperglycémie seront corrigés. Dans
les cas très sévères, ce volet thérapeutique
peut nécessiter plusieurs litres par jour à
cause de la séquestration liquidienne.
3. La lutte contre la dénutrition :
Elle permet un apport nutritionnel adéquat au cours de
cette affection
hypercatabolisante, après correction de l’état
hémodynamique et la fonction
respiratoire. Une alimentation parentérale est en général
mise en route au début
permettant la mise au repos du pancréas et intervenant
aussi comme moyen
thérapeutique visant à l’amendement de la
poussée de la pancréatite. Pour certains,
elle est l’arme essentielle de la thérapeutique.
Cette alimentation parentérale sera
remplacée par la voie entérale (jejunostomie)
chez les patients qui seront opérés.
Le patient aura besoin d’environ 3000 à 3500 cal/jour
et de 1g/Kg/jour d’azote.
4. La lutte anti-infectieuse :
L’apport d’antibiotiques est à l’heure
actuelle une thérapeutique qui est largement utilisée.
Elle a pour but de prévenir l’infection des foyers
de nécrose.
Il faut savoir que l’antibiotique a employer doit répondre
à deux objectifs que sont
La sensibilité du ou des germes à cet antibiotique
et la capacité de cet antibiotique
à arriver au niveau des foyers inflammatoires ou de nécrose
pour pouvoir agir sur
ces germes. Il faut savoir que peu d’antibiotiques arrivent
au niveau du pancréas. Il
semble que l’association ceftazidime- clindamycine soit
l’une des plus efficace
bien que ne couvrant pas les entérocoques. D’autres
antibiotiques ont une action
efficace ont été utilisés (Ciprofloxacine,
ofloxacine, imipinem, ceftazidime,
cefuroxime). Il est à noter qu’un antibiotique
tel que l’ampicilline n’est d’aucune
efficacité dans le traitement de la pancréatite
aigue. Certains auteurs utilisent la
voie orale avec comme objectif une décontamination intestinale
(diminuer les
effets de la translocation, source de germes à partir
du colon en général). Enfin, à
ce jour l’apport de l’antibiothérapie dans
la diminution de la mortalité n’a pas été
démontré d’une manière indiscutable.
Ceci fait que l’indication de l’antibiothérapie
n’a pas d’indication dans cette affection en dehors
d’une angiocholite associée.
La présence d’une cholécystite aigue est
par contre une indication d’une à
l’antibiothérapie.
5. La lutte contre la distension abdominale :
Elle utilise l’aspiration gastrique. Elle met au repos
le pancréas et le tube digestif
et permet de lutter contre la distension abdominale et la douleur.
B- Traitement des complications systémiques
de la maladie (appliqué en cas de pancréatite sévère) :
Au cours de l’évolution de la maladie on peut être
amener à faire les gestes suivants :
- Administration de drogues amines sous contrôle d’un
cathéter de Swan-Ganz.
- Evacuation d’un épanchement pleural.
- Ventilation à pression positive (spontanée).
- Ventilation à pression positive (assistée en
cas de détresse respiratoire).
- Héparinothérapie en cas de C.I.V.D. et perfusion
des facteurs de la coagulation (P.F.C., facteur V, perfusion
de plaquettes...).
Ce traitement est aidé et renforcé par des techniques
ayant pour but d’évacuer les substances toxiques,
d’empêcher leur déversement dans la circulation
générale et s’opposer ainsi à l’apparition
de leurs effets néfastes sur les organes tels que le coeur,
poumons, reins, ....
1- La dialyse péritonéale per-cutanée :
Elle consiste en l’introduction de deux cathéters
dans la cavité péritonéale pour des séances
de lavage avec un liquide dialyse à des quantités
importantes (jusqu’à 20 litres par jour).
Avantages : elle permet :
- L’amélioration clinique.
- La disparition de la douleur.
- La correction plus aisée de l’état de
choc.
- La diminution des complications respiratoires.
- La diminution de la mortalité précoce.
Cependant cette technique n’a pas d’influence sur
l’infection secondaire ainsi que la mortalité tardive.
Enfin, il apparaît logique de la proposer chez tout patient
présentant une ascite caractéristique, une insuffisance
rénale et particulièrement en cas de pancréatite
aiguë alcoolique.
2- Le drainage du canal thoracique :
Elle a les mêmes buts que la dialyse péritonéale.
Il permet d’évacuer la lymphe riche en enzymes
pancréatiques et autres substances toxiques.
Avantages : elle permet :
- La correction de l’instabilité cardio-vasculaire.
- La guérison du syndrome de détresse respiratoire
surtout.
Mais comme pour la dialyse péritonéale, cette
technique ne change rien dans l’évolution de la
nécrose et la mortalité tardive.
Les meilleures indications semblent être :
- Les patients atteints d’une instabilité cardio-respiratoire
et notamment une détresse respiratoire.
- Les patients qui risquent de présenter une détresse
respiratoire.
3- La C.P.R.E. avec sphinctérotomie :
Elle doit être pratiquée dans les 72 premières
heures, ou mieux dans les 48 premières heures suivant
l’admission d’une pancréatite aiguë
d’origine biliaire ou le début de la maladie. Passé
ce délai, cette thérapeutique n’a aucun
intérêt.
La sphinctérotomie est indispensable pour désobstruer
la voie biliaire principale en cas d’angiocholite et/ou
d’ictère obstructif associée à la
pancréatite aigue et ce quelque soit le délai
(même si le délai des 48 ou des 72 h est dépassé).
4- La ponction percutanée sous échographie ou
scanner :
Cette technique s’adressait à l’origine
aux collections apparues en cours de
traitement, alors qu’actuellement certains centres l’utilisent
pour drainer les
foyers de nécrose et essayent de trouver une place à
ce type de traitement
dans le cadre de la prise en charge de cette affection.
a- La ponction percutanée simple.
Elle permet de :
- Faire la distinction entre collection, pseudo-kyste et
abcès.
- Diagnostiquer une infection de la collection décelée
au scanner, et éventuellement son traitement par
la mise en place de drains avec lavage.
- Traitement des pseudo-kystes.
Avec cette technique, la guérison peut-être
obtenue avec des fréquences
variables. Mais dans la majorité des cas des abcès
et pseudo-kystes, la chirurgie
devient indispensable.
Tel est le traitement non chirurgical opposé à
une pancréatite aiguë sévère.
Mais au cours de l’évolution de cette affection,
la chirurgie à une place non
négligeable et vient actuellement rattraper les échecs
du traitement médical et
dans certains cas être indiquée d’emblée.
b- L’abord percutané pour traitement de la nécrose :
C’est un traitement qui a été utilisé
avec succès dans des cas de nécrose. Mais il
semble qu’il va falloir attendre une inclusion d’un
grand nombre de patients pour
pouvoir avoir un jugement définitif. Actuellement,
existent un abord dirigé grâce
à la tomodensitométrie et un abord rétro-péritonéal
et un traitement 0 endoscopique de la nécrose pancréatique.
IV - Le traitement chirurgical
A- Méthodes utilisées :
1- L’abord limité :
a- Abord limité et électif :
Il aborde le pancréas par voie postérieure,
en général postérieur. Ce geste
est préconisé par Fagniez devant un foyer de
nécrose abcédé.
b- L’abord endoscopique :
Cet abord a été rapporté par chez 6 patients
par L.P. Gambiez qui ont été traités
avec succès. Comme pour l’abord percutané,
il est encore trop tôt pour se
prononcer sur cette technique.
2- L’abord large ou classique (méthodes s’adressant
à la nécrose) :
a- Les résections pancréatiques :
A l’heure actuelle les résections pancréatiques
sont pour la majorité d’entres elle abandonnées
(notamment la duodéno-pancréatectomie céphalique
et la pancréatectomie totale). Les résections
gauches gardent une indication limitée surtout
lorsque les lésions sont très destructrices,
situées uniquement à gauche et que cette exérèse
permet de réséquer toutes ces lésions.
b- Les nécrosectomies et sequestrectomies :
Elles s’adressent aux tissus nécrosés
et se font par digitoclasie ou au bistouri. Le moment d’élection
de leur pratique se situe entre le 8ème et le 10ème
jour pour les nécrosectomies, et beaucoup plus tard
pour les séquestrectomies (> à 3 semaines).
Ces gestes concernent aussi bien le pancréas que les
coulées de nécrose à distance.
Ces nécrosectomies et sequestrectomies sont suivies
de mise en place de drainage.
C’est le geste le plus pratiqué à l’heure
actuelle.
c- Comment finir l’intervention (méthodes s’adressant
à la nécrose et l’infection résiduelles) :
Le drainage simple : par lame ou drain tubulé,
il est pratiquement inefficace pour pouvoir évacuer
les débris nécrotiques au fur et à
mesure de leur détachement. C’est un drainage
passif.
Le ventre ouvert :
C’est une méthode utilisée par E.L.
Bradley. Elle consiste à laisser le ventre ouvert
pour permettre au chirurgien de revenir autant de foisqu’il
sera nécessaire jusqu’à
ce que la cavité péritonéale soit
propre et indemne de tous foyers de nécrose ou
infectieux. C’est une méthode très
lourde à cause des reprises effectuées qui
peuvent être la cause decomplications. Cette modalité
s’accompagne de 21,2
% pour E. Bradley.
Le ventre fermé :
C’est une méthode pratiquée par H.
G. Beger. Elle consiste en une
irrigation-lavage utilisant une grande quantité
de sérum physiologiquedurant 24 à
48 heures. Elle est aussi très lourde comme la
précédente.Ces trois dernières
modalités de traitement de la nécrose résiduelledemandent
un personnel compétent
et dévoué. De même lesstructures doivent
disposer de moyens adéquats pour mener
correctement le plan thérapeutique pré-établi.
La mortalité avec cette modalité
est de 19,8 % pour H. G. Beger
Le drainage actif prolongé :
C’est une méthode qui se déroule en
deux phases : la première phase utilise un drainage
capillaire par sac de Mikuliecz. Un ou plusieurs sacs peuvent
être mis en regard d’un foyer de nécrose.
Le ou les sacs sortent soit à travers l’incision
soit par une contre-incision. Cette première phase
dure entre 10 - 16 jours (15) pendant Dans la deuxième
phase, un drain tronconique spécialement conçu
est vissé dans la cheminée et permet l’irrigation
continue à des foyers opératoires. Une à
deux fois par jour, le drain tronconique est retiré,
le cratère est irrigué en jet et le malade
est mis en position de drainage (décubitus ventral).
Le drainage de posture pendant 15’ jusqu’à
évacuation des débris nécrotiques et
purulents. A ce moment, le drain est remis en place. Ce
drainage est maintenu jusqu’à amélioration
franche des signes biologiques et tarissement des éliminations
pyonécrotiques, entre le 35ème et 45ème
jour. Ce drainage employé d’une façon
précoce a permis à l’équipe de
Saint-Antoine d’abaisser la mortalité des pancréatites
graves jusqu’à 16 %. Elle est efficace, mais
elle présente l’inconvénient d’avoir
ses propres complications comme les fistules digestives
dues aux modules de drainage.
Gestes chirurgicaux associés :
Il s’agit essentiellement de gestes pratiqués
devant une étiologie biliairelithiasique
et/ou une complication survenue au cours de l’évolution
de la maladie.
- La cholécystectomie : elle permet l’ablation
du réservoir de calculs et de la vésicule
généralement malade.
- Le contrôle radiologique des voies biliaires (Cholangiographie
peropératoire systématique), endoscopique
(Cholédocoscopie peropératoire), quand le
diamètre du cholédoque le permet.
- La cholédocotomie : faite devant une V.B.P.
lithiasique pour permettre la désobstruction ;
ailleurs, elle est faite en cas de doute sur la vacuité
de la V.B.P. et à titre d’exploration (faux
négatif à la cholangiographie per opératoire).
- Le drainage de la V.B.P. par drain transcystique ou
mieux par un drain de Kehr.
- La jéjunostomie d’alimentation à
la Witzel pour une alimentation entérale :
geste très important dans la prise en charge ultérieure
du patient, permettant un apport nutritionnel adéquat,
volet capital dans la prise en charge de la maladie.
- Résection ou stomie : en cas de fistule
digestive.
B- Comment opérer ?
1-Voies d’abord :
a) Laparotomie médiane
b) Bi-sous costale.
c) Transversale.
Ce sont les trois voies utilisées. Elles ont leurs avantages
et leurs inconvénients. En fait le choix de l’une
ou l’autre est affaire d’école.
2-L’exploration :
C’est un temps capital à mener avec douceur et
minutie. Il doit être complet et respecter les temps suivants :
a) Recherche des lésions en faveur de la pancréatite
aiguë.
b) Recherche des coulées de nécroses à
distance, au niveau des mésocôlons, de la racine
du mésentère.
c) Décollement duodéno-pancréatique par
manoeuvre de Kocher.
d) Ouverture de l’arrière cavité des épiploons
par effondrement des ligaments gastro-colique et gastro-hépatique
(petit épiploon).
e) Décollement des côlons droit et gauche.
f) Recherche d’une lithiase biliaire. La C.P.O. est
indispensable.
g) Pour GALL, une vérification de l’intégrité
du canal de Wirsung est indispensable, par une Wirsungographie
(puisque l’atteinte du Wirsung est associée à
un plus mauvais pronostic).
h) Ouverture de la capsule pancréatique.
Les gestes chirurgicaux dépendront de ce bilan lésionnel :
siège, intensité, lésions à distance,
lésions associées ou à l’origine (L.B.),
avec comme grande orientation, des nécrosectomies et drainage
actif. L’indication d’une exérèse semble
logique quand les lésions siègent à gauche
et sont importantes.
Tels sont les moyens actuels utilisés pour faire face à
une pancréatite aiguë sévère.
C- Comment les utiliser ?
Il semble que deux grandes tendances existent :
1-Une attitude conservatrice délibérée :
Elle s’adresse avec une chirurgie ne s’adressant
qu’aux complications évolutives (abcès,
nécrose, viscérale, pseudo-kystes....) plus qu’à
la nécrose elle-même. Elle utilise la méthode
de dialyse péritonéale, les perfectionnements
de
la réanimation (ventilation artificielle assistée,
assistance nutritionnelle, hémodialyse) et les ponctions
des collections péri pancréatiques sous scanner.
a- Avantages :
- Diminution de la mortalité précoce.
- Guérison possible sans chirurgie.
- Pas de sacrifice de tissu pancréatique.
b- Inconvénients :
- Pas d’action sur l’évolution tardive
et mortalité des complications surtout à type
d’abcès, hémorragie et perforationdigestive.
- Retard de la thérapeutique chirurgicale dans les
formes très sévères.
2- Une attitude chirurgicale délibérée
(ou chirurgie précoce) :
Elle a pour principe de proposer une intervention dès
que le diagnostic de nécrose est établi, en partant
du fait que la surinfection est constante après 2 à
4 semaines d’évolution dans les nécroses
étendues. Elle est au mieux pratiquée au
10ème jour ou la fin de la 2eme semaine, moment où
la nécrose est identifiable et détachable des
tissus sains.
a- Avantages :
- Traitement de la cause : lithiase biliaire.
- Drainage des foyers de nécrose.
- Traitement des fistules intestinales, hémorragies
et abcès.
b- Inconvénients :
- Sacrifice de tissu pancréatique sain en cas de
résection.
- Reprises itératives.
- Peut-être à l’origine de fistules digestives
et d’hémorragie (drains).
En fait, les deux attitudes ont un taux de mortalité de
15 - 20 %, ce qui dénote peut-être les progrès
de la réanimation et une heure chirurgicale mieux maîtrisée
que l’aspect des attitudes elles-mêmes.
V - Les indications de la chirurgie
A- Urgences :
1. Devant la hantise de laisser passer une autre affection.
2. Pancréatite fulminante, s’accompagnant d’un
choc gravissime et épanchement sanglant.
3. Pancréatite post-opératoire, car le doute étant
pratiquement toujours présent.
4. Pancréatite post-traumatique.
B- Chirurgie précoce (attitude
chirurgicale) :
Elle est pratiquée au cours de la 2ème semaine.
Son but est d’éliminer la nécrose constituée
pour éviter les complications tardives dues à la
surinfection (75% des foyers de nécroses s’infecteront).
L’indication sera posée sur :
1. L’aggravation de l’insuffisance rénale.
2. Persistance des troubles psychiques.
3. Augmentation du volume de l’épigastre.
4. Iléus persistant ou diarrhées (souffrance colique)
5. Troubles de la ventilation.
6. Elévation thermique.
Les signes biologiques d’aggravations ont des signes d’appoint
(hypoxie, acidose, hyperleucocytose).
C- Chirurgie secondaire :
La chirurgie secondaire (attitude conservatrice) ou chirurgie
des complications.
Elle s’adresse en général aux complications
1. Les abcès par abord large ou électif.
2. Les hémorragies.
3. Les fistules digestives internes ou externes.
4. Les pseudo-kystes.
D- Chirurgie au cours de la pancréatite
aigue bénigne d’origine biliaire :
La chirurgie est indiquée au cours de la pancréatite
aigue biliaire lors de la même hospitalisation (dans le
mois). Une cholécystectomie coelioscopique est actuellement
l’indication de choix afin de prévenir toute récidive.
De la même
manière si un ictère coexiste et /une angiocholite,
la sphinctérotomie endoscopique est indiquée quelque
soit l’heure d’hospitalisation du patient Par contre,
il n’ y a aucune indication à pratiquer une sphinctérotomie
endoscopique devant une pancréatite aigue bénigne.
E- Chirurgie au cours de la pancréatite
aigue bénigne en dehors de l’étiologie biliaire :
La chirurgie peut avoir une indication pour certaine étiologie
de la pancréatite aigue bénigne une fois la résolution
de la poussée obtenue, pour éviter une récidive.
Cela ne se consoit que si cette étiologie a été
recherchée et retrouvée bien entendu (pancréas
divisum, tumeur pancréatique,…..).
VI - Les complications au cours de la pancréatite
aiguë (sévère)
1- Complications précoces : « Phase de
la toxémie pancréatique. »
Elles sont d’ordre général surtout :
a) Choc.
b) Détresse respiratoire.
c) Insuffisance respiratoire.
d) Troubles psychiques.
e) Hémorragie (CIVD).
Ce sont les causes les plus fréquentes de la mortalité
pendant cette phase (les 2 premières semaines).
2- Complications tardives : « phase des complications
locales »
Ce sont les causes de mortalité durant la phase tardive
(au-delà de la 2ème semaine).
a) Abcès pancréatiques et péri-pancréatiques :
Jusqu’à 75 % des collections s’infectent
et l’abcès est constamment mortel en absence de
traitement (chirurgie). C’est la principale cause de décès,
avec un maximum à la 3ème semaine.
b) Fistules digestives : Fréquentes, intéressant
le côlon, duodénum, jéjunum et estomac.
c) Hémorragie par ulcération vasculaire.
d) Fistule pancréatique (atteinte du Wirsung).
e) Pseudo-kyste du pancréas.
f) Eviscération, suppuration.
VII - Résultats
1) Mortalité : elle est actuellement, inférieure
à 20 % pour les 2 attitudes.
2) Morbidité : elle est représentée
par les complications vues au chapitre précèdent.
Elle oscille entre 40 % et 90 %.
Cas particuliers : les réinterventions sont beaucoup
plus fréquentes en cas d’attitude chirurgicale que
conservatrice.
Tableau N° 1 : Mortalité dans la littérature pour les formes sévères
| Auteurs |
Année |
Mortalité
en % |
| R. Parc |
1989 |
16 |
| E. L. Bradley |
1994 |
14,1 |
| H. Dittrich |
1995 |
16,4 |
| H. Beger |
1997 |
15,3 |
| C. Louis |
2002 |
28,5 |
VIII - Conclusion
La pancréatite dans sa forme sévère garde
un pronostic réservé. Le malade qui en est atteint
est guetté par les complications générales
dans la phase précoce et par les complications locales au
cours de la phase tardive.
Mais, il faut noter que le pronostic a été nettement
amélioré, puisque la mortalité est passée
de 70-80 % il y a une trentaine d’années à moins
de 20 % dans les centres spécialisés. Ceci est du
aux progrès de la réanimation représentés
par la ventilation artificielle et l’alimentation (parentérale
et entérale). Sur le plan du diagnostic topographique des
lésions et du suivi notons l’apport décisif
du scanner alors que sur le plan de thérapeutique chirurgicale,
il semble que la technique de la nécrosectomie drainage actif
ait eu un effet favorable. Enfin, des efforts doivent être
fait dans la recherche de meilleurs critères de la nécrose
tissulaire pancréatique et péri-pancréatique
qui est au centre de toutes les difficultés.
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Annexes
A. Indices ou critères monofactoriels :
1- Dialyse péritonéale : analyse du liquide
recueilli : Couleur et quantité : Mc MAHON
- Obtention de plus de 10 cc de liquide d’ascite avant
le lavage et ceci quelque soit sa couleur.
- Ecoulement d’un liquide foncé et libre, quelque
soit son volume.
- Le retrait après lavage d’un liquide brunâtre.
Ces trois critères prédisent la sévérité
donc la gravité de la pancréatite aiguë.
2- Composition enzymatique du liquide de lavage : score
enzymatique :
- SE = 0 => si ni amylase ni lipase ne sont prédominants
dans le péritoine.
- SE = 1 => si l’amylase ou la lipase est prédominant
dans le péritoine.
- SE = 2 => si amylase et lipase prédominent dans
le péritoine.
- SE = 0 ou 1 => mortalité d’environ 5 %.
- SE = 2 => mortalité d’environ 28 %.
3- Calcium sanguin total :
Une calcémie basse (< 80 mg/l) implique un mauvais
pronostic. Mais il faut savoir que c’est un mauvais marqueur
de la nécrose pancréatique dans la mesure où
sa chute demande plusieurs jours être mise en évidence.
4- C.R.P. (Protéine C. Réactive) :
C.R.P. > 210 mg/l au cours des premiers jours, est prédictif
d’un mauvais pronostic. Ce critère semble un bon
indicateur précoce de nécrose.
5- Interleukine 6 (IL-6) :
IL-6 > 15 U /ml semble là aussi un indicateur précoce
(retrouvé plutôt que le C.R.P.) de nécrose
pancréatique.
6- P.M.N. (polymorphonuclen elastase) : Ce facteur est vu
plutôt que le C.R.P. de 24h aussi. Un taux supérieur
à 400ug/l est prédictif d’une poussée
sébvère.
7- A l’étude T.A.P. (trypsinogen activation peptide).
B. Les échelles pronostiques multi factorielles :
1-Score de RANSON :
Basé sur l’étude de 11 critères étudiés
à l’admission du patient et 48 heures après.
C’est le score qui a été le plus utilisé.
Il permet de prédire la sévérité de
la pancréatite aiguë, puisque avec trois critères
et plus la poussée est sévère.
Score de Ranson
| |
Toutes étiologies |
Lithiase biliaire |
| A l'admission |
| Age |
> 55 ans |
> 70 ans |
| Leucocytose |
> 16 000 /mm3 |
> 18 000 /mm3 |
| Glycémie |
> 10 mmol/l |
> 11 mmol/l |
| LDH |
> 350 UI/l |
> 400 UI/l |
| ASAT (**) |
> 250 USF (*) |
> 250 USF (*) |
| 48ème heure |
| Chute de l'hématocrite |
> 10% |
> 10% |
| Urée sanguine |
Augmentation > 0,02 g/l |
Augmentation > 0,02 g/l |
| Calcémie |
< 2,0 mmol/l |
< 2,0 mmol/l |
| Réserve alcaline |
Chute > 4 mEq/l |
Chute > 5 mEq/l |
| pO2 |
< 8 kPA |
< 8 kPA |
| Séquestration liquidienne |
> 61 |
> 41 |
| Albuminémie |
----- |
----- |
| (*) Unités Sigma Frankel
; (**) Aspartate aminotransférase |
2- Score d’IMRIE :
Basé sur l’étude de 10 critères très
semblables à celui de RANSON.
Là aussi, trois critères et plus indiquent un pronostic
sévère.
Score d'IMRIE
| |
Toutes étiologies |
Lithiase biliaire |
| A l'admission |
| Age |
> 55 ans |
> 70 ans |
| Leucocytose |
> 15 000 /mm3 |
> 15 000 /mm3 |
| Glycémie |
> 10 mmol/l |
> 10 mmol/l |
| LDH |
> 600 UI/l |
> 600 UI/l |
| ASAT ou ALAT (***) |
> 200 UI/l |
----- |
| 48ème heure |
| Urée sanguine |
Taux> 16 mmol/l |
Taux> 16 mmol/l |
| Calcémie |
< 2,0 mmol/l |
< 2,0 mmol/l |
| Réserve alcaline |
----- |
----- |
| pO2 |
< 8 kPA |
< 8 kPA |
| Séquestration liquidienne |
----- |
----- |
| Albuminémie |
< 32 g/l |
< 32 g/l |
| (***) Alanine aminotransférase |
3- APACHE II et APACHE III
Cette échelle est fondée sur la présomption
que la gravité d’une maladie aiguë, quelque
soit sa nature, peut-être appréciée en qualifiant
le degré d’anomalie de certains paramètres
physiologiques.
Cette échelle n’est pas spécifique de la pancréatite
aiguë. La version récente (simplifiée) tient
compte de 11 paramètres, ainsi que de l’âge
et l’état de santé antérieur.
Score allant de 0 à 71 points. Plus le score est élevé,
plus il y a des décès.
4- S.A.P.S.
5- M.R.C.
C. Le scanner « Gold standard »
dans le diagnoctic topographique :
Effectivement, le scanner est l’examen qui permet de confirmer
le diagnostic (donnée moins importante que le diagnostic
topographique) et de suivre l’évolution ainsi que certains
gestes thérapeutiques (ponctions).
- Injection de produit de contraste : parenchymographie.
- Les zones de défectes : le non rehaussement au produit
de contraste.
Celles-ci équivalent soit à une diminution de la
circulation capillaire soit à
un foyer de nécrose.
Les cinq stades reconnus sont (selon Balthazar) :
A - Pancréas normal : 0 point.
B - Glande pancréatique tuméfiée (augmentée
de volume) : 1 point.
C - Atteinte de la graisse péri-pancréatique :
2 points.
D - Existence d’au moins une collection extra-pancréatique :
3 points.
E - Existence de deux collections extra-pancréatiques ou
collection contenant des bulles gazeuses : 4 points.
Le même auteur a ajouté une deuxième classification
basée sur la nécrose qui s’établit comme
suit :
- Pas de nécrose : 0 points
- Nécrose < 30 % : 1 point
- Nécrose entre 30 % et 50 % : 2 points
- Nécrose > 50 % : 3 points
En général, on considère que les stades D
et E sont rencontrés le plus souvent dans les pancréatites
aiguës sévères, alors que les B et C le sont
dans les pancréatites aiguës bénignes.
On obtient un score en ajoutant les points pour chaque classification.
Ce dernier prédit la morbidité et la mortalité
selon 3 types de malades :
- < 3 points : Morbidité de 8 % et Mortalité
de 3 %
- 4 – 6 points : Morbidité de 35 % et Mortalité
de 6 %
- 7 – 10 points : Morbidité de 92 % et Mortalité
de 17 %
D- IRM :
C’est un examen qui semble promu à un très
bel avenir et pour certain il est aussi performant que le scanner.
Mais, à l’heure actuelle sa disponibilité reste
la plus grande des entraves à sa pratique
Dr. S. Berkane
Service de chirurgie viscérale (Pr. L. ABID) - Hôpital
de Bologhine - Alger
Année universitaire 2004-2005 - 14 janvier 2005 |