|
Un vaccin dans le cancer du col de l’utérus
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 18 octobre 2005
Un vaccin expérimental s'est révélé
efficace à 100% pour la prévention du cancer du col
de l'utérus causé par le papillomavirus humain (HPV)
de type 16 et 18, selon les résultats d'une étude
clinique de phase III présentée par un groupe pharmaceutique
américain, jeudi.
Le papillomavirus humain (HPV) de type 16 et 18, virus sexuellement
transmissible, est à l'origine de 70% des cancers du col
de l'utérus. Ce type de cancer engendre environ 300.000 décès
de femmes chaque année dans le monde.
Dans l'essai Future II, le vaccin anti-HPV a été comparé
au placebo auprès de 12.167 femmes de 16 à 26 ans
recrutées dans 13 pays à travers le monde (mais pas
en France). Elles ont été vaccinées au premier
jour de l'étude puis au deuxième et au sixième
mois. Les participantes sont restées HPV16 et HPV18 négatives
jusqu'à la troisième injection. Le suivi a duré
en moyenne deux ans après l'inclusion.
Les résultats ont montré dans le groupe vacciné
une prévention totale contre des lésions pré-cancéreuses
du col de l'utérus de haut grade ou grade modéré,
ou des cancers du col de l'utérus non invasifs associés
à HPV16 et HPV18.
En revanche, 21 cas de cancer du col de l'utérus ont été
relevés dans le groupe placebo.
L'étude rapporte également des résultats en
intégrant les femmes qui ont été infectées
par HPV16 ou HPV18 après la première vaccination ou
qui n'ont pas respecté le protocole (par exemple, en ne se
présentant pas aux visites de contrôle prévues).
Au terme d'une période de suivi de deux ans, la réduction
du risque a alors atteint 97% avec un cas dans le groupe vacciné
et 36 dans le groupe placebo.
Globalement, aucun arrêt thérapeutique n'a été
observé en raison d'un effet secondaire grave. Les effets
dont le plus fréquent résidait en une gêne sur
le site d'injection, se sont révélés plus élevés
dans le groupe vacciné que dans le groupe placebo.
L'essai Future II fait partie d'un programme de phase III portant
sur 33.000 personnes dans 33 pays.
Les données de Future II doivent être présentées
vendredi lors du congrès annuel de la Société
américaine des maladies infectieuses (IDSA).
Les chercheurs estiment que ce vaccin devrait être prescrit
aux jeunes adolescentes afin de garantir une efficacité maximale
mais certains craignent que cela encourage des relations sexuelles
précoces.
Le vaccin contre le papillomavirus humain devrait faire l'objet
d'une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM)
aux Etats-Unis d'ici la fin de l’année.
"The Will Rogers phenomenon" ou comment
concilier survie et artéfact statistique dans le cancer de
la prostate
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 3 octobre 2005
L'amélioration du taux de survie du cancer de la prostate
observée depuis environ dix ans s’expliquerait-il par
une évolution du diagnostic et non pas par un véritable
progrès médical ?
Vingt ans en arrière, les anatomopathologistes attribuaient,
de manière assez routinière un score de Gleason allant
2 à 5 aux nouveaux cas de cancer prostatique, indiquant une
tumeur peu sévère.
De nos jours, les scores de Gleason faibles ne sont que très
rarement pris en compte et ces mêmes pathologistes qui hier
ne "mouillaient " facilement hésitent de nos jours à
attribuer un score bas à une tumeur car ce dernier est souvent
augmenté après l'analyse de la tumeur complète
suite à l'ablation chirurgicale.
Parallèlement, une amélioration de la survie du cancer
de la prostate à cinq et dix ans a été rapportée
par plusieurs études fondées sur l'analyse des scores
de Gleason, tandis que l'incidence des cancers à faible score
a diminué.
Afin de déterminer si ce déclin résulte de
l'évolution du diagnostic, les auteurs de cette étude
ont donc collecté les données médicales et
les biopsies de 1.858 hommes ayant reçu un diagnostic de
cancer de la prostate entre 1990 et 1992.
En se fondant sur la méthode de diagnostic actuelle, un pathologiste
a ensuite attribué un score à chaque échantillon
des tissus d'origine.
Dans cette nouvelle analyse, 55% des cancers ont reçu des
scores plus élevés que leurs scores d'origine et le
score moyen est ainsi passé de 5,95 à 6,8.
En conséquence, le taux de mortalité (calculé
à partir des scores de Gleason actuels) est apparu 28% plus
bas que le taux d'origine (1,50 morts contre 2,08 pour 100 personnes-années)
malgré un nombre de décès inchangé.
Les auteurs suggèrent que certaines tumeurs qui se voient
aujourd'hui attribuer un score élevé sont en réalité
surclassées et leur risque surestimé. L'amélioration
apparente des résultats cliniques est une conséquence
de la diminution de nombre de cancers à score faible.
Moralité, l'inflation des scores s'inscrit sans doute dans
un phénomène plus général et insidieux
de surdétection et de surtraitement du cancer de la prostate
!
Références : Prostate
cancer and the Will Rogers phenomenon
Albertsen PC, Hanley JA, Barrows GH, Penson DF, Kowalczyk PD, Sanders
MM, Fine J.
Journal of the National Cancer Institut, 7 septembre 2005, vol.
97, n° 17, p. 1.248-53 ; 1.236-1.237.
Des auto anticorps plus efficace que le PSA
dans le dépistage du cancer de la prostate
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 3 octobre 2005
La détection précoce du cancer de la prostate par
le dosage du PSA a montré ses limites avec un taux élevé
de faux positifs d' environ 80% conduisant à des biopsies
prostatiques souvent inutiles.
Des études ont montré que les patients atteints de
cancers produisaient des auto-anticorps dirigés contre les
antigènes de leurs tumeurs, suggérant le rôle
potentiel de ces auto-anticorps dans le diagnostic et le pronostic
des cancers.
Aux USA , des chercheurs de l'université de Michigan ont
développé une banque de bactériophages. Ces
derniers fixent spécifiquement 22 antigènes spécifiques
du cancer de la prostate grâce à leurs protéines
de surface.
Secondairement, des lysats de phages ont été utilisés
pour créer un microréseau de protéines capables
de capturer les auto-anticorps dans le sérum des patients.
Le détecteur des 22 antigènes du cancer de la prostate
a objectivé une spécificité de 88,2% et une
sensibilité de 81,6% dans la discrimination entre des échantillons
de sérum recueillis sur 60 patients souffrant de cancer de
la prostate et ceux émanant de 68 témoins.
Parmi les patients présentant un taux de PSA compris entre
2,5 et 10 ng/ml, le détecteur de protéines de phage
avait un pouvoir de dépistage des échantillons de
personnes atteintes de cancer supérieur à celui du
dosage de PSA.
Les résultats étaient conformes aux autres facteurs
de diagnotic clinique et pathologique tels que le niveau de PSA,
Le score de Gleason, le stade et la présence ou l'absence
de récurrence du PSA.
En revanche, ce test était moins précis pour identifier
les patients ayant subi une prostatectomie ou une maladie résistante
aux hormones. Les résultats de cette étude devront
être confirmés dans de plus importants essais prospectifs.
Les auto-anticorps dirigés contre les peptides de tissu de
cancer de la prostate pourraient être utilisés dans
le dépistage et le pronostic du cancer de la prostate mais
également pour mettre au point des vaccins contre le cancer.
Références : Autoantibody Signatures
in Prostate Cancer
Xiaoju Wang et al.
NEJM, 22 septembre 2005, vol.353 : p.1224-35
L'efficacité de l'hormonothérapie
anti-androgénique dépend-elle du traitement de première
ligne dans le cancer de la prostate ?
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 20 septembre 2005
C'est sur les constatations chez des patients traités par
une hormonothérapie anti-androgénique après
échec de la prostatectomie d’une survie bien meilleure,
contrairement à ceux pour lesquels une radiothérapie
en première intention a échoué, que l'auteur
de cet article (Swanson, Cancer Care Northwest à Washington)
fait le point sur l'utilisation répandue de l'hormonothérapie
par les anti-androgènes dans le cadre des récidives
et sur le fait qu'il n'y a pas d'études sérieuses
de l'évaluation de la réponse au traitement après
un échec de la chirurgie ou de la radiothérapie.
Cette équipe s'est donc penchée sur les dossiers
de 94 patients pour lesquels la radiothérapie avait été
le traitement de première intention avec échec et
67 autres pour lesquels la prostatectomie n'avait pas permis le
contrôle de la maladie (tous recevaient par ailleurs un traitement
hormonal anti-androgénique).
Après 29 ans de suivi, 78% des patients du groupe radiothérapie
sont décédés, contre 64% dans le groupe des
patients prostatectomisés.
Parmi les patients irradiés et en échec thérapeutique
62% sont décédés de leur cancer en moyenne
à 5 ans.
La survie est pratiquement doublée (9,80 ans) pour la moitié
des patients prostatectomisés et en échec de l'intervention
cependant sans maladie métastatique.
La mortalité est plus élevée chez les malades
présentant une maladie métastatique et traités
par radiothérapie (93%), une survie moyenne de 2,34 ans.
Les patients traités par chirurgie ont une mortalité
de 69% et une survie moyenne de 3,27 ans.
Moralité, je vous laisse méditer sur la question
suivante : la survie des patients atteints d'un cancer prostatique
et traités par anti-androgènes (après progression
post-chirurgicale) est-elle supérieure à celle des
patients traités par hormonothérapie anti-androgénique
(après échappement post-radiothérapique) ?
Enfin c'est ce que l'auteur voudrait nous faire admettre !....
Références : Failure after primary
radiation or surgery for prostate cancer: differences in response
to androgen ablation.
Swanson GP, Riggs M, Earle J.
J Urol. 2004 Aug; 172(2):525-8.
Supériorité de la thalidomide
sur la chimiothérapie du myélome multiple : ou la
mort du VAD !
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 20 septembre 2005
Le traitement du myélome multiple des os est longtemps resté
basé sur la combinaison d’un alkylant et d’une
corticothérapie (c’est le classique Alexanian, associant
alkéran et prednisone). L’introduction de la greffe
de moëlle il y a une vingtaine d’années a demandé
que les patients soient « préparés » à
la greffe et le protocole de la Mayo Clinic dénommé
VAD a vu le jour. Cette combinaison de chimiothérapie associant
vindésine, adryamicine et déxaméthasone est
rapidement devenue la base du traitement pour de nombreuses équipes,
malgré sa toxicité et son effet modeste.
Depuis quelques temps de nouvelles molécules sont disponibles
ou ont de nouvelles indication il s’agit de la thalidomide
et du bortézomib. Cependant leur place respective dans l’arsenal
thérapeutique de la maladie reste à démontrer.
On reprochait en effet au VAD de comporter deux molécules
sans grande effet sur les cellules myélomateuses (vindésine,
adryamicine) et beaucoup pensaient que la déxaméthésone
jouait le rôle thérapeutique majeur. La pose obligatoire
d’une voie centrale et un séjour à l’hôpital
alourdissaient encore le protocole VAD.
La combinaison thalidomide et déxaméthasone a pour
beaucoup l’avantage de la facilité et de l’efficacité,
encore faut il le démontrer. C’est maintenant chose
faite dans un travail publié dans Blood et qui compare le
VAD à la combinaison Thal-Dex (thalidomide et déxaméthasone)
et montre la supériorité de cette dernière
Le but du travail est donc de comparer les effets respectifs de
VAD et Thal-Dex comme traitement de première ligne chez des
patients souffrant d’un myélome et devant recevoir
une greffe de moëlle. Le travail analyse les résultats
de 200 patients inclus dans deux étude successives entre
1996 et 2004. Le premier groupe de 100 patients a reçu Thal-Dex
puis l’auto greffe et le second groupe a reçu VAD pendant
4 mois puis la greffe.
Les patients étaient appariés pour l’âge,
le sexe, le stade de la maladie et le taux de 2-microglobuline sérique.
La comparaison est sans appel, la combinaison Thal-Dex provoque
significativement plus de réponses que VAD (76% contre 52%,
p<0,001) et provoque une réduction de la masse tumorale
bien supérieure à VAD que ce soit sur les myélomes
IgG ou IgA (respectivement p 0,02 et 0,03). Les toxicités
les plus fréquentes dans Thal-Dex sont surtout des thromboses
veineuses (15%) et dans VAD des agranulocytoses (12%). Dans les
deux groupes, 91% des patients ont pu être greffés
; la médiane des cellules CD34+ collectées dans chaque
groupe était de 7,85 x 106/kg dans le groupe Thal-Dex group
et de 10.5 x 106/kg dans le groupe VAD.
Chose curieuse le taux de réponse de 52% dans le groupe VAD
est identique à celui observé dans plusieurs études
chez les patients recevant la déxa seule, reflétant
bien l’absence d’intérêt des deux autres
molécules qui sont par ailleurs très neuro et cardio
toxiques.
L’éditorial qui accompagne ce travail est qui est signé
de la Mayo clinic ou le VAD avait été créé,
prononce l’oraison funèbre de ce protocole, c’est
dire l’impact du travail publié.
La combinaison Thal-Dex est donc à considérer comme
efficace et bien toléré chez les patients devant être
préparés pour une auto greffe de moëlle. Le faible
coût de la molécule, et son administration orale sans
besoin de voie central ni de séjour hospitalier sont autant
d’avantages importants qui , en plus de son efficacité
doivent inciter les cliniciens à l’utiliser en première
intention avant une auto greffe de moëlle. La place de cette
stratégie chez les sujets non greffables reste à évaluer.
Un nouveau marqueur des cancers du testicule
au stade très précoce : l'AP-2gamma
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 14 septembre 2005
Une équipe danoise a récemment identifié un
marqueur permettant le diagnostic du cancer testiculaire à
un stade précoce, ce qui laisse présager de la mise
au point d'un test de dépistage simple et non invasif dans
un avenir proche.
Des chercheurs ont découvert que le gène TFAP2C, qui
dirige la synthèse de la protéine AP-2y, s'exprimait
dans les cellules CIS.
Des travaux ont montré que les cellules des carcinomes testiculaires
in situ (pouvant être décelées dans le sperme
des patients atteints d'un cancer du testicule, mais la détection
de ces cellules est difficile et longue, et les méthodes
utilisées ne sont pas suffisamment fiables) pouvait ainsi
servir de marqueur diagnostique de ce cancer.
La protéine AP-2y n'est pas exprimée dans les organes
reproducteurs adultes normaux, mais est abondante dans les noyaux
des cellules CIS et des cellules tumorales et n'est pas dégradée
dans le sperme.
Les chercheurs ont analysé le sperme de 12 patients atteints
d'un cancer du testicule et l'ont comparé à celui
d'hommes indemnes mais également de sujets souffrant d'un
autre cancer ou présentant des problèmes de fertilité.
Les chercheurs ont ainsi détecté la présence
de la protéine AP-2y dans les cellules prélevées
chez un sujet sain.
Le recours à AP-2y comme marqueur des cellules CIS apparaît
comme une méthode simple de diagnostic du cancer du testicule,
qu'il faudra cependant évaluer plus soigneusement pour une
utilisation clinique. Dans l'essai, le test a permis de détecter
5 des 12 cas connus de cancer du testicule et, si l'on ajoute le
cas du jeune homme, la sensibilité du test s'élève
à 46%. Aucun cas de faux-positif n'a été rapporté,
témoignant de la grande spécificité du test.
La faible sensibilité du test peut être due au faible
volume de sperme utilisé ce qui suggère soit de répéter
les analyses, soit d'analyser des plus gros volumes. Ce point doit
être examiné par l'étude qui est en cours et
qui porte sur un plus grand nombre de participants.
Si cette nouvelle étude venait à confirmer l'efficacité
de ce test de dépistage simple et non invasif du cancer du
testicule, il pourrait être proposé aux jeunes hommes
à risque en raison d'une atrophie des testicules, d'antécédents
de cryptorchidie ou ayant des difficultés à concevoir.
Rédacteur : Dr Merad-Boudia
Références :
A
subfertile patient diagnosed with testicular carcinoma in situ by
immunocytological staining for AP-2{gamma} in semen samples: Case
report.
Hoei-Hansen CE, Rajpert-De Meyts E, Carlsen E et al.
Hum Reprod. 2005 Mar;20(3):579-82. Epub 2005 Jan 13.
Faut-il abolir le "dogme " de la valeur
seuil du taux de PSA ?
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 14 septembre 2005
Le dépistage du cancer de la prostate passe par la mesure
du taux de PSA et l’examen clinique (sans oublier l’anamnèse
qui reste primordiale) ; par ailleurs, bien que son intérêt
dans la réduction de la mortalité soit controversé,
une biopsie de la prostate est préconisée en seconde
intention, lorsque le taux de PSA a dépassé la valeur
seuil de 4 ng/ml.
Les auteurs de l’article paru dans le JAMA de Juillet 2005
réfutent la "notion" de valeur du taux de PSA hautement
sensible et hautement spécifique et préfèrent
abolir le dogme d’une valeur seuil, en deçà
de laquelle, le risque de cancer de la prostate serait inexistant.
Le Dr Ian M. Thompson et ses collègues (l’université
du Texas à San Antonio) ont mené une étude
de 1993 à 2003 dans 221 centres anticancéreux Américains
afin de déterminer l'efficacité du dosage du PSA à
partir des données d'un essai de prévention du cancer
de la prostate.
Cette étude a porté sur une cohorte de 18.882 hommes
âgés d'au moins 55 ans, non malades et avec un taux
de PSA inférieur ou égal à 3 ng/ml et un toucher
rectal normal.
Le recul de cette étude est de 7 ans et les patients surveillés
ont eu le droit à un dosage du PSA et un toucher rectal annuel.
En cas de résultat anormal à l'un ou l'autre de ces
deux examens, une biopsie était recommandée mais de
toutes les façons cet examen était réalisé
à la fin de l'étude chez tous les participants.
Dans le cadre de cette étude, les auteurs ont inclus 8.575
hommes dans un groupe placebo. Un cancer de la prostate a été
détecté chez 22% d'entre eux.
Les auteurs ont remarqué que pour les valeurs limites de
1,1 ng/ml, 2,1 ng/ml, 3,1 ng/ml et 4,1 ng/ml, la sensibilité
était respectivement de 83,4%, 52,6%, 32,2% et 20,5% et la
spécificité de 38,9%, 72,5%, 86,7% et 93,8%.
Une valeur seuil de 4,1 ng/ml communément admise s'accompagnerait
d'un taux de faux positifs atteignant 6,2% mais détecterait
seulement 20,5% des cancers.
Afin d’améliorer ce taux de détection, il faudrait
donc abaisser la valeur seuil à 1,1 ng/ml, ce qui permettrait
de détecter 83,4% des cancers, mais avec un taux de faux
positifs de 61,1%.
La valeur seuil de 2,6 ng/ml récemment recommandée
ne permettrait de détecter que 40,5% des cas de cancer. Les
auteurs concluent qu’il n'existe donc pas de valeur seuil
qui soit à la fois "hautement sensible et hautement
spécifique".
Le délai dans le diagnostic des tumeurs de haut grade avant
que le taux de PSA n'excède la valeur seuil actuellement
utilisée pourrait également expliquer pourquoi il
y a 35% de risque de traitement après une prostatectomie
radicale, sans doute due à une récidive. Cependant,
abaisser le seuil aurait deux conséquences : un taux accru
de biopsies et la possibilité d'une détection et d'un
traitement plus élevés des cancers sans conséquences
biologiques.
Le temps est donc venu de réviser nos dogmes et nos attitudes
vis à vis de nos patients, et cela passera sans aucun doute
par une rééducation à la fois des patients
et du corps médical, à l'idée qu'il existe
un risque de cancer de la prostate quelle que soit la valeur du
taux de PSA et qu'il n'existe, à l'inverse, pas de valeur
seuil à partir de laquelle une biopsie doit être recommandée.
Moralité, patient et médecin évalueront ensemble,
en concertation, les valeurs de sensibilité et de spécificité.
La combinaison du taux de PSA avec l'histoire naturelle de la maladie
permettront de déterminer si une biopsie est nécessaire.
Références : Operating Characteristics
of Prostate-Specific Antigen in Men With an Initial PSA Level of
3.0 ng/mL or Lower
Ian M. Thompson et al.
JAMA - 6 juillet 2005, vol. 294, p. 66-70
Dépistage précoce du cancer de la prostate
par le dosage du PSA
Dr Merad-Boudia.Z, Chef de Service, Unité d'Oncologie,
CH de Boulogne-sur-mer - 14 septembre 2005
Des chercheurs canadiens continuent a alimenter la controverse
sur cette approche diagnostique en affirmant que le dépistage
précoce du cancer de la prostate par le dosage du taux de
PSA chez les hommes asymptomatiques réduit de 35% le risque
de décès par métastase.
Cette étude cas contrôle menée par le Pr Jacek
Kopec (Colombie britannique) a porté sur 236 hommes atteints
d'un cancer de la prostate métastatique avancé et
sur 462 sujets sains.
A partir d'informations recueillies auprès des participants
sur leur mode de vie, leur passé médical, leurs données
médicales et leurs antécédents de dépistage,
les auteurs montrent que le dépistage du PSA chez les hommes
asymptomatiques réduit de 35% leur risque de cancer métastatique
de la prostate.
Pour les auteurs, ces résultats inattendus sont suffisamment
puissants sur le plan statistique pour écarter tout
doute possible quant à l'inutilité du dépistage
précoce de la prostate par le dosage du taux de PSA sérique.
Cette étude montre un bénéfice assez
significatif même chez les hommes qui ne sont pas dépistés
régulièrement? Cela suppose un plus grand bénéfice
du dépistage "organisé"...
Références : Screening with prostate
specific antigen and metastatic prostate cancer risk: a population
based case-control study
Jacek Kopec, Vivek Goel et al.
Journal of Urology, juillet 2005.
Cancer colorectal et Bevacizumab en première
ligne métastatique chez les patients fragiles et / ou âgés.
Dr Merad-Boudia Zoher - 11 juillet 2005
Si l’heure est aux thérapies ciblées et si
le bevacizumab en association à l’irinotécan,
le 5 fluoro-uracile et la leucovorine a montré une supériorité
par rapport au schéma sans bevacizumab en termes de taux
de réponses, de TTP, et de survie [1], il est clair que ce
schéma thérapeutique ne peut convenir aux patients
âgés et fragilisés compte tenu de sa toxicité
potentielle. Les auteurs ont donc pensé un essai de phase II,
ciblant une population particulière (âge > 65 ans,
ECOG (PS) = 1 ou 2, albuminémie < 35 mg/l
ou ATCD d’irradiation abdominale/pelvienne).
Ils ont proposé à 209 patients non candidats à
une chimiothérapie potentiellement toxique, le schéma
thérapeutique suivant :
FU 500 mg/m² bolus/leucovorine 500 mg/m² sur
2 h en hebdomadaire, 6 semaines sur 8 (schéma de Roswell
Park)
avec randomisation entre un bras bevacizumab 5 mg/kg et un
bras placebo/2 semaines et ce, jusqu’à progression
ou jusqu’à la fin de l’étude.
L’étude rapporte 23 semaines de traitement en moyenne
dans le bras placebo et 31 semaines dans le bras bevacizumab. Voici
les résultats en termes d’efficacité :
| |
Bevacizumab/FU/LV |
Placebo/FU/LV |
|
Médiane de
survie (mois) |
16,6 |
12,9 |
HR=0.79
(IC 95% : 0.56-1.10)
P=0.16 |
| PFS (mois) |
9,2 |
5,5 |
HR= 0.50
(IC 95% : 0.34-0.73)
P=0.0002 |
Taux de réponses
(%) |
26% |
15,2% |
P=0.055 |
Durée de réponse
(mois) |
9,2 |
6,8 |
HR=0.42
(IC 95% : 0.15-1.17)
P=0.088 |
Le seul avantage en survie globale a été observé
pour les patients présentant une albuminémie de base
< 3.5 g/dl (HR=0.46 ; IC 95% : 0.29-0.74 ;
p=0.001). En ce qui concerne les effets secondaires, on observe
une majoration globale de la toxicité de grade III-IV
de l’ordre de 16% dans le groupe bevacizumab mais qui reste
toutefois acceptable.
Plus particulièrement, on note plus d’hypertension
artérielle de grade III (16%) et plus de thromboses
artérielles (occlusions artérielles, IDM et AVC) ainsi
que la survenue d’une protéinurie chez 38% des patients.
Pas de toxicité de grade IV en ce qui concerne l’HTA
et la protéinurie. Pas d’effet délétère
sur la qualité de vie non plus.
Le critère de jugement principal était, bien entendu,
la survie globale. Les auteurs n’ont pu donc atteindre leur
objectif, celui de montrer une réduction de la mortalité
de plus 39%. À l’origine de cet échec, il est
évoqué une taille de l’échantillon insuffisante
et les multiples lignes de chimiothérapies proposées
aux patients après échec du schéma initial.
Au total, il s’agit d’un schéma prometteur et
la toxicité reste acceptable chez cette population bien ciblée.
Références [1] :
Addition
of bevacizumab to bolus fluorouracil and leucovorin in first-line
metastatic colorectal cancer: results of a randomized phase II trial.
Kabbinavar FF, Schulz J, McCleod M et al.
J Clin Oncol. 2005 Jun 1;23(16):3697-705. Epub 2005 Feb 28.
Traitement
des cancers colorectaux métastasiques par anticorps monoclonal
humanisé anti-VEGF.
France Cancer - Revue de presse n°229 du 8/6/2004.
Bevacizumab
plus irinotecan, fluorouracil, and leucovorin for metastatic colorectal
cancer.
Hurwitz H, Fehrenbacher L, Novotny W et al.
N Engl J Med. 2004 Jun 3;350(23):2335-42.
Première méta-analyse des EPO
sur la survie des cancers
Dr Merad-Boudia Zoher - 11 juillet 2005
Cette méta-analyse fait le point sur pas moins de 1 500
essais randomisés retrouvés dans la littérature
entre 1985 et 2001.
Les signataires de ce gros travail ont individualisé 27 études
répondant aux critères de prescription AMM sur des
études bien menées et dans des indications AMM.
Ces études ont été retenues sur les critères
suivants :
prescription d'une EPO pour au moins 4 semaines
dans des pathologies oncologiques sur tumeurs solides
une anémie
la randomisation contre placebo
et enfin la possibilité de récupérer l'intégralité
de la publication.
Sur ces 27 études, on retiendra un total de 3 287 dossiers
patients analysables correctement.
La principale complication est le risque thromboembolique (RR=1.58)
mais non significative, la réduction significative des besoins
transfusionnels, en particulier pour les patients avec un chiffre
de l'Hb inférieur à 10 g, mais surtout un maigre
bénéfice en survie globale sous EPO (RR décès
= 0.81) ; IC 95% : (0.67-0.99).
En fait, on reste toujours sur des thérapeutiques palliatives
et sur comment améliorer la qualité de vie :
attention tout de même aux EPO à fortes doses hebdomadaires
et au boost tumoral décrit par certains auteurs…!
Références :
Recombinant
human erythropoietin and overall survival in cancer patients: results
of a comprehensive meta-analysis.
Bohlius J, Langensiepen S, Schwarzer Get al.
J Natl Cancer Inst. 2005 Apr 6;97(7):489-98. Review.
|