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| Principales
complications biologiques des traitements des cancers |
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6-A.2 L’anémie
L’atteinte de la lignée érythrocytaire
est inconstante. Des signes de dysérythropoïèse
en particulier une macrocytose (surtout avec les anti-métabolites)
sont souvent associés. L’installation de l’anémie
est généralement progressive; elle peut être
parfois rapide quand elle comporte une composante hémolytique
(cas du traitement par Cisplatine ou par Mitomycine C). Les
sels de platine peuvent par leur toxicité rénale
progressive provoquer une anémie par baisse de sécrétion
de l’érythropoïetine. Le traitement curatif
ou préventif consiste à administrer des facteurs
de croissance de la lignée érythrocytaire dès
le début de la chimiothérapie si le taux d’hémoglobine
est inférieur à 11 g/100 ml, à raison de
150 UI/kg/j d’érythropoïétine recombinante
humaine (trois injections par semaine dès le début
du traitement cytotoxique à poursuivre jusqu'à
trois semaines après l’arrêt de ce traitement)
:EPREX ou NEO-RECORMON
Des anémies hémolytiques peuvent aussi être
observées. Elles sont rares et témoignent d’une
toxicité spécifique à certains cytotoxiques
:
- la Mitomycine est responsable d’une anémie
hémolytique et d’une microangiopathie thrombotique
apparaissant à partir de doses cumulatives de 60 mg/m².
Cette toxicité grave est généralement
irréversible ;
- le Cisplatine peut dans de rares cas être responsable
d’une anémie hémolytique.
Les patients soumis à une chimiothérapie doivent
être surveillés régulièrement et
transfusés dès que le taux d’hémoglobine
devient inférieur à 7 g/100 ml mais ce seuil pourra
être rehaussé selon le terrain cardio-vasculaire
et la tolérance clinique.
6-A.3 La thrombopénie
Quand elle survient, la thrombopénie est décalée
de quelques jours par rapport à la neutropénie.
Elle est moins fréquente que celle-ci. Certains produits
sont spécifiquement toxiques sur la lignée plaquettaire
: on peut citer le Carboplatine et les nitroso-urées,
responsables de thrombopénies retardées de 4 à
6 semaines après traitement. Le risque hémorragique
ne devient net que si la thrombopénie est inférieure
à 20 000 g/mm3. Il existe un certain consensus actuel
pour ne proposer des transfusions prophylactiques de plaquettes
que pour des thrombopénies inférieures à
10 000/mm3 sauf en cas d’autres facteurs de risques hémorragiques
associés : lésions digestives, métastases
cérébrales ou trouble de coagulation associé.
Bien entendu, la décision de transfusion plaquettaire
peut être prise sur des critères cliniques : pétéchies
extensives, hémorragie muqueuse ou hémorragie
constatée lors de l’examen du fond d’oeil.
La récupération spontanée se fait généralement
comme pour la neutropénie mais certaines chimiothérapies
peuvent être responsables de thrombopénie prolongée
(exemple du Busulfan).
6-A.4 Troubles de la coagulation
Certains agents anticancéreux sont susceptibles d'entraîner
des troubles de la coagulation exposant le patient à
un risque hémorragique et/ou thromboembolique.
Utilisée surtout au cours de traitement des leucémies,
l’Asparaginase entraîne une inhibition de la synthèse
des facteurs de coagulation comme les facteurs Vitamino-K dépendants
à savoir antithrombine III, facteurs II, VII, IX et X.
Ceci impose une surveillance régulière de l’hémostase
2 fois par semaine au cours d’une chimiothérapie
par Asparaginase.
La Dacarbazine a parfois été rendue responsable
d’une maladie veino-occlusive du foie dont la cause demeure
inconnue.
La Mitomycine C est associée à des complications
hémorragiques liées à une diminution des
facteurs Vitamino-K dépendants.
6-B - Complications métaboliques et rénales
communes
6-B.1 La néphropathie uratique
L’acide urique est un acide organique essentiellement
éliminé par le rein. Lors d’un traitement
chimiothérapique actif la lyse cellulaire induite libère
de grandes quantités d’acides nucléiques
dont le catabolisme génère dans l’organisme
une augmentation de la quantité d’acide urique.
Celui-ci subit une filtration glomérulaire, une réabsorption
puis une sécrétion tubulaire proportionnelle à
son taux plasmatique.
Le pH urinaire est un élément essentiel de son
élimination. A pH bas (< 6), l’acide urique
est peu ou non dissocié ce qui favorise la formation
de cristaux d’urates. La solubilité de l’acide
urique dépend aussi de sa concentration dans les tubules
distaux et les canaux collecteurs (la limite de solubilité
de l’acide urique passe de 150 mg/l à 2000 mg/l,
lorsque le pH varie de 5 à 7). La baisse du pH urinaire
associée à l’augmentation du pool de l’acide
urique (phénomène observé lors d’une
lyse cellulaire) peut donc entraîner une précipitation
de cristaux d’urate dans la lumière des tubes contournés
distaux et des tubes collecteurs.
L’insuffisance rénale aiguë qui en résulte
est souvent anurique. La prévention a pour objectif de
diminuer la concentration tubulaire d’acide urique en
augmentant sa solubilité par l’alcalinisation des
urines.
Celle-ci doit être efficace (pH urinaire supérieur
à 7) et maintenue tant que l’hyperproduction n’est
pas contrôlée par les médicaments hypouricémiants.
Elle peut être obtenue par l’administration de bicarbonates
de sodium à dose efficace.
Les médicaments hypouricémiants ont pour effet
d’hydrolyser l’acide urique en allantoïne (éliminée
par le rein) ou de bloquer la synthèse de l’acide
urique (Allopurinol/Zyloric?). L’Uricozyme qui dégrade
directement l’acide urique est le médicament de
choix en cas de néphropathie uratique. Son administration
doit être répétée à intervalles
réguliers car sa durée d’action est courte.
Sa posologie doit être augmentée dans les cas où
la quantité d’acide urique présente dépasse
les possibilités d’hydrolyse du médicament.
Le Zyloric? est plus lentement actif que l’Uricozyme.
Il peut de plus interférer avec certains agents anticancéreux
(Purinéthol?) et accroître la toxicité cutanée
de certains antibiotiques (?-lactamines, Bactrim?).
6-B.2 Le syndrome de lyse tumorale
Ce syndrome actuellement bien décrit associe les perturbations
biologiques suivantes : hyperkaliémie, hyperuricémie,
hyperphos-phorémie avec hypocalcémie, augmentation
des LDH et des CPK.
Il est essentiellement observé dans le cas des hémopathies
malignes ou trois facteurs doivent être associés
:
- une masse tumorale importante ;
- un taux de renouvellement important des cellules malignes.
Ce phénomène associe le plus souvent un taux
de mort cellulaire spontanée important et un nombre
important de cellules en cycle ;
- une sensibilité extrême à la chimiothérapie.
Le risque de syndrome de lyse tumorale peut donc être
évoqué par le type cellulaire de la prolifération
maligne (grâce à la cytologie le plus souvent)
et l’appréciation de la masse tumorale.
Avant le début du traitement antitumoral, certaines molécules
et certains ions libérés lors de la mort cellulaire
spontanée peuvent être réutilisés
par les cellules tumorales en cours de cycle cellulaire (potassium
nucléotide et phosphore). L’hyperphosphorémie
peut ainsi être observée dans les tumeurs à
renouvellement rapide.
Dans d’autres cas, le syndrome de lyse tumorale peut être
suffisamment important pour exister spontanément avant
tout traitement.
L’introduction d’une chimiothérapie, ou même
une simple cortico-thérapie (voir une chimiothérapie
intrathécale) peut donc déclencher ou aggraver
un syndrome de lyse tumorale en particulier dans le cas des
LNH type Burkitt.
Les mesures thérapeutiques consistent à :
- traiter l’hyperuricémie par instauration d’une
hyperdiurèse sodée et alcaline supérieure
à 2500 ml/24h avec pH urinaire de l’ordre de
7,5 et administration d’Uricozyme ;
- traiter l’hyperkaliémie par résine échangeuse
d’ions (Kayexalate), alcalinisation sanguine et perfusion
de solution glucosée hypertonique (30%) associée
à de l’Insuline ;
- corriger l’hypocalcémie par apport calcique
;
- envisager une épuration extra-rénale si menace
d’insuffisance rénale.
6-B.2-a L’hyperuricémie (voir
plus haut)
6-B2-b L’hyperphosphorémie et
l’hypocalcémie
L’hyperphosphorémie se constitue rapidement
après le début du traitement et peut entraîner
une hyperphosphaturie et une hypocalcémie secondaires
(le produit "calcium ionisé" x "phosphore"
est stable, toute augmentation d’un des deux ions
entraîne la diminution de l’autre par précipitation
de phosphate de calcium). La limite supérieure à
partir de laquelle apparaît la précipitation
est évaluée à : Ca x PO4 = 4,6 x 106.
Ce phénomène peut aussi avoir lieu dans l’urine,
surtout à pH alcalin et être responsable d’une
néphrocalcinose aiguë.
L’hyperphosphorémie est asymptomatique; par
contre l’hypocalcémie peut être responsable
de crise de tétanie, de troubles du rythme cardiaque
et de crises comitiales. On traitera la cause de l’hyper-phosphorémie
d’une part, et d’autre part l’hypocalcémie
par supplémentation IV et/ou per os. On s’attachera
aussi à rechercher d’autres étiologies
possibles de l’hypocalcémie (hypoalbuminémie,
hypopara-thyroïdie, déficit en vitamine D par
exemple).
6-B2-c L’insuffisance rénale
aiguë
L’insuffisance rénale aiguë peut être
présente avant toute chimiothérapie en cas
lyse tumorale spontanée. Cette insuffisance rénale
liée au syndrome de lyse est dûe à une
néphropathie tubulo-intersticielle. Une insuffisance
rénale aura pour conséquence d’aggraver
les anomalies métaboliques, raison pour laquelle
une épuration extrarénale doit être
discutée précocement avant tout traitement
chez les patients présentant un syndrome de lyse
tumorale spontanée. Son but est d’obtenir rapidement
une diurèse efficace. Ses indications sont classiques
(rétention hydrosodée, hyperkaliémie,
acidose, natrémie, uricémie, urée sanguine,
et créatinine sanguine).
Le Traitement préventif favorisera l'épuration
des urates et des phosphates et en évitant si possible
la précipitation de ces molécules :
- hyperdiurèse alcaline (au moins 2500 ml/m²
et pH urinaire supérieur à 7) sans provoquer
d’alcalose systémique
- administration d’hypouricémiants (Uricozyme?).
La chimiothérapie sera entreprise de façon
progressive quand un syndrome de lyse est prévisible
après contrôle de la situation métabo-lique
(protocole de chimiothérapie intensive des LNH type
Burkitt, corticothérapie seule dans les LAL).
La surveillance clinique et biologique doit être rigoureuse
en début du traitement puis les jours suivants jusqu’à
ce que les paramètres biologiques soient tous normalisés
(dosages pluriquotidiens du phosphore, du potassium…,
surveillance de la fonction rénale et du pH urinaire).
Dès que l’hyperuricémie est contrôlée,
l’alcalinisation doit être arrêtée
pour éviter la précipitation urinaire des
phosphates et les hypocalcémies symptomatiques. Une
hyperdiurèse doit être maintenue jusqu’à
la normalisation de l’ensemble des paramètres.
En cas d’inefficacité de ces mesures, une épuration
extra rénale doit systématiquement être
discutée.
6-B2-d Les hyponatrémies
Ce sont des complications rares observées essentiellement
lors de la prescription des agents anticancéreux
comme la Vincristine, la Cyclophosphamide, la Vinblastine
et exceptionnellement le Cisplatine. A noter que les hyponatrémies
observées lors de la chimiothérapie sont souvent
dues à des erreurs de réanimation hydro-électrolytique.
Vincristine
L’hyponatrémie est liée à la
toxicité centrale (hypothalamique) de la Vincristine
par élévation du taux plasmatique de l’hormone
antidiu-rétique (ADH). Elle peut être retardée
de plusieurs jours après la prescription de Vincristine
et peut être associée à d’autres
manifestions neurologiques.
Le tableau neurologique associé à une Sécrétion
Inapropriée d’Hormone Antidiurétique
(SIADH) peut être important (crises comitiales, trouble
de la conscience et coma). Dans cette situation la ponction
lombaire est toujours normale.
Cyclophosphamide
L’hyponatrémie n’a été
observée que dans des cas de prescription de hautes
doses de cyclophosphamide (supérieures à 50
mg/kg/j). Le SIADH survient quelques heures après
la perfusion et dure environ 24 heures. Il n’y a pas
d’élévation de l’ADH plasmatique.
L’effet de la drogue serait donc plutôt au niveau
du récepteur tubulaire de l’ADH.
Cisplatine et Vinblastine
De très rares cas de SIADH responsables d’hyponatrémie
ont été rapportés avec ces deux agents.
6-B2-e Les hypomagnésémies
Les hypomagnésémies sont fréquentes
après chimiothérapie par cisplatine et sont
probablement le reflet de la tubulopathie induite par ce
traitement. Elles peuvent être sévères
et responsables d’une hyperexitabilité neuromusculaire,
en particulier chez l’enfant. Elles favorisent l’élimination
urinaire du potassium, ce qui aggrave l’hypokaliémie
associée. Ces hypomagnésémies doivent
être corrigées par l’administration de
magnésium en intraveineux et/ou per os.
6-B2-f Les hypophosphorémies
Les hypophosphorémies sont le plus souvent observées
lors de traitement par Ifosfamide et peuvent être
responsable de rachitisme hypophosphatémique chez
l’enfant (diminution de la synthèse de la 1-25(OH3)D3).
Seules les hypophosphorémies sévères,
inférieures à 0,32 mmol/l sont susceptibles
de provoquer des manifestations cliniques ou para clinique.
Troubles neurologiques :
- troubles non spécifiques de la conscience : agitation,
confusion, voire convulsion, coma, désordres résolutifs
lors de la correction de l’hypophosphorémie ;
- atteinte périphérique du type polyradiculonévrite,
associant une faiblesse musculaire, des paresthésies
au niveau péri-buccal et au niveau des extrémités.
Tardivement, un déficit moteur global peut survenir,
avec abolition des réflexes ostéotendineux,
hypotonie, troubles objectifs de la sensibilité superficielle
et profonde. L’atteinte des paires crâniennes
n’est pas exceptionnelle, en particulier une paralysie
oculomotrice et des troubles de la déglutition. Une
insuffisance respiratoire restrictive exposant au risque soudain
d’arrêt respiratoire peut observé. Le déficit
moteur régresse sans séquelles après
la correction de l’hypophosphorémie ;
- manifestations musculaires à type de myalgies et
sensation de faiblesse musculaire prédominant aux racines.
L’hypophosphorémie peut se compliquer de rhabdomyolyse
avec élévation des CPK sériques et une
myoglobinurie ;
- diverses anomalies biologiques sont attribuées à
l’hypophos-phorémie : une diminution de l’ATP
intra-érythrocytaire et une diminution du 2-3 diphosphoglycérate
(2-3 D.P.G), ce qui entraîne un certain nombre d’anomalies
fonctionnelles des globules rouges : raccourcissement de leur
durée de vie, augmentation de la rigidité érythrocytaire
avec sphérocytose, augmentation de l’affinité
de l’hémoglobine pour l’oxygène
avec diminution de la quantité d’oxygène
disponible pour les tissus. Une hémolyse est possible
lorsque l’hypophosphorémie est sévère.
La diminution de l’ATP intraleucocytaire entraîne
in vitro une baisse du chimiotactisme et de l’activité
phagocytaire et bactéricide des granulocytes, à
l’origine d’une sensibilité plus grande aux
infections.
Les plaquettes peuvent être diminuées en nombre
et leur durée de vie raccourcie. Aucun syndrome hémorragique
imputable à la seule hypophosphorémie n’a
néanmoins été rapporté.
Anomalies cardio-vasculaire
Ces anomalies pourraient être la conséquence d’une
diminution de l’A.T.P. intramyocardique. Une diminution
de la contractilité myo-cardique a été
décrite, réversible après administration
de phosphore.
Diminution des phosphates inorganiques
Les phosphates inorganiques constituent le principal système
tampon des urines. Leur diminution induit une baisse de l’acidité
titrable et une augmentation de l’excrétion des
bicarbonates, ce qui peut favoriser l’apparition d’une
acidose métabolique. L’hypophosphorémie
prolongée peut également provoquer une élévation
notable de la calciurie.
Le traitement de l’hypophosphorémie sévère
(inférieure à 0,32 mmol/l) doit être assuré
par un apport IV de phosphore ; au dessus de cette limite le
traitement par voie orale est suffisant.
6-B.3 Néphropathies propres à certains
cytotoxiques et leurs traitements
Certains agents anticancéreux sont le plus souvent responsables
de tubulopathies graves : dérivés du sel de platine
(avec au tout premier plan le Cisplatine), Ifosfamide, Methotrexate
à haute dose et nitroso-urées. Le traitement préventif
a pour objectif de prévenir les différentes complications
métaboliques et rénales sus-décrites. Différentes
mesures prophylactiques sont proposées en fonction des
drogues utilisées.
6-B3-a Le Cisplatine
Le cisplatine entraîne systématiquement une
tubulopathie, à l’origine de l’abandon
initial de la drogue lors de son développement.
En 1976, Hayes a montré qu’une hyperhydratation
associée au mannitol permettait l'administration du
cisplatine à des doses thérapeutiques efficaces
tout en prévenant sa toxicité rénale
aiguë. Le mécanisme de la toxicité n’est
pas encore clairement élucidé. L’accumulation
tubulaire d’un ou de plusieurs métabolites du
cisplatine joue certainement un rôle important mais
il est possible que des modifications hémodynamiques
puissent aussi intervenir dans la genèse de cette toxicité.
Les mesures d’hyperhydratation sont capables de diminuer
l’importance de la néphrotoxicité mais
pas de l’abolir. En l’absence d’une hyperhydratation,
une insuffisance rénale anurique peut survenir pour
des doses supérieures à 50 mg/m² imposant
le recours à la dialyse. Elle est classiquement en
partie réversible en 3 semaines.
Il existe aussi une toxicité cumulative pouvant entraîner
des insuffisances rénales chroniques imposant la dialyse
; elles sont rarement observées avant des doses totales
cumulatives de 700 mg/m². Au delà, la fonction
rénale doit être évaluée par la
clairance de la créatinine avant de poursuivre le traitement
par cette drogue.
Cette toxicité est marquée par la présence
d’hypomagnésémie et d’hypocalcémie
pouvant être particulièrement sévère
chez l’enfant.
Les facteurs de risque pouvant favoriser une insuffisance
rénale lors de l’administration de cisplatine
ne sont pas tous identifiés, sauf, peut-être,
la dose quotidienne administrée, l’albuminémie,
la kaliémie et l’utilisation concomitante d’autres
médicaments (métoclopramide, phénytoïne,
vinca alcaloïdes).
Il existe actuellement une discussion sur le rôle néfaste
de l’utilisation du furosémide lors du traitement
par cisplatine mais le sujet reste encore ouvert. Cette toxicité
rénale ne semble pas être réversible.
On associera donc une hyperhydratation sodée permettant
une hyperdiurèse horaire d’au moins 150 ml lors
de la prescription de cisplatine. Cette hydratation doit être
riche en chlore (sérum salé physio-logique)
et débutée 4h avant la perfusion de Cisplatine
et poursuivie au moins 6h après. La perfusion de Cisplatine
doit être lente (3h minimum). L’hyperdiurèse
est le plus souvent déclenchée par le mannitol
et agit par dilution de l’urine ; ce qui entraîne
une diminution de la concentration des cataboliques toxiques
pour le rein et une baisse du temps de contact de ces catabolites
avec l’épithélium tubulaire rénal
par augmentation du débit urinaire dans les tubules.
L’insuffisance rénale aiguë peut être
évitée avec ces mesures simples/
6-B3-b Le Carboplatine
Analogue beaucoup moins néphrotoxique que le cisplatine,
son utilisation expose aussi au risque de tubulopathie essentiellement
chez les patients qui ont une fonction rénale anormale
avant chimio-thérapie. La formule de Calvert permet
d’adapter au mieux la dose de carboplatine à
la fonction rénale des patients :
GFR : clearance de la créatinine selon la formule de
Cockroft et Gault :
AUC : aire sous la courbe (Area Under Curve) soit 6 à
8 chez les patients traités en première ligne
et en monothérapie et 4 à 6 chez les autres
patients.
6-B3-c L’ifosfamide
L’ifosfamide expose aussi au risque de tubulopathie
dont les caractéristiques sont voisines de celles observées
avec les sels de platine. Comme pour le Cisplatine, peu d’informations
sont disponibles concernant le mécanisme physiopathologique
responsable de cette toxicité. Les différences
de métabolisme de l’Ifosfamide par rapport à
son analogue, la Cyclophosphamide font penser que la production
de grandes quantités de chloracétaldéhyde
dans le métabolisme de l’ifosfamide est responsable
de sa toxicité tubulaire. Si cette hypothèse
est exacte, l’administration sur plusieurs jours serait
potentiellement plus néphrotoxique que l’administration
en une seule dose car l’Ifosfamide est capable d’auto-induire
son propre métabolisme. Au plan histologique on observe
une glomérulopathie associée à une tubulopathie
proximale et distale. Sur le plan clinique, en particulier
chez l’enfant, le tableau est celui d’un syndrome
de Fanconi caractérisé par une augmentation
de l’excrétion rénale du glucose, des
acides aminés, du phosphore, des bicarbonates, de l’acide
urique, du sodium, du potassium, du magnésium et des
protéines de bas poids moléculaire. Ce syndrome
peut être responsable de retard de croissance et de
rachitisme hypophosphorémique chez l’enfant.
Comme dans le cas du cisplatine, la réversibilité
de l’atteinte rénale semble être partielle.
Le traitement de la tubulopathie consiste en une hyperhydratation
avec hyperdiurèse et une alcalinisation des urines
sont nécessaires. L’utilisation de Mesna doit
être systématiquement associée pour des
doses supérieures à 2000 mg/m²/j, en raison
de la toxicité de l’Ifosfamide sur les voies
urinaire (risque de cystite hémorragique).
L’administration du Mesna se fait soit en IV directe
à raison de 20 % de la dose d’Ifosfamide à
H0-H4-H8 soit en continu à raison de 100 % de la dose
d’Ifosfamide, (à débuter 15 minutes avant
l’injection d’Ifosfamide et à poursuivre
8 à 10 heures après). Le Mesna peut être
administré per os toutes les 4 heures à posologie
variable selon la dose et la durée de perfusion d’Ifosfamide.
6-B3-d Le méthotrexate (MTX)
Il est responsable d’une tubulopathie qui peut s’observer
à partir d’une dose de 50 mg/m². Cette toxicité
est particulièrement dangereuse en raison de l’élimination
rénale quasi exclusive du méthotrexate.
Lors d’une tubulopathie au MTX, le médicament
n’est plus éliminé, ce qui expose les
autres tissus à renouvellement rapide à des
doses cytotoxiques du MTX ; il en résulte une toxicité
extra-rénale (hématologique, muqueuse et cutanée).
Le méthotrexate n'étant pas épurable
par les techniques de dialyses classiques, les surdosages
doivent donc impérativement être évités.
Cette tubulopathie est dûe à la précipitation
intratubulaire du MTX et son métabolite le 7-OH-MTX.
Cette situation est observée lorsque le pH intratubulaire
est acide (inférieur à 7). L’élimination
du MTX et de son métabolite est en principe rapide
(70 à 94 % de la dose administrée est présente
dans les urines de 24 heures). Cette élimination doit
être surveillée 48 heures après l’administration
du médicament. La solubilité de ces molécules
augmente avec le pH alcalin ; une diurèse élevée
et alcaline doit donc être poursuivie pendant 72 heures
après l’administration du MTX.
Les surdosages peuvent être dus à une mauvaise
liaison du médicament à l’albumine (hypoalbuminémie,
ou libération de l’albumine par certains médicaments
associés qui devront donc être proscrits comme
les anti-inflammatoires non stéroïdiens et l’aspirine).
Il est actuellement accepté que le risque de toxicité
rénale et extra rénale est contrôlé
quand les taux sériques de MTX sont inférieurs
à 10-9M 48 heures après l’administration
de MTX. La toxicité rénale du MTX est classiquement
réversible en 2 à 3 semaines. Le problème
essentiel pendant cette période est la toxicité
muqueuse et hématologique.
Au total, la prescription de MTX à hautes doses impose
l’observation de certaines règles :
- vérifier que la fonction rénale du patient
est normale avec contrôle de la clairance de la créatinine
qui doit être supérieure à 80 ml/mn.
Si la clearance est inférieure à 80 ml/mn,
discuter du traitement au cas par cas ;
- interdire tout médicament pouvant interférer
avec la liaison du MTX à l’albumine (aspirine
et AINS essentiellement) ;
- contrôler le taux sérique d’albumine
des patients devant être traités par MTX et
corriger dans la mesure du possible toute hypoalbuminémie
inférieure à 25 g/l,
- maintenir une diurèse alcaline (pH > 7 et 100
ml/mn de diurèse) avant le début de l’administration
jusqu’à obtenir un taux sérique de MTX
de 10-7 M, ce qui impose un dosage du MTX au moins toutes
les 24h pendant cette période. L’administration
doit être particulièrement rigoureuse pendant
les 18 premières heures (pH urinaire à chaque
miction) période pendant laquelle 80 % de la dose
de MTX administrée est théoriquement éliminée
;
- délivrer de l’acide folinique, "antidote"
permettant aux cellules normales une synthèse des
nucléotides. L’acide folinique est classiquement
introduit 20 à 24 h après la fin de perfusion
de MTX. L’acide folinique (25 mg/m² par exemple)
est délivré toutes les 6h (de préférence
par voie IV dans les 48 premières heures). Des doses
maximales d’acide folinique de 200 mg/m² toutes
les 4 h peuvent être administrées en cas de
surdosage grave. Cette situation impose une surveillance
attentive du patient durant les 3 à 4 semaines qui
suivent la chimiothérapie car les risques de neutropénie
et de mucites graves sont élevés. Si une insuffisance
rénale survient, une prise en charge néphrologique
s’impose pour dialyse sur charbon actif.
Une drogue capable de dégrader le MTX a récemment
été identifiée (Carboxypeptidase G2).
Son intérêt est donc majeur en cas de surdosage
associé à une insuffisance rénale.
6-B3-e Les Nitroso-urées
Parmi les différentes nitroso-urées disponibles,
la Streptozocine est celle dont la néphrotoxicité
est la plus importante. Cette toxicité qui est dose
dépendante apparaît dans 65% des cas. Histologiquement,
il s’agit d’une néphrite tubulo-interstitielle
avec atrophie tubulaire. Une protéinurie transitoire
peut en être le premier signe ainsi qu’une hypophosphorémie.
Le tableau clinique peut se compléter si le traitement
est maintenu avec une protéinurie massive (supérieure
à 10 g/l) voire un syndrome de Fanconi.
Parmi les autres nitrosourées il a été
rapporté que la Lomustine peut entraîner une
fibrose rénale (atteinte glomérulaire, atteinte
interstitielle et atrophie tubulaire). Cette complication
semble survenir pour des doses élevées lors
d’une administration chronique de la drogue à
dose supérieure à 1500 mg/m². L’atteinte
rénale se développe de façon insidieuse
et les signes cliniques sont habituellement frustes. Les patients
doivent donc être surveillés régulièrement
et le traitement doit être arrêté en cas
de toxicité rénale identifiable.
6-B3-f La Mitomycine
Sa toxicité est plus vasculaire que rénale
et peut aboutir à un tableau de Microangiopathie Thrombotique
(MAT). Cette complication est caractérisée par
l’association d’une anémie hémolytique
(présence de schizocytes), d’une thrombopénie,
d’une hypertension artérielle, d’un accident
vasculaire cérébral ischémique transitoire
et d’une néphropathie. Cette complication survient
le plus souvent à doses élevées de l’ordre
de 30 à 100 mg/m².
Le traitement de la MAT repose sur :
- l'arrêt du traitement par la Mitomycine ;
- le respect des doses thérapeutiques par ce médicament
;
- la normalisation des chiffres tensionnels ;
- la perfusion de plasma frais congelé (PFC) ;
- les échanges plasmatiques si besoin.
6-C - Complications digestives
Par leur abondance, les vomissements et les diarrhées
peuvent être responsables de pertes hydroélectrolytiques
importantes avec désordres métaboliques qui peuvent
compromettre la poursuite du traitement cytotoxique : insuffisance
rénale aiguë par déshydratation et hypovolémie,
alcalose hypochlorémique, syndrome de Mallory-Weiss avec
hémorragie digestive nécessitant un traitement sympto-matique
de toute urgence. Le vécu pénible de ces symptômes
est parfois responsable de l’arrêt de la chimiothérapie
(refus par les patients).
C1 ) Nausées et vomissements
Les nausées et vomissements étaient encore il y
a dix ans l’une des complications les plus pénibles
et les plus redoutées par les patients. Depuis, d’importants
progrès ont été réalisés dans
leur prévention et leur traitement :
- amélioration de la connaissance physiopathologique
des nausées et des vomissements;
- découverte et utilisation des nouveaux antiémétiques
:les antagonistes des 5 HT3.
L'optimisation des associations de plusieurs molécules
a permis de contrôler les vomissements de trois types (vomissements
anticipés, aigus et retardés) par les anxiolytiques,
les corticoïdes, les neuroleptiques et les sétrons.
6-C2 Diarrhées et constipations
La diarrhée liée au 5FU résulte d’une
toxicité directe au niveau de la muqueuse digestive.
Elle est liée à un mécanisme complexe à
la fois exudatif et sécrétoire et au mode d’administration
du produit : elle prédomine lors des administrations
prolongées (perfusions continues).
La toxicité digestive induite par l’Irinotécan
(CPT11) fait intervenir deux mécanismes. Une diarrhée
initiale qui survient dans le cadre d’un syndrome cholinergique,
associant hypersudation, myosis, crampes abdominales et hypersalivation.
Une diarrhée tardive sécrétoire survenant
en moyenne 5 jours après le traitement. Cette dernière
réagit favorablement au lopéramide mais constitue
une toxicité limitante non-hématologique.
Une constipation pouvant aller jusqu’à l’iléus
fonctionnel peut être observée avec les vinca-alcaloïdes
et notamment la Vincristine et la Vinorelbine. Elle est due
à une atteinte du système nerveux autonome du
tube digestif. Cette toxicité interdit de dépasser
la dose totale de 2 mg de Vincristine par injection. Sa prévention
et son traitement repose sur des mesures hygiéno-diététiques
avec laxatifs et émollients.
6-C3 Complications hépatiques, pancréatiques
et biliaires
La chimiothérapie des tumeurs métastatiques hépatiques
est souvent à l’origine de complications hépatiques
dont l’origine est difficilement individualisable. Toutefois
certaines molécules sont particulièrement visées
:
- Méthotrexate
Après administration de hautes doses, des toxicités
aiguës et chroniques du foie ainsi qu’une élévation
réversible des enzymes hépatiques avec hyperbilirubinémie
sont probablement en rapport avec les hautes concentrations
sériques du produit. Une infiltration lipidique (stéatose)
a été ainsi décrite (biopsies hépatique).
Des hépatopathies chroniques ont été
documentées chez des patients traités par Méthotrexate
pour psoriasis. Les biopsies hépatiques réalisées
chez ces patients ont révélé une fibrose
du parenchyme et une cirrhose a été diagnostiquée
dans des cas isolés.
- Aracytosine
Une élévation modérée et réversible
des enzymes hépatiques a été décrite.
- 6-Mercaptopurine et le 6-Thioguanine
Ils peuvent causer une cholestase hépatique avec élévation
de la bilirubine, des phosphatases alcalines et des transaminases.
Ce syndrome est toujours réversible à l’arrêt
du traitement.
- Bléomycine
Elle peut occasionnellement être associée à
une hyperbilirubinémie.
- Dacarbazine
Ce médicament a été responsable de nécrose
hépatique aiguë chez les patients traités
pour mélanomes malins. Cette toxicité est due
à un développement d’une maladie veino-occlusive
du foie associée à de la fièvre avec
hyperéosinophilie.
Des nécroses hépatiques mortelles ont été
observées avec l’association de Doxorubicine,
Bléomycine, Vinblastine et Dacarbazine (association
ABVD utilisée dans le traitement de la maladie de Hodgkin).
Cette toxicité parait plus fréquente en cas
d’administration de Dacarbazine de façon quotidienne
pendant 5 jours versus tous les 14 jours.
- L-Asparaginase
Une élévation du taux de l’amylase sérique
a été observée chez 10 % des patients
traités. Des pancréatites hémorragiques
associées à une hyperbilirubinémie avec
augmentation des phosphatases alcalines et des transaminases
ont été décrites chez certains d’entre
eux.
- Carboplatine
Il peut être responsable de cytolyse hépatique
réversible chez les enfants atteints d’affections
malignes.
- Mitomycine C et Actinomycine D
Ils peuvent être responsable de la maladie veino-occlusive
du foie (MVO) qui est définie par une obstruction des
veinules hépatiques avec prise de poids brutale, hépatalgies
et ictère. Cette MVO a aussi été décrite
après allogreffe et dans une moindre mesure après
chimiothérapie intensive.
- 5 Fluoro-uracile
Son profil de toxicité varie énormément
en fonction des modalités d’administration. La
voie IV entraîne essentiellement une toxicité
hématologique et muqueuse. Il faut d’emblée
insister tout particulière-ment sur le risque de toxicité
grave, voire mortelle chez les patients ayant un déficit
complet en dihydropyrimidine deshydrogénase (DPD).
Dans ce cas l’élimination est essentiellement
rénale sous forme inchangée (80 %). La toxicité
est polyviscérale et relève d’une prise
en charge en réanimation. Le déficit en DPD
est estimé à moins de 1 % et l’anomalie
génétique serait à transmission autosomique
récessive.
6-D - Complications endocriniennes
Les complications endocriniennes du traitement cytotoxique sont
rarement décrites mais peuvent avoir une morbidité
significative.
Un syndrome addissonien a été décrit sous
traitement au long cours par Busulfan. Des intolérances
aux hydrates de carbone avec hyperglycémie ont été
rapportées sous traitement par Streptozocine. La L-Asparaginase
peut provoquer une baisse de l’insulinémie par toxicité
pancréatique ce qui engendre une hyperglycémie avec
diabète insulino-nécessitant. Cette drogue peut
entraîner aussi une diminution des lipoprotéines
et de la thyroxine binding globuline pouvant être responsable
d’une dysthyroïdie.
6-D1 Les hypercalcémies
L’hypercalcémie est la perturbation métabolique
la plus fréquente associée aux néoplasies
: 60 % des hypercalcémies sont d’origine maligne.
Elle est observée au décours des lymphomes, des
myélomes, des leucémies, des cancers du poumons,
des cancers du sein, des cancers de la prostate... 60 % des
malades ayant des métastases osseuses peuvent présenter
une perturbation du métabolisme phosphocalcique; les
signes sont toujours évocateurs et sont proportionnels
à la gravité de l’hypercalcémie.
Dès que la calcémie atteint 2,60 mmol/l (avec
protidémie normale), il est noté :
- des troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs
abdominales) ;
- une anorexie ;
- des troubles neurologiques (apathie, troubles du comportement,
obnubilation) ;
- des troubles électrolytiques avec déshydratation,
polyurie et polydypsie ;
- des troubles cardiaques, une hypertension artérielle
;
- une insuffisance rénale.
Le traitement de l’hypercalcémie, ne doit pas
retarder la mise en oeuvre du traitement antitumoral qui par
son efficacité préviendra l’éventuelle
survenue de nouveaux épisodes d’hypercalcémie
(qui réapparaît habituellement dans le délai
de 1 à 8 semaines). Il repose sur une hyperhydratation
adéquate et l’administration de diphosphonates.
Une hypercalcémie sévère est définie
par une calcémie supérieure à 3,5 mmol/l
et le pronostic vital peut être engagé quand la
calcémie dépasse 4 à 5 mmol/l. Le traitement
immédiat, en milieu hospitalier associe :
- une hyperhydratation ;
- les diphosphonates ;
- les diurétiques ;
- les corticoïdes ;
- rarement recours à la dialyse rénale selon
l’évolution clinique et de la fonction rénale.
Une surveillance clinique, biologique et électrocardiographique
est instaurée.
Les diphosphonates inhibent la résorption osseuse en
s’opposant à l’action de divers facteurs
stimulant l’activité ostéoclastique (prostaglandines,
parathormone, cytokines) Leurs effets indésirables sont
des nausées et des vomissements. Des leucoses ont été
décrites avec le Clodronate, des lymphopénies
avec le pamidronate. Ce dernier provoque aussi des hyperthermies
transitoires au deuxième jour durant 24 à 48h.
Les diphosphonates ont radicalement transformé la prise
en charge des hypercalcémies néoplasiques ; ils
sont indiqués dans le traitement initial des hypercalcémies
sévères, qui sont normalisées en 3 à
7 jours. Le Pamidronate est le seul diphosphonate qui possède
une AMM dans le traitement du myélome multiple de stade
IV, avec ou sans lésions osseuses à la posologie
de 90 mg tous les mois, en perfusion IV de 3 heures.
Par ailleurs, il existe un autre produit très efficace
dans le traitement des hypercalcémies d’origine
néoplasique : le nitrate de gallium, actuellement commercialisé
aux USA. Ce produit va sans doute venir augmenter l’arsenal
thérapeutique dans cette pathologie. Son intérêt
semble résider dans le maintien à long terme d’une
calcémie normale.
6-D2 Adaptations des doses des agents anti-cancéreux
à la fonction rénale et hépatique du patient
Agents néphrotoxiques mais aussi non néphrotoxiques
éliminés partiellement ou principalement par voie
rénale (analogues des purines, Aracytine et Etoposide)
sont concernés. L’insuffisance rénale expose
au risque d’accumulation des cytotoxiques à élimination
rénale ce qui majore nettement leur toxicité sur
les tissus sains.
Les analogues des purines et en particulier la Pentostatine
peuvent entraîner une toxicité neurologique grave
partiellement réversible (léthargie, coma, crises
comitiales) dont le risque est dose-dépendant. Il en
est de même pour la toxicité cérébelleuse
de l’Aracytine lors de l’utilisation de hautes doses
(entre 1 et 3 gr/m²) chez l’insuffisant rénal.
Ce risque est d’autant plus grand que la dose totale d’Aracytine
est plus élevée, que le patient présente
une atteinte spécifique du système nerveux central,
qu’il existe une cholestase hépatique et que le
patient est âgé (Tableaux 3 et 4).
|
| Tableau 3 : Pourcentage
de la dose théorique à délivrer en fonction
de la clairance de la créatinine |
| Drogue |
Excrétion urinaire (%) |
Clairance supérieure à 50
ml/min |
Clairance entre 50 et 10 ml/min |
Clairance inférieure à 10
ml/min |
| Azathioprine |
50 |
100 |
100 |
50 - 75 |
| Bléomycine |
50 |
100 |
45 -75 |
40 |
| Carboplatine |
65 |
* |
* |
* |
| Carmustine |
65 |
100 |
100 |
25 -50 |
| Cisplatine |
20 - 75 |
100 |
50 |
0 |
| Cyclophosphamide |
10 - 15 |
100 |
100 |
50 |
| Cytarabine |
10 |
100 |
50 |
25 - 50 |
| Etoposide |
30 - 40 |
100 |
75 |
50 |
| Ifosfamide |
70 - 80 |
100 |
75 |
50 |
| Lomustine |
60 |
100 |
100 |
25 -50 |
| Méthotrexate |
90 |
100 |
25 -50 |
0 |
| Mitomycine |
11 |
100 |
100 |
75 |
| Plicamycine |
50 |
100 |
50 -75 |
0 |
| Streptozocine |
15 |
100 |
100 |
25 - 50 |
| * utilisation de la formule
de Calvert (dose en fonction de l'AUC) |
| Tableau 4 :Pourcentage de
la dose théorique à délivrer en fonction
du taux de bilirubine sérique |
| Drogue |
Bilirubine inférieure à 12
mg/l |
Bilirubine entre 12 et 30 mg/l |
Bilirubine supérieure à 30
mg/l |
| Dactinomycine |
100 |
100 |
50 |
| Daunorubicine |
100 |
75 |
50 |
| Doxorubicine |
100 |
50 |
25 |
| Idarubicine |
100 |
50 entre 25 et 50 mg/l |
0 si supérieure à 50 mg/l |
| Etoposide |
100 |
50 |
0 |
| Fluoro-uracile |
100 |
100 |
50 |
| Mithoxantrone |
100 |
100 |
75 |
| Vinblastine |
100 |
50 |
25 |
| Vincristine |
100 |
50 |
25 |
| Vinorelbine |
100 |
50 |
25 |
La toxicité des principales substances anticancéreuses
est résumée dans les Tableaux 15a à 15d
| Tableau 5: Toxicité
des principaux médicaments utilisés en chimiothérapie
anticancéreuse |
| Médicament |
Toxicité limitantes |
Autres Toxicités |
Remarques |
| Antracyclines (DCI)
Doxorubicine
Daunorubicine
Epirubicine
Idarubicine
Zorubicine
Pirarubicine
Anthracènedione |
H |
Alopécie, N, V,
atteintes cardiaques
|
Dose cumulée maximale autorisée à
cause du risque de myocardio-toxicité (mg/m2) :
550
600
900
93
1800
700
160 |
| Epipodophyllotoxines
Etoposide
Téniposide |
H |
Alopécie, N, V |
Possibilité de choc |
| Antimétabolites
5FU
|
H, Syndrome Mains pieds
|
Diarrhée, mucite cardiotoxicité |
Modulation avec l’acide folinique |
| Méthotrexate |
H, muqueuse, rénale à haute dose |
Muqueuse, pulmonaire, hépatique, N, V |
Voie intrathécale possible
AF = antidote |
| Cytarabine |
H |
Alopécie, N, V, diarrhées,
conjonctivite, neuropathies
|
Voie intrathécale possible
|
| Mercaptopurine |
H |
N, V |
|
| Raltitrexed |
H |
N, diarrhées |
|
| Fludarabine |
H |
N, V, fièvre, infection |
Immunosuppression avec chute des T4 |
| Cladribine |
H |
N, V, fièvre, peau |
|
| Pentostatine
Gemcitabine
Thioguanine |
H |
N, V |
|
| H : toxicité hématologique,
N : nausées, V : vomissements |
| Tableau 6 : Toxicité
des principaux médicaments utilisés en chimiothérapie
anticancéreuse |
| Médicament |
Toxicité limitantes |
Autres Toxicités |
Remarques |
| Alkylants (DCI)
Busulfan
Carmustine
Chlorambucil
Chlormétine
Cyclophosphamide
Ifosfamide
Estramustine
Fotemustine
Prednimustine
Lomustine
Melphalan
Streptozocine
Thiotepa
Pipobroman
Cisplatine
Carboplatine
Oxaliplatine
|
H, troubles neurologiques
H
H
H
H, troubles vésicaux, cardiaques
H, troubles neurologiques, vésicaux
H
Rein
H, troubles neurologiques
H
H, troubles neurologiques, rein
H
H
|
N, V, poumons
N, V, peau
N, V, peau
N, V, troubles allergiques
N, V, peau
hyponatrémie, alopécie
N, V, alopécie
V
N, V,
N, V, diarrhées, mucite alopécie
N, V, H
N, V, peau
N, V
N, V, ototoxicité
Rein, troubles neurologiques, N, V
|
Dans le cadre de chimiothérapies intensives
Administration associée à une hyperhydratation
+ Mesna si dose sup. à 1500 mg
Administration associée à une hyperhydratation
+ Mesna
Hyperhydratation associée
Calcul de la dose selon la formule de Calvert |
| H : toxicité hématologique,
N : nausées, V : vomissements |
| Tableau 7 : Toxicité
des principaux médicaments utilisés en chimiothérapie
anticancéreuse |
| Médicament |
Toxicité limitantes |
Autres Toxicités |
Remarques |
| Antibiotiques
Actinomycine
Mitomycine |
H
H, rein |
N, V, peau, foie
N, V, mucite, diarrhées |
Dose maximale : 60 mg/m2 |
| intercalants
Bléomycine
Ellipticinium
Bisantrène |
H, poumons, peau
Asthénie, hémolyse, pancréatite, insuffisance
rénale, hyposialie
H |
N, V, fièvre
N, crampes, diarrhées, fièvre, rein
N, fièvre, rein, foie, alopécie
|
Dose maximale cumulée de 300 mg (risque de fibrose
pulmonaire)
Anémie hémolytique liée à des
IgM anti-ellipticinium
|
| Poisons du fuseau
Vinblastine
Vincristine
Vindésine
Vinorelbine |
H, neuropathies |
N, V |
|
| taxanes
Paclitaxel
Docetaxel |
H, troubles neurologiques
H, rétention hydriques |
V, alopécie, allergie
V, alopécie, troubles neurologiques, phanères |
Prémédication par corticoïdes et antihistaminiques,
administration IV continue possible
Prémédication par les corticoïdes
|
| H : toxicité hématologique,
N : nausées, V : vomissements |
| Tableau 8 : Toxicité des
principaux médicaments utilisés en chimiothérapie
anticancéreuse |
| Médicament |
Toxicités limitantes |
Autres Toxicités |
Remarques |
| inhibiteurs topoisomerase I
Irinotécan
Topotécan
Dacarbazine
Procarbazine
Altrétamine
Asparaginase
Mitoguazone
Hydroxycarbamide
|
H, diarrhées
H
H
H
H
Troubles neurologiques, diabète insulino-dépendant
H, troubles musculaires
H |
N, alopécie, syndrome cholinergique
N, V, mucite, diarrhées
V, fièvre
N, V, troubles neurologiques
N, V, troubles neurologiques
Hypersensibilité, inhibition synthèse des protéines
hépatiques, troubles de la coagulation
N, V, mucite, diarrhées
N, V, peau |
Prémédication par l’atropine
A l’abri de la lumière |
| H : toxicité hématologique,
N : nausées, V : vomissements |
| Tableau 1a : Classification
OMS de la toxicité des cytotoxiques |
| Toxicité |
Grade 0 |
Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Toxicité hématologique |
| Hémoglob. (g/100 ml) |
sup. à 11 |
de 9,5 à 10,9 |
de 8 à 9,4 |
de 6,5 à 7,9 |
inf. à 6,5 |
| Leucocytes (/mm3) |
sup. à 4000 |
de 3000 à 3900 |
de 2000 à 2900 |
de 1000 à1900 |
inf. à 1000 |
| Polyn. Neutro (/mm3) |
sup. à 2000 |
de 1500 à 1900 |
de 1000 à 1400 |
de 500 à 900 |
inf. à 500 |
| Plaquettes (/mm3) |
sup. à
100 000 |
de 75 000 à
99 000 |
de 50 000 à
74 000 |
de 25 000 à
49 000 |
inf. à 25 000 |
| Hémorragie |
Absence |
Pétéchies |
+ |
++ |
+++ |
| Toxicité gastrointestinale |
| Bilirubine |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5,1-10 N |
sup. à 10 N |
| Transaminases |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5,1-10 N |
sup. à 10 N |
| Phosphatases alcal. |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5,1-10 N |
sup. à 10 N |
| Muqueuse buccale |
inchangée |
Douleur |
Erythème |
Ulcération, Alimentation liquide seulement |
Alimentation impossible |
| Nausées |
Absence |
Nausées |
Vomissements transitoires |
Vomissements
(traitement antiémétique) |
Vomissements incoercibles |
| Diarrhées |
Absence |
Transitoires inf. à 2 jours |
Tolérables et sup. à 2 jours |
|
Hémorragiques, Déshydratation |
| Tableau 1b : Classification
OMS de la toxicité des cytotoxiques (suite) |
| Toxicité |
Grade 0 |
Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Toxicité rénale |
| Urée ou Créatinine |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5-10 N |
sup. à 10 N |
| Protéinurie |
inchangée |
inf. à 3 g/l |
de 3 à 10 g/l |
sup. à 10g/l |
Syndrome néphrotique |
| Hématurie |
inchangée |
microscopique |
macroscopique |
macroscopique et caillots |
Anurie |
| Toxicité pulmonaire |
inchangée |
Léger
symptôme |
Dyspnée d’effort |
Dyspnée de repos |
Repos au lit complet |
| Fièvre |
Absence |
inf. à 38°C |
de 38 à 40°C |
sup. à 40°C |
Fièvre avec hypotension |
| Toxicité cutanée |
inchangée |
Erythème |
Desquamation, vésicules prurit |
Suintement, desquamation, ulcération |
Dermatite exfoliante, nécrosante appelant à
une exérèse |
| Infection |
Absence |
Mineure |
Modérée |
Majeure |
Choc infectieux |
| Tableau 1c : Classification
OMS de la toxicité des cytotoxiques |
| Toxicité |
Grade 0 |
Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Neurotoxicité |
| Toxicité centrale |
Vigile |
Assoupissements |
Somnolence inf. à 50 % des heures d’éveil |
Somnolence inf. à 50 % des heures d’éveil
|
Coma |
| Toxicité périphérique |
Absence |
Paresthésies et/ou diminution des réflexes
tendineux |
Paresthésies sévères et/ou faiblesse
modérée |
Paresthésies intolérables et/ou diminution
importante de la force motrice |
|
| Douleurs |
Absence |
Légère |
Modérée |
Météorisme abdominal |
Météorisme et vomissement |
| Toxicité cardiaque |
Absence |
Ne nécessitant pas l’arrêt du traitement |
Modérée ne nécessitant pas l’arrêt
du traitement |
Sévère |
Intolérable |
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