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| Principales
complications biologiques des traitements des cancers |
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6. Prise en charge des complications de la
chimiothérapie
Toute chimiothérapie agit en même temps sur les cellules
tumorales et sur les cellules normales de l’organisme, surtout
les cellules en cycle des tissus à renouvellement rapide
(tissus hématopoïétiques et muqueuses digestives).
Il en résulte des toxicités multiples, à expression
clinique (ex : mucites) ou biologique (syndrome de lyse tumorale,
myélotoxicité, hyperuricémie).
Des désordres métaboliques et surtout des complications
rénales peuvent survenir au décours d’une chimiothérapie
anticancéreuse.
L’ensemble de ces toxicités figure dans les Tableau
1. |
| Tableau 1a : Classification
OMS de la toxicité des cytotoxiques |
| Toxicité |
Grade 0 |
Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Toxicité hématologique |
| Hémoglob. (g/100 ml) |
sup. à 11 |
de 9,5 à 10,9 |
de 8 à 9,4 |
de 6,5 à 7,9 |
inf. à 6,5 |
| Leucocytes (/mm3) |
sup. à 4000 |
de 3000 à 3900 |
de 2000 à 2900 |
de 1000 à1900 |
inf. à 1000 |
| Polyn. Neutro (/mm3) |
sup. à 2000 |
de 1500 à 1900 |
de 1000 à 1400 |
de 500 à 900 |
inf. à 500 |
| Plaquettes (/mm3) |
sup. à
100 000 |
de 75 000 à
99 000 |
de 50 000 à
74 000 |
de 25 000 à
49 000 |
inf. à 25 000 |
| Hémorragie |
Absence |
Pétéchies |
+ |
++ |
+++ |
| Toxicité gastro-intestinale |
| Bilirubine |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5,1-10 N |
sup. à 10 N |
| Transaminases |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5,1-10 N |
sup. à 10 N |
| Phosphatases alcal. |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5,1-10 N |
sup. à 10 N |
| Muqueuse buccale |
inchangée |
Douleur |
Erythème |
Ulcération, Alimentation liquide seulement
|
Alimentation impossible |
| Nausées |
Absence |
Nausées |
Vomissements transitoires |
Vomissements
(traitement antiémétique) |
Vomissements incoercibles |
| Diarrhées |
Absence |
Transitoires inf. à 2 jours |
Tolérables et sup. à 2 jours |
|
Hémorragiques, Déshydratation |
| Tableau 1b : Classification
OMS de la toxicité des cytotoxiques (suite) |
| Toxicité |
Grade 0 |
Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Toxicité rénale |
| Urée ou Créatinine |
inf. à 1,25 N |
1,26-2,5 N |
2,6-5 N |
5-10 N |
sup. à 10 N |
| Protéinurie |
inchangée |
inf. à 3 g/l |
de 3 à 10 g/l |
sup. à 10g/l |
Syndrome néphrotique |
| Hématurie |
inchangée |
microscopique |
macroscopique |
macroscopique et caillots |
Anurie |
| Toxicité pulmonaire |
inchangée |
Léger
symptôme |
Dyspnée d’effort |
Dyspnée de repos |
Repos au lit complet |
| Fièvre |
Absence |
inf. à 38°C |
de 38 à 40°C |
sup. à 40°C |
Fièvre avec hypotension |
| Toxicité cutanée |
inchangée |
Erythème |
Desquamation, vésicules prurit |
Suintement, desquamation, ulcération |
Dermatite exfoliante, nécrosante appelant à
une exérèse |
| Infection |
Absence |
Mineure |
Modérée |
Majeure |
Choc infectieux |
| Tableau 1c : Classification
OMS de la toxicité des cytotoxiques |
| Toxicité |
Grade 0 |
Grade 1 |
Grade 2 |
Grade 3 |
Grade 4 |
| Neurotoxicité |
| Toxicité centrale |
Vigile |
Assoupissements |
Somnolence inf. à 50 % des heures d’éveil |
Somnolence inf. à 50 % des heures d’éveil
|
Coma |
| Toxicité périphérique |
Absence |
Paresthésies et/ou diminution des réflexes
tendineux |
Paresthésies sévères et/ou faiblesse
modérée |
Paresthésies intolérables et/ou diminution
importante de la force motrice |
|
| Douleurs |
Absence |
Légère |
Modérée |
Météorisme abdominal |
Météorisme et vomissement |
| Toxicité cardiaque |
Absence |
Ne nécessitant pas l’arrêt du traitement |
Modérée ne nécessitant pas l’arrêt
du traitement |
Sévère |
Intolérable |
|
6-A - Complications hématologiques des chimiothérapies
: la myélotoxicité
La toxicité hématologique est la plus précoce
et la plus fréquente des toxicités aiguës des
médicaments cytotoxiques. Elle résulte de la destruction
des cellules souches hématopoïétiques en voie
de différenciation. Cette toxicité est réversible,
non cumulative et dose-dépendante sauf pour les nitroso-urées,
la Mitomycine C, le Busulfan et le Carboplatine qui présentent
des toxicités cumulatives et durables. L’association
de plusieurs substances myélotoxiques provoque une majoration
de la toxicité hématologique, ce qui nécessite
une surveillance plus importante.
6-A.1 La leuco-neutropénie
Par définition on parle de leuco-neutropénie
à partir d’un taux de leucocytes inférieur
à 4000/mm3 et d’un taux de polynucléaires
neutrophiles inférieur à 2000/mm3. Le chiffre
le plus bas de polynucléaires neutrophiles appelé
"nadir" survient généralement huit
à dix jours après la chimiothérapie (Tableau
1). Cette toxicité est relativement prédictible
en fonction du protocole utilisé mais il existe d’importantes
variations individuelles selon les patients. Quand elle survient
, cette neutropénie ne dure que 4 à 5 jours
pour la plupart des chimiothérapies utilisées
dans le traitement des tumeurs solides. Le seuil critique
des complications est atteint pour un taux de 500/mm3. L’espoir
représenté par les facteurs de croissance hématopoïétiques
n’a été vérifié que partiellement.
La récupération spontanée de la neutropénie
se fait le plus souvent en 14-21 jours, raison pragmatique
essentielle du rythme des chimiothérapies séquentielles
qui ont lieu tout les 14 jours pour celles qui sont semi-intensives
(avec injection de facteurs de croissance hématopoïétiques)
et 3 à 4 semaines pour les chimiothérapies standards.
La lymphopénie est particulièrement observée
après chimiothérapie par les alkylants et elle
est potentialisée par la radiothérapie. Cette
lymphopénie peut être persistante, de réparation
lente (10 à 12 mois) et nécessite une surveillance
particulièrement attentive du fait des risques d’infections
opportunistes (CD4 inférieurs à 200/mm3).
|
| Tableau 1 : Nadir leucocytaire
et délai de récupération au cours d’une
chimiothérapie à doses conventionnelles |
Drogue
(DCI) |
Nadir
(jours) |
Récupération
(jours) |
Drogue
(DCI) |
Nadir
(jours) |
Récupération
(jours) |
| Altrétamine |
21 |
28 |
Idarubicine |
10 |
21 à 28 |
| Amsacrine |
7 à 10 |
21 à 28 |
Ifosfamide |
7 - 14 |
21 |
| L-Asparginase |
7 à 10 |
14 |
Irinotécan |
8 à 12 |
15 à 22 |
| Bléomycine |
10 |
14 |
Lomustine |
21 à 28
40 à 50 |
49 à 60 |
| Busulfan |
11 à 17 |
42 à 56 |
Melphalan |
14 à 21 |
28 à 42 |
| Carboplatine |
14 à 21 |
28 à 42 |
Mercaptopurine |
7 à 10 |
14 à 21 |
| Carmustine |
21à 30 |
35 à 49 |
Méthotrexate |
7 à 10 |
14 à 21 |
| Chlorambucil |
21 |
42 à 56 |
Mitomycine C |
28 |
40 à 56 |
| Chlométhine |
10 à 14 |
21 à 28/35 |
Mitoxantrone |
10 à 14 |
21 |
| Cisplatine |
14 |
21 |
Paclitaxel |
11 |
18 à 21 |
| Cyclophosphamide |
7 à 14 |
21 à 28
18 à 26 |
Pentostatine |
15 |
21 à 28 |
| Cytarabine |
15 à 21 |
28 à 35 |
Pirarubicine |
10 à 15 |
21 à 30 |
| Dacarbazine |
21 |
28 à 35 |
Procarbazine |
10 à 14
25 à 30 |
21 à 28
36 à 50 |
| Dactinomycine |
14 |
21 à 25 |
Raltitrexed |
7 à 14 |
21 |
| Daunorubicine |
10 à 14 |
21 à 28 |
Streptozocine |
10 à 14 |
21 |
| Docétaxel |
5 à 8 |
21 |
Ténoposide |
10 |
21 |
| Doxorubicine |
7 à 14 |
21 à 27 |
Thioguanine |
10 à 14 |
21 |
| Epirubicine |
7 à 14 |
21 |
Thiotépa |
9 à 16 |
21 |
| Etoposide |
7 à 14 |
21 à 28 |
Topotécan |
5 à 10 |
21 |
| Fludarabine |
13 |
21 à 28 |
Vinblastine |
5 à 10 |
14 à 21 |
| Fluorouracile |
10 |
21 à 28 |
Vincristine |
5 à 10 |
7 à 14 |
| Fotémustine |
30 |
40 |
Vindésine |
5 à 10 |
7 à 14 |
| Hydroxyurée |
7 |
14 |
Vinorelbine |
7 à 10 |
14 à 21 |
|
Le risque infectieux est élevé chez le neutropénique,
proportionnel à l’intensité et à
la durée de la neutropénie. Ces infections sont
souvent d’évolution rapide et menacent la vie du
patient : les manifestations inflammatoires locales sont frustes,
les symptômes de diffusion et de généralisation
sont précoces. Les agents infectieux en cause sont essentiellement
d’origine endogène (entérobactéries,
streptocoques). D’autres comme le staphylocoque, s’implantent
sur les cathéters vasculaires. Certaines infections qui
apparaissent de manière retardée sont connues
comme le Pseudomonas et l’Aspergillus. Par ailleurs, les
staphylocoques et les streptocoques représentent les
agents les plus fréquents à l’origine des
bactériémies chez le sujet neutropénique.
Il convient donc d’ instaurer des
mesures préventives et curatives :
- Le traitement des candidoses buccales passe par la réalisation
de bains de bouche avec une préparation pharmaceutique
à l’eau bicarbonatée à 14 pour
mille dans laquelle on y ajoutera 1 flacon de Fungizone, ½
Flacon d’Eludril par exemple. Cette solution pourra
être "enrichie" si besoin et en fonction de
l’intensité de la mucite de : Xylocaine à
1% avec +/- 1 Gr d’Aspegic voire même de Morphine
si la mucite est tres douloureuse(Grade IV) mais cela doit
tout de même rester une thérapeutique hospitaliére
car tres souvent, il s’agira d’un malade ne pouvant
plus s’alimenter et chez qui il faudra d’autre
par instaurer un traitement antifungique par voie intra veineuse.
- Prévention des infections bactériennes d’origine
digestive par décontamination digestive sélective
avant chimiothérapie par administration d’antibiotiques
oraux non absorbables (Colistine, Néomycine, Gentamicine,
Tobramycine, Bacitracine, Vancomycine), le plus souvent en
associa-tion et/ou administration d’antibiotiques absorbables
(Erythromycine, Cotrimoxazole). L'intérêt de
cette antibiothérapie est discuté ;
- Prévention des infections sur cathéters par
une asepsie rigoureuse ;
- Les mesures d’hygiène comme les bains de bouche,
les soins de siège, une bonne hygiène de la
peau, un contrôle de l’alimentation et la propreté
des locaux. Ces mesures jouent un rôle préventif
au moins aussi important que la décontamination. L’intérêt
des chambres à flux laminaire semble limité
à la prévention des aspergilloses auxquelles
sont exposés les patients au cours des greffes de moelle.
- Administrations de facteurs de croissance granulocytaire
qui jouent un rôle préventif en réduisant
la durée et la profondeur de la granulopénie.
Les infections sont une cause majeure de mortalité au
cours d’une intensification thérapeutique. Elles
surviennent dans 10 à 20 % des cas et durent 5 à
20 jours. Afin d’éviter des infections gravissimes,
certaines mesures doivent être prises :
- Isolement du malade en chambre stérile, éventuellement
sous un flux d’air laminaire ;
- Décontamination digestive par des antibiotiques non
diffusibles, administrés par voie orale avec vérification
régulière de la stérilité des
selles et nutrition entérale stérile en cas
d’impossibilité d’une nutrition parentérale
;
- Bains de bouche avec antiseptiques, antifongiques et alcalinisation
;
- En cas de fièvre, dans les 3 heures, instituer une
antibiothérapie à large spectre (antibiothérapie
empirique avec mesures d’isolement protecteur) et selon
l’évolution et les résultats bactériologiques
(Tableau 1) ajouter antifongiques et/ou d’antiviraux
;
- Transfusion de produits sanguins irradiés si besoin
(érythrocytes et plaquettes) ;
- Administration de FCH (posologie de 5 à 10 µg/kg/j)
qui doit être débutée au minimum 24 heures
après la fin de la chimiothérapie et arrêtée
quand le taux des neutrophiles dépasse 1000/mm3 ;
- La sortie du secteur stérile n’est recommandée
que lorsque le taux des polynucléaires neutrophiles
dépasse 500/mm3.
On vérifiera aussi la vaccination des patients avant
le traitement intensif, car le déficit immunitaire secondaire
à ce traitement peut durer jusqu’à 2 ans
après la chimiothérapie intensive.
|
| Tableau 3 : Les traitements
de première intention |
| 1. Pas de cathéter
et de décontamination digestive et/ou aplasie ancienne |
| Bétalactamines anti-Pseudomonas :
Aztréonam 75 mg/kg/j
Céfépime 75 mg /kg/j
Ceftazidime 100 mg /kg/j
Imipénème 50 mg/kg/j
Pipéracilline/tazobactam 200/25 mg/kg/j
Ticarcilline/ac.clavulanique 250/10 mg/kg/j |
+ Aminoside:
Amikacine 15 mg/kg/j ou
Isépamicine 15 mg/kg/j |
| 2. Pas de cathéter et
de décontamination digestive préalable et/ou aplasie
récente et de courte durée |
| Céphalosporines de 3ème génération
:
Céfotaxime 100mg/kg/j
Céftriaxone 40 mg/kg/j
Céfépime 60 mg/kg/j
Céfpirome 60 Mg/kg/j |
+ Aminoside :
Amikacine 15 mg/kg/j
Gentamicine 5 mg/kg/j
Isépamicine 15 mg/kg/j
Nétilmicine 7,5 mg:kg/j |
3. Patient porteur d’un
cathéter central ou site implantable
Ajouter un antistaphylococcique aux associations précédentes
:
Vancomycine 25 mg/kg/j ou Teicoplanine 6 mg/kg/12h pour les
3 premières injections puis 1 fois par jour ou Fosfomycine
200 mg/kg/j |
|
L’antibiothérapie doit éventuellement être
réadaptée dans les 72 heures par l’appréciation
des signes cliniques de localisation, des données biologiques
et surtout des résultats bactériologiques (Figure
1). L’amélioration clinique permet le maintien
de l’antibiothérapie initiale, mais pendant toute
la phase de granulopénie le patient est exposé
à une récidive infectieuse à entérobactéries
ou à Pseudomonas. Une bêta-lactamine active sur
ces agents infectieux doit être maintenue jusqu’à
la remontée du nombre des polynucléaires neutrophiles
au dessus de 5000/mm3.
Une fièvre persistante malgré l’antibiothérapie
amène à proposer un traitement suplémentaire
: antiherpétique par Aciclovir (15 mg/kg/8 heures), en
particulier en cas de mucite, antifongique par Amphotéricine
B (1 mg/kg/j), éventuellement Ganciclovir chez le patient
lymphopénique ou greffé et Cotrimoxazole s’il
existe une pneumopathie interstitielle.
|
| Figure 1 : Adaptation de
l’antibiothérapie en fonction des résultats
clinico-biologiques |
| Retrait |
Isolement du germe et évolution
de la clinique
(+ : amélioration ; - : pas d’amélioration |
Antistaphylococcique
après 5 jours
|
+
Pas de germe isolé -
|
Antistaphylococcique
et/ou antiherpétique et/ou antifongique |
| |
|
|
| Antistaphylococcique |
+ Entérobactérie
- |
Antistaphylococcique et/ou
antiherpétique
et/ou antifongique |
| |
|
|
| Aminoside |
+ Staphylocoque
- |
Retrait de l’aminoside
Retrait du cathéter |
| |
|
|
Antibiothérapie
non modifiée
|
+ Autre
germe - |
Retrait de l’antistaphylococcique
; Adapter l’antibiothérapie selon antibiogramme |
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