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Journée scientifique " Les effets des radiations ionisantes sur la santé humaine "

2ème Colloque International sur les Explosions Nucléaires dans le Sahara Algérien -
Alger 22/23 février 2010

par Pr. Larbi Abid

Ouverture des travaux par Mr. Chérif Abbas, ministre des Moudjahidines Ouverture des travaux par Mr. Chérif Abbas, ministre des Moudjahidines

Ouverture des travaux par Mr. Chérif Abbas, ministre des Moudjahidines

Après la réunion organisée à Adrar le 13 février 2010 et consacrée aux effets des radiations ionisantes sur la santé humaine, organisée conjointement par la Société Algérienne d’Oncologie Médicale, le Fascicule de la Santé et le Laboratoire de Chirurgie d’Exérèse Hépatique Majeure, le Centre National d’Etudes et de Recherche sur le Mouvement National et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERH-Nov 54,  Ministère des Moudjahidines) vient d’organiser les 22 et 23 février 2010 au Cercle National de l’Armée à Béni Messous, le 2ème Colloque International sur les Explosions Nucléaires dans le Sahara Algérien.


 

Au cours de ce colloque qui a regroupé des experts nationaux et étrangers venus de divers horizons (Australie, Grande Bretagne, France, Japon, Polynésie française) des témoins et victimes de ces explosions nucléaires (Algériens, français, polynésiens), nous avons pu voir un film documentaire sur les effets de la 1ère bombe qui a explosé à Reggane le matin du 13 février 1960 suivi par une conférence du Pr. Mansouri sur l’ensemble des essais nucléaires français au Sahara puis d’un bilan des conséquences sanitaires sur les populations présenté par le Pr. Bouzid puis par le Dr. Meloui anatomopathologiste à Tamanrasset. Ces 2 orateurs ont particulièrement notés le profil épidémiologique différent dans le Sud et le Nord de l’Algérie. Alors que le cancer de la thyroïde n’est au 10ème rang selon les registres du cancer du nord du pays, celui-ci est le 2ème cancer chez la femme à Adrar et Tamanrasset. Outre cette localisation néoplasique, on note un taux particulièrement élevé de cancers du sein et de cancers cutanés qui différent par leur présentation clinique de ceux observés dans le nord du pays.

Outre la pathologie cancéreuse, le Pr. Bouzid a également relevé les conséquences des radiations ionisantes chez la femme enceinte avec son lot de malformations chez le nouveau-né et le risque de stérilité chez l’homme, risque qui perdure jusqu’à ce jour vu l’absence de décontamination des sites des essais.

Drs. Susanne Rabbitt Roff (UK) Dr. Kamel Bouzid Zina Meloui (Tamanrasset)

Intervention des Drs. Susanne Rabbitt Roff (UK), Kamel Bouzid et Zina Meloui (Tamanrasset)

 

Mrs. Michel Verger (président honoraire de l’AVEN) André Gardan

Témoignages de 2 vétérans de l’armée française ayant exercé sur les sites de ces essais
Mrs. Michel Verger (président honoraire de l’AVEN) et André Gardan.

Des témoignages de victimes de ces essais : 

Parmi les victimes aujourd’hui très âgées, Boudelal Belkacemi, soutient, document à l’appui, qu’il a un cancer et que sa maladie figure sur la liste officielle des maladies dues à la radioactivité. Il demande réparation : « Je demande, aux autorités algériennes et françaises, réparation. Mon droit est légitime. J’ai été emmené dans une région radioactive où je n’avais pas demandé à être », conclut-il.


Gérard Ruault était appelé du contingent à Reggane. Il estime être un cobaye rescapé. Il a vécu sur un site contaminé entre 1960 et 1961. Que faire 50 ans après contre la radioactivité ? Cet ancien appelé a son idée : « Créer un hôpital avec des spécialistes français qui viennent former les médecins algériens pour lutter contre les conséquences de cela. Je pense que ce serait plus bénéfique pour nous les victimes qui sommes encore sur place plutôt qu’une loi qui va indemniser pas grand-chose et pas grand monde...».

Selon Patrice Bouveret, Président de l’observatoire des armements et président du comité vérité et justice de l’association des Vétérans des essais nucléaires (AVEN) : «  Ce 25 avril 1961, on fait donc venir à Reggane près de 200 appelés, venus principalement d'une unité stationnée en Allemagne. Dans le désert algérien, équipés de combinaison de protection, ils sont positionnés dans un petit abri situé 3 kilomètres du point Zéro : l'endroit où la bombe est déclenchée. Après l'explosion, ils doivent avancer vers le champignon atomique et mener des exercices de tir ; ils vont s'approcher jusqu'à 650 mètres du coeur de l'explosion.  D'autres à bord de leurs véhicules blindés s'aventureront encore plus près... Selon les experts, ces appelés vont être exposés à des doses « élevées » de radioactivité. La manoeuvre dure 3 heures, les soldats sont ensuite conduits en salle de décontamination où ils doivent prendre une douche. L'expérience est terminée. Expérience secrète, ils devront garder le silence... »

 

de Roland Pouira Aldham (Polynésie)  Dr. Boudjeden (Reggane)

Témoignages de Roland Pouira Aldham (Polynésie)  et du Dr. Boudjeden (Reggane)

Après cette première séance qui s’est déroulé en plénière, trois ateliers se sont constitués :

  • un atelier sur les conséquences sanitaires
  • un atelier sur les conséquences environnementales
  • un atelier sur les conséquences juridiques 

 

Mr. William Kob survivant de Gerboise verte Mme Zhor  Ounissi Prs. Hafiz & A. Bendib
Mr. William Kob survivant de Gerboise verte, Mme Zhor  Ounissi et les  Prs. Hafiz & A. Bendib

 

Quelques membres de l’atelier sur les conséquences sanitaires

Quelques membres de l’atelier sur les conséquences sanitaires

L’atelier sur les conséquences sanitaires des  essais nucléaires Français en Algérie (Crime contre l’homme et son environnement) a rédigé le document suivant :
Les effets biologiques et sanitaires des essais nucléaires concernent d’une part les travailleurs Algériens et la population ayant été présente pendant les essais nucléaires et d’autre part toute la population qui continue à être exposée à ce jour à cause de l’état des sites et la situation radiologique de ces régions laissé à l’abondant par les Français (pollueur) après leur départ nous amènent à faire :
Constats :

  • Absence de données sur les suivis dosimétriques (travailleurs et population)
  • Absence des dossiers médicaux 
  • Absence d’étude épidémiologique
  • Manque des données et des statistiques sur des populations vivantes dans les deux régions (Reggane et  Tamanrasset)
  • Absence de consensus international dans l’établissement d’une liste d’affections (de pathologies) radio-induites (cancéreuse et non cancéreuse ; effets à long terme et effets héréditaires). Notons que quelques pays comme les Etats-Unis (USA), le Royaume-Uni (UK), l’Australie, le Japon, la France disposent de listes de pathologies susceptibles d’être radio-induites.
  • Cinquante années après les essais nucléaires, l’Algérie ne dispose pas d’une structure sanitaire spécialisée pouvant prendre en charge les victimes de ces essais et leur descendance et ce depuis le stade de diagnostic jusqu’à la prise en charge adéquate tel qu’il a été préconisé dans les cas similaires (japon, USA, Australie,…) 
  • Enfin, nous disposons actuellement que de témoignages et de quelques constats cliniques et études médicales ponctuelles et isolées qui restent insuffisants s’ils ne sont pas étayés par des dossiers bien établis répondant aux normes scientifiques.

 

Recommandations :

Malgré l’absence des données suscités, la méthodologie adoptée repose sur plusieurs expertises collectives, comme celles de l’UNSCEAR, l’ICRP (Commission Internationale de Protection Radiologique) et même de l’IRSN (l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire), fondées sur l’analyse de plusieurs centaines de publications scientifiques internationales validées et sur les données fiables des registres spéciaux des effets sanitaires des survivants d’Hiroshima et Nagasaki (1945) et de l’accident de Tchernobyl (1986). 

Il est recommandé prioritairement :

  1. Dotation des hôpitaux en moyens humains et matériels nécessaires pour permettre le diagnostic et la prise en charge efficace des affections radio-induites, voir organisation de campagnes de sensibilisation et  de mesures médicales préventives pour le diagnostic à un stade utile de ces cancers.
  2. Mise en place immédiate de registres du cancer dans les wilayas d’Adrar et de Tamanrasset avec recueil des cas traités dans les villes du nord du pays. Cette  mise en place de registres du cancer implique la création d’un service d’anatomopathologique au niveau d’un des hôpitaux de la wilaya d’Adrar et le renforcement en  moyens matériel et humain du celui existant à Tamanrasset.
  3. Désignation des médecins devant prendre en charge ces registres, afin de les former à la gestion d’un registre du cancer, en collaboration avec l’INSP. 
  4. Recensement des populations et si possible recueillir des données depuis 1960 à ce jour, en collaboration avec l’ONS, les DSP, les services de l’état  civil des APC de la région de Reggane et de In Ikker, afin de fournir une base de données statistiques.
  5. Création  de registres spécialisés pour caractériser les indices importants de santé publique comme :
    1. Taux de fécondité
    2. Taux de malformations fœtales
    3. Nombre de cas de retard staturo-pondéral et mental dans les wilayas  d’Adrar et de Tamanrasset avec étude comparative avec les autres wilayas du pays aux mêmes périodes , avec l’analyse et l’identification des changements intervenus pour voir s’ils sont liés à l’irradiation ou a d’autres causes.
  6. Détermination de la situation radiologique des zones contaminées par ces essais nucléaires pour :
    1. une évaluation de l’impact sanitaire sur les populations
    2. une meilleure planification avant toute extension urbaine ou rurale.  
  7. Création d’un groupe de travail pluridisciplinaires pour établir une  synthèse des résultats publiés par différentes instances internationales comme l’ICRP, l’UNSCEAR, la BEIR et l’AIEA afin d’établir la liste algérienne des affections (pathologies) susceptibles d’être radio-induites.
  8. Mise en place d’un comité intersectoriel (santé, énergie, environnement, intérieur,…) pour le suivi de toutes les opérations engagées avec une feuille de route qui doit être établie le plus rapidement possible. 

La recherche devra se concentrer sur divers thèmes :

  1. Développement de la radiobiologie
  2. Suivi de la progéniture des  personnes qui étaient des enfants ou étaient en gestation au moment de l’accident
  3. Les études épidémiologiques (relation entre l’exposition et l’apparition du  cancer).

Conclusions

Il est urgent de doter ces régions sahariennes et ce dans les plus brefs délais d’un centre de recherche et de prise en charge de toutes  les affections radio-induites que ce soit sur l’homme et son environnement.

Rapporteurs des 3 ateliers (conséquences sanitaires, environnementales et juridiques) Rapporteurs des 3 ateliers (conséquences sanitaires, environnementales et juridiques) Rapporteurs des 3 ateliers (conséquences sanitaires, environnementales et juridiques)
Rapporteurs des 3 ateliers (conséquences sanitaires, environnementales et juridiques)

 

Pr. Abbas, président du Colloque, clôturant cette manifestation

Pr. Abbas, président du Colloque, clôturant cette manifestation

 

 

Compte rendu mis en ligne le 5 mars 2010


 
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