Jean Baptiste Paulin TROLARD (1842-1910) |
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par Larbi ABID,
enseignant à la faculté de médecine d’Alger
Si beaucoup d’étudiants d’Alger connaissent la rue Trolard située juste au-dessus de la fac centrale, avec son resto U et sa Cité Universitaire, peu d’entre eux connaissent qui était Paulin Trolard bien que la plaque commémorative mentionne qu’il s’agissait d’un anatomiste. Il soutient sa thèse de doctorat en médecine à Paris en 1868, intitulée ‘’ Recherches sur l’anatomie du système veineux de l’encéphale et du crâne ‘’, dans laquelle il décrit en particulier une veine qui porte son nom.
Après l’obtention de son diplôme, il débute sa carrière comme médecin communal à Saint Eugène (actuellement Bologhine) en banlieue d'Alger puis médecin à l'hôpital civil tout en continuant ses travaux d’anatomie à la chaire d’anatomie et de physiologie où il est nommé professeur titulaire de la chaire en 1869 succédant ainsi au docteur Patin qui dirigeait également l’école préparatoire de médecine d’Alger. Le décret du 5 juin 1880 subdivise la chaire d’anatomie et de physiologie en chaire d’anatomie et chaire de physiologie et neuf plus tard, le décret du 31 juillet 1889 transforme l’école préparatoire de Médecine et de Pharmacie d’Alger école de plein exercice de Médecine et Pharmacie.
Dans cette spécialité, le Pr. Trolard obtint de nombreux succès : La « loi de Trolard» et «les chevrons de Trolard » sont restés dans l'histoire de l’anatomie. Il laissera d’ailleurs son nom à plusieurs structures anatomiques :
Paulin Trolard était également membre de l’Association Française pour l'Avancement des Sciences. C’est ainsi qu’il fit des interventions remarquées lors de la 10ème Session d’Alger en 1881 et la 17ème Session à Oran en 1888.
Trolard avait une méthode d'enseignement limpide et exempte d'inutile érudition. Pour perfectionner son travail il s'était efforcé d'améliorer les programmes, l'organisation des locaux et l'outillage de l'Ecole. Il est élu membre correspondant de l’académie de Médecine (Paris) en 1906.
Savant désintéressé, ennemi de la notoriété, dédaigneux des honneurs, Trolard prit l'initiative de créer l'Institut Pasteur en Algérie en 1894. Avec le professeur Soulié, il étendit les activités de l'Institut autant qu'il le put, mais n'eut pas les ressources matérielles pour perfectionner les laboratoires et développer des recherches. Après 15 années passées à concevoir et parfaire cette œuvre, Trolard fut mis de côté, pour ne pas dire rejeter, lorsque l'administration du Gouverneur Jonnart décida la création officielle de l'Institut en 1909. Le choix se porta sur les frères Sergent et le professeur Calmette. Cette situation fut vécue comme une disgrâce par Trolard et sera le drame de la fin de sa vie. Il relate cet épisode dans :’’l’institut Pasteur d’Alger, sa fondation, sa réorganisation, mon expulsion’’ (1910) .Très affecté il refusa la vice-présidence proposée et, peu de temps après, les premiers symptômes de la maladie qui devait l'emporter se manifestèrent.
L'éminent savant s'éteignit à Alger le 12 avril 1910. Outre la rue citée plus haut au centre ville d’Alger qui perpétue sa mémoire, l’agglomération coloniale attenant au village de Taza (le mot theza en kabyle ou taza en zénéte signifie plantée), situé à 35 km de Teniet El Had, reçut son nom. Ce bourg baptisée dans un premier temps Pont du Caïd devient Trolard-Taza (centre de Trolard et douar Taza). Situé à 1130 m d’altitude et distant de 84 km du chef-lieu de la wilaya de Tissemsilt, lors de la refonte communale de mai 1963 il sera baptisé officiellement Bordj El Emir Abdelkader car l’important massif forestier de 2995 ha qui entourait le village autochtone servait d’ancien Bordj à l’Emir Abdelkader pour observer les mouvements des troupes françaises et c’est là que Lalla Zohra, mère de l’émir y est inhumée dans un ancien cimetière. Émile Jean Joseph Gaudissard, sculpteur, peintre orientaliste et décorateur né à Alger en 1872 et qui vivait entre le XVIe arrondissement de Paris et son domicile algérois du 133 rue Michelet (actuelle rue Didouche Mourad), réalisera en 1910 deux bas-reliefs du Pr. Jean Baptiste Paulin Trolard qui seront exposés à la foire d’Alger de 1910. Cependant malgré toutes ses qualités morales, intellectuelles et scientifiques, le Pr. Paulin Trolard n’a pas su découvrir l’autre être humain qu’il côtoyait tous les jours à savoir l’indigène algérien. En effet, comme pour la plupart de ses contemporains, le musulman devait être fustigé, surveillé, emprisonné voire même expulsé en Nouvelle Calédonie. Son article paru sur le Cri d’Alger n° 2 du 28 octobre 1906 est révélateur à plus d’un titre : « Indifférence de l'Administration vis àvis des agitateurs - I1 nous semble que l'on devrait exercer une surveillance rigoureuse du côté des marabouts et des zaouïas; ces marabouts sont extrêmement dangereux. Le Gouvernement français a cru être très adroit en organisant un clergé musulman; les indigènes font fi de ce clergé officiel et ne l'écoutent pas; leur confiance va toute entière aux marabouts indépendants. Quant aux zaouïas, où sous prétexte d'enseigner le Coran aux enfants, on ne leur apprend que la haine du Roumi, il est inexplicable qu'elles ne soient pas placées sous une surveillance étroite et de tous les instants. Si l'on fustigeait d'importance quelques-uns des prêcheurs de guerre sainte, soit qu'ils se réfugient dans ces foyers de fanatisme, soit qu'ils colportent la bonne parole sur les marchés ou à travers les tribus, on calmerait bien vite leur fougueuse ardeur. Les marabouts n'aiment pas beaucoup la paille humide des cachots; ils craignent encore plus les longs voyages sur mer.
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