| L'enseignement de la pharmacie en Algérie | |
| (durant la période coloniale)
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L'intendant civil Genty de Bussy, qui avait la responsabilité de l'hygiène et de la santé dans la Régence, signa, le 12 septembre 1832, un décret instituant à Alger un jury de médecine appelé à examiner et à recevoir les candidats français et étrangers aspirant à devenir pharmaciens. Ce jury, composé d'un médecin, d'un chirurgien et de trois pharmaciens militaires, pouvait délivrer un diplôme de pharmacien permettant d'exercer la pharmacie dans la Régence d'Alger. En 1833, grâce aux efforts de Baudens, un hôpital militaire d'instruction fut installé dans l'ancienne maison de campagne du dey Hussein sise au pied de la colline de Bouzaréah. Dans cet hôpital, dit du Dey, une salle de conférences, un laboratoire de chimie et un jardin de plantes médicinales étalent affectes à l'enseignement pharmaceutique. Le pharmacien chef avait le titre de premier professeur, et le pharmacien adjoint, celui de deuxième professeur, ils devaient assurer des cours de botanique, des cours de matière médicale, des cours de pharmacie chimique et de chimie médicale ainsi que l'étude pratique de la préparation des médicaments. Les étudiants turcs, maures et juifs étaient autorisés à suivre ces cours En ce qui concerne le contrôle de la pharmacie civile, dès 1835, une commission de trois professeurs de l'hôpital militaire d'instruction fut chargée d'authentifier les diplômes des médecins et des pharmaciens s'installant en Algérie, et de procéder à la visite des officines de pharmacie. L'œuvre des pharmaciens militaires dans les domaines divers: scientifique, technique, agricole, industriel et économique, fut immense. Chacun intervint peu ou prou, selon ses goûts, selon ses connaissances, selon ses aptitudes et selon les circonstances. Il en résulte un magnifique travail d'ensemble, dont nous allons exposer les grandes lignes, en présentant les hommes qui se sont le plus distingués. Si certains restent dans l'ombre, ils n'en ont pas moins participé à l'œuvre commune, car tous firent leur devoir. Évolution et perfectionnement du service pharmaceutique Le dépôt de médicament du Service de service de santé militaire installé à Alger en 1930 fut transformé peu après en Pharmacie centrale de l'armée. Cet établissement fonctionna d'abord à l'hôpital Caratine, puis il fut transféré dans une mosquée désaffectée (qui devint l'église Notre-Dame-des-Victoires, rue Bab-el-Oued), et, en 1840, dans une ancienne caserne de Janissaires. Il avait pour fonction d'assurer la préparation et la conservation des médicaments destinés non seulement à l'armée mais encore à la population civile par l'intermédiaire des pharmacies des hôpitaux civils et des officines privées. Des altérations inattendues et des détériorations imprévisibles des drogues et des médicaments détenus par la Pharmacie centrale, inhérentes aux conditions climatiques particulières du pays pendant la saison chaude, ont fait l'objet d'échanges de notes entre l'administration centrale, le gestionnaire de l'établissement et les pharmaciens réceptionnaires des produits. Elles figurent aux Archives de la Guerre et ont été à l'origine de travaux sur la conservation des médicaments dans les pays chauds. La Pharmacie centrale devint ensuite Pharmacie régionale et fut annexée à la pharmacie de l'Hôpital du Dey, tandis que des pharmacies divisionnaires étaient créées dans les hôpitaux militaires de Constantine et d'Oran. Les pharmaciens militaires se préoccupèrent de la récolte et de la culture des plantes médicinales. Des jardins de simples furent aménagés dans de nombreux hôpitaux. En 1842, l'hôpital du Dey fournit 20 kg de scille, 32 kg de bourrache, 325 kg de mauves, 25 kg de fleurs d'oranger, 12 kg de centaurée, etc. Au début de 1851, Millon proposa la conversion des jardins maraîchers du Dey en jardins botaniques: 33 hectares de culture de plantes médicinales, un demi-hectare pour essais d'acclimatation et un demi-hectare en jardin botanique proprement dit, réservé aux plantes du pays. Pour l'élevage des sangsues, dont on faisait grand usage à l'époque, des viviers furent installés à Boufarik par Faseuille; ils furent perfectionnés par Claude. Ils pouvaient recevoir 200 000 annélides. Cette capacité permettait tout juste de satisfaire aux besoins des hôpitaux: 240 553 pour celui d'Alger; 240 834 pour celui de Douéra, et 112 100 pour celui de Bône en 1838. Des études et des expériences nombreuses furent faites au Laboratoire central d'Alger pour éviter la mortalité importante qui frappait ces animaux. La sangsue algérienne dite dragon s'avéra plus résistante. Les pionniers On se doit d'évoquer d'abord la mémoire de ceux qui sont tombés victimes du climat, de la maladie, des épidémies et des coups du sort. Les épidémies de choléra, les fièvres, la dysenterie, firent de nombreuses victimes dans les rangs des pharmaciens militaires. La liste en serait très longue et certainement incomplète, mais un hommage global doit leur être rendu. Berteuil servit en Algérie de 1830 à 1841, il a publié un ouvrage en deux volumes sur l'histoire, les mœurs, les coutumes, l'industrie et l'agriculture de l'Algérie française (1856); Marie, mort du choléra en 1835 a étudié les eaux de Hammam Mélouane, Jeannel passa deux années en Algérie: 1840 et 1841. Il joua un rôle particulier au siège de Médéa en 1840. La garnison, forte de 2 000 hommes et de 500 têtes de bétail manquait de vivres... et de fourrage. Il fallait sacrifier les bêtes. Jeannel proposa au général Duveyrier, qui commandait la place, de faire des conserves. Faute de sel, il dut faire de la viande fumée et des tablettes de bouillon. Il utilisa pour cela les chaudières des bains maures qu'il alimenta avec du bois provenant de maisons démolies. Cette mesure permit à la garnison de subsister. Eugène Millon, né à Châlons-sur-Marne en 1812, est le personnage le plus marquant parmi les pharmaciens de l'Armée d'Afrique. Dans le domaine de l'alimentation, il fut le digne successeur de Parmentier, et le précurseur de Balland. Après un séjour de quelques mois en Algérie, en 1835, pendant lequel il participa à la lutte contre l'épidémie de choléra, il fut reçu médecin (août 1836). Mais, attiré par la chimie, il s'orienta, à la fin de 1837, vers la pharmacie. Après divers postes en province, il accédait, le 19 mars 1841, à la suite d'un brillant concours, au titre de professeur de chimie au Val-de-Grâce. Il s'était déjà distingué par des travauxscientifiques de valeur lorsque, brutalement, il fut envoyé, en 1847, en disgrâce à l'hôpital militaire d'instruction de Lille. Irrité par une telle mesure, il s'adonna à l'ëtude de questions agricoles, économiques et sociales, et devint un ardent publiciste. Ses opinions libérales inquiétant le gouvernement, il fut muté à Alger en 1850. Il poursuivit ses recherches sur le blé commencées à Lille. Il envisagea la création d'un institut algérien, destine à substituer à la pratique routinière et empirique des Arabes, tant dans l'agriculture que dans certains travaux artisanaux, les bienfaits de la technique française. Cet institut ne vit jamais le jour. Mais, savant hors de pair, d'un esprit génial et brillant, Millon fut le guide et le conseiller écouté et désintéressé de tous, de l'Européen et du Musulman, du dernier des fellahs ou des artisans jusqu'aux gouverneurs Pélissier et Vaillant. A proximité de l'hôpital du Dey, sur la route de Bouzaréah, dans un ravin pittoresque qu'il appelait le Frais Vallon il avait établi une petite ferme où il passait ses rares moments de loisirs. En 1865, lorsqu'il prit sa retraite, il partit pour Paris, afin de reprendre les travaux de chimie qu'il avait dû interrompre. Il devait y mourir en 1867, à cinquante-cinq ans. Lors de la publication des résultats de l'analyse de l'eau ferrugineuse froide du Frais Vallon, qui jaillissait près de sa ferme, il exprima des idées hardies sur la possibilité d'utiliser les propriétés thérapeutiques des eaux minérales algériennes, déjà connues des Romains mais tombées dans l'oubli. Millon n'était pas seulement le chimiste avisé que beaucoup connaissent. Il était aussi un économiste éminent, un technicien habile et un apôtre convaincu des réformes sociales. Au cours des quinze années passées en Algérie, il a apporté une contribution immense à l'œuvre économique et sociale de la France en ce pays. Les pharmaciens enseignants Plusieurs pharmaciens militaires apportèrent leur concours à l'enseignement :
Tous ces enseignants se sont livrés à d'importants travaux de recherche mais nombre de leurs collègues, non enseignants, n'en ont pas moins effectué d'estimables études scientifiques. Les pharmaciens militaires et la recherche Balland occupe une place éminente parmi ces derniers. Ayant servi six ans en Algérie, de 1874 à 1880, il mit sa science au service du pays dans les domaines les plus divers: chimie appliquée, chimie alimentaire, chimie végétale, hydrologie, hygiène, etc. Il s'intéressa également aux vestiges de l'Antiquité (œuf d'autruche découverts au columbarium de Gouraya, formation de zigueline et de malachite sur d'anciennes monnaies romaines, altération de monnaies d'or trouvées à Orléansville). D'autres enfin, dont les noms sont moins connus, se sont, eux aussi, penchés sur l'étude de questions relatives à l'Algérie, où ils ont accompli une partie de leur carrière, étudiant les eaux d'alimentation de Bône, Constantine, Orléansville, Laghouat, des puits artésiens de l'Oued Rhir, du Sud Oranais, des Beni Abbès, etc., les eaux minérales et thermales de Hammam Rhira, Hammam Meskoutine, Hammam Sialahine, de Takitount, etc., les ressources minérales (lignites de Djidjelli, sel gemme de Djelfa...); la flore et la faune algériennes; les productions végétales (culture de la betterave, du sorgho, nombreux travaux sur les vins...); les drogues et la pharmacologie arabes; les problèmes de toxicologie et l'hygiène (empoisonnement par le sulfure d'arsenic, par l'étain, action des eaux de Sétif sur le plomb, etc.); des questions de chimie et d'agriculture (punaise des blés, par exemple). La seconde guerre mondiale Pus près de nous, les pharmaciens militaires affectés en Algérie ont accompli leurs tâches professionnelles et leur rôle d'analyste et d'expert sans toujours publier les résultats de leurs observations, de leurs recherches et de leurs expériences. Leurs rapports figurent aux archives du Service de santé. Lors de la Seconde Guerre mondiale, et surtout après le 8 novembre 1942, ils ont eu la lourde responsabilité, sous la haute autorité du pharmacien colonel Bobier, d'approvisionner en médicaments les troupes du territoire et du corps expéditionnaire d'Italie. Avec l'aide des pharmaciens militaires de réserve, il ont dû mettre au point des fabrications nouvelles et s'adapter aux médicaments de la pharmacopée américaine. En Conclusion, il convient de souligner que les pharmaciens militaires qui ont servi en Algérie ont rempli leurs fonctions avec un dévouement, une compétence et un zèle exemplaires, pourvoyant en toutes circonstances aux besoins en médicaments de l'armée, mais aussi de la population civile dans des conditions parfois difficiles; qu'ils ont été des collaborateurs avisés des hygiénistes militaires en analysant les eaux potables et les denrées destinées à la troupe, en organisant et en dirigeant la lutte contre les parasites vecteurs des affections endémiques et épidémiques; ils ont inventorié, prospecté, étudié et analysé les ressources naturelles et participé à l'amélioration de certaines cultures indigènes ou acclimatées, ainsi qu'au développement de l'industrie et de l'artisanat. Ils ont étendu les bienfaits de la science et de la technique dans différents domaines. Ils ont déterminé et ouvert la voie dans laquelle il convenait de s'engager pour donner à l'économie algérienne tout son essor. Ils ont œuvré en étroite et confiante collaboration avec les autorités militaires, avec les autorités civiles, ainsi qu'avec leurs camarades médecins et autres officiers du Service de santé militaire. Ils ont contribué à la connaissance du pays et à sa mise en valeur. Ils ont ainsi acquis des titres à l'admiration et à la reconnaissance de la France. Gaston RICHIER. Né à Chateaudun-du-Rhumel (actuellement), près de Constantine, où son père était pharmacien Gaston Richier, ancien interne dès hôpitaux d'Alger, diplômé pharmacien en 1932, était installé à Alger.
(6 octobre 2009)
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