Docteur Mohamed Tayeb SMATI

par le Dr. Lachouri

Docteur Mohamed Tayeb SMATI
(1913-1991)

Comme il est pénible de parler au passé d'un être cher que l'on a côtoyé en tant que malade, confrère et ami pendant des dizaines d'années. Un être attachant qui a marqué la ville de Biskra par sa compétence en tant que Médecin, son humanisme et son sens du devoir envers sa nation et son peuple.

Le Dr SMATI Mohamed Tayeb est né un 10 octobre 1913 à Zemmoura (Sétif). Après des études à Sétif au lycée Albertini (Kerouani actuellement); il rejoint l'université de Toulouse pour des études médicales. En ce temps, il adhère à l'UGEMA. Après l’obtention de son doctorat en médecine, il s'installe en 1946 provisoirement à Batna à titre privé pour rejoindre définitivement Biskra en 1947. A l'époque, il couvrait la région de Biskra – Batna (surtout Barika) et M'sila sans oublier El Méghaier, Djemaa et Touggourt. Ses journées étaient interminables avec la consultation et les visites à domicile qu'il effectuait à l'époque à vélo, qu'il vente ou qu'il pleuve à travers Biskra, Chetma et El Outaya. C'était le temps où le médecin algérien en particulier était sollicité de partout et pour tous. Il a été un médecin compétent, sans compromission, que la médiocrité révoltait; ce qui créait parfois des problèmes à son auteur.

Si son parcours de médecin et d'homme public est connu, par contre il a été muet sur son passé de militant de la cause nationale (il ne l'a jamais évoqué). Il a milité en Algérie de 1955 à 1957. Il a examiné et  traité les djounouds et les militants. Il avait à l'époque comme infirmier le futur commandant de l'ALN: Chérif KHEIREDDINE et comme responsable KHOBZI Ahmed dont la palmeraie servait aux activités clandestines. Au début de 1957, se sentant menacé, suite à des fuites selon lesquelles il tirait des informations sur les activités de "la main rouge", il se rend à Paris pour se diriger quelques mois plus tard vers Tunis. Il est par la suite transféré à l'hôpital de Béja comme médecin des djounouds à la frontière algéro-tunisienne jusqu'au mois de mars 1962. Durant son absence, son cabinet médical et sa villa ont été occupés illégalement par les forces militaires coloniales, et des corps ont été enterrés dans son jardin.

Le Dr SMATI n'a jamais fait valoir ses états de service et a toujours refusé qu'on évoque la possibilité de régulariser sa situation. Aujourd'hui, je pense que nous ne pouvons nous substituer à la décision de sa famille. Sa vie tout court à été parfaite, faite de beaucoup d'anecdotes. Il était spontané et surtout réaliste :

  • Il aimait l'entente de Sétif et ne s'en cachait pas ;
  • Il aimait le folklore sétifien et faisait des pas de danse à l'occasion;
  •  Il a arrêté de conduire dès qu'il a senti qu'il ne pouvait plus faire de longues distances ;
  • Il a arrêté de passer des vacances à Paris pour ne plus subir le Diktat des vendeurs de devises ;
  • Il a été président du croissant rouge de Biskra dans les années 60 ;
  • Il aimait faire son marché ;
  • Il aimait les parties de belote ;
  • Il aimait l'atmosphère du mois de carême auquel il ajoutait la tenue tunisienne traditionnelle ;
  • Il avait un sens très noble de l'amitié, de la fidélité et du courage.

Nous pouvons encore ajouter beaucoup d’éléments sur la vie du Dr SMATI Mohamed Tayeb mais ce serait dépouiller  l'intimité d'un être pudique. Ce court aperçu de son parcours n’est qu’un modeste hommage que se devait de lui  rendre la population et la ville de Biskra à laquelle il était attaché et à laquelle il s’identifiait, afin de sortir son nom de l’anonymat et le transmettre aux générations futures.