Henry FOLEY (1871-1956)

Par Paul DOURY

Le docteur Henry FoleyHenry Foley est né le 11 avril 1871 dans le village de Vignory dans la Haute-Marne. Il fait de brillantes études, d'abord à Vignor, puis au lycée de Chaumont.
Son baccalauréat en poche, passionné depuis sa plus tendre enfance par les sciences de la vie, il s'oriente vers la médecine et se présente au concours de l'École du service de santé militaire de Lyon où il entre le 10 novembre 1892.

Le 10 décembre 1895, il soutient sa thèse de docteur en médecine intitulée: "Contribution à l'étude de la désinfection des appartements; recherche sur la valeur comparative de quelques agents de désinfection, sublimé, aldéhyde formique, acide chlorhydrique".

Le 18 décembre 1895, le médecin aide-major de deuxième classe Henry Foley rejoint l'École d'application du Val-de-Grâce.
En octobre 1903, après avoir été médecin de diverses unités de métropole, il obtient une affectation en Algérie, au 2ème régiment de zouaves à Oran, d'où il est détaché successivement dans le sud oranais, à l'hôpital d'El Aricha où il va d'emblée se faire remarquer par son ardeur au travail.

En 1906, Lyautey, commandant la subdivision d'Ain Sefra le fait affecter dans le poste saharien de Beni Ounif.
A la fin de 1907, ses études cliniques, micro-biologiques, épidémiologiques puis expérimentales d'une importante épidémie de fièvre récurrente, l'amèneront à démontrer, avec Edmond Sergent, que le pou, et lui seul, est l'agent de transmission de cette fièvre récurrente mondiale. Cette découverte conduira ensuite Charles Nicolle, deux ans plus tard, à démontrer à son tour le rôle du pou dans la transmission d'une affection qui sévissait à Tunis et qui a les mêmes caractères épidémiologiques que la fièvre récurrente : le typhus exanthématique.
La note publiée en 1908, en collaboration avec Edmond Sergent dans le bulletin de la Société de pathologie exotique faisait, pour la première fois, entrer le pou dans la pathologie humaine.
Après six ans de séjour en Algérie, Henry Foley fait une demande au ministère de la guerre afin d'y être maintenu et pour y poursuivre les recherches entreprises sur la pathologie humaine et animale de la région.
Promu médecin-major de première classe (correspondant au grade de commandant) en 1911, il est mis en position "hors cadre" sans solde pour servir à Beni Ounif, au laboratoire qu'il avait créé quatre ans plus tôt et qui deviendra le "Laboratoire saharien de l'institut Pasteur d'Algérie".

L'infirmerie de Beni Ounif
L'infirmerie de Beni Ounif
Dès 1906, Foley avait pris contact avec Edmond Sergent qui se trouvait à Alger, chargé depuis 1900 par Emile Roux d'une mission, devenue permanente, destinée à étudier le paludisme en Algérie.
En 1909, cette mission fera place à une filiale de l'institut Pasteur de Paris, qui faisait suite, en réalité, à un premier institut Pasteur d'Alger, crée à l'initiative du docteur Trolard, professeur à la faculté de médecine d'Alger en 1894, avec l'appui de Pasteur. Le nouvel institut Pasteur d'Algérie fut inauguré le 7 mars 1911 en présence de M. René Vallery-Radot, gendre de Pasteur. Sa direction fut confiée par Emile Roux, successeur de Pasteur, à Albert Calmette qui conservait la direction de l'institut Pasteur de Lille, avec Edmond Sergent comme sous-directeur, qui ne deviendra directeur que plusieurs années plus tard. Cette rencontre de 1906 va être le début d'une collaboration, puis d'une amitié qui ne se démentiront pas, durant près de cinquante ans, c'est-à-dire jusqu'à la mort de Foley en 1956. Afin de parfaire ses connaissances en microbiologie, il obtient de venir à Paris pour suivre le cours de l'institut Pasteur où il travaille dans le laboratoire du docteur Borrel, de novembre 1910 à mars 1911. Foley est de retour à Beni Ounif en mars 1911. Il partage sa vie entre le poste de Beni Ounif et l'institut Pasteur d'Alger et ses missions sahariennes. Il entretient une abondante correspondance avec René Vallery-Radot, gendre de Pasteur, et avec son fils Louis Pasteur-Vallery-Radot. Sa correspondance avec Albert Calmette est importante à partir de 1911. Elle a surtout pour objet l'étude de l'endémie tuberculeuse dans les populations sahariennes et la mise au point d'une technique de vaccination antituberculeuse de masse, seule possible dans ces régions : la vaccination antituberculeuse par le BCG sans réactions tuberculiniques préalables dont il démontre, avec Louis Parrot, la parfaite innocuité.
Foley fit deux séjours au Maroc, en mai 1919 et en octobre 1924 où il s'attaqua au problème du paludisme qui sévissait dans la région de Kenitra, à l'époque région marécageuse.
A la déclaration de la guerre en août 1914, le médecin-major de première classe Henry Foley est à l'institut Pasteur. II rallie aussitôt son affectation de mobilisation à l'hôpital du Dey à Alger (actuellement CHU Maillot), où il est nommé chef de laboratoire de microbiologie, puis médecin-chef de l'hôpital, tout en conservant la responsabilité du laboratoire.
De juillet 1916 à janvier 1917, il est médecin du 159ème régiment d'infanterie, d'abord dans le secteur de la Meuse, puis ce sera "l'enfer de la Somme".
A partir du 12 janvier 1917, Foley va être chargé de l'organisation de plusieurs hôpitaux d'origine d'étape (HOE), près de la ligne du front.
C'est alors qu'il apprend que le Prix Monthyon de l'Académie des Sciences lui a été attribué pour ses travaux sur la fièvre récurrente mondiale et le typhus exanthématique.

L'institut Pasteur d'Alger
L'institut Pasteur d'Alger
Le 29 août 1917 Henry Foley revient à Alger en qualité de directeur du service de santé des territoires du Sud.
Le 26 novembre 1921, le docteur Foley va demander de faire valoir ses droits à la retraite. Il est alors nommé dans la réserve, médecin principal de 2ème classe (correspondant au grade médecin lieutenant-colonel). Mais cette retraite sera bien particulière. En effet, assuré d'une stabilité à laquelle il attachait, avec juste raison tant d'importance, il va durant trente-cinq ans, poursuivre à la tête des Laboratoires sahariens de l'institut Pasteur d'Algérie, ses travaux scientifiques à Alger et à Beni Ounif. Il va aussi et surtout continuer l'œuvre pédagogique entreprise en formant, jusqu'en 1955, tous les médecins appelés à servir dans les territoires sahariens, grâce au stage à l'institut Pasteur d'Algérie institué dès 1918 à son instigation et rendu officiel et obligatoire le 19 avril 1920. Ce stage fut très vite complété par une formation très pratique accomplie dans le service d'ophtalmologie de l'hôpital Mustapha à Alger, où ces jeunes médecins étaient rompus au traitement d'une pathologie dominante au Sahara, les ophtalmies et plus particulièrement le trachome, avec le traitement chirurgical de l'entropion trachomeux.
La dernière partie de la carrière d'Henry Foley se poursuivra ainsi jusqu'à sa mort qui surviendra durant l'été 1956, le 2 août, à Vignory, où il se reposait, avant son retour à Alger prévu pour octobre !

L'œuvre d'Henry Foley

Elle est considérable, dominée par la découverte de la transmission par le pou de la fièvre récurrente mondiale, en 1908, avec Edmond Sergent. Il confirme la transmission par le pou du typhus exanthématique et découvre en 1914, la présence, dans le corps de poux nourris sur des typhique, des formes microbiennes reconnues plus tard comme étant les agents responsables de la maladie et appelées, en 1916, par Roch Lima "Rickettsia prowazecki".
Parmi les quelques deux cents publications d'Henry Foley, de nombreux sujets sont abordés concernant l'épidémiologie, l'hygiène, la prophylaxie des maladies de l'homme et des animaux, telles que le paludisme, les ophtalmies et notamment le trachome, la trypanosomiase du dromadaire appelée "Debab", qui est le nom arabe du "taon", dont la piqûre est responsable de la maladie... Mais, il est une affection qui a particulièrement retenu son attention, et qui a fait l'objet de près de quarante articles, et d'un important échange de correspondances avec Albert Calmette, c'est l'infection tuberculeuse au Sahara.
Henri Foley, avec la collaboration de Louis Parrot, et avec le concours des médecins militaires des Territoires du Sud, a poursuivi depuis 1910 et jusqu'en 1955, l'étude de la fréquence et de la répartition de l'infection tuberculeuse parmi les populations sahariennes, suivant la méthode des cuti-réactions à la tuberculine.
Parallèlement à cette étude de l'imprégnation tuberculeuse des populations sahariennes, et à la suite de la découverte par Calmette et Guérin de la vaccination contre la tuberculose, Foley, avec la collaboration de Parrot, fit de l'oasis de Beni Ounif de Figuig, à partir de 1928, un centre d'études de la vaccination antituberculeuse en milieu rural algérien.

Parmi les nombreux autres travaux d'Henry Foley, il faut citer ceux consacrés à la faune et à la flore sahariennes, et même des études ethnologiques et préhistoriques, avec notamment la découverte et l'étude d'une station de gravures rupestres à Beni Ounif.
Henry Foley sera promu commandeur de la Légion d'honneur qu'en 1955, il avait 84 ans !

Références bibliographiques :

  • P Doury : "Henry Foley, apôtre du Sahara et de la Médecine".
    Préfaces de Jean Bernard et de Théodore Monod. 1 volume. Editions Curutchet - 64600 Helette.
  • A. Camelin : "Le service de santé en Algérie".
    In: "Revue historique de l'Armée". 1972, 28 : 46-63.
  • J. Bouchat : Beni Ounif (sud oranais). Étude géographique, historique et médicale.
    "Archives de l'institut Pasteur d'Algérie". 1956, 34:575-576.

* Nous remercions bien vivement les responsables du bulletin de l'Association des anciens élèves de l'institut Pasteur qui, avec l'auteur et les éditions Curutchet, nous ont autorisés à reproduire cet article et ses illustrations.