Henri CHOUSSAT

Par F. Lagrot - P. Clarac

H. Choussat était né à Montpellier, fils unique, de famille modeste, qui vient s'installer en Algérie, à Lafayette, dans le sud Constantinois où son père était médecin de colonisation.
A quatorze ans, il entre au Lycée d'Alger, en quatrième et passe son baccalauréat, à dix-sept ans. Ayant d'abord ambitionné de préparer Normale supérieure, il se fait finalement inscrire en Médecine, et en même temps en Droit (qu'il ne poursuivra pas).
II est interne en 1928 ; puis il ira un certain temps travailler à Constantine chez le Dr Oulie, chirurgien, et s'initiera à la pratique chirurgicale qui lui permettra de faire les opérations courantes ou urgentes. A la fin de son internat, il épouse une camarade d'études Juliette Clausse, qui suivait aussi mes conférences d'internat.

Ayant obtenu, plus tard, un certificat de radiologie, son épouse adjoindra cette spécialité à la pratique du couple dans leur clientèle. Ils vont alors s'installer dans une petite ville, Ménerville, à une cinquantaine de kilomètres d'Alger, où ils exerceront la médecine de campagne. Il était médecin de l'hôpital de Ménerville, son activité va vite dépasser, et multiplier les services de ce petit hôpital. Il l'agrandit, convertit les salles communes en chambres particulières, crée une salle opératoire, il installe un service de radiologie dirigé par son épouse, recrute des internes. Il organise une formation d'enseignement post-universitaire pour une vingtaine de médecins de la région, en fait une véritable petite Université régionale de médecine. Il y adjoint une bibliothèque.
Une magnifique ambition l'amène à Alger comme Chef de Clinique du Professeur Lebon à l'hôpital de Mustapha, en entreprenant des voyages quotidiens, chaque matin à Alger, pratiquant à Ménerville l'après-midi. Il prépare et obtient la fonction et le titre de médecin des hôpitaux d'Alger, dont il assure le service de la même façon.
Il décide de se présenter au concours d'Agrégation de Médecine en 1925. Cet effort est couronné par un magnifique succès : il est reçu major de l'Agrégation (devançant les candidats parisiens, à qui est réservé traditionnellement cet honneur et ce titre). Ayant obtenu de la direction de la Santé, par convention, le rattachement de son hôpital de Ménerville au Centre hospitalo-universitaire d'Alger, il va jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962, assurer à la fois sa pratique à l'hôpital de Ménerville et ses fonctions universitaires à Alger. Il devient Professeur de la Chaire de pathologie générale à la Faculté d'Alger.

En 1950, il avait été élu membre correspondant de la Société médicale des hôpitaux de Paris, il est promu Chevalier de Légion d'Honneur en 1956, et officier dans l'Ordre national du mérite ; officier dans l'ordre des Palmes académiques. Ces honneurs sont justement rendus à ses efforts, à son mérite et à ses réalisations sociales et médicales ; il est en outre décoré de la médaille des épidémies et de la médaille d'honneur du Service de Santé des armées.
Lorsque arrive le moment de quitter l'Algérie en 1962, il est affecté à la Faculté de médecine de Bordeaux, au titre de professeur de séméiologie, puis de pathologie médicale. Il va se consacrer particulièrement à la gérontologie jusqu'à sa prise de retraite en 1977.
Un évènement dramatique survient alors, trois mois avant sa retraite : au cours d'un congrès en Roumanie avec son épouse, celle-ci est tuée sur le coup, dans un accident de voiture, et lui-même est grièvement blessé au crâne. Il ne se remettra jamais du chagrin de son deuil .Sa mise en retraite hospitalo-universitaire ne sera pas une accession au repos. Au contraire, et peut-être pour distraire son chagrin et sa solitude, il multiplie ses activités et ses voyages de façon incessante, à des conférences, des congrès, des organisations diverses, aux travaux de l'O.M.S., de l'U.N.E.S.C.O., ou de l'O.N.U. En 1983, il participe à la mission dirigée en Polynésie française par le Professeur Dausset pour l'étude des groupes sanguins H.L.A.

Son tempérament était rigoureux dans son métier médical, scientifique, consciencieux à l'extrême, mais son caractère, dans ses relations avec les amis, était plein de fantaisie et d'humour.
Et pourtant, depuis de longues années, sa santé était lourdement affectée par une grave ostéoporose qui causa plusieurs fractures vertébrales extrêmement douloureuses.
Sa vie fut un progrès et un exemple jusqu'à la fin. La mémoire d'un tel homme d'exception reste l'exemple et la consolation des siens, de ses élèves, de ses amis, de ses compatriotes.