| Professeur René Bourgeon (1912-1996) |
| Par Professeur J-C Scotto
En 1937, il est appelé à accomplir ses obligations militaires. Il est encore sous les drapeaux au moment de la déclaration de guerre de 1939 et se retrouve affecté à la défense de la ligne Mareth en Tunisie jusqu'à la démobilisation à l'automne 1940. Après un bref retour à la vie civile, il est rappelé comme officier de réserve du service de Santé et versé dans le Corps Expéditionnaire qui va constituer le fer de lance de la première armée française. Il se distingue au cours des campagnes d'Italie, puis de France par son dévouement aux blessés auxquels il consacre une impressionnante compétence servie par une résistance, un courage et une générosité qui fait l'admiration de tous. Plus tard il sera en mesure de présenter à l'Académie de Chirurgie son expérience personnelle de 152 plaies abdominales de guerre opérées. Quand il est démobilisé, en 1946, il rejoint à Alger la famille qu'il avait fondée pendant l'Armistice. Son épouse, Simone Vidal lui a donné deux enfants, Marie Laure et André. René Bourgeon retrouve la vie professionnelle civile avec la dure expérience que lui a procurée la guerre, et le retard dans sa carrière, par rapport à d'autres plus chanceux, que lui a imposé son devoir militaire. C'est avec l'enthousiasme d'un jeune étudiant qu'il reprend la préparation des concours hospitaliers et universitaires encouragé par ses maîtres qui ont reconnu en lui un être d'exception. Dans la même année 1949, il est nommé à la fois à l'Agrégation d'Anatomie et au Chirurgicat des Hôpitaux. L’année suivante, il prend la direction de son premier service hospitalier à l'Hôpital Parnet Hussein-Dey. Sa réputation de diagnosticien et d'opérateur aussi efficace que brillant se répand rapidement à Alger et au-delà. De plus en plus sollicité, il fait face, avec une souriante gentillesse, à toutes les demandes dont il est l'objet, réunissant, toujours sans effort apparent, à concilier l'enseignement à des étudiants qu'il séduit par sa simplicité, sa disponibilité et son allant, la direction d'une équipe hospitalière composée pour l'essentiel d'anciens compagnons d'armes dont le dévouement amical procède d'une admiration sans limite pour leur jeune patron, le travail quotidien de recherche au Laboratoire d'Anatomie et le développement d'une clientèle qui sera bientôt la première d'Algérie. En 1951, il organise à Alger avec son Maître Costantini
le premier Congrès Mondial du Kyste Hydatique qui connaîtra
un grand retentissement international. Parallèlement, il développe
ses propres recherches sur la pathologie du foie et des veines du système
hépatique. Pionnier de nouvelles techniques chirurgicales comme
l'anastomose porto-cave, il sera ainsi l'un des tout premiers chirurgiens
dans le monde à réaliser une hépatectomie réglée,
c'est-à-dire une amputation partielle du foie. Lorsqu'en 1962, il devient évident qu'il faut partir, René
Bourgeon, qui a été rattaché par le Ministère
de l'Education Nationale à l'Ecole de Médecine de Poitiers,
puis à la Faculté de Médecine de Marseille, choisit
d'installer sa famille à Nice et d'ouvrir un cabinet de chirurgie
dans cette ville. A la rentrée universitaire de 1967, l'Ecole de Médecine
est solennellement ouverte. La même année, la Clinique Chirurgicale
Saint Georges est inaugurée. Dix ans à peine ont passé depuis l'inauguration des locaux
de la Faculté de Médecine de Nice lorsque René Bourgeon,
atteint par la limite d'âge, doit prendre une retraite que beaucoup
appréhendent pour lui. Mais une fois de plus, chacun sera admiratif
devant la sérénité avec laquelle il pose son bistouri
et cesse, définitivement, d'opérer. Il renonce, toujours
sans effort apparent, à ce qui a été l'intérêt
de toute sa vie. Au terme de cet hommage trop solennel, il reste à évoquer l'extraordinaire rayonnement de cet homme, plus apte que quiconque à donner aux événements leur signification la plus large et la plus profonde. Homme généreux, toujours soucieux de l'autre, obtenant tout sans jamais rien exiger, tenace jusqu'à l'opiniâtreté, courageux jusqu'à l'héroïsme, souriant dans l'effort le plus difficile, n'élevant jamais la voix et pourtant toujours écouté et obéi. L'exil niçois lui a été une occasion de plus de montrer que le succès récompense l'audace et le mérite. Et comment ne pas évoquer enfin sa réussite familiale fondée sur la beauté, le charme et la vigilante efficacité de Simone Bourgeon, toujours présente aux côtés de son mari dans les bons comme dans les mauvais moments, dans les drames aussi qui n'ont pas manqué, toujours soucieuse de faire fonctionner une logistique exigeante, et y parvenant toujours dans la perfection. Sa famille a toujours été au centre des préoccupations de René Bourgeon, même lorsqu'il pouvait paraître le plus sollicité par son métier ou par les événements extérieurs les plus contraignants. Tous ceux qui ont eu le privilège de voir vivre cet homme, comblé de tant de dons, ne peuvent que lui être reconnaissants de nous avoir donné son exemple. Bien au-delà des motifs concrets de gratitude qui nous animent naturellement à l'égard des Maîtres qui nous ont formés ou des médecins qui nous ont guéris : cet homme si simple, dont le sourire savait si bien nous faire oublier la supériorité, cet homme était un grand seigneur. Par Professeur J-C Scotto - Mis en ligne le 9 septembre 2005 |