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Défense et illustration du professorat en médecine
Professeur Tedjiza
Professeur de psychiatrie et psychologie médicale à la faculté de médecine d'Alger.
Secrétaire général du Syndicat national des professeurs et docents en sciences médicales


A l'heure où tout le corps médical se trouve sous les feux de l'actualité, contraint par la misère des temps à négocier âprement sa dignité, il n'est jusqu'au rang le plus élevé d'entre eux, celui des professeurs, qui ne soit concerné par cette situation, brisant ainsi une réserve et une immunité de plusieurs dizaines d'années qui n'a pu résister aux coups de boutoir de la nécessité historique et de ses incessants réaménagements sociaux, dans cette transition qui n'en finit pas d'exiger son tribut de drames et de malheurs. Il semble que le poids des contraintes internes de toutes sortes, conjugué à une conjoncture internationale défavorable, avec son lot de frustrations et de désillusions, aient fini par avoir raison des vertus ancestrales de ce peuple, au premier rang desquelles la générosité, la patience et la courtoisie. Ce qui était respecté et honoré hier est aujourd'hui conspué et foulé aux pieds par une opinion publique excédée et amère, et aux yeux de laquelle plus rien ne trouve grâce. Ce témoignage n'a pour seule ambition que de mieux faire connaître un corps avec ses mérites s'il y a lieu, ses convictions peut-être et ses petites angoisses sûrement.

I - L'environnement général : grandeur et décadence

Tout abord d'une question aussi complexe, du fait de ses multiples aspects, dimensions et implications, ne saurait faire l'économie de la double perspective, dans le temps et l'espace, du contexte général dans lequel elle s'insère.

I -1- L'évolution historique

Durant la période coloniale, la population "indigène", constituée essentiellement de ruraux et de montagnards, était contrainte à une économie de subsistance, basée essentiellement sur une agriculture de type traditionnel et archaïque, totalement démunie face aux calamités naturelles et aux caprices du destin, quand elle n'était pas tout simplement maintenue en état de servage et inféodée par l'ordre colonial. Une minorité de citadins, sans qualifications généralement, était exploitée et vivotait misérablement au gré de petits boulots astreignants et mal rémunérés, sans garantie aucune. Dans ce contexte, les médecins et les universitaires se comptaient sur les doigts d'une main. Généralement issus de l'infime minorité que représentait la petite bourgeoisie citadine, quelquefois même enfants d'auxiliaires de l'administration coloniale, ils étaient souvent des hommes remarquables et de grand mérite par leur détermination et leurs qualités intellectuelles. Leur rôle dans l'éveil de la conscience nationale est indiscutable, et ils fourniront, du reste, l'essentiel de la classe politique nationaliste du pays. A l'indépendance, pour ce qui était de la médecine universitaire comme pour la science et la technologie de façon générale, on était encore sous l'entière dépendance de la coopération technique.

Comme toute chose rare et précieuse, le prestige et l'aura de ces professions étaient à son apogée. Avec l'enseignement obligatoire et sa généralisation, on est passé d'un système de formation universitaire de type élitiste, très formé, sur le modèle de celui dont on avait hérité, à un autre qui ouvrait l'accès au plus grand nombre. L'objectif était d'atteindre l'algérianisation de l'université ; il sera atteint vers la fin des années 1970, avec en prime le maintien d'une qualité de formation honorable. Après une courte phase de stagnation, le processus a amorcé sa phase descendante sur le plan qualitatif, car le système ployait désormais sous des contraintes de toutes sortes, au premier rang desquelles :

1. Des flux d'étudiants disproportionnés et non maîtrisables, outrepassant les capacités structurelles, pédagogiques, logistiques et sociales ;

2. un encadrement magistral de qualité nettement insuffisant, en tout cas très en deçà de la demande et des exigences, du fait de l'exil et de la fuite des cerveaux, de la désaffection et de la démobilisation des cadres dont le pouvoir d'achat a été laminé par la paupérisation qui a touché les classes moyennes ;

3. la faillite de la maintenance et de la gestion du parc immobilier universitaire avec vétusté des structures conduisant à leur fermeture de fait ;

4. le sous-encadrement administratif (en effectifs, qualifications et motivations) avec disqualification du service public ;

5. la contestation du respect de la hiérarchie et de la discipline, avec disparition de la notion même de maître, en tant qu'autorité scientifique et morale ;

6. le recul inquiétant de la culture et des traditions universitaires avec désaffection pour le savoir, l'ascèse intellectuelle, le mérite académique et la valeur scientifique. Non seulement ces contraintes n'ont pas été levées, mais elles ont atteint une telle acuité et revêtu une telle ampleur que la situation en devient presque ingérable.

I -2- Le champ institutionnel

Le champ institutionnel actuel est supposé amorcer la transition, décisive et irréversible, vers la démocratie authentique et l'Etat de droit ainsi que l'ouverture à la mondialisation et à l'économie de marché, mais également une perméabilité à la culture universelle et une disponibilité à la communication et aux échanges de toutes sortes.
En fait, cette ouverture, frileuse, est actuellement entravée par le centralisme étatique et la lourdeur des procédures bureaucratiques, sans compter la persistance de vieux réflexes issus de l'unicité de pensée, et souffre encore des séquelles de l'économie dirigée et protégée. Cela ne doit pas pour autant faire mésestimer le risque de basculer dans l'excès inverse avec libéralisation tous azimuts à outrance, voire sauvage.
L'importance de l'administration dans la définition, la délimitation, la mise en place et la fixation du cadre institutionnel est cruciale. Par administration, nous entendons un ensemble d'instances, de dispositions, de pratiques et de valeur, attachées au système dont elles relèvent et qui les englobe. Du fait de l'autorité formelle dont elle est investie, de la nature de ses prérogatives et attributions, de ses missions et objectifs, mais surtout du conservatisme qui caractérise son mode de fonctionnement, elle a une tendance naturelle à surinvestir ses positions. Ce qui la rend assez stéréotypée dans ses modalités d'expression et souvent assez excessive dans sa procédure, rigide et sans souplesse adoptive et cela quelles que soient les qualités et la valeur des acteurs du système eux-mêmes, en l'occurrence les administrateurs, dont la compétence et le professionnalisme sont généralement indiscutables.
De plus, ce système comme tout système par essence impersonnel, anonyme, sans état d'âme, sert de courroie de transmission au pouvoir exécutif dont il instruit, éclaire, prépare les décisions et dont il veillera par la suite au suivi de l'application. Il possède également un pouvoir de nomination, de contrôle, de régulation, voire de répression, etc. Bien installé dans sa logique confortable qui est de tendre à toujours plus de pouvoir pour de moins en moins de contrôle, il répugne à rendre des comptes ou à motiver ses décisions, surtout aux instances représentatives quelles qu'elles soient, syndicats, associations, commissions consultatives ou même assemblées élues des collectivités locales.
Au bout de cette logique, la tentation autoritariste n'est pas loin avec centralisme, dirigisme, bannissement du débat contradictoire et de la concertation, etc. Sa vocation naturelle est de s'imposer d'autorité, puisqu'il est l'émanation du pouvoir exécutif, qui l'a investi pour ne pas dire instrumentalisé, ne s'inclinant que devant le pouvoir judiciaire et tendant à assujettir tout autre pouvoir, technique, scientifique, médical ou culturel.

A fortiori quand il est dopé par le pouvoir politique qui renforce ses prérogatives et l'absout par anticipation de fautes éventuelles et que l'argument d'autorité est érigé en règle de conduite prévalente, qu'il est fait un usage immodéré du pouvoir discrétionnaire et que la procédure est assujettie à des intérêts étroits. Une autre expression de cet état d'esprit est le fait de tout considérer à l'aune de la rentabilité, de la logique financière et comptable, de la stricte commercialité, qui prennent le pas sur tout le reste (les considérations techniques, sociales, humaines et morales), véritable "diktat mercantiliste" de ceux qui veulent tout pondérer, tout vendre et monnayer.

1-3- La réalité sociale actuelle

D'abord et avant tout, il convient de souligner l'absence de maîtrise du dossier de la démographie, tant dans son ampleur que sa structure, dans un pays où la quasi-totalité des recettes proviennent des hydrocarbures, alors que la production nationale pour ce qui relève de l'industrie lourde est minime et qu'elle tend vers zéro pour ce qui est de l'industrie de pointe.
De plus, l'essentiel de nos besoins, surtout les médicaments, dérivés, assimilés et appareillages médicaux, les produits alimentaires de première nécessité, les appareillages techniques et pièces de maintenance ainsi que tous les équipements lourds proviennent de l'étranger. Du reste, la dévalorisation constante du dinar et l'inflation des prix qui l'est tout autant constituent des indicateurs édifiants. Le résultat en est cette extension inquiétante de la misère, cette érosion du pouvoir d'achat du plus grand nombre et ces pans entiers de la population qui passent chaque année sous le seuil de la pauvreté.

Par ailleurs, tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Nous ne parlerons pas du sempiternel problème du logement et de l'habitat précaire avec le spectacle désolant de ces bidonvilles qui étalent leurs taudis de misère dans les banlieues de nos agglomérations urbaines. Nous n'insisterons pas sur le problème sécuritaire en relation avec le terrorisme et le grand banditisme, de même que nous évoquerons simplement l'extension de la corruption, du régionalisme et du népotisme qui gagnent tous les secteurs de l'Etat jusque et y compris les corps constitués, et qui représentent autant de plaies sur la face du corps social. Et que dire de la hausse qui atteint la cote d'alarme, de toutes les courbes, qu'il s'agisse de criminalité, homocidalité, suicidalité, délinquance routière, violence dans les stades et dans la rue, pléthore et malaise au sein de la population carcérale, prostitution, toxicomanie, chômage, oisiveté et désœuvrement, etc.

Ce qui nous amène à la régression catastrophique des activités artistiques et culturelles. Le cinéma et le théâtre, florissants dans les années 1970, n'en finissent pas de péricliter et ne sont plus qu'une pâle ombre de ce qu'ils étaient, alors que tous les grands noms de la création artistique et culturelle ont choisi le chemin de l'exil. Le livre bien que de mauvaise qualité et très cher, se fait rare, alors que les ouvrages techniques et scientifiques, d'importation pour leur quasi-totalité, demeurent hors de portée. Pour finir, nous allons aborder sommairement un phénomène dérivé de la contrebande, le trabendo qui n'en finit pas de se généraliser et qui est en passe de s'imposer comme une véritable institution parallèle. La désignation générique, bien que de consonance hispanique, est, au même titre que la pratique elle-même, en fait une invention nationale. Je crois qu'on peut, sans risque de se tromper, affirmer que le trabendo et le raï sont les deux créations majeures du génie populaire algérien, bien que représentant deux valeurs en contrepoint polaire l'une de l'autre, la première négative et la seconde positive et connaissant des fortunes différentes.
L'un a pu s'exporter grâce au talent de ses novateurs, l'autre dépendant au contraire de l'importation clandestine, a pu prospérer localement outre-mesure et a encore, vraisemblablement, de beaux jours devant lui. Quoi qu'il en soit, le trabendo en tant que pratique, repose sur les critères suivants :

1. Le caractère licite de la fraude fiscale, érigée en principe de gestion ;

2. le recours à des circuits clandestins d 'approvisionnement et d'écoulement ;

3. l'absence d'une comptabilité transparente et l'évitement du recours à des procédés d'encaissement ou de paiement de type bancaire, a fortiori étatique, en d'autres termes primauté au paiement en liquide, de main à main,

4. une régulation du marché soumise entièrement à la loi de l'offre et de la demande, du marchandage et du consentement mutuel (compromis de vente officieux) avec prégnance de la parole donnée ;

5. le mépris et l'évitement systématique de la production nationale ;

6. le recours privilégie à la contrefaçon de produit dit "Taiwan"),

7. l'absence d'engagement de garantie et de service après-vente.

Le trabendo n'est pas seulement une pratique avec ses réseaux et ses rouages, ses complicités à tous les niveaux, qui est en train d'infiltrer l'économie nationale, mais il tend de plus en plus à s'imposer comme une véritable culture avec son système de valeurs, à la limite de l'anticivisme, gagnant progressivement tous les volets de la vie de la nation. Véritable mutation sociale née de l'accumulation quantitative de modifications des mentalités individuelles qui à l'échelle collective a engendré un véritable saut qualitatif, il repose sur un système de valeurs qui, pour l'essentiel, s'appuie sur les assertions suivantes :

1. La désaffection de l'Etat et de la chose publique ;

2. le refus de l'autorité et la remise en question de l'ordre social établi ;

3. le primat de l'individualisme sur l'esprit communautaire ;

4. le parti pris délibéré de transgression systématique des dispositions légales et réglementaires en vigueur ;

5. la primauté du spéculatif et du mercantile sur le productif, qu'il s'agisse de production de biens ou de prestation de service ;

6. l'attrait du gain facile ;

7. la disqualification des valeurs, mérites et compétences nationales ;

8. la négation des attentes du prochain et la minoration des droits de l'usager.

Depuis et ainsi qu'il est fait état communément et régulièrement dans la presse, on est passé du trabendo du passeur de cabas à celui du "passeur" de container dans ce qui est si bien nommé "import-import".

Pour finir, nous citerons pour mémoire le trabendo de certains petits artisans-réparateurs, la plupart du temps sans qualification, caractérisé par une piètre qualité du travail, sans garantie, avec sur-facturation quand il n'y a pas substitution et vol de pièces. Au terme de cette cursive mise au point, il convient d'insister sur le déclin du mérite scientifique et des valeurs intellectuelles, contrecoup inévitable du triomphe des valeurs matérielles, de la réussite sociale d'apparat, de l'affairisme débridé et du primat hégémonique du politique qui exerce une domination sans concession sur tout le reste. Le résultat en est le périclitement du prestige attaché à la profession médicale, y compris de rang magistral, tandis qu'un phénomène social inédit, "made in Algeria", après s'être imposé dans le commerce et l'économie, est en train de gagner tous les autres secteurs, l'université et la médecine y compris. C'est ainsi que l'on y voit certains représentants finir par céder à la tentation, succomber à de telles pratiques et s'adonner le plus allègrement du monde à la contrebande de valeurs humanistes. C'est dire si le mal est profond !

II - L'environnement scientifique : entre mythes et réalités :

Les principaux repères fixés, nous pouvons aborder à présent le corps du sujet, en l'occurrence la fonction de praticien - chercheur hospitalo-universitaire de rang professoral, dans ses aspects les plus déterminants, celui du cursus studiorum et celui des missions, prérogatives et responsabilités et de leurs aires de compétence respectives, non sans avoir auparavant éclairé les aspects liés à la motivation.

II - 1 - Fonction sociale et motivations :

La psychologie du travail, pour définir une fonction, se réfère fondamentalement à l'activité professionnelle, à travers l'analyse du poste de travail, pour en définir le contenu concret. La psychotechnique, qui en est dérivée, se préoccupe surtout de l'adéquation des aptitudes du sujet et de son profil de formation avec les exigences du poste. L'ergonomie, qui étudie les systèmes hommes-machines, vise surtout à l'amélioration des conditions matérielles et du confort du sujet dans le but d'optimiser le rendement. La psychosociologie des entreprise s'intéresse surtout aux conditions environnementales (caractéristiques physico-chimiques, nuisances et pénibilités), aux relations formelles et informelles, au mode de gestion de l'autorité, à la circulation de l'information et aux motivations.

Pour sa part, la psychologie sociale définit une fonction sociale en termes de rôles (missions dévolues, prérogatives, responsabilités, exercice de l'autorité), de statuts (le positionnement social, les caractéristiques et les modalités d'intégration au sein de l'économie sociale générale) et enfin, de stéréotype (la représentation que s'en fait l'imaginaire social ou le regard que porte le corps social sur elle). Pour traiter de la fonction sociale du professeur en médecine, nous allons nous inspirer librement de toutes les orientations des disciplines précitées. Mais auparavant, nous allons évoquer brièvement le problème de la motivation. En effet, celle-ci s'avère déterminante au double plan du choix de la carrière et de la satisfaction des besoins, tendances et intérêts.

De façon générale, on désigne par motivation, l'ensemble des facteurs dynamiques qui déterminent la conduite d'un individu. De façon plus précise, cette désignation se réfère à tout état de tension affective (besoin, tendance, désir, sentiment) à l'origine d'un comportement orienté vers un but satisfaisant. La motivation, grâce à la mobilisation du dynamisme de l'individu, permet le déclenchement, l'organisation, l'orientation et l'entretien du comportement motivé. Cette mobilisation persiste jusqu'à la réduction de l'état de tension initial. L'espèce humaine, comparativement aux autres, dispose d'un équipement neuro-biologique très sophistiqué, d'une organisation sociale très élaborée et de facultés de symbolisation et d'abstraction très performantes qui lui permettent l'accès à la culture. Ce qui explique la complexité des conduites humaines, généralement inconscientes.

En fait, bien qu'il y ait une grande importance de la fonction symbolique et imageante et une prépondérance du contrôle cognitif, c'est surtout la dimension sociale qui est la plus prégnante : le besoin de contacts sociaux revêt chez l'homme sa forme la plus achevée et la plus diversifiée. Dans sa recherche de relations sociales qui satisfont un besoin de considération personnelle, c'est toujours le même besoin d'affiliation qui est à l'œuvre et qui est une appétition pour les relations affectives à autrui.

Dans le même ordre d'idées, en 1954, avec sa théorie des besoins, A. Maslow, montre que l'homme cherche à satisfaire un certain nombre de besoins étagés de façon hiérarchique et qui évoluent au fur et à mesure de leur satisfaction. Les besoins du niveau le plus bas de la hiérarchie doivent être satisfaits, au moins partiellement, avant que ceux du niveau supérieur ne deviennent à leur tour des sources de motivation suffisantes. Conformément à sa représentation pyramidale, on retrouve du bas vers le haut :

1. Les besoins physiologiques (faim, soif, etc.),

2. le besoin de sécurité et de protection pour le sujet et ses proches,

3. le besoin d'appartenance et d'amour, de caractère affectif, vise, à travers les relations inter humaines, l'intégration communautaire (être accepté et aimé) et la sécurité que confère le groupe,

4. le besoin d'estime et de reconnaissance ou besoins "égoistiques" vise à la satisfaction du moi (réussite, prestige, égards et considération),

5. les besoins cognitifs : besoin de connaître, de comprendre et d'explorer,

6. les besoins esthétiques : le penchant ou la fascination par l'ordre, la symétrie, l'harmonie et la beauté,

7. le besoin d'accomplissement ou d'actualisation de soi : c'est la réalisation de la "vocation", en concordance avec les aspirations authentiques, l'actualisation des potentialités virtuelles et l'épanouissement de la personnalité dans son ensemble.

II-2- Formation et cursus universitaire :

Les études en médecine sont les plus longues de toutes dans tous les pays du monde. Dans notre pays, s'ajoute une contrainte supplémentaire de taille : l'accès est des plus difficiles et des plus sélectifs et n'y sont admis que ceux qui obtiennent les meilleures moyennes au bac scientifique. Quoi qu'il en soit, la graduation dure pas moins de 7 années et il s'agit d'un enseignement modulaire intégré avec un contrôle continu des connaissances, et un contenu de formation très étendu et très dense, varié, souvent ardu et difficile, devant couvrir l'étendue des connaissances en la matière, de façon à préparer le futur médecin à affronter la plupart des pathologies qu'il aura à rencontrer et la plupart des situations cliniques pour lesquelles il aura à prendre une décision médicale. Le cycle gradué achevé après soutenance de quatre mémoires de fin de stage (médecine, chirurgie, obstétrique et pédiatrie), il doit passer un concours très sélectif portant sur l'ensemble des matières (biologie, chirurgie, médecine) pour pouvoir accéder au résidanat, filière unique pour la spécialisation médicale, et qui dure de 4 à 5 ans, sanctionné par un examen national de fin de première post-graduation, le DEMS.

Pour accéder à la carrière hospitalo-universitaire, il devra passer le concours de maître-assistant comportant une épreuve écrite, une épreuve pratique et une épreuve de titres et travaux. Débutera alors la deuxième post-graduation. Il devra ensuite, au terme de six années en moyenne, préparer et soutenir une thèse de doctorat en sciences médicales (avec épreuve pédagogique) qui lui permettra de passer le concours d'accès au grade de Docent (premier palier du rang magistral) qui comporte une épreuve écrite, une épreuve pratique et une épreuve de titres et travaux. Au bout de quatre années, il est autorisé après avoir soigné, enseigné, fait de la recherche et publié des travaux scientifiques, à passer le concours de professeur en médecine. Une fois professeur titulaire, il devra attendre qu'un poste de chef de service se libère pour y postuler, généralement à plusieurs, en passant un concours qui devra retenir le meilleur et le plus méritant des candidats. En somme pour un professeur-chef de service, le cursus global est de bac + 20 années, jalonné de pas moins de 5 concours.

II - 3 - Pratique de la médecine universitaire :

Le concept "hospitalo-universitaire", d'essence française, a été reformulé dans son acceptation actuelle en 1958, avec les réformes des CHU. Il consiste en un accolement de deux adjectifs, hospitalier et universitaire, pour traduire la spécificité de ces personnels qui en fait des hospitaliers parmi les universitaires et des universitaires parmi les hospitaliers. En fait, il ne s'applique pas qu'aux praticiens, mais également à des structures et par extension à un champ institutionnel qui est le cadre normatif définissant la dynamique organisationnelle et fonctionnelle, servant de fondement à l'exercice de pratiques spécifiques.

Un établissement est dit hospitalo-universitaire, en l'occurrence le CHU, lorsqu'on y prodigue des soins de haut niveau ou qu'on y accueille les cas les plus compliqués ou les plus rares, voire totalement inédits. Mais également et en même temps, on doit y dispenser un enseignement de qualité devant assurer une formation graduée et post-graduée préparant aux concours hospitalo-universitaires qui donnent accès aux grades et aux fonctions les plus élevées. De la même façon, on doit parallèlement y pratiquer de la recherche, qu'elle soit fondamentale, appliquée ou opérationnelle, sans quoi l'on s'exposerait à l'exclusion de la source vivante et sans cesse renouvelée du savoir.

L'université à laquelle se rattachent de façon organique les pratiques hospitalo-universitaires et de laquelle se réclament les praticiens hospitalo-universitaires, est le haut lieu de la production, de la reproduction et de la diffusion du savoir. Pendant qu'on soigne, qu'on enseigne et qu'on forme, on fait également de la recherche, ne serait-ce que par l'obligation d'approfondissent du cas et d'épuisement intégral de sa problématique avec référence constante au cadre conceptuel déjà organisé et validé, mais également du fait de la nécessité de la mise en forme rédactionnelle du cas, la plus exhaustive, systématique et élaborée possible et de l'annotation constante et régulière des données de l'évolution et de la réponse aux traitements avec possibilités de généralisation de la procédure à des séries entières de patients et l'aboutissement, dans un contexte propice, à la production scientifique (communications, publications, mémoires, thèses, etc.).

C'est cette triple finalité qui est autant d'objectifs généraux et qui définit le mieux le concept hospitalo-universitaire par l'intentionnalité de son contenu et de sa signification. Ce n'est qu'à ce prix qu'on peut assurer et garantir la mise à niveau et l'actualisation constante des connaissances, des compétences et des performances des praticiens, et la mise à la disposition de l'étudiant et du patient des dernières acquisitions, à l'un pour parfaire sa formation, à l'autre pour recouvrir et consolider sa santé. Par ailleurs, il est d'usage ces derniers temps, particulièrement chez nous, de distinguer, pour les opposer, les établissements de santé publique et les établissements universitaires. Si c'est pour affirmer que dans les premiers, on n'y fait que de la santé publique, alors que dans les seconds, on y fait outre de la santé publique, de la formation et de la recherche, cette assertion est valable.

A contrario, si l'on ose prétendre que dans les structures universitaires, on ne fait pas de la santé publique (mais une médecine, assujettie à une autre finalité), cette assertion n'est plus fondée. D'abord parce que c'est le lieu de formation de ceux qui prendront en charge la santé publique, étant entendu, comme le dit l'adage, que nul ne peut mener quelqu'un plus loin qu'il n'a jamais été lui-même, c'est-à-dire enseigner quelque chose qu'il ne maîtrise pas parfaitement, essentiellement par la pratique répétitive, bien évidemment ! Car c'est bien l'institution hospitalo-universitaire qui assure et garantit le renouvellement des générations médicales et le maintien de la couverture médicale de la population dans les proportions requises. De plus, la conception, l'élaboration et la mise en ordre planifiée des politiques de santé publique et des programmes qui en découlent, de même que l'initiation, la conduite et le traitement de la recherche opérationnelle qui leur est associée, sont menés tant au niveau central que décentralisé par des compétences nationales qui sont généralement des hospitalo-universitaires du plus haut rang.

Pour clore ce paragraphe, il convient de préciser que pour un professeur en médecine, appartenir au service public, c'est d'abord et avant tout avoir l'insigne honneur de servir, non pas tant un système ou un gouvernement, mais un corps social, celui du plus grand nombre : des nécessiteux, des indigents des petits gens et des laissés-pour-compte. Car on ne peut servir une entité abstraite, état ou service public, sans d'abord s'occuper de la réalité humaine et sociale à laquelle elle renvoie, étant entendu que la médecine, toute médecine, qu'elle soit universitaire ou autre, est à la fois scientifique, humaine et sociale. Pour un professeur en médecine, se consacrer au service public, c'est mettre sa valeur, sa compétence et son expérience au service des autres, tout en renonçant du même coup aux attraits et avantages de l'exercice libéral intégral. A considérer le parcours semé d'embûches qui attend le postulant au professorat en médecine et la complexité des tâches et responsabilités qui l'attendent tout autant, il y a déjà de quoi désarmer la meilleure volonté et dissuader les plus enthousiastes. Quand on y ajoute la faiblesse des avantages et gains escomptés, persister dans une telle entreprise, en l'état actuel des choses, relèverait d'un manque de pragmatisme social et d'un attachement quasi morbide à un rêve d'enfant. D'autant que toute votre époque vous tourne le dos, que le professorat en médecine n'est plus une valeur consacrée par le groupe social et qu'on n'a même plus les possibilités de trouver satisfaction dans son travail.

III - Les motifs de la crise ou Les raisins de la colère

Un environnement socio-économique précaire, un environnement institutionnel rigide, un imaginaire social en mal d'inspiration, une opinion publique amère et désabusée, des obligations socioprofessionnelles éprouvantes, une reconnaissance sociale frustrante, des exigences existentielles plus qu'accaparantes, tel est le lot du professeur en médecine dans ce pays. Quant aux limitations structurelles se surajoutent des contraintes conjoncturelles, du fait généralement de décisions partielles et partiales, aux objectifs étriqués et de portée limitée, la situation se complique à souhait. Les mesures qui en découlent, prises quelquefois en dépit du bon sens, peuvent même aller à l'encontre des intérêts de l'institution elle-même. Les dossiers brûlants constituant le contentieux avec les tutelles sont relativement nombreux et d'importance variable. Trois d'entre eux sont particulièrement intéressants, du fait précisément de leur importance, mais également de l'attitude déconcertante de l'administration à leur égard.

III -1- Le statut des personnels hospitalo-universitaire

De façon générale, un statut particulier comme son nom l'indique, "particularise", c'est-à-dire qu'il souligne une place à part au sein d'un ensemble, tout en insistant sur des caractéristiques particulières, mais sans en rien renier l'appartenance à l'ensemble duquel il reste solidaire, en l'occurrence le statut général de la Fonction publique. Un statut spécifique, par définition, "spécifie", c'est-à-dire qu'il caractérise en propre ou singularise et démarque par rapport à un ensemble, celui de la Fonction publique, en soulignant l'autonomie fondée sur la spécificité. Il se fait généralement sous forme d'une loi. Or, les hospitalo-universitaires, y compris ceux du plus haut rang, sont régis par un statut particulier qui ne correspond à rien et ne leur consent que des droits subalternes et inconsistants. Ces derniers ne répondent ni à leur niveau de formation, ni à leur niveau de qualification, ni à l'importance sociale de la fonction ou au prestige attaché à la profession. C'est pourquoi ils revendiquent un statut spécifique de l'enseignant chercheur hospitalo-universitaire sous forme de loi, seul à même de pouvoir leur garantir un positionnement catégoriel, un régime indemnitaire et une retraite, avantageux et à la mesure de leur labeur, de leur mérite et des services rendus.

L'autre alternative possible serait de les assimiler aux cadres supérieurs de l'Etat et de les intégrer réellement et effectivement dans les catégories hors échelle de la Fonction publique, avec tous les avantages y afférents dont la nomination par décret, comme cela se passe un peu partout de par le monde jusque et y compris chez nos voisins immédiats. Cette procédure serait moins lourde que la précédente, et il suffirait d'un rajout dans la nomenclature des fonctions y ouvrant droit, par voie réglementaire. Un décret suffirait amplement. Tous les arguments qu'on peut y opposer, notamment le devoir de réserve, le devoir de subordination, l'enquête préalable de moralité, la contribution à la consolidation de la souveraineté nationale, etc. ne constituent aucunement des obstacles.

En fait, dans la réalité on assiste à une curieuse opération, à la limite du tour de passe-passe et dont seuls les Algériens ont le secret. On feint d'emboîter le pas à une disposition de la loi d'orientation sur l'université qui consacre le professeur au sommet de la hiérarchie sociale, mais cela ne dépasse pas le niveau de la profession de foi. Ils ont certes été extraits de l'échelle de la Fonction publique, mais sans être intégrés dans les catégories supérieures (de la Al à la G). Leur positionnement catégoriel est en fait purement fictif et ne correspond qu'à un positionnement indiciaire virtuel, en l'occurrence 1280 pour le professeur. Alors qu'un responsable de la Fonction publique, en séance officielle, parlait d'aménager la catégorie de réserve de la République, la catégorie G pour eux, on a réévalué en catimini les catégories hors échelle pour les surélever et les mettre hors de portée du misérable positionnement indiciaire du professeur qui se retrouve en fait très en-deçà du seuil liminal de ces dernières, dans un "no man's land" statutaire, précaire et indéfinissable, ne présentant aucune garantie ni assurance.

De telles pratiques illustrent de façon caricaturale l'effraction du trabendo dans tous les secteurs de la vie nationale et tous les rouages de l'administration. Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle, un professeur en médecine est statutairement plus proche d'un agent de service que d'un cadre supérieur de la nation, la différence majeure avec celui-là se situant essentiellement au niveau des rémunérations du fait de l'écart, notable il est vrai, entre les régimes indemnitaires. Du reste, le fait qu'on ait été contraint d'hypertrophier outre mesure les indemnités prouve, s'il s'en fallait, l'indigence relative du salaire de base, découlant pour l'essentiel du positionnement catégoriel, pardon du positionnement indiciaire.

III-2- L'activité complémentaire

Dans nombre de pays, aussi bien parmi les plus nantis que les autres, l'Etat outre qu'il assure des salaires plus que satisfaisants aux professeurs en médecine, leur accorde en sus le droit d'exercer à titre privé et lucratif, dans le cadre d'un plein temps aménagé. Cela s'est fait dans le but évident de retenir dans le service public les meilleures compétences qui, sans cela, seraient tentées d'aller négocier leurs services dans le privé, autrement plus attractif et rémunérateur !

Dans notre pays dès 1989, on avait demandé avec l'activité complémentaire, la possibilité pour les professeurs d'exercer dans le secteur libéral, au-delà des heures légales de travail, du fait de l'indigence des salaires servis à cette catégorie de praticiens d'élite. Ce ne fut pas chose aisée, mais on a pu quand même bénéficier de mesures dérogatoires, par voie légale. Néanmoins, deux innovations majeures ont été introduites. D'abord, le bénéfice de cette mesure était étendu aux autres corps de praticiens, mais surtout, il ne s'agissait plus d'une véritable activité complémentaire, bien que la désignation soit maintenue, mais d'un authentique plein temps aménagé. C'est d'ailleurs pour cela qu'on avait demandé une prime de "non-clientèle" pour les praticiens qui s'y abstenaient et donc exerçaient deux après - midi de plus que les autres. Quoi qu'il en soit, un décret exécutif dont on avait eu vent de la teneur dès janvier 2002 alors qu'il ne sera promulgué qu'en août 2002, en introduisant une clause supplémentaire, limite le champ d'application de la loi. En effet, le fameux article 4 bis stipule que "l'activité complémentaire est incompatible avec la chefferie de service ou d'unité", c'est-à-dire qu'on ne permettait plus aux professeurs, chefs de service, ce qu'on permettait aux autres. En d'autres termes ceux qui étaient les uniques bénéficiaires sous des cieux plus cléments, en étaient ici les uniques exclus.

Après accord bilatéral sur une position de compromis conciliant les dispositions légales et réglementaires, les mesures consenties aux praticiens concernés et surtout les exigences de la tutelle relatives à la continuité du service public, ainsi qu'à l'exercice plein et entier de la responsabilité et des prérogatives de ces postes supérieurs, on avait convenu de la possibilité pour les professeurs-chefs de service de pouvoir exercer à titre privé, 2 fois par semaine comme les y autorise la loi, mais au-delà des heures légales, de travail, c'est-à-dire après 16 h. Depuis, on n'a pas trouvé mieux que de se rétracter et de renier un engagement officiel pris devant une commission mixte, administrative et représentative. Au lieu de recourir à cet argument d'autorité de la pire espèce et à la coercition que cela suppose, il aurait été plus avisé de mettre en place un système de mesures incitatives autrement plus attractives et persuasives. D'autant que cela aurait été décidé semble-t-il, du fait qu'une infime minorité de confrères, tous grades et corps confondus et particulièrement à l'intérieur du pays, s'adonnerait à des pratiques indignes et condamnables.

En fait, ce n'est pas parce qu'une poignée de praticiens indélicats que la corporation a toujours reniés s'adonne au trabendo qui a fini par gagner malheureusement la médecine, après avoir prospéré partout ailleurs, qu'il "faut mettre tout le monde dans le même sac", jeter le discrédit sur une honorable corporation et priver de nombreux praticiens de la possibilité d'améliorer honnêtement leur standing social, tout en rendant service à la population et en desserrant l'étau autour du service public.

III -3- Les statuts des établissements de santé

Jusqu'alors, tous les établissements sanitaires de l'Algérois et tous leurs services, de Zéralda à Aïn Taya, de même que ceux des autres villes sièges de facultés de médecine, étaient des structures hospitalo-universitaires. L'offre pédagogique en terrains de formation ne suffisait déjà pas à contenir les flux considérables d'étudiants car la démographie estudiantine ne cessait de croître de façon préoccupante. Le système en place n'arrivait que difficilement à s'acquitter de sa mission. Au moment où il était attendu un renforcement du dispositif hospitalo-universitaire, notamment à Alger, avec augmentation des capacités d'accueil pédagogiques et du taux d'encadrement, ce fut tout simplement l'inverse qui se produisit. A l'initiative unilatérale du ministère de la Santé, dans le secret et l'opacité totale, l'année 1997 vit la promulgation des décrets portant statuts des établissements de santé. On s'aperçut très vite que ces textes méconnaissaient le caractère éminemment social des structures de santé auxquelles étaient dévolus de plus en plus des objectifs de réadaptation sociale et ne tenaient pas compte de la spécificité de la médecine de façon générale et de celle de l'activité hospitalo-universitaire de façon particulière.

A titre d'exemple, l'évaluation d'une activité génératrice pour l'essentiel d'effets qualitatifs et de valeurs immatérielles à l'aune des règles de la stricte commercialité en vigueur dans le secteur productif et économique relève de l'aberration conceptuelle. De plus, une démarche qui se focaliserait sur les voies et moyens d'une politique en perdant de vue ses objectifs et, partant, ferait prévaloir l'assistance logistique et son contrôle sur la finalité institutionnelle à laquelle elle devait demeurer assujettie en l'occurrence, la prévention, le soin curatif, la réadaptation sociale, la formation et la recherche, relevait, pour le moins, de l'effet pervers latéral. Quoi qu'il en soit, à la faveur de la restructuration qui y figurait en annexe, ce furent pas moins d'une centaine de services de l'Algérois qui passèrent à la trappe ou, pour être plus précis, se trouvèrent déclassés, rétrogradés et dépouillés officiellement de leurs attributs et finalités universitaires. Ainsi, dans les missions et objectifs qui leur étaient dévolus ne figuraient plus ni la formation médicale, graduée et post-graduée, ni la recherche. Ils pouvaient tout au plus passer des conventions avec des organismes de formation, dans le cadre de contrats résiliables à tempérament. Les budgets et les nomenclatures des médicaments étaient autrement moins avantageux que dans les CHU alors que pour les équipements et les opérations planifiées, les procédures étaient compliquées à souhait, autrement plus que pour les CHU.

En l'état actuel des choses dans notre pays, la santé publique est une mission de service public, au même titre que la formation universitaire et vice-versa. Il appartient donc aux deux départements ministériels concernés de se concerter pour accorder la carte sanitaire à la carte universitaire et l'inverse. Ensuite, il leur échoit de définir leurs objectifs réciproques et communs, sur la base de données objectives, fondées notamment sur les besoins effectifs de soins et de formation médicale, en tenant compte de la disponibilité des moyens requis et de la possibilité de leur adéquation ou de leur adaptation. Ces préalables sont nécessaires à l'élaboration de leur politique, laquelle leur permettra d'arrêter les programmes d'action respectifs et communs. Il ne leur restera plus alors qu'à nous consentir les moyens de cette politique et de ces programmes. En d'autres termes, si les services déclassés relevant d'EHS et SS (structures de santé publique), doivent continuer à assurer de fait une activité hospitalo-universitaire comme ils n'ont du reste jamais cessé de le faire, ils doivent être rétablis dans leurs droits, c'est-à-dire que leur caractère universitaire doit être statutairement consacré, de façon à leur permettre le bénéfice de tous les moyens et avantages nécessaires à la réalisation de leurs missions et objectifs.

En un mot, ils doivent être alignés sur le CHU, sans quoi on pérenniserait une inégalité de fait qui se traduit par un traitement discriminatoire à l'encontre des membres du corps hospitalo-universitaire, selon qu'ils relèvent d'un CHU ou d'une structure de santé publique ayant passé une convention avec l'université. Quand on pense que près de la moitié des effectifs de praticiens hospitalo-universitaires, notamment du plus haut rang, est concernée de fait par cette situation, on comprend toute la mesure de la crise. A l'issue de cette revue critique, on retient un statut des plus médiocres, une mystification par une certaine administration qui recourt le plus allègrement du monde aux pratiques trabendistes et une menace réelle sur la seule concession qui leur ait été consentie. Cette dernière est la seule à pouvoir leur garantir un standing décent, eu égard à la dépréciation continuelle du dinar et à l'inflation endiablée.

Du reste, pour la plupart d'entre eux, elle ne représente qu'une "poire pour la soif" et une solution extrême à laquelle ils ne recourront que contraints par la nécessité. Pourtant, les solutions doivent exister ! A ce propos si l'on sollicitait directement le peuple, par voie référendaire pour qu'il se prononçât sur les places respectives de la médecine et de l'université au sein de notre société, car il s'agit bien de véritables débats de société, l'on serait étonné de la réponse à cette simple question : quelle santé et quelle université pour nos enfants et quels moyens faut-il leur consentir ?

Par ailleurs, il est évident qu'il faut encourager et promouvoir la production scientifique et la recherche, par l'émancipation des initiatives privées, l'encouragement de la création de fondations de recherche ainsi que l'instauration de prix et de distinctions, en y impliquant au besoin l'industrie pharmaceutique. Tout comme il convient également de valoriser le scientifique, le médical, le pédagogique et l'académique, selon les domaines concernés, par rapport à l'administration et pour ce qui se rapporte à ces domaines. De même qu'il y a lieu de développer l'ouverture tous azimuts dans le domaine des échanges et de la coopération, seule garantie d'accès à l'universalité du savoir et de la culture. En prenant soin au préalable de veiller à la valorisation statutaire de la fonction sociale, à la mise en place de mesures incitatives et de rémunérations décentes en adéquation avec le coût réel de la vie et tenant compte de l'inflation. Car l'argent existe, et il suffit d'aller le prendre là où il est.

Un bon système de collectes d'impôts (dispositif et procédures) juste et équitable, devrait permettre de mieux lutter contre la fraude et l'évasion fiscales et d'éponger toutes les sur liquidités de l'économie informelle qui sans cela seraient au mieux thésaurisées, au pire transférées ailleurs.

 

Professeur Larbi ABID le 23 octobre 2003
abid@santemaghreb.com


 
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