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Communiquer pour mieux gérer
Depuis une décennie au moins, nous assistons à une demande accrue
en formation à la communication et aux relations humaines, émanant
de l’ensemble des secteurs d’activité du pays. Une prise de conscience
semble s’être opérée en même temps qu’une ouverture d’esprit aux
conceptions et aux pratiques managériales modernes dont le management
participatif. L’intérêt va grandissant en ce domaine et, concomitamment,
les besoins vont crescendo.
En fait, les décideurs dans les différentes organisations (entreprises
économiques, organismes à caractère administratif genre hôpital,
par exemple, institutions militaires …), s’ils ont longtemps cru
pouvoir gérer sans associer les «acteurs», et en réduisant la communication
à sa plus simple expression, celle d’ordres à donner, de consignes
à diffuser ou répercuter, s’aperçoivent, maintenant, que gérer sans
communiquer est « une mission impossible » pour reprendre le titre
d’une série de télévision célèbre. Faire participer les acteurs,
voilà le maître-mot et l’on ne peut qu’être ravi d’observer l’heureux
changement en cours qui, désormais, intègre dans l’équation de la
gestion (on pourrait tout aussi bien dire équation du rendement,
de la performance, de la motivation, de la compétence) les aspects
de communication. C’est connu : le management performant est un
management motivationnel et cela ne va pas sans la dimension humaine
considérée dans ses potentialités, ses capacités et ses besoins.
Que de chemin parcouru depuis l’expérience princeps de Elton MAYO
aux usines de la Western Electric Company (en 1927) et ayant mis
en exergue l’importance des communications dans l’entreprise et,
au-delà, dans toute organisation ! Exemple Hôpital. Que de progrès
réalisés dans la voie des relations humaines en un peu moins d’un
siècle, que d’enrichissements apportés par les uns et les autres
!
La contribution de FRENCH et COCH constitue un tournant et mérite
une mention spéciale en tant qu’ayant donné naissance à la gestion
participative où se trouvent associés les niveaux subalternes à
une approche résolutive des problèmes si ce n’est à l’élaboration
de la décision quand les dispositifs de fonctionnement et les dispositions
réglementaires le permettent.
Pas un manager sérieux ne songerait, de nos jours, à écarter la
communication de son champ d’action. Pas de gestionnaire digne de
ce nom ne ferait le pont sur les aspects humains de sa tâche. Le
gestionnaire compétent est celui qui s’approprie et les fait siennes
ces conceptions managériales largement ouvertes sur les aspects
de communication, de participation voire de commandement
consensuel puisqu’on sait aujourd’hui qu’il n’ y a pas de
risque de compromettre son autorité en l’exerçant de manière … «
démocratique », à condition, toutefois, que la nature de la tâche
le permette et que l’organisation se soit dotée de structures où
les rôles sont prescrits de manière suffisamment explicite, avec
une certaine souplesse fonctionnelle.
Cela suppose, bien évidemment, que l’on sorte des représentations
classiques de l’autorité et du commandement et que l’on conçoive
que celui-ci puisse s’exercer autrement que de manière dirigiste.
C’est admettre qu’il puisse s’assortir d’une relative autonomie.
Les dirigeants qui l’ont compris, les décideurs, les prescripteurs
et ceux qui exercent le leadership, les détenteurs de l’autorité
ou ceux qui sont investis d’un pouvoir qui ont une vision managériale
de leur organisation l’ont dotée de structures de communication
venant concrétiser ce qu’il est convenu d’appeler la
fonction communication, désormais vue au même titre que les
autres fonctions (GRH, fonction financière et comptable, fonction
approvisionnement etc) avec les distinctions qui s’imposent entre
la communication externe (encore appelée institutionnelle et centrée,
par exemple, sur l’image de marque) et la communication interne
(ascendante, descendante, transversale). Nous verrons plus loin
que la communication, réhabilitée sinon promue, n’est pas seule
à acquérir ainsi droit de cité ; mieux : grâce à elle ou même pour
la servir, de nombreuses organisations prônent un commandement participatif
dont les effets sont comparables ni plus ni moins à celui d’un tremplin.
Ppurquoi gérer ?
Ce qui précède souligne que gestion rime avec communication; les
deux font bon ménage et il apparaît avec de plus en plus de clarté
et d’évidence que «le gouvernement des organisations», par exemple,
passe par la prise en considération des attentes en ce domaine.
La communication est incontournable et l’on peut dire sans craindre
de verser dans l’exagération que l’on peut jauger l’état de santé
d’une organisation voire sa « force de frappe », à l’aune des dispositifs
de communication mis en place en son sein.
Pour mieux en saisir la portée, il convient de s’arrêter sur le(s)
objectif(s) dans tout acte de gestion et dire, ne serait-ce que
de manière lapidaire, comment on peut le(s) atteindre. La question
peut se résumer ainsi : quelle gestion et pour quel(s) objectif(s)
?
La réponse est simple : ce qui est recherché par une bonne gestion,
c’est l’efficacité ; mieux : l’efficience c’est-à-dire l’efficacité
au moindre coût en temps, en énergie et en moyens (matériels et
financiers).
Le management (des anglo-saxons) ou, ce qui signifie la même chose,
la gestion n’a d’autre but que l’efficience dans l’activité des
différents individus d’une organisation et de ses sousensembles
(structures).
Cela pose nécessairement la question de la méthode (comment assurer
l’efficacité ou l’efficience). En d’autres termes, quel est le modèle
– les anglo saxons disent le pattern – de gouvernement à mettre
en application et qui est à même de permettre l’efficience recherchée
dans le champ d’activité défini par la mission assignée à l’organisation
ou, si l’on veut, son domaine de compétence, son métier, sa vocation
?
A cette fin, introduire plus de rationalité tombe sous le sens.
C’est évident, à tel point que l’on a d’abord – et depuis longtemps
– recherché les possibilités d’accroître la rigueur dans la conduite
du travail et la méthode dans l’accomplissement des tâches sans
négliger les interfaces entre sous-systèmes, à l’effet d’accroître
l’harmonie, la cohésion, la synergie.
L’observation révèle qu’on a réussi avec plus ou moins de bonheur.
Néanmoins, les erreurs dans l’exécution, les accidents lors de la
réalisation de telle ou telle opération, la persistance de difficultés,
de conflits, la faiblesse des motivations, la désaffection et les
défections, les surcoûts, l’inertie et les dysfonctionnements de
toutes sortes qui sont le lot de nombreux organismes (administratifs
ou économiques) et qui risquent de compromettre la mission qui leur
est dévolue exhortent à se tourner vers le management participatif
et le type de commandement qui en découle, la directivité ayant
largement révélé ses limites et contraignant de ce fait même à son
abandon.
D’autres formes de direction existent, moins froides, moins implacables,
moins impersonnelles, à « visage plus humain » et plus efficaces.
Par exemple, s’agissant d’un ordre à donner, ou tirera assurément
profit des vertus pédagogiques de la communication, de ses effets
au plan de l’explication et donc de la compréhension par le subordonné.
L’exécution s’en trouvera facilitée, ce qui peut s’avérer source
de motivation car toute correcte d’une tâche comporte des gratifications
(sentiment du devoir accompli, sentiment d’avoir bien fait son travail,
plaisir …) dont l’effet stimulant, « l’effet tremplin » dirions-nous,
a plus d’une fois été signalé par les spécialistes de la motivation
ou/et du commandement. Mieux que cela, une certaine adhésion est
susceptible de découler d’une communication convenablement établie
et cela s’observe même pour des tâches rebutantes, rébarbatives,
qui suscitent généralement aversion et réticence. La communication
a, en effet, ceci de magique : elle suscite un sentiment de considération
chez l’autre et, en conséquence, exhorte à se comporter de manière
exemplaire, pour autant, bien évidemment, qu’en s’en serve non pas
seulement comme une technique mais aussi et surtout comme un état
d’esprit. C’est du reste cet état d’esprit que certains appellent
savoir-être qui doit être mis au primat, faute de quoi, la communication
serait une chose vaine, dépouillée, dévitalisée tant il est vrai
qu’une technique ne vaut que par l’esprit qui l’anime.
La raison en est que l’on répond à une attente, on satisfait un
profond besoin, celui de s’exprimer, d’être écouté en même temps
que celui d’être reconnu en tant que personne, certes subalterne,
mais avec une dignité et un amour, bref avec une personnalité, un
« acteur » dit-on nos jours pour connoter l’aspect agissant, et
pas seulement un individu « chosifié » noyé dans l’anonymat, instrumentalisé
et réduit à un matricule.
Du commandement directif au commandement participatif
Dans ce qui suit, nous prendrons l’exemple des organisations à
caractère économique, avec l’intention de fixer ainsi des points
de repère ; mais le raisonnement vaut pour toute autre institution
à savoir : Administration, Hôpital, clinique…
Notre souci est d’être aussi concret que possible. Au demeurant,
c’est l’entreprise qui a été le théâtre des découvertes marquantes,
et des innovations intéressantes comme elle a été et reste encore
le lieu où l’on teste les formules nouvelles de gestion, tout orientée
qu’elle est vers le profit, la rentabilité maximale.
La mondialisation, la crise multiforme à laquelle est confronté
le pays, le basculement vers l’économie de marché mettent en demeure
les entreprises algériennes de trouver rapidement des conceptions
et des pratiques de gestion efficaces sinon efficientes. Le management
participatif constitue un des systèmes de gestion permettant de
satisfaire cette exigence et devient donc d’actualité pour les institutions
économiques à la recherche de formules nouvelles de management des
ressources humaines en partant de l’idée que l’on sait maintenant,
quatre après plus de décennies d’expérience, ce qui ne marche pas.
Comme son appellation l’indique, le management participatif est
une conception de la gestion basée sur la participation. Il s’agit
d’impliquer les travailleurs, de les associer à l’examen des problèmes,
l’analyse des situations professionnelles, la recherche des solutions
adéquates concernant aussi bien le traitement des dysfonctionnements
qui affectent telle ou telle structure d’une organisation que la
gestion du changement à l’occasion, par exemple, de l’introduction
d’une technique nouvelle technologie qui peut bouleverser le fonctionnement
d’un Hôpital par exemple.
Cette volonté d’associer les employés peut s’étendre à la prise
de décision.
Elle se concrétise par tout un ensemble de mesures ou de dispositifs
complémentaires qui tous, d’une manière ou d’une autre, offrent
l’occasion aux agents de donner leur point de vue et de faire en
sorte qu’il soit pris en considération et mis en application.
Avant d’examiner, dans un moment, les avantages que représente une
telle façon de procéder, il peut être intéressant d’évoquer en quelques
mots les conditions de naissance du management participatif. Celui-ci
est apparu en Amérique du nord, à partir de travaux expérimentaux
ou quasi expérimentaux suscités par les problèmes d’une organisation
auxquels on a cherché des solutions originales, en nette rupture
avec l’esprit taylorien de gestion d’alors, à un moment où il est
apparu tant aux managers qu’aux universitaires (principalement les
psychologues) qu’il fallait associer les acteurs (au sens d’agent).
Du point de vue du management des ressources humaines, le gros problème
auquel sont confrontées les organisations est double : l’adhésion
des salariés aux décisions prises et aux politiques arrêtées, en
même temps que leur motivation, leur stimulation efficace, sont
une préoccupation centrale des dirigeants. L’idée de participation
répond à cette préoccupation. En fait, pour dire les choses simplement,
tout le monde sait que lorsqu’on est deux à prendre une décision,
par exemple, les deux parties se sentent également concernées par
l’objet de la décision et s’attachent avec autant d’engagement au
respect de ce qui a été convenu.
L’association a valeur de contrat tacite. Ceci est d’observation
courante et est rarement, sinon exceptionnellement, démenti par
les faits ; c’est quasiment un lieu commun.
Le management participatif permet d’éviter un gaspillage de temps
et d’énergie préjudiciable à l’hôpital en opérant une synergie entre
les niveaux de direction et d’exécution de toute organisation, qu’il
s’agisse de la mise en application d’un projet, d’une réalisation
nouvelle, ou de la gestion de l’existant. En principe, la participation,
le fait d’avoir son mot à dire, permet la prévention ou, en tout
cas, la diminution des résistances inhérentes aux situations humaines.
De cette manière, se trouve amoindrie sinon évitée, l’inertie qui
accapare tant d’effort dans les systèmes classiques de gestion.
Ainsi la mobilisation des subordonnés, la dynamisation sociale,
la motivation, la stimulation, l’incitation apparaissent comme l’objectif
visé par le management participatif ; on comprend alors aisément
que les hôpitaux gagneraient à mettre en place –et rapidement- les
dispositifs qui permettront de concrétiser cette option.
L’expérience qui a montré les bienfaits de la participation s’est
déroulée à la Harwood Manufacturing Corporation. Elle fut conduite
par deux psychologues américains, FRENCH et COCH, à la demande des
dirigeants de cette entreprise de confection de pyjamas.
C’était en 1949. Le problème que les deux chercheurs se sont appliqués
à résoudre était un problème de changement. En effet, l’amélioration
technique des procédés de fabrication et de conditionnement occasionnait
de fréquents changements de poste avec apprentissage, le cas échéant,
des nouveaux gestes rendus nécessaires par le progrès. En dépit
d’études minutieuses et de primes de rendement incitatives, le climat
social était détérioré et la production stagnait en deçà de la norme
(fixé suite à un chronométrage précis). De plus, le turnover était
anormalement élevé. Devant pareille situation, bien évidemment,
préjudiciable à l’entreprise, la direction demande à French et Coch
de faire une étude avec l’espoir de palier les inconvénients engendrés
par l’introduction des nouvelles façons d’opérer. Les deux chercheurs
optent pour une intervention sur site et démontrent de manière magistrale
l’intérêt que l’on a de ne pas tenter d’imposer aux agent un changement
non souhaité même s’ils en perçoivent la nécessité technique et
l’opportunité.
Ils montrent qu’en revanche, la concertation, le dialogue permettent
la levée des résistances et l’augmentation de la production et de
la productivité.
Si l’expérience précédemment relatée a permis à French et Coch de
montrer directement, si l’on peut dire, les effets de la participation
sur le moral des employés et leur rendement, d’autres travaux, ciblant
d’autres objectifs, attestent également des avantages de la participation.
Il en est des travaux de Lippitt et White sur les climats pédagogiques
crées artificiellement par des styles
de commandement démocratique, autocratique et «laisserfaire».
Dans cette expérience, menée auprès des enfants et reproduite ultérieurement
par différents chercheurs ou formateurs auprès de groupes d’adultes
dans diverses entreprises, des animateurs spécialement entraînés
à adopter les comportements correspondant aux styles de commandement
signalés vont encadrer des groupes d’enfants constitués pour exécuter
une tâche précise.
Dans le climat démocratique, les membres du groupe sont pleinement
associés aux choix de la méthode de travail, des coéquipiers etc.;
ils sont informés collectivement, consultés et laissés libres de
décider ensemble à propos de tous les aspects de leur activité.
Dans le climat autocratique, en revanche, les membres du groupe
sont traités chacun à part ; seul l’animateur décide et impose à
chacun les étapes de la tâche assignée au groupe, la méthode de
travail, et le ou les coéquipiers.
Dans le climat «laisser-faire», l’animateur reste assez en retrait
du groupe, il se maintient à l’écart des sollicitations émanant
des membres du groupe et assiste quasi passivement à l’exécution
de la tache.
L’expérience montra la «supériorité» du climat démocratique sur
les autres en terme de la satisfaction des sujets et de leur rendement.
Ces résultats sont confirmés par des travaux beaucoup plus récents.
Dans leur célèbre conception des styles de management qui comporte
cinq positions, R. Blake et J. Mouton font du style intégrateur
(9.9 selon leur grille), fondamentalement participatif de l’avis
même de ces auteurs, le style de gestion qui, mis en place et concrétisé
à tous les niveaux de l’hôpital permettrait à cette dernière d’être
performante, compétitive et en développement.
Le style intégrateur, en combinant une double préoccupation (un
souci maximal pour la production articulé à un souci également maximal
pour le bien-être des personnes qui ont la charge de cette production),
est axé sur les relations humaines, les communications interpersonnelles
et l’implication des personnes dans les situations professionnelles
de toutes sortes.
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