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Le cancer du cavum (rhino-pharynx) est un cancer fréquent en Algérie.
Le NPC (nasopharyngeal carcinoma) constitue une entité clinique,
biologique et histologique qui se singularise des autres carcinomes
de la tête et du cou par :
- sa relation avec le virus Epstein Barr (EBV)
- sa répartition géographique
- l'absence de relation avec l'alcoolo-tabagisme
- sa radiocurabilité et sa chimio-sensibilité.
Il touche préférentiellement l'adulte jeune avec un taux élevé
de métastases ganglionnaires et viscérales qui explique une partie
des échecs thérapeutiques.
La répartition géographique des
NPC à travers le monde est en rapport avec l'interaction de facteurs
étiologiques, génétiques, environnementaux, diététiques et viraux.
Il existe 3 zones :
- une zone à haute fréquence avec le Chine du sud où l'incidence
annuelle est de 30 à 80 pour 100.000 habitants (au nord de la
Chine l'incidence annuelle est de 2-3 pour 100.000 habitants).
- Une zone à fréquence intermédiaire où l'incidence varie entre
8 à 12 pour 100.000 habitants avec Taiwan, le Vietnam, la Thaïlande,
la Malaisie, les Philippines, les Caraïbes, le bassin méditerranéen
(Maghreb et Moyen Orient), l'Alaska et le Groenland.
En Algérie l'incidence annuelle est
de 5.5/105 habitants dans le sexe masculin et de 3/105 habitants
dans le sexe féminin.
- Une zone à faible fréquence représentée par l'Europe et les
USA où l'incidence varie entre 0.5 et 2 pour 100.000 habitants.
Le NPC se rencontre à tous les âges mais survient plus tôt que
les autres carcinomes épidermoïdes des voies aéro-digestives supérieures
(VADS).
Parmi les facteurs étiologiques,
on peut citer :
- les facteurs viraux : l'EBV de la famille des herpès
virus, agent de la mononucléose infectieuse est associé au lymphome
de Burkitt, au NPC, à la maladie de Hodgkin ainsi qu'à d'autres
syndromes lympho-prolifératifs survenants sur déficit immunitaire
congénital ou acquis. L'association EBV/ NPC a été découverte
fortuitement en Ouganda (Old 1966). On ne retrouve pas de particules
virales dans les cellules de NPC mais c'est la présence d'ADN
viral qui définit son association à l'EBV. L 'EBV est surtout
associé avec les formes les moins différenciées de NPC. (type
3 histologique de l'OMS : carcinome indifférencié de type naso-pharyngé
ou UCNT).
- les facteurs génétiques : l'observation de cas familiaux de
NPC suggère une prédisposition génétique. La délétion du bras
court du chromosome 3 est une anomalie fréquemment observée dans
le NPC.
- les facteurs environnementaux et diététiques : l'exposition,
tôt dans la vie aux salaisons et aux fumaisons constitue une cause
d'UCNT dans la population chinoise et maghrébine (El khlii = viande
séchée). Ce sont les nitrosamines contenus dans ces derniers qui
sont incriminés. Il existe également une relation entre les aliments
épicés ou contenant de la harissa et le NPC.
Sur le plan anatomo-pathologique,
les tumeurs épithéliales malignes représentent plus de 90 % des
cancers survenants au niveau du cavum qu'on dénomme aussi NPC. La
classification utilisée est celle de l'OMS, basée sur le degré de
différenciation :
- OMS type 1 : carcinome épidermoïde kératinisant
- OMS type 2 : carcinome épidermoïde non kératinisant
- OMS type 3 : carcinome indifférencié de type naso-pharyngé (UCNT)
Les autres types sont plus rares, que ce soit les tumeurs glandulaires,
les lymphomes non hodgkiniens (15 % des cas) ou encore les tumeurs
conjonctives.
Les cancers du cavum naissent le plus souvent au niveau de la fossette
de Rosenmüller. Ils envahissent la muqueuse et la sous-muqueuse
pour atteindre les régions adjacentes : fosses nasales, oropharynx,
espace para-pharyngé et base du crâne (avec possible atteinte
des nerfs crâniens).
La richesse du réseau lymphatique sous-muqueux est à l'origine
d'un envahissement ganglionnaire très fréquent (80 %) au moment
du diagnostic. Le drainage lymphatique se fait vers 3 relais ganglionnaires
:
- le groupe supérieur allant aux ganglions rétro-pharyngés et
jugulaires supérieurs
- les groupes moyens et inférieurs qui se drainent vers le ganglion
de la pointe de la mastoïde et le ganglion sous-digastrique.
La dissémination métastatique viscérale (10 % au moment du diagnostic)
est plus élevée que pour les autres cancers des VADS. Dans l'ordre
de fréquence, ce sont l'os, les poumons, le foie et les structures
cérébrales qui sont concernés.
Sur le plan diagnostic, les symptômes
révélateurs sont variés :
- les signes rhinologiques sont fréquents, évocateurs : épistaxis
récidivantes, rhinorrhée purulente ou sanguinolente, obstruction
nasale, voix nasonnée.
- Les signes otologiques : sensation d'oreille bouchée avec otite
séro-muqueuse unilatérale.
- Les signes neurologiques : névralgie du trijumeau, diplopie,
céphalées.
Ces trois groupes de signes constitue le tri-syndrome caractéristique
du cancer du cavum. Des adénopathies cervicales sont une circonstance
de découverte dans 1/3 des cas. Elles sont généralement haut situées,
sous-digastriques, spinales ou sous-mastoidiennes.
L'examen physique repose sur la nasofibroscopie, éventuellement
après anesthésie de contact, qui permet d'apprécier le type macroscopique
et de pratiquer des biopsies.
L'examen comporte une otoscopie, un examen complet des paires crâniennes
ainsi que la palpation de toutes les aires ganglionnaires cervicales
et la recherche de métastases viscérales (squelette, poumon foie,
cerveau).
L'imagerie fait appel essentiellement à la tomodensitométrie en
incidence axiale et frontale qui précisera le siège de la tumeur,
son extension dans les espaces para-pharyngés (80 %) et la base
du crâne. La scintigraphie osseuse, le téléthorax, l'échographie
abdominale et le bilan biologique hépatique permettront d'étudier
l'extension à distance.
La classification TNM est celle de l'UICC de 1997 qui incorpore
les données apportées par l'imagerie :
- T1 : tumeur confinée au nasopharynx
- T2 : extension vers les tissus mous de l'oropharynx et/ou des
fosses nasales.
- T2a : sans extension para-pharyngée
- T2b : avec extension para-pharyngée
- T3 : tumeur avec envahissement des structures osseuses et/ou
des sinus para-nasaux.
- T4 : extension intracrânienne et/ou des nerfs crâniens et/ou
de la fosse infra-temporale et/ou de l'hypopharynx et/ou de l'orbite.
- N0 : absence de ganglion
- N1 : ganglion unilatéral inférieur à 6 cm, au-dessus des clavicules
- N2 : ganglions bilatéraux inférieurs à 6 cm, au-dessus des clavicules
- N3 :
- N3a ganglion supérieur à 6 cm
- N3b extension dans le creux sus-claviculaire
Un examen stomatologique avec panoramique dentaire et remise en
état de la dentition est indispensable avant tout traitement par
radiothérapie.
Sur le plan thérapeutique, le
traitement local des NPC repose sur la radiothérapie,
du fait de la radiosensibilité et de l'impossibilité d'une chirurgie
carcinologique permettant de réséquer ces tumeurs adjacentes à la
base du crâne, avec une marge de sécurité suffisante. La radiothérapie
traite la tumeur primitive et les aires ganglionnaires. La dose
totale délivrée est de 65-70 grays en 6,5 à 7 semaines.
Le taux de contrôle local est globalement de 70 % (90 % pour les
T1 - T2). Cependant l'échec ganglionnaire peut survenir en particulier
en cas d'adénopathies volumineuses, classées N3 et souvent associées
à une rechute locale et/ou métastatique. Ces rechutes surviennent
durant les 3 premières années suivant le traitement initial, mais
quelques rechutes tardives peuvent être observées 5 à 15 ans après
le traitement. Les séquelles post-radiothérapie sont multiples :
- asialie , quasi-constante ;
- sclérose des muscles masticateurs ;
- rhinite croûteuse ;
- séquelles auditives à type de surdité de transmission ;
- atteinte nerveuse du XII et du X ;
- nécrose muqueuse.
Les types histologiques 2 et 3 des carcinomes épidermoïdes naso-pharyngés
sont des tumeurs chimiosensibles
que ce soit dans les formes avancées, les formes récidivantes ou
métastatiques.
Les agents les plus efficaces sont le cisplatine (CDDP), la bléomycine,
la doxorubicine, l'épirubicine, le fluorouracile et le méthotrexate.
Des études récentes dont celle de Fu K.K. (Semin. Radiat. Oncol.
1998 ; 8 : 247-53) ont apportés des éléments complémentaires suggérant
un bénéfice réel de la chimiothérapie dans les formes localement
évoluées. Chez les patients métastatiques, la chimiothérapie permet
également un contrôle des métastases dans un nombre important de
cas (Bourthis J. Schwaab G. EMC ORL , 20-590C, A10 , 1999).
Au Service d'Oncologie Médicale du Centre Pierre et Marie Curie,
la chimiothérapie première ou d'induction répond au référentiel
d'Al-Sarraf (Semin. Oncol. 1988 ;15 :70-85) associant 5-fluorouracile
et cisplatine avec 80 % de réponse positive :
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